‹ Aux AntillesChapitre 35 sur 39 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Leur existence. — Leur possibilité de s*afïranchir. — La Havane. •— Un mot sur le tabac.

Ce qui précède a montre que, si ce n'est de la liberté , Tesclave cubain n'est yraiment privé d'aucune chose nécessaire : la meilleure preuve qu'on puisse en donner^ c'est que les cas de dé* sertion sont très-rares, même en ces temps troublés où les noirs pourraient si facilement rejoindre l'armée insurrectionnelle sous la protection de laquelle leur fuite resterait certainement impunie.

L'esclave, nous l'avons vu, est logé dans la sucrerie ; il est aussi habillé et nourri aux frais du maître. S'il est malade, il va à l'infirmerie de l'habitation, où un médecin spécial lui donnera les soins les plus minutieux. On peut en être d'autant plus sur que l'existence de chacun de ces noirs intéresse le planteur , la mort de l'esclave apportant une diminution notable dans le capital de la sucrerie. Pendant la récolte, les

esclaves ont, je dois le dire, une existence tort laborieuse : ils se lèvent dans presque toutes les sucreries à cinq heures du matin, mangent un peu et commencent immédiateâoent à couper les cannes à sucre, à faire marcher ki machine jusqu'à neuf heures, où ils déjeunent. A dix heures, ils travaillent de nouveaa jusqu'à midi , se repor sent deux heures , traYaillent encore jusqu'à quatre heures, où ils prennent un nouveau repas, et continuent .enfin jusqu'à neuf heui'es- du soir à jeter dans la machine les cannes qu'ils ont agglomérées^ pendant le jour.

Mais en dehors de cette époque qui ne dure que trois ou quatre mois, ces esclaves n'ont vé-^ ritabiementpasgrand'cho^e à faire : ils cultivent pour eux-mêmes le petit champ qui leur est donné à leur entrée dans la sucrerie et que le maître ne manque jamais d'agrandir ^pour récompenser la bonne conduite. Ils peuvent même trouver le temps , s'ils sont industrieux , de se faire commander quelque ouvrage particulier par les habitants de la ville voisine, et amasser ainsi quelque argent. .Gomme ils n'ont aucune dépense à faire, leurs économies, s'ils sont rai^ sonnables, peuvent finir par former en plusieurs années une somme assez ronde et atteindre en-

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fin, s'ils sont nouveaux achetés, le quart du prix payé effectivement par leur maUre pour leur achat, ou, s'ils sont anciens, le quart de leur valeur vénale estimée p«ir les autorités.

Quand ils possèdent enfin cette somme, ils la remettent entre les mains du planteur, devant un magistrat; et alors il leur est permis, d'après la loi , de vivre libres pour acquérir le complément de la somme entière qu'ils doivent payer pour leur rachat. Ce rachat complet leur devient ainsi facile s'ils savent être économes et ne pas se laisser éblouir par leur nouvelle situation. Ils peuvent gagner beaucoup d'argent en se faisant cochers de fiacre à la Havane ou dans quelque grande ville de la colonie, commissionnaires, portefaix, que sais-je?En Amérique, les petites industries ne manquent pas.

Cette possibilité de rachat donnée aux esclaves cubains s'ils sont laborieux , économes pendant quelques années , est pour eux d'un grand soutien moral. Ce soutien est d'autant plus réel que c'est vraiment possible à tout esclave persévérant qui désire sérieusement sa liberté de parvenir à l'acquérir. La preuve qu^ j'en peux donner, c'est qu'il est arrivé plusieurs fois dans des sucreries diflerentes que des esclaves mariés

et pèreâ de famille se sont non-seulèment libérés eux-mêmes, mais ont racheté leur femme et leurs enfants.

Beaucoup de ces braves gens, paràit-il, craignant dans l'enivrement d'une liberté nouvelle de ne pas se souvenir de leurs familles qu'ils auraient laissées dans l'esclavage, ont commencé par libérer chacun de leurs enfants, puis leur femme, et ont terminé par eux-mêmes. Sublimç conduite en vérité, dévouement admirable que je ne m'étonne pas de rencontrer dans la race nègre, et que les lois justes d'un pays devraient savoir largement récompenser.

