‹ Aux avant-postes, juillet 1870-janvier 1871Chapitre 12 sur 16 · Aux Avani'-Pûstès · texte numérisé non relu

Aux Avani'-Pûstès

que5 rouges, à moitié absorbées par la terre humide : voilà tout.

Ett:egpndant, de ce côté, Titction a été- acharnée, nos batteries ont tiré sans relâche, balayant la route occupée par les Bavarois.

J'ai entendu le dernier coup de canon, j'étais là quand le premier a été tiré : à la suite de nos héroïques mobiles,, j'ai pénétré dans Bagneux, j€f>uîs donc vous donner encore quelque^ détails minutieusement exacts, parce qu'ils ont tous été ^us.

Dans quelques lignes tiacées à la hâte, je vous racoatÉ^is, hier, le" début de Taffaîre : nos troupes, massées du fort de Montrouge à Ja redoute des Hautes-Bruyères, avaient^ sur le sigiaal donné par le canon^ opéré un mouvement à droite, s'avapçant ainsi sûr Bagneuiret sur ChâJilbn.

La morttée très-rdure fut gravie au pas de course sous une pluie daballjçs; les Bavarois, qui se trouvaient en fecede nous, ^n'avaient heureusement pias d'artillerie, sans quoi notre colontie oèt été exterminée.

Le cimetière occupé, nos troupes s'avancèrent résolument: le ro« et le 3e mobiles marchaient en tête, soutenus parle. Sô^.ide ligne — cet. héroïque régiment qui avait été décimé le 3o septembre.

Unecompagaie* du 35°, voulant prendre le plus court, essuie le premier féu : le lieutenant tombe percé de deux balles devant une maison.

Ace moment, la 7e compagnie du ïo« mobile arrive au pas de course.

Combats de Bagrteux et de Montretom i63

Le Ikuteaant du 35«, frappe à mort, sfe «ôulève péniblement : ■ . *

— • Vengez-noHs, s*^écrie<-il/

Les mobiles s^lancent 8An& tirer \m cqap de £eu : Le capitaine Bizoard enlève se;s facmme^ par son entrain et son intrépide bravoure.

De toutes les maisoris; tin "feu bi^n Qoufri r^e^t nos soldats qui se battent comme des lions : |>eft^ dant une heure, les Bavarois défendent le tseprain pied à pied. * ' .

Mais à la 7^ compagnie du io«, soot "venus se joindre le 35« et la 40 du 3^ (capitaine Deyesee), et la !'• du 3« (capitaine Crusere!).. Qcttô dernière compagnie feit trente prisonniers réfugies dans uae cave.

Un détail bien c^actéristique m*est signalé.

A la vue de nos mobiles, les^ Bavarois ^etètent leurs armes, puis se précipitèrftat à' genoux.

L'un d'eux demanda ttmideiaent dafns combien de temps on allait les fusiller. r

Le capitaine Cruseret répondit qm'ilne leur«èrfiit fait aucun mal.- ^

— Pas de mail pas de mal! rép^ait ^elai des prisonniers qui connaissait quelques mot» de français. r *

Le malheureux craignait de mal com'pis^dre.

Lorsqu'il fut enfin bien persuadé de la générosité des vainqueurs, il parla en allemand à ses camt-^ rades, et tous se précipitèrent devant le ^pitaine, lui baisant les mains.

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Tout c^i'èçîr textuel : U est 4onc hors de doute *♦ q\K les Pruêsiens persuadent à leurs alliés que les Français fmsillent leui?s prisonniers.

Pçndajatque.iïos mobiles se j'endaient maîtres de Bagneyux, une colonne d'attaque quittait la redoute * des Hautes-Bruyète» et les hauteurs, pour se diriger au pas à^ course vers le flateau de QiâtiUon. .- . .

*De ce ieôté^ la lutte fut particulièrement vive : nos forts,, réduits à l'impuissance par la présence de nos soldats, n^^pdûvarent protéger l'attaque. . EnfiHj vers^le.s deux heures, le 14^ de marche, soutenu pap lé çd^^e 75e et le42ede ligne, parvint à s'jepfipater 44 de«x barricades. Toutes nos troupes, débusquant du village, s'avancèrent vers l'extrême ' hauteur. " ^ 1..

