‹ Aux avant-postes, juillet 1870-janvier 1871Chapitre 5 sur 16 · LA BATAILLE DE FORBACH · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE FORBACH

Sarreguemines, 5 août.

Je viens de visiter Forbach, Spikeren et le champ de bataille. Nos troupes campent sur le champ de manœuvre et menacent la ville de ce côté ; tout est calme, paisible; on ne se douterait guère qu'il y a deux jours, nos mitrailleuses accomplissaient dans ce champ leur besogne.

Le bruit court que Tordre est venu d'opérer du côté de Sarrelouis une marche en avant, analogue à celle qui nous a conduits aux portes de Sarrebrûck. Je ne puis savoir ce qu'il y a d'exact dans cette nouvelle; j'ai parcouru tout le pays de Metz à Forbach, en visitant Saint-Avold, Hombourg; partout de grands mouvements indiquent une action pro-"" chaîne et importante.

N'oublions pas, d'ailleurs^ que c'est demain la

Saint-Guillaume. Quelques officiers prétendent que les Prussiens ont l'intention de donner à leur souverain une victoire pour sa fête. En attendant, pas une escarmouche, pas un coup de. fusil. Un étranger, qui arriverait dans le pays, ignorant la déclaration de guerre, croirait, à voir cette tranquillité, que les deux nations n'ont jamais été plus amies. Les femmes travaillent aux champs, tandis qu'à portée de pistolet Tennemi veille.

La nuit seulement on prend quelques précautions à cause des maraudeurs. Il est facile de traverser la Saar en bateau et de venir piller; mais en général tout se borne à quelques rails enlevés et à un ou deux poteaux de télégraphe renversés.

Il ne faudrait pas se fier à ce calme, à cette tranquillité. Pour qui sait observer, il est évident qu'un grand coup se prépare.

Je pourrais multiplier les preuves à l'appui de mon dire, mais je crois la chose inutile; il est probable, d'ailleurs, s'il y a bataille, que cette lettre ne vous parviendra qu'^après l'action. J'ajouterai seulement que le maréchal Lebœuf vient de quitter Metz deux nuits de suite, et que l'on annonce ici mystérieusement l'arriyée de l'Empereur.

Bataille de Forbach 63

Sarreguemines et Neunkirchen, 6 août.

Toute la nuit les régiments sont arrivés : cavalerie, infanterie, artillerie débouchaient au grand galop sur le pavé de Sarreguemines, empêchant ses braves habitants de dormir.

Il est pour moi de la dernière évidence que nous allons sortir de cette inaction d'autant plus dangereuse que le soldat ne se gêne pas pour murmurer et accuser ses généraux.

Nos troupes traversent le pont de pierre jeté sur la Saar et se forment sur la grande route.

L'allégresse est générale ; on va donc enfin voir Tennemi ! Il faut dire qu'un mouvement est devenu nécessaire. Les Prussiens sont en ce moment d'une insolence inouïe.. Il y a moins d'une heure, je causais avec un curé qui me disait que le village de Blœrsguersvinler qu'il habite^ avait été, cette nuit même, pris par l'ennemi, qui avait tout saccagé.

Nos tirailleurs s'étendent dans la plaine, battant les buissons, scrutant les bois, cherchant à se rendre compte de la position de l'ennemi. Soudain le mouvement est arrêté. Au moment où nous nous préparons à marcher en avant pour prendre sérieusement l'offensive, deux aides de camp parcourent la route au galop et annoncent que les Prussiens que nous voulions surprendre marchent sur nous en toute hâte.

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