D'autres nègres, aussi désireux d'acquérir la liberté , mais moins persévérants dans leurs efforts, se contentent de mettre tous les quinze jours un peu d'argent à la loterie de la Havane. Cette loterie, qui rapporte inutilement au gouvernement de fortes sommes, devient une institution, j'ose à peine l'écrire, presque morale, à cfause du courage qu'elle entretient dans le cœur de beaucoup d'esclaves. Ces derniers savent que du jour au lendemain, ils pourront gagner leur rachat tout entier, et s'imaginent à chaque nouveau tirage , les pauvres gens ! qu'ils n'ont plus que quinze jours à rester dans la servitude.

Quelquefois, tous les esclaves d'une même su* crerie se cotisent ptfur prendre un billet à chaque tirage, restant ainsi solidaires, et s'unissant dans une destinée commune'. Il parait qu'une fois un billet pris de la sorte est heureusement sorti de Turne, et que le personnel tout entier d'une sucrerie s'est d'un seul coup libéré de l'esclayag^e.

Malgré cette aspiration légitime vers la li-* berté, l'esclave de Cuba ne souffre pas. Il ne faut pas se le dissimuler, en dehors de certaines personnalités intelligentes, actives, dévouées, et alors je peux l'affirmer, douées de presque toutes les qualités, le nègre est ordinairement apathique, matériel, sans grand désir et surtout sans ambition.

On lui demande, il est vrai, quelque travail dans la sucrerie qu'il habite, mais on lui donne aussi un logement et une nourriture assurés.

Pour le nègre, c'est beaucoup. S'il est paresseux pour le travail physique, il est aussi dénué d'entreprise et d'initiative. Libre, il lui faudrait également travailler et de plus songer au lendemain ;

> Chaque billet vaut 40 francs, mais on peut ne prendre qu'une moitié, un quart et jusqu*à un dixième de billet. Le gros lot de chaque loterie atteint une valeur qui varie entre 150 et 200,000 francs.

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esclave, il est sans inquiétude. Il à trouvé une femme esclave comme lui dans la même sucrerie ; il s'est créé un intérieur. Il vit en somme au milieu de ses semblableis, je dirai même de ses compatriotes. Cette situation convient à sa nature.

D'ailleurs, il dédaigne absolument les pareils qu'il a laissés en Afrique. Il les sait plus où moins sauvages, belliqueux, anthropopHages. En arrive-t-il de nouveaux, c'est à peine s'il leur parle.

Ignorant absolument la géographie, il ne se doute pas des conditions nouvelles qui ont été faites à ses semblables d'Haïti ou de la Martinique. D'ailleurs, comme je l'ai dit, dans ces nouvelles conditions, il lui faudrait songer à son avenir, a sa propre subsistance et au soutien de sa famille; il préfère bien rester là.

Certes, de pareilles considérations ne me font pas défendre quand même le système odieux de l'esclavage. Je constate seulement qu'en dehors de certains nègres, d'une nature supérieure, toujours doués alors d'une grande valeur morale,' et qui sont de très-rares exceptions, lesquels peuvent toujours se libérer, les dispositions de tous les autres sont celles que je viens de dire;

Il n'en est pas moins vrai qu'il faut abolir Tesclavagey mais il n'en est pas moins vrai aussi qu'au lieu de l'abolir brusquement et d'une manière générale, il eût bien mieux valu étendre petit à petit les facilités de rachat, élever peu à peu le niveau intellectuel de Tesclave, secouer graduellement son, apathie, sa paresse, jusqu'à lui faire désirer sérieusement sa liberté; et alors, polir qu'il parvienne à obtenir cette liberté, exiger de lui un effort. Agissant ainsi, nous aurions fait œuVre humanitaire; nous aurions appelé à la dignité d'homme pensant, agissant, libre enfin, une race depuis longtemps dégradée, avilie par une longue et cruelle servitude en Afrique, et qu'un simple transport en Amérique, joint à un esclavage plus doux, n'avait pas encore suffisamment élevée. Dégradée d'abord par le joug, puis rendue misérable et mendiante par une liberté trop immédiate et trop hâtive, cette race, au lieu de devenir intelligente et active, est restée par notre faute, dans nos colonies françaises, envieuse et jalouse. Au lieu de laisser tous ces quasi-sauvages à leur niveau, ou d'élever leur intelligence à la hauteur de celle de la race blanche, nous leur avons seulement laissé entrevoir la civilisation avant de leur accorder

