A L'ÉCOLE
OÙ les plus grands évêques et les génies les mieux doués apprenaient à lire et à prier aux fils de l'ouvrier et du paysan. Au xvi^ siècle, quand l'hérésie protestante menace la foi, quand Calvin lance de sa retraite de Genève des maîtres huguenots sur tout le sol français, l'Eglise multiplie ses écoles. Après la Révolution, dès 1830, l'Eglise couvre la France d'écoles religieuses. A l'heure qu'il est, le saint Pape Pie X dépense annuellement 500.000 francs pour l'entretien des écoles catholiques libres à Rome. En Amérique et en Angleterre, les grands évêques déclarent « que la religion est appelée à envelopper l'éducation tout entière, et que généralement l'enseignement religieux donné en dehors des murs de classe ne suffit pas », et, avant de bâtir des églises et des cathédrales, ils ouvrent des universités et des écoles. En France, que n'a-t-on pas fait depuis vingt-cinq ans pour créer des écoles chrétiennes? La charité libre des catholiques est parvenue à équilibrer un budget scolaire annuel de 80 millions de francs. Les catholiques paient deux fois pour les écoles : une première fois pour les écoles neutres dont ils ne veulent pas, et une seconde fois pour les écoles chrétiennes dont ils veulent. Les grands siècles de foi n'ont rien vu de plus beau. Depuis trois ans la rage des sectaires
s'est abattue sur nos congrégations enseignantes, et elle va peut-être demain supprimer nos dernières libertés. Qu'importe? sous une forme ou sous une autre, nous appellerons à nous les enfants des familles honnêtes et encore indépendantes, et par des sacrifices héroïques, par des nouveautés de zèle inattendues, nous sauverons ou nous ressusciterons l'école chrétienne.
IIÏ. Et que fait-on dans l'école chrétienne? D'abord, aussi bien qu'ailleurs, on y distribue l'instruction profane. Nos maîtres et maîtresses sont au niveau de tous les progrès pédagogiques modernes. La statistique proclame les résultats de leurs méthodes et les fruits de leur dévouement. Partout leurs élèves font bonne figure dans les concours. Leurs succès scolaires sont assez connus pour qu'il soit inutile d'en parler longuement. L'école chrétienne donne la science purement humaine. Mais elle fait plus et mieux. Elle donne la science religieuse.
Là, dans l'école chrétienne, qu'elle soit ou maternelle, ou primaire, ou secondaire, la religion tient la place d'honneur. Dès l'asile, bien avant que soit arrivé le temps de suivre les catéchismes de la paroisse, on verse dans l'intelligence de l'enfant les premières clartés de la foi, qui ne
A L'ÉCOLE 2i
sont pas plus hors de sa portée que les règles de la grammaire et du calcul, et qui sont pour lui d'une importance infiniment plus grande. Et, à mesure que Técolier pénètre plus avant dans la science profane, on augmente devant sa raison épanouie l'intensité de la lumière surnaturelle.
Là, dans l'école chrétienne, apparaissent des images, des sentences, des signes matériels et sensibles qui rendent la religion présente, visible, palpable, qui la montrent importante et belle, rayonnante et sainte aux regards de l'enfance. Le crucifix, à lui seul, vaut tout un cours de philosophie. 11 dit à l'écolier son origine et sa fin ; il résume toute la morale, il projette sur l'histoire la céleste clarté qui en résout toutes les énigmes.
Là, dans l'école chrétienne, on prie avant et après chaque exercice. Une mère de famille mourait dernièrement. Au moment de la mise en bière, le père désolé fît passer ses cinq enfants dans la chambre delà défunte. Et là : « A genoux, mes enfants, dit-il, prions pour votre mère. » — « Papa, fit observer l'aîné, un garçon de onze ans, je ne sais pas de prières. » — « ïu ne sais pas de prières? qu'est-ce que cela veut dire? » Mais se reprenant avec confusion : « C'est vrai. J'ai eu le malheur de t'envoyer dans une école où on ne prie pas. Sois tranquille, mon garçon, c'est fîni,
et dès demain je te conduirai là oii tu pourras apprendre tes prières. » Le lendemain, Fenfant entrait dans une école libre et chrétienne.
Là. dans l'école chrétienne, Tinstruction religieuse est largement distribuée. Le catéchisme est chaque jour appris par cœur, récité, expliqué. On récite chaque semaine l'évangile du dimanche, et on prend souvent dans ce livre divin les exercices de classe. Le maître et la maîtresse se considèrent comme les coadjuteurs du prêtre et les mandataires des parents, et, à ce double titre, s'adressant directement à l'enfant dans un lan- ^o^Q fait à sa mesure, ils lui insinuent peu à peu, goutte à goutte, la science de la religion. Ils la lui donnent à l'école. Ils le conduisent aux catéchismes de la paroisse, aux offices de l'église, à la messe et aux vêpres du dimanche, et ils sont là, dans le temple, présents au milieu de leurs élèves, non seulement pour assurer le bon ordre, mais pour s'associer avec leurs chers écoUers aux prières et aux chants liturgiques.
Là, dans l'école chrétienne, les livres de classe et même les livres de prix sont choisis avec soin. On élimine impitoyablement les livres mauvais qui attaquent la religion directement, et les livres dangereux qui gardent sur elle un silence affecté et systématique, par exemple les manuels d'his-