‹ Aux AntillesChapitre 32 sur 39 · DEPART D»HAITI · texte numérisé non relu

DEPART D»HAITI

Du moment qu'on adopte le suffrage universel ; du moment qu'on permet h un homme de contribuer par son vote à Télection d'un gouvernement pour son pays, on devrait, ce me semble, contrôler le dévouement de cet homme à son pays paf un service mihtaire. Nos nègres de la Martinique et de la Guadeloupe ont été des esclaves ; c'est vrai. Nous en avons fait des hommes libres ; c'est bien. Mais pousser le dévouement humanitaire jusqu'à admettre leur caprice, leur vote, sans exiger d'eux aucune preuve de patriotisme, aucun sacrifice pour le pays, je trouve cette mesure exagérée.

Or j'ai déjà dit plus haut quels grands inconvénients résulteraient d'une organisation qui ferait soldats les nègres et les hommes de couleur. Si on les laissait en garnison dans la colonie, l'indépendance même de la colonie serait compromise. Si on les répandait en France, cette importation pourrait amener de terribles conséquences pour la pureté de notre race. C'est pourquoi je réclame pour nos deux colonies qui s'effondrent un système à peu près analogue à celui de Saint- Thomas et de la Trinidad, adopté par les Danois et par les Anglais.

Que les gens de couleur soient libres, libres

de s'enrichir, libres de s'instruire ; qu*on crée même ù leur usage une université, deux universités même, une dans chaque île; mais qu'on leur donne le titre de citoyen français, je ne le voudrais pas, et cela par la raison qu^on ne peut pas en faire des soldats. Tous leurs votes sont diri{jés contre les intérêts de la France en vue de l'indépendance de leur pays. Il faudrait donc, si l'on veut conserver les députations coloniales, ne donner qu'aux blancs la faculté de voter.

Alors seulement on pourra écouter en France les conseils de nos députés des Antilles : le bien des colonies, leur prospérité s'alliant a l'indépendance nationale dicteront ces conseils ; jusquelà , nous ne recevrons comme députés que de futurs généraux haïtiens sous des apparences de républicains coloniaux français.

Il me tardait de quitter Haïti. Le spectacle de cette terre autrefois française et si prospère, devenue ce que nous l'avons vue, révoltait mes sentiments patriotiques. Voilà donc ce que fait partout l'anarchie : elle brûle les villes, détruit les monuments, gaspille les finances, arrête l'agriculture, et, chose curieuse, décuple les ambitions, crée des places et des honneurs, bien entendu rétribués, et peut jeter un pays glorieux.

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