la liberté. Nous leur avons donné une éducation seulement partielle, et alors, avec cette liberté, restés soumis comme à la Martinique, ils nous jalousent; émancipés complètement comme en Haïti, ils nous parodient.

Je me rendis de Santiago de Cuba à la Havane sur un petit paquebot espagnol qui longeait la côte sous le Vent. Comme la mer dans ces parages est toujours calme, les bateaux qui font ce service sont pareils à ceux que Ton emploie aux États-Dnis pour la navigation sur les fleuves. Ils calent fort peu, sont très-mauvais marins, mais, en revanche, présentent un confortable exceptionnel pour le passager, et sont munis de machines si bien faites que Ton s'aperçoit à peine de leur présence, tant les trépidations sont minimes, il faudrait plutôt dire nulles.

Rien n'est délicieux et reposant comme cette navigation. Couché à l'ombre sur le pont du bateau, on aperçoit au loin les sinuosités de la côte de Cuba; puis tout autour de soi, une quan* tité innombrable de petits îlots recouverts de palétuviers : région malsaine entre toutes, mais région délicieuse aux regards du voyageur à cause de son calme absolu ; région mélancolique peut-être à cause de sa physionomie de mare-

cage et de complète inutilité, mais dont la mélancolie diffère essentiellement de celle des cbn-. tréea du nord à causé du brillant soleil qui darde ses rayons au-dessus d'elle.

Une soirée, soirée de pleine lune, la configuration de là côté ou le peu de profondeur de la mer força notre capitaine à s'éloigner davantage de la terre. Noos la perdîmes complètement de vue. Les petite^ . Iles verdoyantes disparurent elles-mêmes. Nous ne distinguâmes plus que le ciel et l'eau. Par suite de la chaleur de la J6iirnée ou de telle antre cause que je ne chercherai pas à expliquer, il s'éleva de la mer peu à peu non un brouillard, ni même une vapeur, mais une sorte de voile humide pareil à une gaze légère qui se répandit bientôt au-dessus de nos tètes et jusque dans les hauteurs de l'atmo-* sphère, sans nuire à sa translucidité.

Ce qu'il y eut de particulier dans ce phénomène, ce fut que la mer, le ciel et tous nos horizons devinrent absolument semblables. Et comme nous pouvions croire, à cause delà légèreté de cette vapeur, que notre vue s'étendait très-loin, nous plongions nos regards en haut, de tous les côtés et même en bas, conservant de toute part la même illusion de vide ou plutôt

d'immensité absolue. Notre petit bateau nous parut alors être devenu aérien, voyageant sanè point d'appui au milieu de l'éther pour se rendre d'une étoile à l'autre.

De misérables touristes que nous étions peu auparavant sur un des plus petits corps célestes de notre système planétaire , il nous semblait que nous étions devenus de gigantesques explorateurs des mondes. Lancés au milieu de l'infini , nous nous deinandions à quelieétoile nous irions aborder.

Assis sur le bastingage à l'avant du bateau^ devant le grand vide qui nous entourait, j'au-« rais eu facilement le vertige, si, dans. mon am» bition de touriste universel, je n'avais déjà perdu la notion du haut et du bas. Tout était placé à mes yeux dans des positions relatives, mais nullement supérieures ni inférieures les unes aux autres. Gomme nous n'avions pas de point d'appui, tout me semblait pouvoir être atteint sans monter ni descendre.

