SCENE IV
Les mêmes, UN DOMESTIQUE, puis FABIO.
le domestique, annonçant. Le signor Fabio, qui se dit musicien. .
gina, à part. C’est lui!
le domestique. Il prétend qu’il est attendu par madame la marquise.
clélia. C’est vrai!., c’est vrai!.. Qu’il entre! (Le domestique sort en faisant signe à Fabio d’entrer.)
QUINTETTE
fabio, à part.
Comme le cœur me bat... à peine je respire!
CLÉLIA.
Approchez, Fabio!
gina, regardant Fabio qui est habillé avec élégance. Comme il est bien ainsi !
fabio, levant les yeux, après avoir salué, à part. Dieux! elle n’est pas seule... et que faire, et que dire? clélia, au marquis.
Mon père !
fabio, à part, avec crainte.
C’est son père !
clélia.
On m’avait aujourd’hui
Recommandé Monsieur!
LE MARQUIS
Eh! qui donc?
clélia, avec un peu d’hésitation.
Une amie
Que j’estime beaucoup!
fabio, à part.
C’est adroit!
CLÉLIA.
On nous prie
D’aider, de protéger ses essais...
cafarini, à part, avec humeur.
Pourquoi donc?
CLÉLIA.
C’est un maître déjà fort habile, dit- on...
cafarini, bas, au marquis.
C’est faux ! c’est mon élève !
clélia, s’adressant à Fabio.
Et Monsieur, je l’espêre. Daignera consentir à me donner leçon,
Chaque jour...
fabio, à part.
O destin enivrant et prospère!
(Haut, avec trouble.)
Toujours... quand vous voudrez!
LA BARCAROLLE
clélia, souriant.
Eh bien! donc, à l’instant.*
FABIO
A l’instant !
gina, à part, avec joie.
On va voir comme il a du talent!
[Elle va chercher sur la table, à gauche, une guitare, qu’elle présente à Fabio.)
CAFARINI, à part.
Maudit élève!
(Bas, au marquis, à gauche du théâtre.)
Je vous jure...
Vous ne me croirez pas... que lui seul est l’auteur Et des vers et du chant qu’à nous deux , Monseigneur, Nous avons composés...
le marquis, levant, les épaules.
Allons ! quelle imposture !
cafarini, de même.
Je le lui ferai dire à lui-même...
LE MARQUIS
A lui!
CAFARINI.
Lui!
fabio, a part, regardant Clélia.
O bonheur inouï !
gina, à part, regardant Fabio.
O bonheur inouï!
GINA
De lui déjà chacun s’étonne...
Ils seront tous ses protecteurs!
LE MARQUIS, Surpris.
En effet, sous ses doigts résonne L’air dont nous sommes les auteurs!
CAFARINI.
C’est bien de lui... Mieux que personne J’en suis certain... Plus de frayeurs!
fabio, d’un air content.
Que dites-vous de cet air-là?
CLÉLIA, LE MARQUIS ET CAFARINI.
Je reconnais bien cet air-là!
GINA
Ah! j’aime beaucoup cet air-là!
clélia, à Fabio.
Certes, Monsieur, vous êtes très-habile...
Mais je suis curieuse, et veux savoir ici Qui composa cet air?..
CAFARINI.
Vous le dire est facile!..
Paroles et musique, à coup sûr, sont de lui !
fabio, vivement.
Non, non... je'ne veux pas me parer d’un mérite Qui no m’appartient pas... car c’est d’un grand seigneur! le marquis, avec effroi.
O ciel !
clélia, o Fabio.
De vous l’on dit merveille.
D’après un connaisseur;
Ainsi, je vous conseille De chanter sans frayeur.
LE MARQUIS
Je ne sais si je veille...
Pour ces vers enchanteurs,
Surprise sans pareille.
Nous sommes trois auteurs...
fabio, à part.
Surprise sans pareille;
A moi tant de bonheur!
Je ne sais si je veille.
Je redoute une erreur.
gina, regardant Fabio.
