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CHAPITRE IV

La paroisse bien organisée offre à l'enfance des écoles chrétiennes oii se distribue largement l'instruction religieuse. Ce n'est pas assez. L'instruction religieuse commence dans la famille et elle se continue à l'école ; mais elle se perfectionne et s'achève au catéchisme. Parlons du catéchisme. Jamais les familles ne l'auront en trop haute estime. Le clergé n'en dira jamais trop de bien.

I. Diderot faisait réciter le catéchisme à sa fille, et à un de ses amis d'impiété qui s'en étonnait il disait : « Où trouverons nous quelque chose de meilleur? » — Napoléon P"" posait un jour au milieu d'une illustre assemblée une question très embarrassante sur ses droits vis-à-vis du Pape. Comme personne n'osait ou ne savait répondre, il s'adressa à M. Emery, supérieur de Saint-Sulpice, qui lui dit : (( Sire, je ne puis penser là-dessus autrement qu'il est marqué dans le catéchisme enseigné par vos ordres dans tout F Empire. » Et il en cita la réponse mot pour mot. L'Empereur interloqué ne

répliqua pas, mais il se dit à part lui, un peu humilié : « Le catéchisme ! Le catéchisme ! » — Eh bien! oui, le catéchisme! on y trouve toujours la vérité. Il n'est pas bon que pour les enfants. Plus d'un haut personnage aurait souvent besoin d'y être renvoyé. N'est-ce pas le philosophe Jouffroy qui a écrit ces belles paroles : « Il y a un petit livre qu'on fait apprendre aux enfants et sur lequel on les interroge à l'église ; lisez ce petit livre qui est le catéchisme ; vous y trouverez une 1 solution à toutes les questions, à toutes, sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l'espèce humaine, il le sait; où elle va, il le sait; comment elle y va, il le sait. Demandez à ce pauvre enfant pourquoi il est ici-bas et ce qu'il deviendra après sa mort, il vous fera une réponse sublime... Voilà ce que j'appelle une grande religion ; je la connais à ce signe qu'elle ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent rhumanité.»On ne peut mieux penser ni mieux dire. Et c'est le même philosophe qui, sur son lit de mort, faisait cette recommandation à son curé : « Apprenez bien le catéchisme à ma fille. J'ai tout lu, je n'ai rien trouvé qui valût une page de catéchisme. » — Odilon Barrot, l'ancien ministre de Louis-Philippe, sur la hn de sa carrière, ne manquait jamais de s'informer des heures de caté-

chisme et d'y assister, et au jeune vicaire qui s'en montrait étonné il disait : « Monsieur l'abbé, je vous confesse que le catéchisme a pour moi un charme inexprimable. Votre enseignement est plein d'idées justes et saisissantes. Chaque fois que j'entends réciter ce petit livre, j'apprends toujours quelque chose que je ne connaissais qu'à moitié, ou que je ne connaissais pas du tout, ou que j'avais peut-être oublié. » — Jules Simon était, lui aussi, un admirateur du catéchisme. « Je trouve dans la religion, dit-il, un caractère qui me ravit ; c'est qu'elle joint la métaphysique la plus savante à la plus parfaite et, si on peut le dire, à la plus efficace simplicité... Il n'y a jusqu'ici que la religion chrétienne qui ait eu à la fois la Somme de saint Thomas et un catéchisme. » — Nous citerons encore ici un témoignage illustre, celui deMontalembert, qui écrivait à M^'^ Dupanloup : « En fait de lectures pieuses, je commence par le catéchisme : oui, par le catéchisme. J'en lis chaque jour un chapitre avec une consolation extrême... Si jamais vous faites mon oraison funèbre, vous voudrez bien constater qu'à cinquante-quatre ans bien passés, je me suis mis à réapprendre mon catéchisme, et cela dans le catéchisme d'Orléans. »

II. Après de tels témoignages, avons-nous besoin de faire remarquer tout ce qu'il y a de

majestueux, de souverainement grand et d'éminemment social dans la fonction du prêtre faisant le catéchisme? Le plus humble curé de village, le plus modeste vicaire de ville, entouré des enfants de la paroisse et leur distribuant le lait de la saine doctrine, est moins illustre, mais non moins utile que l'académicien professeur au Collège de France qui, devant un savant auditoire, prononce un magnifique discours sur la philosophie des Grecs ou des Romains. Il tient la première place parmi les docteurs de ce monde. Il enseigne avec autorité ce que la science ignore, ce que la philosophie discute. A ces intelligences encore novices, il verse en abondance les lumières les plushautes de la science morale et religieuse. Guidés par le prêtre, voilà ces petits enfants de huit ans qui connaissent déjà Dieu et sa loi, la religion et ses mystères, le vice qu'il faut fuir et la vertu qu'il faut pratiquer, les sacrements et les dispositions qu'ils réclament, les peines et les récompenses de la vie future. En sachant son catéchisme, l'enfant sait plus de vérités que n'en contiennent tous les ouvrages de philosophie ensemble. « Cet aimable et vraiment bon père, disent les historiens de saint François de Sales, était assis sur un trône élevé de quelque cinq degrés; toute l'armée enfantine l'environnait. C'était un contentement non pareil d'entendre combien familièrement il exposait les

rudiments de notre foi. A chaque propos, les riches comparaisons lui naissaient en la bouche. Il regardait son petit monde, et son petit monde le regardait. » Ainsi faisait saint François de Sales. Ainsi, ô parents, tâchons-nous de faire nous-mêmes. Nous aimons nos enfants. Nous leur enseignons la doctrine de Jésus-Christ, et nous pouvons affirmer qu'ils ne rencontreront jamais dans le cours de leur vie une lumière, je ne dis pas supérieure, mais égale à celle du petit catéchisme, que nous leur mettons dans les mains, dans la tête et dans le cœur.