La rencontre d'un îlot de palétuviers qui pa-» raissait être un météore, suspendu immobile dans l'espace par des lois particulières de gravi-* tatipn, ramena mon esprit à la réalité, mais je restai longtemps à considérer ce bel effet de

lumière qui se reproduit assez souvent, paratt-il, dans les mers tropicales : extase qui précéda les trop positives désillusions du lendemain à la vue des effondrements que peuvent apporter, dans une capitale aussi brillante que l'a été la Havane, les dissensions humaines et la guerre civile. A mon arrivée dans cette ville, j'éprouvai une triste surprise.

Placée sur un des points les moins pittoresques de l'ile, qui du reste, en général, n'est pas abon* damment favorisée de la nature, la Havane pourrait certainement être citée parmi les villes les plus laides du monde entier. Mal dessinée, nullement entretenue , incomplètement bâtie , elle ne possède ni le charme matériel, ni la beauté confortable des villes modernes florissantés. Sans monuments, sans architecture, presque sans histoire, elle n'offre au touriste ni poésie ni attrait.

Les rues ne sont pas assez droites pour être belles, ni assez tortueuses pour être pittoresques ; elles ne sont pas assez larges pour être majestueuses ou simplement commodes , ni assez étroites pour être mystérieuses et ombragées. Les fondrières, assez nombreuses dans la ville pour que les voitures ne puissent circuler que dans un

très-petit nombre de rues privilégiées, ne proviennent ni d'anciennes excavations, ni de la présence d'anciens monuments enfouis ou dégradés : elles sont, simplement le résultat de l'incurie d'une municipalité, de la pénurie d'un trésor national. Les places, qui ont acquis, je ne sais comment, une réputation universelle, sont presque toutes bordées de terrains vagues, boueux, inutiles, que dis-je? recueillant les immondices de toutes les maisons voisines.

Si l'on avait fini de bâtir la Havane selon un projet qui peut-être un jour a été conçu, on n'en aurait jamais fait qu'une ville très-ordinaire. Actuellement elle n'offre aux regards du touriste qu'une ébauche misérable.

Autrefois, dit-on, peu de capitales du monde offraient une pareille. animation. Les jeunes gens suivaient h cheval dans les belles promenades de la ville la volante, c'est-à-dire la voiture traditionnelle du pays, où se prélassait la dame de leur pensée. Actuellement il n'y a plus à la Havane ni promenade, ni société, ni même vo« lante. D'ailleurs, comment ce divertissement pourrait-il avoir lieu, puisque les femmes des quelques rares familles qui habitent encore la capitale de Cuba ne sortent jamais, si ce n'est le soir?

Elles cherchent ainsi à conseryer leur teint, ce' teint qui, à l'exemple des places de la ville, a acquis une réputation universelle et que je dé6e bien à qui que ce soit d'avoir jamais aperçu soug les couches de poudre et de peinture qui recouvrent constamment les visages de ces infor»

tunées. Si les femmes du monde ne sortent ja* mais, les femmes du peuple ne s'occupent ,paratt-il, que de travaux d'intérieur, canon n'aperçoit d'ordinaire dans les rues absolument que des hommes. Cette circonstance ajoute encore à la tristesse de la malheureuse ville, qui s'efFondre avant son complet achèvement.

Une autre cité, Matanzas, semble, par soa aspect, avoir été, du temps de la prospérité de l'ile, le séjour de l'élégance bien plutôt que la capitale même. Actuellement, elle est sans vie, presque inhabitée, mais elle renferme de spacieuses et élégantes maisons, de jolies places, des rues confortables qui prouvent que là a dû exister non-seulement la vie large que procure la grande fortune, mais aussi une recherche luxueuse bien supérieure à tout ce que j'ai pu voir dans les autres parties de la reine des Antilles. La Havane, même du temps que j'appellerai sa splendeur, a toujours du être surtout un

centre d'affaires, un grand, entri^pdt de sucre et de tabac.

Je ne pouvais pas me dispenser» en parlant de la Havane, de prononcer le mot de tabac. Il règne chez nous une ignorance bien OMoplète et bien naïve sur hss diverses espèces > de cette production. Pourquoi employons-nous toujours pour désigner les divers crus de tabac, comme nous le faisons, du reste, pour les crus de thé, des dési*>; gnations étrangères à leur qualité? Nous croyons, par exemple , diflerencier des espèces de thé en les appelant thé de perle, thé à pointes blan* ches. En réalité, cette distinction résulte de l'époque de la cueillette, et non d'une différence, du cru.

