‹ Aux Antilles, hommes et chosesChapitre 10 sur 13 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

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Dimanche 22 avril.

Voici huit jours que nous avons quitté Pointeà-Pitre. Ce fut seulement aujourd'hui à liauteur des Açores, que nous trouvâmes un peu de calme. De violentes bourrasques, sans doute, s'élevèrent sur les côtes d'Angleterre et d'Islande. Le vent qui soufflait du Nord-Est poussait vers nous les longues houles d'une mer récemment démontée. Lancé à pleine vitesse, le navire en gravissait rapidement les versants, oscillait un instant sur leur crête, puis retombait, la pointe en avant, dans l'immense déclivité glauque qui s'avançait, glissait, se dérobait brusquement sous sa quille. Et chaque fois la proue plongeait, disparaissait dans les écumes, pour, quelques instants plus tard, se dresser à nouveau, menaçante, vers le ciel.

Pendant huit jours et huit nuits, ce fut ainsi un balancement continuel, un effroyable tangage sans un instant de répit, sans une minute de complet et délassant sommeil.

Aujourd'hui la mer s'aplanit; la surface agitée de l'eau se calme. Le navire avance, d'une marche plus souple, presque glissante. On respire, on éprouve une sensation de bien-être, de délivrance. Autour de nous les horizons s'agrandissent. Les bords du ciel reculent comme s'ils s'infléchissaient à de plus lointaines distances sur la ligne immobile, presque infinie des eaux.

Voici l'instant venu de relire ce journal, de recueillir ses souvenirs et de les consigner. Dans ces notes rédigées au jour le jour, à la hâte, se glissèrent sans doute de nombreuses contradictions. Elles témoignent de ma sincérité. Comment exiger d'un voyageur qui se confie à la spontanéité de ses impressions, qui les consigne, toutes vibrantes encore de la conversation qui vient de finir, des scènes auxquelles il vient d'assister, ce calme, cette impartialité qui n'appartient qu'à l'histoire? Une conclusion s'impose aujourd'hui, demain c'en est une autre. S'il veut être vrai, s'il veut donner l'impression de la vie, il laissera le lecteur partager avec lui toutes ses hésitations.

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Puis, au retour, ce sera son devoir de tout réunir et tout coordonner, pour atteindre, après ces sensations multiples et contradictoires d'une course trépidante, cette unité d'impression finale <les choses, vues à distance, à travers le souvenir ^

Ce qui frappe, ce qui reste dans Tespritau retour d'un voyage aux Antilles, c'est la force, la puissance des Anglais, l'universalité de leur présence dans cette partie du monde comme dans les autres d'ailleurs. Il y a trois ans, en contournant l'Afrique, je ressentais la même impression. Je la crois commune à tous voyageurs qui parcourent les mers.

Mais, une telle admiration ne doit pas s'ensuivre, que tout esprit critique en soit anéanti. Dans la vie des nations, comme dans celle des individus, le hasard, les circonstances, la fortune tiennent souvent le principal rôle. Elles déjouent les combinaisons les plus savantes, elles terrassent les plus fortes volontés. Comme les Anglais, aussi parfaitement qu'eux, la plupart de ces îles, nous

1. J'ai donc, étant à terre, revu cette conclusion.— C'est ainsi que j*ai pu y ajouter quelques détails relatifs à des événements postérieurs, tel le cataclysme de Kingston par exemple, et qui sont venus corroborer mes dires.

OU les Espagnols, les avons possédées ; elles nous échappèrent parce que les circonstances furent telles que nous ne pouvions les défendre. En 1831, en parlant de l'Angleterre, Edgar Quinet écrivait à peu près en ces termes, je crois : « La France n'égalera jamais dans le mouvement du commerce la vitesse de cette île qui flotte comme un vaisseau, aborde avant elle tous les climats, bien loin, comme on l'a dit, d'être enfermée en aucun. » — Saisissante image qui, dans un raccourci puissant, synthétise toute l'histoire delà Grande-Bretagne. C'est en effet à la liberté de ses mouvements qu'elle doit, à travers les âges, la continuité de son extraordinaire fortune. Perdre définitivement la France à l'issue de la guerre de Cent ans ce fut un bonheur pour elle. Elle y gagna l'empire du inonde. Tandis que les autres nations s'épuisaient, comme aujourd'hui encore, à se disputer la prépondérance sur le continent, elle, dès qu'elle eût mis ordre à ses affaires intérieures, par le hasard des circonstances, par la force des choses,, commença une autre œuvre. Nul génie politique, avec la plus complète prescience de l'avenir, n'aurait pu mieux la conseiller. Rejetée brutalement dans son île, forcée d'abandonner cette Europe où elle voulait jouer un rôle, de la mer,, qui semblait alors une immense étendue déserte^

