GRENADE
tation souveraine pour faire oublier ces cataclysmes, ces bouleversements d'Apocalypse audessus desquels, lumineux et calme, s'arrondissait cependant le même ciel bleu.
A terre, au crépuscule, cette première impression de délabrement ne disparaît point; elle s'accroît plutôt.—- 0 la vieille et triste cité que cette ville aux larges rues envahies par le gazon, à l'aspect mélancolique et morne, avec leurs sentiers sinueux d'herbe râpée serpentant au milieu de la chaussée ! Ces maisonnettes aux façades recueillies et tranquilles, quel étonnement de les trouver ainsi, en ce pays de soleil ! Sans les cocotiers, dont un souffle de temps à autre balance et froisse les palmes, ne dirait-on pas une ville du Nord, un quartier retiré de Bruges ou de Malines, par exemple.
Mais peut-être suis-je le jouet d'une illusion. Demain, quand le soleil luh'a, tout ici n'en serat-il pas transformé? Il faut la clarté da jour càces pays de lumière. Cette tristesse, ce silence, cette mélancolie, qu'est-ce donc en définitive? Un simple efiet du crépuscule peut-être.
Mardi, 20 mars.
Encore une nuit passée en mer. Encore au matin un surprenant réveil, une terre monte à l'horizon: Saint-Vincent \ Les mêmes sommets, les mêmes montagnes, les mêmes sites : ciel, arbres, terrains grandissent, s'avancent. Les hauts cocotiers, à nouveau, font trembler, à l'extrémité de leurs longues tiges, leurs touffes de palmes vertes; à nouveau aussi accourent des flottilles débarques nègres. L'île de Grenade s'est-elle donc prolongée jusqu'ici? C'est à le croire. Le climat, les types d'habitants, les lignes maîtresses du paysage: on retrouve tout, rien n'a changé.
Toutefois certains bâtiments diffèrent quelque peu à Kingstown de ceux déjà vus dans les autres îles. Ils sont plus hauts, deux, trois étages parfois. Quelques-uns bâtis en pierres noires, en moellons, en briques, offrent une certaine analogie avec les maisons de Fort-de-France. Seraient-ce là les derniers vestiges deroccupationfrançaise?Gar Saint- Vincent, comme les autres Antilles d'ailleurs, nous appartint pendant un long temps. L'empire
1. Découverte par Coloml) en 1499, Colonisée par les Français à partir de 1650, elle fut prise par les Anglais en 1752.