CHAPITRE XII
Situation des gens de couleur. — Le commerce. — Les dandys. — Rapports actuels des différentes races.
La possession danoise de Saint-Thomas fait partie d'un petit archipel dont les principales îles sont Sainte-Croix, Saint-Jean et Saint-Thomas. Cet archipel appartenait autrefois à la France, qui le vendit en 1733 au Danemark pour deux cent soixante mille livres sterling^. Les Anglais s'en emparèrent en 1801, mais durent le rendre au Danemark en 1814. Le siège du gouvernement de cet archipel est dans l'ile de Sainte-Croix à Christianstadt. Une petite garnison insignifiante maintient l'ordre dans l'île ou plutôt dans la ville de Saint-Thomas, car le reste de la colonie est pour ainsi dire inhabité.
Autrefois Saint-Thomas produisait quelques denrées; les statistiques du commencement de ce siècle chiffrent l'exportation directe de l'île
par quatre mille boucauts ' de sucre, deux mille boucauts de rhum et trois cents balles de coton ; mais ce petit commerce n'aurait pas suffi pour donner à Tile de Saint-Thomas, qui, d'ailleurs, ne mesure que quatorze milles de long sur cinq de large, la grande importance qu'elle a eue si longtemps et qu'elle possède encore en partie, si d'autres avantages n'étaient venus s'ajouter aux résultats de ce trafic presque insignifiant.
Avant la navigation h vapeur, les bateaux qui se rendaient d'Europe dans toutes les Antilles indistinctement commençaient par toucher à Saint-Thomas. Cette île devait ce privilège a sa position géographique. Comme elle est placée au centre de tout l'archipel et au point le plus occidental, les bateaux à voiles pouvaient, après avoir touché à Saint-Thomas, se rendre à leur destination à l'aide des vents alises du nord-est qui les avaient déjà poussés d'Europe aux Antilles. Mouillant à Saint-Thomas après une longue traversée, trouvant dans cette île un port franc et par conséquent des denrées à très-bon ma];ché, tous les capitaines y ravitaillaient leurs navirçs. De plus, des corsaires, profitant des
' Le boucaut valait treize quintaux.
nombreuses guerres qui sévissaient souvent dans les deux Amériques pour piller les vaisseaux des nations belligérantes, portaient toujours leurs prises à Saint-Thomas. Ces marchandises trouvaient acheteur, vu la modicité de leurs prix.
Ces habitudes firent de Saint-Thomas un des entrepôts les plus considérables de toute TAmérique. La ville prit de grandes proportions. Elle recouvre encore trois collines formant trois groupes distincts de maisons reliées à la base par une rue longue, spacieuse et bordée de boutiques importantes. Des commerçants de tous les pays vinrent s'établir à Saint-Thomas, se réunissant entre compatriotes sur les mêmes colhnes, de telle sorte que les trois superpositions de maisons dont je viens de parler s'appellent encore la ville danoise , la ville anglaise et la ville française. Les maisons de commerce prirent une grande extension ; elles employèrent chacune un certain nombre d'esclaves nègres qui, habitant la ville elle-même, durent être soumis à des règlements particuliers. Deux coups de canon étaient chaque jour tirés de la forteresse qui domine le port, l'un à huit heures du soir, l'autre à cinq heures du matin.. Dans l'intervalle nocturne de ces deux coups de canon, la circulation
était interdite aux esclaves dans les rues de la ville. La coutume de tirer les deux coups de canon s'est conservée jusqu'à nos jours ; c'est tout ce qui reste de l'esclavage dans cette colonie danoise.