Il étaît deux heures et demie.

Vainqueurs, à Bagneijxet à Châtillon, nous pouvioijs coaçid^rq: k journée comme |;lorieuse et importante : soudain, le caûondes forts retentit sans

Que 60 passe-t-il donc ) et pourquoi cette canonnade ?' Un-at(fc de camp dvi général Trochu passe devant nous ,aii galop, et, sur toute la ligne dç^feu, ftous entendoifs léà clairons sonner la retraite.

Des niasses profondes débouchaient sur l'extrême hsmteur, menaçantià la fois ceux de nos soldats qui occuplient.âbitîllon et ceux qui s'étaient rendus maîties de Bagnfi^ux.

Le temps pressait. Nos troupes reculèrent lepte-

Combats de Bagneux et de Montretout ï65

ment, comme à regret : plus de vingt nïobUes du 10^ bataillon restèrent à Bagneux un quart d'hear« après les autres.

Pour regagner leur poste, ils 'du!?ent passer Sous une grêle de balles.

^ — • Mon capitaine, disaîent-its, ïîous n'avons pas entendu sonner la retraite.

Le capitaine souriait ; ce sont Jà de ces délits que Ton ne punit pas bien sévèrement chez nous.

Les inarins sortirent du fcrt pour protéger la retraite ; en même temps les quarante-huit pièces du 4® d'artillerie se postèrent sur la route d'Orléans et ouvrirent le feu à moins de i,5oo mètres contre les Prussiens qui avançaient toujours, débordant nos troupeSé

A quatre heures^ nos premiers soldats étaient rentrés dans le fort, ou se trouvaient à l'abri.

Cette retraite s'est opérée avec un ordre admirable, et la panique eût été là d'autant plus excusable que le feu de l'ennemi était terrible.

Pendant que s'opérait la retraite, nos canons de marine tiraient sur les hauteurs de Châtillon, afin d'empêcher les Prussiens d'établir leurs batteries.

Nos pertes sont relativement peu sensibles. A Bagneux, le lo® bataillon de mobiles a le plus souffert : ce matin, cinquante hommes manquaient à l'appel. Il est vrai que, dans ce nombre, il faut compter une quinzaine de soldats faits prisonniers lors du retour des Prussiens.

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Le 35« n'a pefdu qu'une dizaine d'hommes tt un li^utçttant.

Le 14e de marche a été le plus éprouvé éuf les hauteurs de Cbâtillon. Son lieutenant-colonel à eu la poitrine traversée.

Les autreà régiments ont relativement peu souffert. :

- 22 Octobre;

L'attaque d'hier s'étendait depuis le. fort deBilîêtre jusqu'à la Brichej présentant ainsi une ligne de feu considérable. Nous n'avions réelletnent en vue que la série de hauteurs qui s'étend en face du Mont-Valérien.

Constatons tout d'abord que^ quels que soient \t% résultats de cette affaire, que nous ne pouvons apprécier dans son ensemble, l'action a été èngagéfe dans les meilleures conditions.

Les deux combats du 3o septembre et du i3 oc-» tobre nous ont servi de leçon, en nous faisant connaître la tactique des Prussiens.

Nous avions eu dans ces deux aifaires le tort immense de n'attaquer que d'un côté, permettant ainsi à l'ennemi de concentrer rapidement ses troupes et de les porter vers l'endroit menacé.

Combats de Bagneux et de Montretout 167

Le feu violent de nos fons^ en. dissimulant hier à l'ennemi jusqu'au dernier moment le point précis que nous voulions attaquer^ ne . lui a pas permis d'opérer son mouvement habituel.

La chose eût été d'ailleurs impossible^ car d© Chevilly à Saint-Denis,, dçux points extrêmes, il fallait passer sous notre feu. Il suffit d'énumérer succinctement nos batteries pour montrer que les Pru8siens ne pouvaient sérieusement songer à se masser. •

Redoute des Hautes-Bruyères^ forts de Bicétre, Montrouge, Vanves, Issy, Mont-Valérîen, redoute, du Mont-Valérien, batterie dé Courbevoie^ redoute de Saint-Ouen, batterie du parc, ïost de la Briche. De toutes ces formidables pièces, les projectiles n'ont cessé d'écraser l'ennefiDi.