De même pour les cigares : que de gens s'ima-^. gineht désigner les espèces de tabac en distinguant les londrès, les trabucos ou. les impériales ! Cette différence dans les noms ne résulte en réalité que des formes variées du cigare, et non de la qualité des tabacs. Toutes les fabri-: ques, les bonnes comme les mauvaises, produisent des londrès, des trabucos, des exceptionnalès, des couchas et des cigares de beaucoup d'autres formes. Pour désigner complètement; un cigare^ il faut joindre trois expressions : la-

première doit indiquer la forme; du cigare la deuxième, sn fabrique ou, pour ainsi dire, son cru ; en6n la troisième doit faire connaître la couleur du cigare, c'est-à«dire le mode de sa fabrication et par conséquent le degré de condensation de la nicotine. Par exemple, quand on dit d'un cigare : C'est un exceptionnalès d'Upmann, maduro, on a réellement et complètement désigné le cigare dont on veut parler.

Il y a à la Havane plus de cent fabriques de cigares; mais sept ou huit seulement sont regardées comme de premier ordre. Parmi cellesci, les unes passent pour ne faire que de trèsbons cigares; d'autres ont obtenu leur réputation grâce à une spécialité pour la confection de laquelle elles n'emploient que le meilleur de leurs tabacs. La fortune de telle fabrique est quelquefois si exclusivement attachée à la réputation de tePcigare, que dans les années de mauvaise récolte elle préférera chômer et par conséquent se priver de revenu que nuire à sa célébrité en fabriquait avec des tabacs inférieurs.

Les principales marques sont : Upmann, Figaro, Cabaiias y Garvajal, Morales, la Legitimidad, Yillar y Yillar, Partagas et plusieurs autres dont le nom m'échappe. Parmi les cigares

les plus renommés de chacune de ces fabriques, je citerai Texceptionnalès d'Upmann, legonzalo de Figaro, Timperialès de Gabanas, le non plus ultra de Morales , le para la noblezza de la Legitimidad, le regalia comme il faut de Yillar y Villar.

De ces cigares, quelques-uns sont envoyés en France, d'autres n'ont pas encore obtenu droit de cité. Quant à la couleur, on peut les préférer maduros oscuros ou colorados claros : ceci est affaire de goût et de tempérament ; mais trouver d'un goût désagréable un seul des cigares que je viens de citer, ce serait s'avouer profane en la matière et indigne d'apprécier une des plus suaves et des plus délicates productions de la nature.

Le cigare joue un très-grand rôle à la Havane dans les relations amicales et même dans certaines affaires, dans certains traités de commerce privé. Des hommes ne s'abordent jamais sans s'offrir mutuellement un cigare ; une perle qu'ils tiennent, disent-ils, du fabricant lui-même, lequel l'avait fait confectionner pour son usage personnel. A la fin des repas, surtout, il se fait un échange considérable de ces produits havanais. Chaque convive se croirait déshonoré s'il

n'avait quatre ou cinq cigares à offrir à chacun des hommes qui ont dîné non loin de lui; et comme tout le monde agit de même sorte, il se fait à ce moment de la journée une exhibition de ces petits cylindres noirs à feire envie aux recettes buralistes françaises les plus considérables. En dehors des femmes de la haute société créole, tout le monde fume à Cuba. La préférence même est donnée aux cigares les plus gros, les plus longs et les plus noirs. Il n'y a pas de petit garçon, de femme ou petite fille du peuple qui de temps en temps ne savoure ce produit havanais. On rencontre même souvent sur les places, dans ce qu'on est convenu d'appeler les promenades^ des groupes de nourrices allaitant leurs bambins, et tenant en même temps dans la bouche, moitié fumant, moitié chiquant, Un des plus énormes ef des plus sombres cigares qui puissent voir le jour à Cuba.

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