Les créoles pendant la nuit se recevaient, se réunissaient dans les jardins, dans les promenades, et semblaient les seuls habitants de la colonie. Pendant la journée, au contraire, ils étaient aux affaires, et comme ces affaires se traitaient sur le sol restreint d'une cité, les esclaves dont les occupations n'étaient jamais agricoles se trouvaient mêlés à la population blanche. Souvent même des noirs, gratifiés de la confiance entière de leur patron, décidaient certains échanges de leur propre autorité et semblaient ainsi diriger eux-mêmes la maison de commerce à laquelle ils appartenaient. La race de couleur, placée ainsi dans une situation particulière , se civilisa à Saint-Thomas beaucoup plus vite que dans les autres Antilles. Assistant auprès de leur maître aux différefttes transactions, les esclaves devinrent en peu de temps non-seulement plus instruits que les coupeurs de cannes des autres colonies, mais véritablement intelligents, doués d'initiative , laborieux , aimant le commerce ,
iOO AUX ANTILLES.
j)arce que, initiés h ce commerce, ils en comprenaient tout l'intérêt.
Aussi les idées de liberté ne tardèrent-elles pas à voir le jour à Saint-Thomas, et si nous faisons abstraction de l'essai grotesque d'émancipation que fit la Convention française en 1794, on peut dire que ce fut dans ce petit ilot de Saint-Thomas, devenu par cela éternellement célèbre, que l'esclavage fut, pour la première fois, régulièrement et sagement aboli dans l'archipel des Antilles. Cette réforme importante se répandit plus tard dans les lies voisines, puis dans l'archipel tout entier. L'esclavage n'existe plus actuellement que dans l'île de Cuba ; encore y est-il aujourd'hui aboli en principe par l'application de la loi Moret ; il semble que cette grande et orgueilleuse colonie espagnole, appelée a juste titre la reine des Antilles à cause de sa fertilité et de son étendue, n'ait pas daigné pendant longtemps considérer du haut de sa grandeur une innovation partant de si bas et inaugurée sur une terre aussi restreinte.
L'abolition de l'esclavage n'a pas produit à Saint-Thomas les mêmes résultats désastreux que dans les autres colonies. Cela vient du genre particulier de commerce qui se faisait dans^cette
île et de l'heureuse inspiration qu'eut le Danemark (l'étouffer dès le début les ambitions des noirs affranchis en leur interdisant de briguer aucune fonction publique. La découverte de la navigation à vapeur, une paix longue et presque générale survenue dans les deux Amériques, qui empêcha le commerce corsaire ; ces deux causes principales et beaucoup d'autres moindres diminuèrent tellement le trafic qui se faisait à Saint- Thomas, que presque tous les blancs désertèrent l'ile pour aller faire des plantations dans TAnié* rique du Sud ou de la banque aux États-Unis.
Par bonheur pour cette petite colonie danoise, l'île d'Haïti, vers cette même époque, fut reconnue par l'Europe comme indépendante. Tous les noirs de Saint-Thomas qui étaient paresseux ou ambitieux s'empressèrent de quitter ce territoire encore soumis à un joug européen, et allèrent débarquer à Port-au-Prince pour obtenir quelque fonction importante dans la nouvelle république ou manier à leur profit le suffrage universel. Tous les hommes de position douteuse si communs en Amérique et qui trouvent leurs bénéfices dans les aventures, le désordre, la licence, les révolutions, se dirigèrent aussi sur Haïti.
Saint-Thomas se trouva dès lors habité par un noyau de nègres d'ëlite, tous intelligents ou au moins laborieux. Ils continuèrent sur une petite échelle l'ancien commerce des blancs dont ils avaient été les esclaves. D'autres établirent de petites boutiques où ils vendirent à ces gros commerçants improvisés, et à la ville subsistant presque tout entière, du sucre, du riz, des fruits, des bœufs, du bois qu'ils allèrent chercher à la Guadeloupe ou à Porto-Bico, et se firent ainsi des positions indépendantes , quelquefois même assez brillantes pour étaler un véritable luxe, tant à la ville qu'à la campagne.
