DEPART D*HA1TI
une colonie florissante, dans une situation précaire, quasi sauvage, telle que nous voyons la pauvre Haïti.
Je me rendis au port pour m'embarquer avec trois touristes français. M. le portefaix auquel l'un d'eux avait confié son petit bagage réclama à celui-ci une somme exorbitante. Comme mon compagnon protestait, THaïtien répliqua : « Vous ne savez donc pas à qui vous parlez? Je suis représentant du peuple, et de plus, chef de parti. » Devant l'air convaincu de cet homme, nous commençâmes à rire franchement. Notre jeune compagnon garda, au contraire, son sérieux, s'inclina respectueusement en lui adressant ses compliments les plus sincères, ajouta à la somme convenue dix sous qui furent fort bien reçus (c'était le moins qu'on pût donner à un député, chef de parti, qui avait consenti à porter une malle), reprit sa valise et monta dans la barque. Au moment où nous quittâmes la terre, nous criâmes ensemble à tout le rivage : « Nos compliments, messieurs, et vive la république haïtienne! » Alors tout ce qu'il y avait là de messieurs portefaix, de messieurs cireurs de bottes, de messieurs douaniers et autres messieurs civils ou militaires, nous répondirent à tue-téte par le
même cri de : Vive la République ! Pendant ce temps notre petite barque serpentait au milieu des jolis palétuviers qui bordent le rivage, et quelques minutes après nous nous promenions enfin sur les planches de l'élégant paquebot français la Guadeloupe, qui devait nous conduire à Santiago de Cuba.