‹ Aux avant-postes, juillet 1870-janvier 1871Chapitre 11 sur 16 · COMBATS DE BAGNEUX ET DE MONTRETOUT LE BOURGET · texte numérisé non relu

COMBATS DE BAGNEUX ET DE MONTRETOUT LE BOURGET

u octobre.

Nous sommes décidément sortis de la première phase 4u siège : les préparatifs des Prussiens semblent partout terminés, et nous pouvons nous atteindre à de vigoureuses attaques.

Ce qui ressort nettement de cette première partie du siège, c'est que fort heureusement le temps des surprises est passé : dans les forts, nos marins se sont montra supérieurs aux Prussiens comme justesse de tir et comme vigilance.

Hier matin, l'ennemi ayant menacé le fort de ^ Bicêtre d'un bombardement, on a rassemblé des troupes : les régiments se succédaient, les batteries <l'artillerie défilaient au galop ^ chacun s'attendait à une attaque sérieuse.

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En même temps, on surveillait avec attention la plaine de Gennevilliers,

Les Prussiens annonçant qu'ils avaient l'intention de bombarder Bicêtre, il paraissait probable qu'ils méditaient une attaque sur un autre point.

Aujourd'hui même^ le bruit a couru qu'un corps d*armée ennemi avait quitté Argenteuil pour jeter un pont à Bezons : quant à Bicêtre, pas un boulet ennemi ne Ta encore atteint.

Les Prussiens d'ailleurs n'ont rien gagné à cette ruse de guerre^ qui leur est si familière que j'admets peu que nos généraux en soient encore victimes.

Une reconnaissance importante avait été décidée pour aujourd'hui.

A une heure, Tordre arriva, et un corps nombreux traversant l'avenue de Neuilly, se rendit au delà de Courbevoie.

Nos troupes comptaient environ 10,000 hommes, un régiment de zouaves, beaucoup de mobiles; parmi lesquels j'ai reconnu un bataillon de Bretons, et' enfin une formidable artillerie; quelques mitrailleuses se trouvaient au milieu 'des pièces.

Au moment même où la colonne se met en marche^ le Mont-Valérien, qui depuis deux ou trois jours était resté inactif, se contentant d'envoyer quelques obus aux travailleurs ennemis, ouvre un feu bien nourri.

Pendant deux heures environ, les coups se succèdent sans interruption.

Le fort tire dans deux directions : les pièces qui

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se trouvent en haut delà forteresse balaient Rueil, Bougival, Meudon.

Ce sont de formidables canons d^ 36 rayés n® i .

D*en bas, nos marins envoient quelques boulets sur Saint-Cloud,*afin d'empêcher l'ennemi de tirer sur notre colonne.

Ce grand déploiemeat de forces n'a pas amené des résultats importants.

Il a pu être constaté que les Prussiens établissaient de nombreuses batteries. L'une d'elles même a été démontée par le feu trjès remarquable de nos forts, mais l'ennemi s'est absolument refusé à accepter la lutte. A peine a-t-il daigné Eépondre à notre artillerie. Comme à contré-cœur^ il a tiré trente coups à mitraille.

Un officier d'artillerie qui assistait à cette expédition m'affirme que l'ennemi a établi de formidables défenses en face -de Chatou, en deçà de la Seine ;*mais je ne puis croire que nos francs-tireurs, chaque jour envoyés en expédition, ne nous aient pas signalé l'existence de ces travaux, qui nous menaceraient directement.

Quant aux pertes de l'ennemi, elles ont dû être assez sensibles : nos mitrailleuses n'ont, il est vrai, pu tirer que deux,coups, mais notre artillerie a, de l'aveu de tout le monde, été admirablement servie. En outre, le Mont-Valérien a envoyé un grand nombre d'obus dans un bois qui, suivant l'expression d'un soldat, « était noir de Prussiens. »

En somme, la reconnaissance n'a, ainsi que je le

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ç)isai( plv$ liaut, pas êu gra^d résultat : elie n'^ servi qu'à prouver Télan de no§ troupes, aja^Ur ment remisej d*un moment d'abattement que la capitulation de Sedan suffît à f^pliquer.

i3 octobre.

Je vous écris â la hâte d'une petite maison isolée, située sur îa route d^Orléans, à'moins de cent mètres du fprtdç Mo^trouge.

Le canon ne tonne plus ; la retraite sf'est opérée en bon ordre, et dans le lointain, du côté des Hautes-Bruyères et de Châtillon, quelques coups de feu isolés troublent seuls le sîlence.

Je suis à même de vous donner sur cette* affaire les renseignements les plus exacts, car depuis le premier jusqu'au dernier coup de canon^ j'ai ét4 spectateur de cette lutte acharnée.

C'est à neuf et non à cinq heures du matin, comme on le dit, qu'un coup de canon, tiré par le fort de Montrouge, est venu donner à nos troupes un signal impatiemment attendu.

De la porte d'Orléans à la redoute des Hautes- Bruyères — d^rniei: point que nous occupions — nos soldats sont masses, abrités derrière les replis de terrain.