Dans ce luxe, à l'instar de Paris, mais d'un goût tout à fait caractéristique, le touriste français trouve des sujets d'observation vraiment fort réjouissants. Les femmes , qu'on se souvienne qu'il s'agit de femmes noirs, ne craignent pas d'adopter les coupes de robes usitées l'année précédente dans le high-life parisien. Elles choisissent de préférence des étoffes vert clair, jaune serin ou rouge écarlate, auxquelles elles ajoutent des agréments de différentes nuances, toujours voyantes et peu appropriées les unes aux autres. Elles cachent leurs cheveux crépus sous des perruques du blond le plus ardent, dont les boucles,
viennent flotter sur leurs épaules décolletées, luisantes et de la teinte du jais. Elles portent des bas de soie couleur de peau européenne, à jour, ce qui produit sur leurs jambes un singulier arlequinage. Elles se coiffent des plus excentriques chapeaux^ ornés de plumes de pie ou de paon menaçant le ciel , et attachées par des rubans écossais qui pendent par derrière jusqu'à leurs pieds. Qu'on se figure, au milieu de tous ces colifichets, le visage de la négresse la plus accusée couvert d'une grosse couche de poudre de riz blanche fixée à l'aide d'un corps gras ; qu'on se figure encore ce visage devenu ainsi blanc, surmontant des épaules du noir le plus foncé, et l'on aura une faible idée du luxe préféré des lionnes riches de' la ville de Saint-Thomas.
Mais c'est surtout le soir à la promenade ou le dimanche à la sortie de la grand'messe qu'il faut considérer cette société convaincue de son extrême élégance. Il faut voir les livrées bariolées des cochecs, les coussins rose clair des voitures et les tapis qui, prenant leur point d'appui sous leurs maîtresses, pendent jusqu'à terre derrière les équipages. Ces tapis ont chacun des formes et des dimensions particulières ; la plupart ont dû commencer leur carrière sous les pieds de
quelque déesse du faubourg Saiut- Antoine à Paris , et représentent de gros lions ou de grands tigres dans le désert.
Ces dames ainsi agrémentées vont se promener a la suite les unes des autres dans les environs de la ville, tout comme au bois de Boulogne, et c'est plaisir de voir avec quel dédaigneux sourire elles répondent à Thumble salut du jeune dandy peut-être nn peu moins poudré qu'elles, mais qui fait ressortir la noirceur de son visage par un chapeau à haute forme vert-pomme ou bleu turquoise, une cravate amarante et d'énormes pendeloques en or. On dit souvent en Europe que rien n'est choquant comme Topulence sons goût. Cette phrase ne trouve pas son application à Saint-Thomas. Quand le manque dé goût est poussé aussi loin, on ne peut pas se plaindre, tant on a ri.
En dehors de ces infériorités bien pardonnables, de ces petites faiblesses de vanité plus amusantes que répréheiisibles, on peut dire que le nègre de Saint-Thomas est parvenu à un degré de civilisation fort convenable, et même, n'en déplaise aux Haïtiens , au plus haut degré de civilisation qu'il ait jamais atteint nulle part. Que d'abus, que de malheurs évités si l'émancipation
des noirs avait ëtë partout aussi bien dirigée qu'à Saint-ThomaSy et si ces derniers avaient partout su profiter aussi raisonnablement des libertés successivement accordées !
Les habitants de Saint-Thomas partagent l'amour qu'ont les Danois pour la propreté des villes. Afin de ne pas voir une seule journée la place du marché couverte de débris de légumes ou de résidus de comestibles, la vente n'est permise que le soir, de huit heures à onze heures : le reste de la nuit est employé à nettoyer. Ces boutiques nocturnes établies à terre et en plein air offrent même un tableau bizarre. Elles ne sont éclairées que par de petites lampes aux verres de couleur ; les acheteurs s'éclairent euxmêmes par des lanternes en papier de teintes voyantes. Ces lueurs rouges ou jaunes, se reflétant sur le noir des figures, produisent les effets les plus excentriques. La place, pendant ces deux heures de vente, ressemble aussi bien à un ballet de féerie, à une orgie infernale, à un laboratoire de sorcière ou à une fête bachique qu'à un marché.
La maison la plus élégante de la ville de Saint- Thomas est occupée par un cercle de colons blancs. Ceux-ci, à la vérité, habitent en très-petit
nombre dans la ville; mais bien qu'ils appartiennent à toutes sortes de nationalités, ils ont éprouvé le besoin de se réunir en se séparant des noirs, et de former une société à part.