III. Mais, pour que l'enseignement religieux donné au catéchisme obtienne toute son efficacité, nous supplions instamment le clergé, les enfants, les pères et mères, les maîtres et maîtresses d'écoles chrétiennes, les bons catholiques d'unir leurs efforts et de se prêter un mutuel concours.

1° Les prêtres ont le droit et le devoir de faire le catéchisme. La loi du 28 mars 1882, article 2, dit expressément: « Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à leurs enfants, l'instruction religieuse en dehors des édifices scolaires. » Est-ce à dire que le catéchisme ne peut être fait que le jeudi et le dimanche? Il peut être fait éga-

lement tous les autres jours de la semaine en dehors des heures de classe. Nous invitons donc nos prêtres à instituer autant de séances de catéchisme qu'ils le jugent nécessaire pour l'instruction religieuse de leurs enfants. Nous leur rappelons que le catéchisme doit commencer chaque année dès la première semaine d'octobre pour ne finir qu'à la première communion, c'est-à-dire au mois de juin. Nous pensons même que deux années de catéchisme sont tout à fait insuffisantes pour préparer les enfants à la première communion, et nous nous proposons de demander prochainement à notre clergé s'il ne serait pas nécessaire et possible d'instituer une année de petit catéchisme qui précéderait les deux années actuellement obligatoires. On nous amène au catéchisme des enfants de neuf ou dix ans qui ne savent pas un mot de prière, qui savent à peine faire le signe de la croix ; la paganisation de l'enfance ne peut èire arrêtée, combattue et neutralisée que par l'abondance et la précocité de l'enseignement religieux câtéchistique.

2° Dans cette œuvre si importante et si difficile le clergé ne peut pas réussir tout seul ; il a besoin de la coopération positive et ininterrompue des instituteurs et institutrices libres ; il a besoin surtout de la collaboration des parents. Que les

parents nous envoient donc leurs enfants au petit catéchisme dès l'âge le plus tendre, dès l'âge de sept ans. Au petit catéchisme on apprend aux enfants à être toujours bons, sages et obéissants ; on leur répète que Dieu leur fait un ordre d'aimer leur père et leur mère, de les respecter et de les assister ; on les forme à la piété envers Dieu et à la piété filiale. Les jeunes enfants qui fréquentent les écoles laïques sont invités comme les autres à assister dès l'âge de sept ou huit ans aux séances du petit catéchisme, et les parents ont le droit de nous les envoyer à ces réunions qui sont toujours placées en dehors des heures de classe. Certains parents très chrétiens pensent peut-être qu'il est inutile d'envoyer leurs jeunes enfants au petit catéchisme et croient pouvoir se charger euxmêmes de l'instruction religieuse jusqu'aux deux années obligatoires qui précèdent la première communion. Ils se trompent. Qu'ils veuillent bien remarquer que les réunions publiques du catéchisme complètent très heureusement les leçons données à la maison, et que d'ailleurs il est du devoir des familles chrétiennes de donner à tous l'exemple de l'empressement et du zèle pour le catéchisme de la paroisse. Nous supplions enfin les parents de surveiller, de contrôler, de perfectionner l'instruction religieuse de leurs enfants.

32 L'INSTRUCTION RELIGIEUSE DANS LES CATÉCm^MKS

Qu'ils se mettent en rapport avec le prêtre chargé du catéchisme pour savoir de lui les notes de récitation, d'explication, de conduite, d'assiduité méritées par leurs enfants. Qu'ils fassent euxmêmes réciter et qu'ils expliquent en famille le catéchisme, l'évangile, l'histoire sainte. En un mot, qu'ils soient les coopérateurs du clergé.

3* L'œuvre de l'instruction religieuse de l'enfance est si capitale qu'on ne saurait trop s'en occuper. Pour venir au secours de la famille, de l'école et du clergé, hon nomhre de personnes intelligemment charitables acceptent volontiers la fonction de catéchistes volontaires. C'est une fonction très belle et bien féconde ; autant que cela est possible, elle remédie à la triste situation des malheureux enfants qui sont déshérités de l'enseignement religieux par des familles indifférentes et par l'école sans Dieu. Nous ne saurions trop encourager et trop remercier les chrétiens et les chrétiennes dévoués qui exercent à l'égard de l'enfance un si méritoire apostolat, et nous leur rappelons la parole du divin Sauveur : « Ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi-même que vous l'aurez fait. » L'heure est venue où les prêtres ne peuvent plus suffire au grand travail de l'évangélisation. Que les bons catholiques nous aident et que sur eux descendent les bénédictions du Ciel !

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