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A droite du fort de Montrouge, s'étend une longue plaine qui va jusqu'à Meudon; en arrière se trouvent Bagneux et les hauteurs de Châtillon qui font face au poteau de Viilejuif.,

A neuf heures u|i quart, de toutes nos positions commence un feu terrible. Uennemi ne répond que faiblement.

N'est-il pas prêt, ou nous réserve-t-il quelque surprise nouvelle ? C'est ce que l'on ignore, s

AprèS'U^ heure d'une violente canonnade, nos troupes s'élancent au pas de course. En tête, se trouvent les mobiles de ta Cète-d'Or.

A la baïonnette, nos soldats abordent lespositimis ennemies avec une intrépidité qui semble d« bon augure. En vain un bataillon prussien, surpris à l'improviste, lève la crosse en l'air ; trop de fois celte ruse a été employée par l'ennemi qui nous laissait approcher ainsi sans 'défiance, et nous fusillait à bout portant. *

Le bataillon est impitoyablement chargé, dispersé.

D'un élan furieux, nos mobiles franchissent la distance.; ils entrent dans Bagneux.

Jusqu'à l'église,^ ils ne rencontrent auciine résistance sérieuse, mais^ arrivés là, ils sont accueillis par une vive fusillade.

Des caves, des fenêtres, des greniers, Tennemi tire sur nos soldats : chaque maison crénelée est une forteresse dont il ftiut s'emparer à tout prix

On n'avance plus que pas à pas.

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Heureusement, de nombreux renforts arrivent.

Les 35e, 70® de ligne, 12®, i3e, i5e de marche entrent à leur tour dans le vUlàge.

La lutte se continue aiïisi acharnée, de maison en maison, de rue en rue* /

Enfin^ à deux heures et demie, les derniers obstacles sont emportés, non sails pertes. Le comte de Dampierre tombe frappé d'une b^Ue, et^ couvert de sang, il crie encore à ses mobiles : « En avant! »

J'ai vu cet héroïque soldat, la poitrine traversée : une demi-heure après, il était mort.

Mais l'éveil est donné ; des villages voisins l'ennemi se précipite. Aux Bavarois succèdent les Hessois, puis les Prussiens. On voit cette fourmilière accourir de tous côtés.

La lutte ne peut se prolonger plus longtemps contre ces masses sans cesse renouvelées : la retraite commence, elle s'opère* en bon. ordre au milieu d'une fusillade t«rrible.

Le fort de Montrouge, qui pendant près d'une heure était resté silencieux, craignant de tirer sur nos troupes, recommence. le feu..

Ses énormes pièces de marine envoient leurs obus' par-dessus nos têtes.

En même temps, notre artillerie se met «en bataille sur la route d'Orléans. Le feu est horrible : malgré cela^ les Prussiens avancent.

A cent mètres du fort, je relève deux mobiles du ler bataillon et un soldat du 70» frappés à mes côtés par des balles prussiennes.

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Uennemi s'est donc approché à moins^ 4e mille Siètres de nos batteries.

A quatre heures tout était terminé. 4

Quel est maintenant le résultat de la journée ? Je suis assez embarrasse, je l'avoué, pour, conclure. • *'-

Si nous voulions, comme le disaient nos officiers, reprendre le pl^te^u de Châtillon et nous en^parer de toutes les -hauteurs qui nous menacent, nous avons absolument^cJu)Ué».

Si, au contraire, cette forte reconnaissancfi n'avait pour but que de tenin rennemi^en éveil et de l'amener §ous le canon d^ .nos* forts^ nou» avons réussi.

En somme, et c'est là, je qrois, l'opinion la pTus sage et la plus vraie, cette affaire, sans être une victoire incontestée, n'§n^«st pas Jïioin« bonne pour nous; il est incontestable^ en effet, que l'ennemi, tenu -tout le temps sous le feu de nos batteries, a dû faire des pertes supéri#ures à celUs que nous avoiïs essuyées.

Nos soldats se montrent pleins d'ardeur et sont tout prêts, pour une nouvelle attaque, qui il faut l'espérer, amènera des résultats plus complets.

Vers cinq heures, une trentaine de prisonniers pris du côté de Vcftives sont conduits à la place par des mobiles.

Un peu plus tard, on en amène une nouvelle escouade dont on s'est emparé du côté de Clançiart.

A mon retour du champ de bataille, en passant

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par le Point-rdu^Foury jjc vois te château de Saiat- Ctoud en feu, *

Deux obus tirés parie Mont-Vtlérien ont allumé l'incendie.

La canongiçre Faccy >a îaainlédiatement envoyé 4ôs feombes qui propageiît Tincendie. On voit di&r tiUctepieiit'ii^jlBtns de murs s'écrouier.

Le bois dô Sfli^nt-Cloud commencô à prendre feu égaleçnenti.

¥ers dix heures, l'ineendie paraîj, diminuer d'in^' teosité.