D'où est venue cette séparation ? Provient-elle d'une fierté mal placée chez la race blanche ou d'une rancune mal éteinte chez la race noire? Nullement. Elle est, à Saint-Thomas surtout, le résultat d'une sorte de convention tacite ou plutôt d'une préférence mutuelle chez les deux races.
Les blancs s'éloignent des noirs à cause de la différence de leurs goûts, de leurs habitudes, à cause de la supériorité de leur instruction, supériorité incontestable et incontestée parles nègres eux-mêmes et surtout, chose curieuse, par les nègres plus instruits. De son côté, le nègre désire aussi ne pas fréquenter le blanc ; et cela est compréhensible. Il sent lui-même l'infériorité de sa race.
Le nègre esclave ou serviteur a auprès du blanc sa place bien marquée, bien définie; il accepte facilement sa condition secondaire ; il se sent là, pour ainsi dire, à sa véritable place, et dans les rapports qu'il a avec son maître, celui-ci apporte toujours une amicale protection, celui-là un respectueux et cordial dévouement. Tandis
que le nègre libéré et plus encore le nègre civilisé, enrichi, occupe auprès du blanc une position délicate : légalement, il se sent son égal ; de fait, il reste persuadé de son infériorité. Son amour-propre le pousse à ne supporter aucune marque de dédain de la part des blancs ; son instruction le force à convenir de la supériorité de ces derniers; c'est pourquoi il préfère vivre à part.
De plus, le nègre, à quelque degré d'instruction et de civilisation qu'il soit parvenu, reste toujours un enfant du désert; il a besoin de ses aises, il a ses ébats particuliers, ses réjouissances, ses danses qui lui sont propres ; il garde son esprit léger, je dirai presque, puéril; nos modes dont il s'affuble le gênent; nos règles de société l'étonnent et l'ennuient. Aussi l'on peut dire que si le blanc évite le nègre par une sorte de vergogne, le nègre se sépare du blanc pour éviter toute contrainte; il s'en éloigne par cette raison que tout homme se plaît surtout dans la société de ses égaux, que ce qui se ressemble s'assemble, et que le nègre se sent hors de sa sphère au milieu des blancs européens.
Cette séparation de la race blanche et de la race noire est si absolue, si nécessaire ; elle dé-
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coule si naturellement du caractère, de la condition des représentants de chacune de ces deux racesy qu'à Saint-Thomas où leurs rapports sont empreints de cordialité, cette séparation se fait d'elle-même, sans haine, sans récrimination, sans jalousie. Le blanc et le noir vivent chacun de leur côté parce qu'il plaît à chacun de vivre de son coté.
Quand le nègre est bon, éduqué, civilisé comme à Saint-Thomas, il est aimé, estimé du blanc; je dirai même qu'il sera recherché de préférence parle blanc pour les affaires, pour les associations. Quand le blanc , encore comme à Saint-Thomas, est juste, doux envers le nègre, soit dans ses rapports particuliers, soit dans son mode de gouvernement, il est aussi aimé, estimé et de plus respecté de la race noire. Mais en dehors des affaires sérieuses, dans la vie ordinaire, dans la vie de plaisir et de récréation, le blanc et le noir conservent chacun leurs goûts et désirent retrouver chacun leur existence à part.
