‹ Aux Antilles, hommes et chosesChapitre 5 sur 13 · SAINT-VINCENT · texte numérisé non relu

SAINT-VINCENT

anglais, ici comme partout, se fonda sur les débris du nôtre.

Mais véritablement ces escales sont trop courtes. Celle-ci dura une heure à peine. Je viens de débarquer, déjà il me faut songer au départ.

En hâte je gravis les mornes voisins. Un court regard sur cette baie déployée devant moi, sur ces deux ou trois paquebots fumants, posés comme des fuseaux sur l'eau bleue, au pied de ce promontoire qui s'avance très loin dans la mer couronné par un fort sombre ; puis c'est fini. Il faut courir au rivage, sauter dans ma barque, remonter à bord. La sirène du paquebot retentit, les criques, le promontoire, les collines se déplacent, glissent. Un yacht de plaisance, le Lysistrata, tourne à bâbord ; le dessin des palmiers se noie dans la masse sombre de la verdure ; tout se confond dans une teinte grise, uniforme ; les montagnes s'abaissent. Saint- Vincent disparaît et c'est à nouveau la pleine mer.

Mercredi, 21 mars.

Brusque crochet à l'est cette nuit. A midi nous stoppons en rade de Bridgetown, capitale des

Barbades ^ L'aspect général de l'île, celui de la ville se montrent tout différents.

Ce sont des terres basses qui nous environnent. Mornes, collines et pics ont complètement disparu. De la haute mer, la Barbade apparaissait tout à l'heure comme une bande de terre plate et jaunâtre. La ville, le port ont un aspect quelconque, un de nos ports d'Europe, donnant une impression d'activité commerciale très intense toutefois.

La Barbade est une colonie sucrière. Les champs de cannes en couvrent la plus grande surface; les nègres émancipés forment la majeure partie de sa population. Tout au moins voilà ce que je lis sur mon guide. N'ayant le loisir de rien contrôler, croyons-le sur parole.

Qu'ici les échanges commerciaux soient plus importants, plus fréquents qu'à Grenade et Saint- Vincent, pour s'en rendre compte il suffit de traverser Bridgetown, la capitale. Si la crise sucrière influa sur la prospérité de l'île, on y fit face dans une certaine mesure ; le cacao, le café, vinrent en aide aux planteurs sucriers en détresse. Et les

1. Découverte et possédée par les Portugais jusqu'en 1624^ époque à laquelle elle devint anglaise. Elle est aujourd'hui le siège du gouvernement général des îles du Vent, et des îles sous le Vent.

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