IV LA PERSÉCUTION RELIGIEUSE
que les communes s'étaient engagées à mettre à la disposition des curés, mais encore ceux qui appartenaient aux fabriques, — et les évêchés, — et nos grands séminaires, — et nos petits séminaires, — et la caisse de nos prêtres âgés et infirmes, — et les rentes chargées de fondations de messes : on ne se contente pas de dépouiller les vivants, on dépouille les pauvres défunts, — et nos calices, nos ciboires, nos ostensoirs, nos ornements, nos statues, tout le mobilier de nos églises et de nos sacristies, etc., — on nous prend tout. La spoliation est radicale.
Et la brutalité s'est ajoutée à la spoliation. Pour quitter notre évêché, on ne nous a donné même pas huit jours : averti le 9 décembre, nous devions partir le 13 ; — nos grands séminaristes ont été congédiés de leur chère maison du jour au lendemain. — Le vénéré supérieur du petit séminaire et ses dévoués professeurs ont eu vingt-quatre heures pour se disperser et pour licencier leurs deux cents élèves. — Pour ne pas vouloir faire une déclaration qui assimile nos cérémonies religieuses à des réunions publiques, nos curés ont été poursuivis devant le tribunal de simple police : autant de messes célébrées, autant de procès encourus. — Jetés hier sur le pavé, nos jeunes clercs ont été traînés à la caserne, etc., etc. La prétendue séparation de TÉglise et de l'État aboutit à la violence. Pour nous écraser, on amasse et on dirige contre nous les décrets et les circulaires, la police, l'armée, toute la force publique.
Nous, catholiques, nous sommes des vaincus, c'est vrai ; mais il semble bien qu'à ce titre nous mériterions certains égards. Les soldats de notre race éprouvent pour les vaincus un respect chevaleresque, et on les voit présenter les armes aux blessés qui gisent sur le champ de bataille. Nos ennemis les libres penseurs sont incapables de ce noble mouvement; ils sont insensibles; ils font pleurer les enfants, les pères et les mères, les ministres de Dieu, tous les braves gens, les âmes les plus innocentes et les plus belles, et ils s'amusent, ils ricanent de nos souffrances, de nos déchirements, de nos agonies ; pour nous achever, ils ajoutent Tinconvenance et la précipitation, le dédain et le sarcasme à Feffort des lois impies et meurtrières. On dirait qu'ils veulent nous écraser le plus vite et le plus cruellement possible.
Et pourquoi ces spoliations et ces brutalités inhumaines et sacrilèges?
Sommes-nous donc les ennemis de la patrie? « L'Éghse, dit Lacordaire, peut être en contradiction avec le gouvernement d'un pays ; mais le gouvernement d'un pays n'est pas la nation, bien moins encore la patrie... Lorsque le gouvernement d'une nation persécute TÉglise, ce n'est pasTÉglise qui attaque la patrie, c'est la patrie qui est opprimée dans un de ses