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elle fit, à contre-cœur, sa chose et son empire. Et ce fut le plus grand empire du monde. — A un moment où la conception en existait si peu, qu'aucua mot d'aucune langue ne pouvait la caractériser, elle inaugura cette politique « mondiale » dont on parle tant aujourd'hui. Lorsqu'à notre tour, dans les courts répits que nous laissaient nos luttes territoriales et le souci de notre indépendance, nous voulûmes respirer à l'aise, risquer quelque aventure, lancer au loin nos vaisseaux, toujours nous retrouvâmes au large les escadres de l'Angleterre ; toujours, sur le continent, les embarras incessants que nous suscitait sa diplomatie. Par ces deux moyens elle nous vainquit. A peine nées, nos colonies étouffaient sous son étreinte. Lentement, débris par débris, notre empire colonial s'eârita dans son empire.

Ainsi en fut-il de ces petites Antilles dont je reviens. Que nous manqua-t-il pour les conserver? L'esprit d'entreprise, le génie de la colonisation, les capitaux ? Nullement. Simplement ceci: l'inviolabilité de nos frontières, la sécurité du gouvernement central. Nous nous laissâmes ainsi distancer, ou plutôt les circonstances furent telles que nous ne pûmes que demeurer en arrière. Le temps perdu ne se rattrape guère ; les peuples

comme les races qui possèdent une si belle avance ont chance de la conserver pendant de longs siècles. C'est un fait : il faut nous y résigner. La diplomatie ne vit point de regrets, notre politique étrangère ne peut que s'orienter conformément aux nouvelles données, se plier aux événements et s'efforcer d'en profiter. Ce sera l'honneur durable d'un grand ministre de nos jours, si injustement méconnu à de certaines heures, d'avoir su le comprendre.

D'ailleurs, quelle qu'ait été Pissue de ces luttes, aujourd'hui,une sorte de confraternité particulière existe entre le colon anglais et français des Antilles. Gomme au Canada, l'union politique des deux races ne semble pas impossible. C'est un sujet sur lequel je reviendrai tout à l'heure. Mais au moment où je quitte cette mer des Antilles, après avoir vécu parmi les coloniaux des deux nations si longtemps rivales, qui, dans ces îles superbes vivent à la fois face à face et côte à côte, cette pensée profonde de Joseph de Maistre me revient à l'esprit : « Ces deux grands peuples, disait-il en parlant des Anglais et des Français, doivent, à jamais s'observer, se jalouser, s'imiter, se développer à l'envi. Ils ne peuvent cesser de se chercher ni de se haïr. Dieu les a placés en regard

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comme deux aimants prodigieux qui s'attirent par un côté et se fuient par l'autre, étant à la fois ennemis et parents. »

En ce qui concerne spécialement la Martinique et la Guadeloupe, la note dominante qui m'en restera, ce qui à la fois explique tout le passé, et contient, hélas, tout l'avenir de ces îles, c'est une haine de races, sourde, inavouée, mais furieuse et qu'avivent encore, parce qu'ils l'exploitent, quelques politiciens de couleur sans scrupule.

Au cours de cette relation, j'ai cité certains exemples de cette rivalité. J'ai montré les fils de créoles, peu nombreux, débordés par les fils de ces esclaves émancipés, leurs ouvriers encore aujourd'hui. Puis, d'un trait rapide, j'indicpiais Texistence de cette classe intermédiaire des métis S remuante, intelligente, ambitieuse. Elle détient maintenant les petits emplois, les petits métiers, tout le commerce moyen de la colonie.

1. J'ai employé dans cet ouvrage le mot métis dans son sens large et étymologique, comme signifiant tout homme d'un sang mêlé. Strictt^ment au contraire, il signifie tout homme issu du croisement des races indienne et européenne; le mot mulâtre concernant dans cette acception les hommes qui tirent leur origine de la race blanche et nègre.

Parmi elle se recrutent les chefs du parti évictionniste, du parti hostile aux blancs, qui malgré certains démentis, existe incontestablement, puissant dans les deux colonies, redoutable surtout à la Martinique. Ce parti, il est déjà quelque chose, il aspire maintenant à tout devenir ; demain, sans doute, il sera le maître. C'est pourquoi il en faut parler plus longuement.