Sur notre extrême gaucherie général Vinoy si^ mulpi yine attaque sûr les hauteurs de Çhâtilloni

Les Prussiens devaient d'autant pî<Q8 croire à -la réalité de ce mouvement qu'iU savent toute rim-*» portance que nous attachons à cette positioni" En outre^ une reconnaissance des in#biles de 1?^ -Côted'Or j fpyôyée la veille^ devait les tromper.

De ce côté, tout s'est borné à -une violente cation* nade et à des mouvements stratégiques opérés par grancles masses en avant de Gachan et du côté de Bagfieux.

A Saint-Ouen et sur la gauche de Saint-Denis, même tactique.

Le générjal de Bellemare, avec huit ou dix mille hommes, simula une attaque sur les buttes d'Orge-

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mont et Sannois, afin de laisser au général Ducrot toute sa liberté d'action.

De ce côté, toutes nos batterieç criblèrent d'obus les positions ennemies. Les pièces de Montmartre ne dédaignèrent pas de tirer. A une heure environ^ une formidable détonation fit trembler les maisons, c'était la batterie de Montmartre qui se mêlait à la fête. Je me trouvais en ce moment du côté de Saint- Ouen, parcourant rapidement Tenceinte, afin de mieux apprécier l'ensemble de l'opération. Je fus, comme tout le monde^ assourdi par cette formidable détonation.

J'arrive à l'affaire principale :

Depuis cinq à six 'pwrs déjà, cette action était préparée^ son importance était telle que rien n'avait été négligé. Si nous réunissions, en effet, nous forcions r ennemi à reculer, nous abandonnant toute cette ligne de hauteurs qui enserrent et doraiiijent Paris j au point même où il est le moins fortifié, ' Le Paint-du-Jour et Saînfe-Ouen^ vous le savez, étaient nos deux côtés faibles : l'attaque d'hier, en refoulant les Prussiens du côté de Montretout^ de Ruôil et d'Argenteuil, devait nous dégager et éloigner tout danger. " '

L'élite de nos troupes avait été confiée au général Ducrot : les'deux régiments de zouaves étaient^résents.

En avant de la redoute en terre de Montretout, trois batteries de mitrailleuses avaient été placées, elles ont fait à l'ennemi beaucoup de mal.

Combats de Bagneux et de Montretout 169

Rien ne peut donner une idée des travaux exécutés de ce côté par les Prussiens : des blocs énormes de pierre avaient été transportés à des distances considérables, des retranchenj^ts creusés, des murs en terre élevés. Montretout était devenue une véritable forteresse que nos intrépides mobiles ont enlevée courageusemeht. La forteresse du Mont-Valérien avait éteint le feu de Tennemi.

Au château de la Malmaison, la lutte n*a pas été moins vive. De ce côté, étaient engagés les 99^ de ligne, 750, les francs-tireurs qui 4Wit été très-éprouvés, et^ enfin, un bataille de cet héroïque 35® qui, massacré à l'Hay, a tenu à avoir, cette fois encore, sa part de danger et de gloire.

Les 190, 36o, i6e de marché étaient aussi en ligne. Les pertes des Prussiens sont importantes; les nôtres malheureusement ont été en proportion de l'acharnement de la lutte.

Je cite quelques chiffrées au hasard. *

Le 99^^ a eu une dizaine de blessés.

Le 35®, deux morfs, cinq blessés environ, un officier hors de combat.

Le 700, un officier et quatre hommes tués, 4ine dizaine de blessés.

Les francs-tireurs de la Seine ont perdu un capitaine, un lieutenant et vingt honrmes.

Un fait qui nj'a été affirmé par un officier d'artillerie prouvera combien l'action a été chaude sur certains points.

A la lisière du bois de la Malmaison, une com-

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pagnie'de la garde royale se fit massacrer plutôt que de reculer. L'officier français, désespérant, à cause du petit nombre de ses soldats, de triompher de cette résistance, fit avancer une mitrailleuse. Quarante Prussiens se précipitèrent dessus pour s'en emparer. Nos artilleurs firent feu à moins de cent mètres ; pas un seul des ennemis ne se releva.

