SCENE II
FABIO, caché ; CAFARINI, GINA, entrant par les bosquets de droite.
CAFARim, entrant et causant avec Gina. Oui, Signorina, c’est par moi, par mon crédit, que vous entrez au palais ducal... et que vous vous promenez dans ces beaux jardins... Mais il n’est pas encore l’heure et nous pouvons nous asseoir. . (Ils s’asseyent tous deux sur un banc à gauche, au dessous de l’escalier où est Fabio.) Sans moi, vous n’auriez pas ce billet qui vous permet d’assister à la fête et au concert...
gina. Ça m’est bien égal!..
CAFARINI. Ah! d’entendre ma musique... ça vous est égal... Tout le monde ne dirait pas cela! .
gin a. Ne vous fâchez pas, mon oncle... Je veux.dire seulement que je n’y suis guère disposée... Avoir vu arrêter ce pauvre jeune homme... ce comte de Fiesque... ça m’a fait une peine...
fabio, à part, se montrant un instant sans être vu de Cafarini ni de Gina. Ah ! c’est une brave fille!..
gina, à Cafarini. Et qu’est-ce qu’il a fait?., le savezvous?..
cafarini. Oui!
fabio, de même. Je vais donc l’apprendre! cafarini, mystérieusement. Imagine-toi... (S'arrêtant.) Je ne peux pas te le dire... c’est un secret d’Etat!
gina. Mais, au moins, on ne le condamnera pas sans l’entendre !
cafarini, de même. Au contraire ! C’est l’avantage d’un secret d’État... L’affaire ne sera jamais discutée et il ne sera question de rien... Le prince le veut ainsi... pour des raisons à lui connues... et qui ne te regardent pas... Ce qui nous regarde, c’est que demain, aujourd’hui peutêtre, je serai nommé maître de chapelle de la cour... avec le ruban de Saint-Michel, le ruban noir... etc. etc. gina, avec étonnement. Vous!..
cafarini. Moi!.. Tout ce que je demanderai, je suis sûr
de l’obtenir... Et ces honneurs, celte richesse... sais-tu à qui je les offre?
gina. Non !
cafarini. A toi!
gina. A moi!.. C’est comme la musique. . ça m’est bien égal!..
cafarini. Et pourquoi, s’il vous plaît?
gina. Dame! j’aurais préféré vous le cacher toujours, ainsi qu’à moi-même... mais puisque vous m’y forcez, il faut bien vous avouer qu’il y a quelqu’un que j’aime! cafarini, avec colère. Comment?
gina, avec résolution. Eh bien! oui .. Un jour, dans la voiture de la marquise, j’allais être tuée, sans un brave jeune homme qui m’a sauvé la vie, et qui, depuis, est venu demeurer près de nous...
cafarini, vivement et se levant. Fabio!
gina, se levant aussi. Eh bien! oui, mon oncle! fabio, à part. O ciel!