DEPART D'HAÏTI
fié. HaYti, une des plus riches contrées du monde, en est la preuve la plus évidente, et je plaindrais l'île des Antilles qui voudrait en faire une nouvelle expérience.
Les nègres qui habitaient notre ancienne colonie au moment de son indépendance étaient presque tous d'anciens esclaves : ils connaissaient donc la manière de planter les cannes à sucre, de cultiver le café, de récolter le cacao. Rien ne s'opposait, après l'abandon de l'île par la France, à un essor merveilleux de prospérité venant seconder la nouvelle civilisation qui s'était implantée récemment en Haïti .
Loin de fructifier, toutes les usines disparurent peu à peu ; les cannes à sucre furent abandonnées ; aucune plantation nouvelle de caféier ne fut faite, au point qu'aujourd'hui, le peu de café récolté en Haïti est encoi^fe cueilli sur les anciennes plantations françaises; enfin de négligences en négligences, de révolutions en révolutions, la pauvre île en est arrivée au point de dégradation où nous l'envisageons en ce moment. Aussi c'est devant cette lugubre histoire d'une terre exceptionnellement riche , défrichée à grand'peine et redevenue sauvage au bout de si peu d'années ; c'est devant ce triste tableau ,
mais devant cette vivante expérience, que j'en reviens à mon avertissement relatif à nos belles colonies de la Martinique et de la Guadeloupe : Défions-nous là des gens de couleur !
Ils parleront bien haut ; ils revendiqueront leurs droits. Égaux à nous, je dirai même, supérieurs à nous à beaucoup de points de vue, placés par notre faute dans une situation bâtarde et fausse entre les blancs et les noirs, ils nous de^ manderont, avec beaucoup de raison apparente, pourquoi nous voulons les reléguer dans une situation secondaire. Eh bien, maintenant je ne crains pas de le dire : c'est pour leur bien que je le demande, et à l'appui de ma thèse je citerai l'île de Saint-Thomas.
D'ailleurs, je ne^ crains pas de l'affirmer : dans nos colonies des Antilles, non-seulement nous avons donné aux hommes de couleur une prérogative trop grande, mais nous leur avons donné une prérogative injuste. Dans les colonies anglaises et danoises, on en a fait des hommes li^ bres, pouvant travailler et s'enrichir; on en a fait des citoyens, mais des citoyens dépendant de la métropole; des électeurs, jamais. Et d'ailleurs, puisqu'on en a fait chez nous des électeurs, pourquoi n'en a-t-on pas fait des soldats ?