Plu^turs détail^ importants , m'ayant échappe hier^f e cfOis »til^ aujourd'hui de réparercette omission. ^'

iiàdttaqite dirigée sur Ghâtillon a eté^lus vive encore que otlle dirigée sur Cagneux. Les Phk^ sie^f avaient éie^élà dés barricades que nos soldats ont résolument enlevées à la baïonnette.

Le sergent Aube, du 14» de marche, est arrivé le premier au sommet de la barricade. Pendant quelques minutes, il est resté entouré d'ennemis. B*un coup de chassepot, il tua un officier bavarois, avec ^ sa baïonnette il traversa la poitrine d'un capitsiine ennemi.

Cet intrépide soldat est porté pour la croix.

Le i4« de marche ne compte (Jue peu d'anciens soldats tirés des loo® et 45* de ligne : presque tous les hommes sont des recrues appelées depuis moins d'un mois sous les drapeaux.

Il y a deurx jours, à Arcueil, je voyais manœuvrer

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ce régitnejît, et je me disab qu§ «s conscrit* n*ilhabiles, qui ne savaient pas distinguer laidroiïe de la gauche, feraient triste figure iu &u.

Eh bien I ces recrues ont donné comme de v«iig troupiers ; iU ont crânement iftilevé à la baïcmnette les positions ennemies, et, lorsque la retraitera sonné, ils ont reculé pas à pas, emmenant avftc eut quinze Bavarois*

Parmi ces prisonniers, se trouvait un officier dangereusement blessé. Le malheureux ne cessait de répéter : ic Laissez-moi mourir, je veux moarir 11. »

Les avant-postes ennemis se trouvent dans U cimetière, à i,2oo mètres environ du Éort de Montrouge et de la première barricade occupée par tiç^ mobiles sur la route d'Orléans.

On assure aussi que les Prussiens ont établi cette nuit deux nouvelles batteries, il est donc possible que le feu recommence de ce côté.

Nos soldats ont beaucoup remarqué, pendant l'action d'hier, l'aumônier en chef du 1 3® corps, qui se tenait à cheval en avant des lignes, insensible aux obus qui pleuvaient autour de lui.

Une de nos ambulances, — celle du nouveau collège Chaptal, je crois, — s'est avancée au milieu du feu jusqu'à l'église de Bagneux. Les soldats bavarois ont voulu retenir prisonniers deux ecclésiastiques qui étaient à quelque distance du groupe des infirmiers ; mais , sur les explications données à l'officier bavarois, tout le personnel des infirmiers a

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été rèspetté et laissé libre de rejoindre nos lignes.

Ce matin, à onze Heute!?, vous le sarez, une suspension d'armts a été. conclue, qui* devait sfe terminer à cinq heures.

^ Plusieurs membrôs de l'Internationale ont profité de cet armistice pour fouiller tous les replis de terrain^ afin de v«ir s'il ne restait pas quelques blessés. On en a trouvé deux ou trois qui avaient passé la nuit à la même place oti ils étaient tombés.

On a découvert en même temps un Prussien dont la mort remontait à plus de dix jours. Le corps à moitié rongé de ce malheureux a été pieusement, enseveli'.

Une importante mesure vient d'être prise : nos marins et nos mobiles occupent leurs loisirs à creuser de profondes trarichées qui i-ront d'un fort à Pautre, formant ainsi, à 1,200 mètres des fortifications, une barrière que l'ennemi ne franchira pas facilement.

»5 Un dernier détail, avant de terminer ces notes jetées au hasard sur le papier.

Au moment de la retraite, deux bataillons se trouvaient côte à côte, en avant du fort de Montrouge, l'un de la ligne, l'autre de^'mobile.

Sur l'ordre de leurs chefs, les soldats se jetèrent à terre, pour laisser passer une grêle de balles allemandes, les mobiles restèrent debout^ regardant en face cet ouragan de fer qui, heureusement, ne nous causa aucune perte.

Je regrette de ne pouvoir vous donner le nom de

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ce bataillon, digne d'être cité à. côté des héroïques mobiles de. la Vendée, de la Côte-d'Or et de l'Aube.

' . 14' octobre.

Je viens de visiter le champ de bataille : tout est calme de ce côté ; nos 'mobiles s'occupent à arracher des légumes, et dans, le fort de MPPtrouge les marins fendent du boi^.. %,

La route d'Orléans est barrée par trois ou quatre barricades ; en avant de. la dernière, à.Soo ihètres environ, u|i mur peu élevé feît face perpendiculaire à la route. Arrivé à 3o mètres environ, je m'arrête brusquement : un canon de fusil çst braqué vers moi; une '^ix me crie en allemand je ne sais quelles paroles incompréhensibles. Enfin^ un geste be^^ucoup plus clair rif indique qu'il est prudent de retourner en arrière. ,

Ce mur est celui du nouveau cimetière de Bagneux, fortement occupé par les Prussiens.

Nul ne se douterait que cettQf,plaine si tranquille a été hier le théâtre d'une, lutte acharnée; cela ne répond nullement à l'idée qu'on se fait d'un champ de. bataille : pas un mort, pas une arme brisée^ tout a été enlevé. De distance en distance, quelques fla-

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