Dans ces haines de races, ou plutôt d'une race contre une autre, l'amour-propre blessé joue le plus grand rôle, peut-être le seul. On l'avoue rarement, il en est ainsi cependant. Ce que certains mulâtres ne pardonneront jamais aux blancs, c'est de les tenir à distance, de repousser avec eux toute alliance, de ne point les agréer dans leurs familles. — Une circonstance assez fortuite, raconte je crois Sainte-Beuve, décida à la fois des opinions, et de la carrière de Bamiave. A Grenoble, un jour, accompagnant sa mère au théâtre, celle-ci s'installa dans une loge réservée à l'un des complaisants du duc de Tonnerre. Sur l'ordre du gouverneur, elle en fut expulsée. Barnave, dès qu'il y vit jour, fit serment de relever lacaste à laquelle il appartenait de l'état d'humiliation auquel elle semblait condamnée. L'enfant outragé dans la personne de sa mère fit l'orateur de la Consti-

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tuante. Et le grand critique concluait: « On n'apprécie jamais mieux une injustice, une inégalité générale, que quand on est atteint soi-même ou dans les siens, d'une manière directe et personnelle. »

Inégalité oui, injustice non ; ce serait trop dire dans l'espèce. Au nom de quelle loi voudrait-on forcer les blancs à mêler leur sang aux métis ? C'est un préjugé pour une femme blanche, direzvous de redouter à ce point des enfants de couleur, préjugé, je l'accorde, que ne partagent pas à ce degré les Européens; l'exemple des Dumas en est

la preuve. Mais encore Ce préjugé, beaucoup

de blancs créoles l'ont : c'est un fait ; les circonstances le leur ont donné ; ils ne sont point libres de ne pas l'avoir. N'est-ce point attenter à leur indépendance que de vouloir, par violence, le leur ôter, au lieu d'attendre sagement l'évolution fatale des idées? Cela paraîtra sans doute puéril en Europe. On m'accusera d'attacher trop d'importance à des choses qui n'en ontpas; et cependant toute la politique de la coloaie tient en quelques lignes, se résume en quelques phrases, en deux ou trois idées simples et bizarres à la fois. Les nègres sont nègres; si nul ne les excitait, ils s'accommoderaient fort bien de le rester. Les

métis veulent devenir blancs, et les blancs le demeurer. Voilà l'origine de ces disputes, la cause de cette rivalité, de ces luttes dont les épisodes dramatiques, au reste exagérés, défraient parfois les colonnes de nos journaux d'Europe *.

Et ces mulâtres inconséquents tiennent, à Tégard des autres mulâtres, la conduite qu'ils reprochent si amèrement aux blancs d'adopter à leur égard. Ils dédaignent les nègres tout en les caressant. Rarement ils épouseraient une négresse ; plus difficilement encore une Gafre d'un certain rang social convolerait avec un nègre; toujours, au contraire, (dans la bourgeoisie tout au moins), un métis, comme épouse, cherche une femme plus blanche que lui; toujours une jeune fille mulâtre fortunée tendra à s'unir à quelque jeune homme qui, par sa couleur, se rapprochera davantage du blanc détesté. Parmi les enfants, s'il en est un qui reproduit le type à peu près pur de la race abhorrée, c'est sur lui que l'on fondera tous les espoirs, c'est à lui qu'iront toutes les tendresses.

1. Cette face très importante et fort curieuse du problème n'avait pas échappé à l'esprit sagace de Napoléon. Pour éluder cette difficulté il avait songé à rétablir la polygamie aux Antilles. Ajoutons qu'il était un partisan déclaré des hommes de couleur qui, à cette époque, étaient certainement opprimés par les blancs. Voir : Œuvres de Napoléon /«', sur la Révolution de Sainl-Domincjue, tome XXX.

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Étrange anomalie que cet hommage causé par cotte haine.

Pour les combattre que reproche-t-on à ces blancs, en définitive? Leur cruauté, leur injustice actuelle ? nullement ; leur fortune ? peut-être ; mais ceci surtout: d'être les fils des anciens privilégiés, des anciens maîtres, des anciens boucaniers, qui peuplèrent de noirs les Antilles. Si l'on n'ose l'imprimer *, on le murmure ; et nul ne se dit que sans ces flibustiers il n'existerait même pas.