Ivresse sans pareille,
Mais d’où vient sa frayeur?
Sur lui mon amour veille Et rêve son bonheur!
cafarini, au marquis.
Oui, je vous le conseille.
N’ayez plus de terreur.
Je le sais à merveille,
Lui seul en est l’auteur!
clélia, à Fabio.
Qu’allez-vous nous chanter?
fabio, tirant de sa poche un morceau de musique. i> . .j. , Voulez-vous un morceau
Que 1 on vient d orchestrer?
clélia.
C’est inédit?
FABIO
Et nul ne le connaît! ^RnS ^oute>
CLÉLIA.
Très-volontiers... J’écoute!
Son mérite du moins sera d’être nouveau !
(Chantant en s'accompagnant sur la guitare .) « O toi, dont l’œil rayonne « De mille traits vainqueurs,
« Sans ^ceptre ni couronne a Tu règnes sur les cœurs!
« Oui, je t’aime sans le dire...
« Mais écoute autour de toi,
« Et si quelqu’un soupire,
« C’est moi! c’est moi! »
ENSEMBLE
clélia, étonnée.
Qu’entends-je!.. Sous ses doigts résonne Cet air que j’entendis ailleurs !
Homme d’esprit!
LE MARQUIS
D’effroi mon cœur palpite...
, fabio, avec chaleur.
Elevé par son rang, et surtout par son cœur!
Et pour vous le prouver' en un mot, c’est...
le marquis, l’ empêchant de continuer.
Jeune homme!
Le comte de Fiesque !
tous, poussant un cri dans un sentiment différent.
FABIO
, C’est ainsi qu’on le nomme;
Et vous le connaissez!..
clélia, avec colère, le marquis, avec joie.
Ah ! c’est de lui !
FABIO
De lui...
Je vous l’atteste ici!
ENSEMBLE
clélia, à part.
O rage ! ô colère !
Soudaine lumière Qui brille et m’éclaire D’un funeste ‘jour!
Pour sa souveraine Quand l’amour l’enchalne.
Qu’en mon cœur la haine Succède à l’amour !
LE MARQUIS ET CAFARINI
Hasard tutélaire Qui soudain m’éclaire.
Et dont la lumière M’embrouille à mon tour!
Mais quoi qu’il advienne,
Au gré da { “a } haine Je pourrai i Il pourra I sa»s peine Le perdre à la cour!
fabio, à part.
Ah! je dois leur taire Ce doux nom de frère ;
Un pareil mystère Doit fuir le grand jour!
Mais quoi qu’il advienne,
L’amitié m’enchaîne,
Ma vie est la sienne...
A lui mon amour !
gina, à part.
De lui je suis fière.
Mais je dois le taire ;
LA BAIiCAKOLLE.
Un pareil mystère
Doit fuir le grand jour!
Mais quoi qu’il advienne,
A lui tout m’enchaîne,
Ma vie est la sienne...
A lui mon amour !
clélia, à part, avec colère.
Le comte!., le perfide... il aime la princesse...
(.tuec mépris,)
Et par ambition !
le marquis, bas, à Cafarini,
Conçois-tu mon ivresse?..
cafarini, de même.
Je n’y conçois plus rien !
le marquis, de même.
Qu’importe!., un sort heureux Mc sauve de l’ablme... et par un trait d’audace J’y pousse un ennemi... je lo perds à ma place!..
J’y cours... et Richelieu, je crois, n’eût pas fait mieux!
REPRISE DE L'ENSEMBLE
CLÉLIA.
0 rage! ô colère! etc.
LE MARQUIS ET CAFARINI
Hasard tutélaire, etc.
FABIO
Ah ! je dois leur taire, etc.
GINA
De lui je suis fière, etc.
(Le marquis, après avoir rappelé à Clélia l'heure de la réception, sort par la (jauche avec' Cafarini.) clélia, à part, regardant la pendule. Oui, oui, voici l’heure... (.4 Gina.) Mes gants, mon mantelet... (Gina entre dans la chanxbre à droite.)