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terre, sorte de trompe végétale qui prend racine h son tour et sert à alimenter la portion du géant où elle a pris naissance.
La mer arrose deux côtés de cette savane dont la forme est rectangulaire. Un petit cap sur lequel est bâti le fort qui donne son nom à la ville partage la vue sur la mer en deux portions d'aspect très-difFérent. D'un côté on voit l'immensité, la surface liquide s'étendant jusqu'à l'horizon, en un mot la pleine mer. D'un autre côté du fort, on aperçoit la baie du carénage, partie abritée, où de nombreux navires sont à l'ancre. Leurs silhouettes se dessinent agréablement sous le berceau de verdure formé par les grands arbres; leurs cordages se confondent avec les. racines aériennes des sabliers et avec les Uanes qui relient chacun de ces arbres géants aux palétuviers du rivage.
Enfin, derrière toutes ces merveilles, de l'autre côté de la baie de Fort-de-France, apparaissent dans 'le lointain les monts d'Arlet, du Diamant et de Sainte-Luce, dont les cimes joyeusement élancées et couvertes d'une végétation verdoyante contrastent avec l'azur de la mer, la nudité des mats et la majesté sombre des grands
arbres qui sont au premier plan.
Ce ii*est pas une seule description qu'il fau- -drait faire de cet endroit vraiment splendide pour en donner une juste idée au lecteur. Il faudrait le peindre à chaque heure du jour et de la nuit*
Après avoir essayé d'en tracer la configuration , il faudrait, dans chacune de ces descriptions successives, énumérer les différents effets de la lumière qui formulent un véritable langage, tant ils donnent à cette promenade des physionomies variées et significatives.
Il faudrait considérer à midi, sous Tardent soleil tropical, l'épaisseur des berceaux de verdure et l'onibre bienfaisante qu'ils répandent sur les allées.
^ Il faudrait admirer, le soir, la lutte suprême qui s'engage entre lé soleil couchant et ces mêmes ombrages qui ont su lui résister pendant le jour : la mer incendiée darde obliquement les rayons lumineux qu'elle reflète, et le soleil, victorieux au moment de disparaître, finit par colorer de rouge cette impénétrable verdure.
Et puis enfin, plus tard, quand la nuit est venue et que la lune monte au-dessus de l'horizon, c'est alors qu'il faudrait considérer les étranges contrastes de clair et d'obscur qui se produisent sur cette promenade. Les arbres,
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dans les replis desquels brillent et chantent mille insectes, font jaillir de leurs feuilles lisses des reflets blanchâtres et éclafants. Dans le port, les fenêtres des vaisseaux, en s*illuminant, paraissent être les yeux brillants de quelque dragon nocturne, et les vaisseaux eux-mêmes des monstres marins, dont les silhouettes absolument noires prennent à cette heure de la nuit des aspects fantastiques.
La mer, presque constamment immobile dans ces parages, semble contemplative devant cette belle nature, et les montagnes du sud, en se voilant à demi dans un brouillard mystérieux, prennent des proportions considérables et paraissent vouloir se grandir elles-mêmes pour se rendre dignes de terminer un pareil tableau.
J'en ai si bien admiré et compris toute la magnificence que je serais presque tenté de m'excuser d'avoir osé essayer de la décrire.
Deux longues heures se sont déjà écoulées depuis que nous avons mis le pied sur la terre ferme. Le jour a paru. La vie active, la circulation dans les rues de la ville ont commencé.
Voici une négresse arrivant de la campagne et qui porte au marché des fruits dont la forme et la saveur nous sont inconnues. Un noir sort
d'une moison voisine, s'approche d'une boutique ambulante où Ton débite du lait, des fruits, de la glace, et fait quelques emplettes. Il est proprement vêtu et semblerait un majordome, si la case d'où il sort n'avait pauvre apparence.
Voici un autre noir, mais dont le type diffère essentiellement du précédent. Ses traits sont plus beaux , mais aussi plus sauvages. Une raie bleu foncé sépare son front en deux parties égales, et des anneaux d'or sont passés dans son nez et dans le haut de ses oreilles. C'est, à n'en plus douter, un Indien de la vieille Asie, un sujet anglais émigré en Amérique. La pioche qu'il porte sur son épaule indique qu'il se rend h quelque dur travail; son regard et sa fierté prouvent qu'il n*a oublié ni sa patrie ni l'indépendance de sa race.
Pkis l'heure s'avance, plus les rues s'animent. Un jeune homme au teint cuivré, vêtu d'un costume blanc irréprochable, vient d'entrer dans la maison dite du gouvernement; puis nous voyons circuler et s'entre-croiser une foule de cotillons bleus, verts, jaiunes, rouges, ornés d'arabesques les plus fantastiques et recouvrant des personnes de tout âge, aux couleurs de peau les plus variées;
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En rlurope, pour aller du blanc au* noir, rioiis ne connaissons qu'un chemin : lés gris. En Amérique, ou plutôt en anthropologie, *cette route directe n'existe pas; on suit une Vnasse de petits sentiers détournés qui côtoient le rou-' geâtre, le jaunâtre, le verdàtre, le blanc mat ; et encore je ne parle que de la couleur. Si j'y entremêlais les routes non moins compliquées qui mènent du type de Japhet au type de Gham, je formerais un véritable labyrinthe dans lequel personne, pas même les plus habitués a ce genre d'observations, ne pourrait se reconnaître.
Afin cependant de ne pas commettre a Tave* nir de trop grosses erreurs dans nos rapports avec les habitants de la Martinique, car ici la couleur de la peau joue, bien plus encore qu*en France la couleur politique, un rôle considérable, nous pénétrerons dans un intérieur, profitant de l'invitation que vient de nous faire une mulâtresse, douée de soixante-quinze ou quatrevingts printemps : « Vous êtes étrangers, nous a-t-elle dit en nous abordant sans vergogne; voulez-vous me faire le plaisir de partager dans ma maison mon déjeuner du matin ? v
Nous acceptons; mais abandonnant quelques
instants cette femme dont l'invitation aimable,
improvisée et absolument désintéressée ne paraîtra pas ejitraorclinaire à quiconque aura habité quelque temps les Petites Antilles, nous nous mettrons à la fenêtre et nous regarderons la rue.