1. On l'a fait depuis. Voici un extrait du journal UOpinion, 10 mai 1906, pendant la dernière période électorale. Je cite mes auteurs, ne voulant pas être accusé d'exagérer à plaisir. On verra quels sont les sentiments abominables qu'une certaine fraction de la population martiniquaise prête injustement aux blancs de là-bas, dans le but de les perdre. — Au soir de l'élection de M. Duquesnay (député de couleur soutenu par les blancs), quelques cris de : Vive Békés, se firent entendre. Le lendemain parut l'article suivant, intitulé : Vive Békés. La haine, en son ampleur y atteint l'éloquence.

« Vive Békés ! tel est le cri, cri sinistre s'il en fut jamais dans notre colonie, qui retentissait, dimanche soir, dans les rues du chef-lieu, à la nouvelle du succès imprévu de M. Duquesnay. Ceux-là, qui veulent toujours et méchamment sur les terres françaises des Antilles, rejeter, sur le parti républicain, les responsabilités des luttes ethniques et des haines de race, étaient précisément les mêmes gens qui poussaient ce cri de guerre dans nos rues d'ordinaire si paisibles. On sait, en effet, que ce sont eux qui ont fait l'élection de M. Duquesnay et il n^est pas un d'entre nous qui, entendant cette clameur, n'en ait

Car somme toute, et je ne cède à aucun préjugé en écrivant ceci, il ne faudrait pourtant pas que notre philanthropie, à nous autres Français,

«prouvé un frisson douloureux, tout comme, quand, dans la nuit, vous entendez sonner le tocsin, ou que dans les jours d'émotion populaire, la foule surexcitée jette des cris farouches de mort contre ceux qu'elle poursuit de ses colères.

Vive Békés est un des cris de ralliement que nous connaissons bien; il représente tout un système, système odieux, s'il en fut jamais, car, il est fait de toutes les iniquités, de toutes les violences, de toutes les abominations. Le békéef fe négrier étanU ayant toujours été le même individu sous des noms différents, le hourrah poussé en faveur de l'un indique dans l'esprit des manifestants, l'envie, le désir, la possibilité du retour de l'autre. — Et nous avouons que ce doit être là, pour quelques Martiniquais, une bien douce espérance, car nous savons les infernales convoitises qui veillent au fond de leur cœur, nous savons tout le mépris quils nourrissent contre les trois quarts -de notre population laborieuse, et tout le mépris qu'ils ont pour le droit des pauvres gens, « des misérables nègres », comme ils disent entre eux, quand il leur arrive, dans l'intimité, de parler de leurs travailleurs de leurs employés de race colorée. Ah! oui, ce vive hékés crié dans les rues de Fort-de-France dimanche soir nous promet pour l'avenir de douces émotions. Il ne nous faut pas faire de gros efforts d'imagination pour deviner les scènes auxquelles 1 on se prépare, les orgies sanglantes destinées à la satisfaction des haines et des vengeances de certains békés, orgies à qui ce cri doit servir de prélude, car si les jeunes, qui ont voté dimanche pour Duquesnay, ne savaient pas, il est bon qu'ils apprennent à connaître que le béké est un homme de proie, sorte de carnassier à la face humaine mais au cœur de tigre. Petit-fils de boucanier ou descendant de flibustier, il a les aimables qualités qui faisaient

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nous m totalement oublier l'histoire. — Ou ne saurait trop protester contre l'esclavage. Son abolition fut une grande conquête de l'humanité,

Vorgueil de Morgan VExUrmin.teur. Son fouet lui senMe suffisant pour fa^re marcher ses chiens et ses esclaves, - l,sez doLsliques aujoard-hui- et si lespaui-res diables reg.mhent^ eh • bien, il y a toujours du plomb chaud quelque part qui pourra servir à leur faire couler la cervelle ou à leur crever

la poitrine. . ,

Vive Békés, mais nous l'avons entendu proférer ce cri, il n y a pas bien longtemps, et peu après, un ou deux ans, trois anspeut-être, l'éclair des fusillades illuminait nos plaines, et de pauvres bougres roulaient dans les fossés delà route le corps troué, pendant que leur sang- rougissait la terre qu ils avaient fécondée de leurs efforts.

Vive Békés, mais si M. le comte Emmanuel de Lagrange de Lavernais, un blanc celui-là et non pas un héké, un blanc des colonies.un bon français,c-est-à-dire un homme de haute intelligence, de grand cœur et d'admirable bonté, si M. de Lagrange de Lavernais vivait encore, il vous d.rait que lui aussi il y a un peu plus de vingt ans, il avait entendu ce cr. s.ms^re dansées campagnes et cest à ce cri qu'on fusillait dans le Sud, a d?stanceet\ans jugement, tous les pauvres gens, victimes, eux aussi des suites d'un crime affreux, déterminé par des haines de race, toujours impies et sacrilèges, mais toujours fomentées ici par des békés.