Sur la route de Rueil^ une batterie de mitrailleuses avait été placée ; elle n'a pas eu l'occasion de donner»

Il est à peu priiipositif que lés Prussiens ont mis

,1e feu au château de Villeneuve. Cette magnifique

propriété était, on le sait, réunie au parc de Saint-

Cloud. Napoléon l'avait, il y a quinze ans environ,

achetée au duc Decaze.

J'ai des détails assez précis sur l'état de nos tués et bleues.

Nos ambulances parvenues à la Jonchère et à la Maji^naaison ont trouvé cent morts environ et quatre à cinq cents blessés, tant Prussiens que Français;

A ces deux eitclroîts Seulement, on a vii des. blessés et des morts ennemis ; sur tous les autres points, ils avaient été enlevés avec une prodigieuse rapidité.

Les ambulances de l'armée et celles de la presse ont ramené u^oe centaine de blessés ; celles de l'Internationale, cinquante. Les Prussiens nous' ont pris cinquante blessés qu'ils refusent de nous rendre; ils ont enterré plusieurs dé nos morts.

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3i octobre.

J'arrive du Bourget, navré de tout ce que je viens de voir, et à peine rçntfé dans Paris j'apprends l'horrible nouvelle de la reddition de Metz.

Tout cela est si lugubre que je n'ose coordonner mes Ilotes, et que je me borne à vous envoyer à la hâte quelques mots.

Les francs-tireurs de la presse, vous le savez, s'étaient, il y a quelques jours, emparés de ce village, placé directement sous le feu du fort d'Aubervilliers, mais d'une importance réelle cependant, car, grâce à sa position, nous avions une avancé^ dans les lignes ennemies qui se trouvaient coupées.

Le général de Bellemare, commandant la garnison de Saint-Denis, en jugea sans doute ainsi, car il envoya pour soutenir les francs-tireurs deux bataillons de mobiles de hiSeine^ les i2« et 14®. Malheureusement, on renouvela l'erreur funeste qui nous avait déjà causé tant de pertes : on négligea de soutenir la brigade d'occupation parfde l'artillerie. Une barricade fut construite à la hâte : deux pièces de quatre, dissimulées derrière un épaulement, ouvri-rent le feu, mais dès les premiers moments de la lutte, il fut facile de reconnaître notre infériorité. L'ennemi, au lieu de songer à prendre ces maisons une à une, avait mis en batterie quarante pièces qui nous accablaient d'une pluie de fer. Nos mobiles

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soutinrent la lutte toute la journée d'hier : on espérait des renforts, et Ton comptait sur Tartillerie qui ne pouvait manquer de venir de Saint-Denis. Rien ne vint. Nos soldats ne pouvant plus tenir dans la rue, se réfugièrent derrière la barricade, puis voyant les pavés dispersés par les obus, ils entrèrent dans les maisons. Les Prussiens n'eurent que la peine de faire prisonniers ces malheureux qui, seuls, sans espoir de renfort, n'avaient d'autre ressource que de jeter leurs armes et de se rendre. Quelques officiers firent preuve d'un grand courage, entre autres le commandant Baroche qui se fit tuer.

Hier soir, une hideuse nouvelle courait Paris; on disait que les grenadiers et les voltigeurs de l'ancienne garde qui forment aujourd'hui le 28® de marche, s'étaient sctuvés. C'est là une calomnie. L'ordre de la retraite n'a pas été donnée ou du moins personne ne l'a entendu ; chacun a donc dû pourvoir à son salut personnel.

Le directeur de ranibulan# de Saint-Denis se rendit hier auprès de l'ennemi pour ^demander la remise de nos blessés. Le commandant prussien remit sa réponse à ce matin.

A cinq heures, il fit répondre que les blessés français étaient transportés à Gonesse ; il était prêt à nous rendre nos morts, à la condition que le général de Bellemare s'engagerait à ne pas faire tirer pendant tout le temps que durerait la remise des corps : le général n'a pas consenti.

Le commandant prussien a dit à nos parlemen-

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taires : Vos officiers se sont conduits hier en héros. Le capitaine Gérard du 14» bataillon n'a pas reparu avec des fractions des i'^, 3« et 5® compagnies. Tout fait espérer que ces mobiles ne sont que prisonniers.

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