Le blanc et le noir sont, à mon avis, deux hommes ayant chacun leurs qualités, et, dans une organisation sociale où le noir serait hiérarchiquement soumis au blanc ou plutôt dirigé par
lui et en même temps défendu par des lois douces, ces deux hommes réunis pourraient accomplir de grandes choses. Us sont faits pour s'aimer, s'entr aider; ils se complètent Tun et l'autre. S'ils se sont séparés dans leurs intérêts, si l'inimitié est survenue, c'est, comme je l'ai dit plus haut, à cause de la grande plaie des Antilles, la race de couleur. Là est la jalousie, là est l'envie, là est la haine
Si le blanc et l'homme de couleur se sont, à Saint-Thomas comme partout ailleurs, aussi séparés, ce n'est plus par une convention pacifique et réciproque, c'est parce qu'ils ont senti qu'il y avait entre eux une guerre ouverte, une guerre interminable, après laquelle l'une ou l'autre de leurs deux races devra quitter pour jamais le théâtre de la lutte. 11 suffit qu'à Saint- Thomas les blancs aient fondé un cercle spécialement à leur usage, pour que certains hommes de couleur, de nuance peu accusée, bien entendu, essayent parfois de s'y faire adopter. Quand la méprise est reconnue, et elle ne tarde pas à l'être, les* directeurs du cercle font appliquer le règlement et font signifier à l'intrus de s'en aller; de là des animosités, des hostilités, des rancunes sourdes et puis enfin la guerre; cette guerre dont
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j'ai déjà trop parlé : guerre ouverte partout* Guerre à main armée en Haïti et à Saint-Domingue dont la race de couleur est sortie victorieuse; guerre peut-être moins acharnée à Saint- Thomas parce que les blancs y sont en si petit nombre qu'ils sont à la vérité quasi dédaignés de leurs ennemis ; guerre sourde, occulte, sans armes, sans blessures, mais guerre terrible, ou, pour dire toute la vérité, guerre à mort à la Martinique et à la Guadeloupe ; guerre dans laquelle les ennemis de notre race ont déjà foit d'immenses progrès et d'où ils sortiront, comme en Haïti, victorieux si nous n'y prenons garde. Certainement la découverte de la navigation à vapeur, la disparition des corsaires, l'indépendance proclamée en Haïti ; toutes ces causes et bien d'autres ont modifié la prospérité de Saint- Tholnas. Cependant le commerce ne s'y est pas éteint complètement; le port est si bon, le gouvernement des Danois est si doux , on trouve là tant de facilités pour entrer, demeurer, partir, échanger, que Saint-Thomas devra, à mon sens, se soutenir indéfiniment plus ou moins florissant tant que le système colonial ne sera pas amené à sa fin totale. Le pays manque d'eau et par conséquent de verdure, mais il est sain, et un climat
hospitalier est assez rare aux Antilles pour que les colons y affluent.
On rencontre là des gens de toutes nations, je dirai même, de toutes espèces. Quantité d'exilés politiques dq tous les États agités des deux Amériques, et il y en a beaucoup, se réfugient à Saint-Thomas. Or, comme la langue danoise est peu répandue, chacun de ces arrivants étrangers a conservé son idiome et est parvenu à parler quelque peu la langue de son voisin. Il en est résulté une sorte de mélange bizarre, un langage particulier dans lequel trois ou quatre idiomes sont souvent représentés pour l'expression d'une même idée. On entend souvent, par exemple, des phrases composées de la sorte :
« Volen sie venir at home ; io quiero vous sehen le plus quick que possibile. »
Malgré ces bizarreries de langage , tout le monde se comprend et s'entend à merveille.
Toutes les monnaies du monde ont aussi cours dans cette petite colonie. On échange les roubles ou les kreutzers contre les schellings et les dollars. Comme les comptes ne peuvent pas se faire ainsi exactement, c'est à qui, dans les contrats et dans les inarchés, payera la petite différence. Ces assauts de politesse entretiennent les
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bons rapports. On respire à Saînt-Thomas une atmosphère de mœurs douces , de cordialité générale qui plaît, qui repose, qui donne à cette colonie un charme tout particuHer qu'on ne ren* contre nulle part ailleurs dans l'archipel des Antilles.
Malgré tous ces avantages, la vie à Saint- Thomas est assez monotone pour ceux à qui le cours du change est indifférent, qui ne spéculent ni sur la morue de Terre-Neuve, ni sur les mulets de Porto-Rico, ni sur les navigations illicites, ni sur les pirateries exercées encore un peu de nos jours contre les arrivants; aussi nous quitterons cet îlot et nous irons examiner, d'abord en Haïti, les hommes de couleur se débattant dans la liberté, fondant et détruisant des gouvernements, et enfin, à Cuba, le nègre gémissant encore sous le régime de l'esclavage.