M de Lavernais a été mourir loin de son pays dans un exil pitoyable et en proie au plus triste dénuement, car il n'avait pu maîtriser les sentiments d'horreur que faisait naître en lui 1 affirmation du système social dont ce cri de vive bekes n est en quelque sorte que le signal.

Eh cers amis, ne croyez pas que nous exagérions, quand nous parlions des impressions attristées que provoquaient en

mais cette abolition vint à son heure; et notre protestation actuelle n'empêchera pas Pesclavage •d'avoir été, à tort il est vrai, considéré par toute

nous de telles clameurs funèbres. Au lendemain de l'élection Guibert, dans la bouche d'un homme du peuple, nous avons •entendu la phrase suivante qui lui avait été certainement soufflée par un des fils de nos anciens maîtres: « On dit que Denis Guibert va rétablir l'esclavage à la Martinique, j'en serais fort heureux, car je pourrais, sur les propriétés des békés, avoir à la main le fouet du commandeur et couper le dos aux mulâtres •en leur donnant le quatre-piquets. »

L'espérance, comme on le voit, était douce. Hélas! le fouet na pas été remis à ce pauvre homme, mais dans les plaines du François, les balles Lebel, plus meurtrières que le fouet luimême, se sont abattues en pluie terrible sur la chair des malheureux travailleurs du sol et les ont abattus, pour la grande gloire de Denis Guibert et des békés.

Et M. Fernand Clerc est l'homme qui a été le plus puissant •défenseur de la candidature Guibert ; et M. Clerc sollicite les suffrages des Français noirs ou mulâtres au cri de Vive békés! Il a déjà réussi en partie dans sa besogne ; dans le Sud,Duquesnay, le pauvre Duquesnay a été élu, lui qui n'est qu'un triste fantôme entre les mains de ce terrible patron, partisan du liignon et de l'ivresse crapuleuse. Que M. Clerc réussisse dans le Nord, et le fouet et les balles et le sabre auront encore de beaux jours ici.

Ombre de M. de Lavernais, ne sorlirez-vous donc pas de la tombe, pour venir jeter avec nous le cri d'alarme, pour mettre en garde cette population trop confiante et trop candide, qui, elle-même, prépare et fabrique les instruments de torture quon doit employer contre elle ! »

Quelques jours auparavant avait paru dans ce même journal

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l'antiquité comme nécessaire'. Ou ne sam^ait trop désirer que la race noire soit l'égale de la blanche, trop souhaiter qu'elle le devienne, mais elle

un article aussi violent, intitulé : Leur triomphe, et dont le titre dit assez l'esprit. En voici quelques extraits:

lo « Ouijes nègres et mulâtres de 1848, qu'un décret signé de Schœlchcr avait fait libres et dont le même Schœlcher avait fait des citoyens, à l'instigation des bckés créoles sous la pression patronale, grâce à la corruption et à la vénalité, avaient accepté de voter pour Bissette, le mulâtre marqué, trop facilement oublieux d'un passé scélérat, et pour Pécoul, le grand propriétaire, tourmenieur de nègre et exploiteur de chair humaine. »

20 . . . pendant que le béké créole avait l'âme toujours ouverte à toutes les rancœurs, à toutes les rancunes, à tous les préjugés, pendant que les gros patrons, fils des anciens tourmenleurs de 'chair noire et aujourd'hui exploiteurs de toutes les misères humaines...

3» Nous irons, au contraire, demander des conseils d'énergie et de vaillance au défenseur de notre race et des libertés coloniales, et puisque c'est la guerre scélérate et hypocrite qu'on veut nous faire, qu'on veut faire aux principes de justice et du gouvernement dont nous nous réclamons, nous ferons la guerre heure par heure Jour par jour, sans cesse et sans répit. 4-0 Nous verrons bien si 3 ou 4000 individualités plus ou moins scélérates pourront arrêter dans sa marche en avant une collectivité de plus de 180.000 Français, honnêtes, patriotes et

laborieux. »

Voir également Jean Hess : La catastrophe de la Martinique, pages 75 et suivantes. M. Jean Hess, en 1902, au cours d'unsensationnel et remarquable reportage, constata les mêmes haines et les mêmes rivalités.

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