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VINSTRUCTION RELIGIEUSE A DOMICILE ET PAR LA PRESSE

La paroisse bien organisée distribue l'instruction religieuse à l'école, au catéchisme, dans les œuvres de persévérance, à l'église. Elle la donne à tous, particulièrement aux hommes qui en ont davantage besoin. Et, non contente de parler et d'instruire dans l'intérieur de ses temples, elle ouvre des salles, des lieux de réunion en dehors de l'église où elle appelle tous ceux qui sont privés de la possibilité ou qui ont perdu l'habitude de venir à l'église. Est-ce à dire que cela suffit? Non. Désireuse d'atteindre toutes les âmes qu'elle doit sanctifier, la paroisse moderne va leur parler à domicile; et, soit par la visite personnelle du prêtre, soit par de bonnes lectures mises à la portée de tous, la vérité religieuse se trouve partout disséminée.

I. Autrefois le peuple chrétien tout entier venait à ses églises paroissiales, et le clergé n'avait qu'à lui ouvrir les portes du temple et le trésor des

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divins mystères. Aujourd'hui il est nécessaire d'aller à lui, de le ramener peu à peu dans l'intérieur du temple, de lui montrer la splendeur de ce qu'il méconnaît et le faux prestige de ce qu'il préfère. Le prêtre sort donc de son église, de sa sacristie, de son presbytère, et le voilà au milieu de la foule. Là il parle à tous : à l'enfant, au malade, au pécheur, au patron et à l'ouvrier, au pauvre et au riche, à ceux qui sont dans la joie et à ceux qui sont dans les larmes. 11 ne se contente pas de prendre sa paroisse en bloc du haut de la chaire. Il sait que les appels généraux sont insuffisants, et que d'ailleurs beaucoup de paroissiens ne sont pas là pour entendre la prédication. Il va les visiter individuellement et par le détail. Ainsi faisait le grand Apôtre saint Paul.

Il nous a livré son secret quand, décrivant son ministère à Ephèse, il dit : « Souvenez-vous que, durant trois ans, je n'ai cessé nuit et jour d'avertir chacun de vous avec larmes : Monens unumquemgue vestrum. » Chacun de vous : tout est là. Ainsi faisait Notre-Seigneur Jésus- Christ lui-même, qui, venu ici-bas pour sauver le monde, a commencé par sauver Pierre, André, Philippe, Nathanaël, Marie -Madeleine, Zachée, des êtres sans nom, des ignorants, des pauvres de la terre, et qui les a instruits

comme si c'était pour eux seuls qu'il venait ici-bas.

II. Mais ici un problème se pose. Gomment, dans une paroisse un peu grande, le clergé pourrat-il trouver le temps de visiter tout son peuple, de porter la bonne parole à toutes les brebis de son troupeau? Il n'y arrivera que bien difficilement; souvent même il aura beau se multiplieret se surmener, il ne pourra pas suffire à une tâche aussi compliquée et aussi laborieuse. 11 cherchera donc des auxiliaires, et il en trouvera ; et ces auxiliaires iront oii le clergé ne peut pas aller et feront ce qu'il ne peut pas faire. Les religieuses sont d'excellentes messagères de l'Evangile. En voyant venir à lui, pour le servir et le soulager, tout ce qu'il y a de plus pur, de plus saint, de plus respectable sur la terre, des anges terrestres qui s'appellent Filles de Charité, Petites Sœurs de l'Assomption ou autres, le peuple comprendra que la religion est bonne, puisqu'elle inspire le dévouement désintéressé; et, comprenant que la religion est bonne, il ne sera pas éloigné de voir qu'elle est vraie. Les Dames patronesses, les Membres de la Conférence de Saint-Vincent de Paul, les catéchistes volontaires et tant d'autres associés de nos œuvres catholiques sont encore d'excellents apôtres de la vérité religieuse. Avec le secours maté-

riel qui soulage le corps, ils portent la bonne parole qui fait du bien à l'âme. Non, le clergé n'est pas capable à lui tout seul d'aller placer en face de toute ignorance un enseignement, en face de toute corruption une régénération, en face de toute objection une réponse. Il lui faut des auxiliaires pour compléter, décupler, universaliser son action apostolique. Ce n'est pas encore assez.

III. L'instruction religieuse ne se répand pas seulement par la parole, elle se répand aussi par la presse. Les lectures sont aujourd'hui plus que jamais le véhicule de l'erreur et de la vérité. 11 est difficile de dire tout le mal que peut faire et que fait la mauvaise presse. Il y a des livres et des journaux qui altaquent la foi ouvertement, et d'autres qui trahissent la religion en gardant sur elle un silence affecté, une neutralité perfide.

Pour quelques sous, on achète une forte dose de poison, et le même journal en contient assez pour flétrir toute une famille, ton te une rue, tout un quartier, toute une paroisse. Quelques-uns pensent et disent qu'ils sont invulnérables, et que la mauvaise presse ne leur fait aucunmal. Ils peuventle penser et même le dire... ils se trompent. Les mauvais livres et les mauvais journaux sont mauvais pour tout le monde. Un pauvre homme, grand lecteur

de livres frivoles, était un jour gourmande par sa femme sur cette habitude. « Que tu es bonne de t'inquiéter à ce sujet, linit-il par dire à sa femme, quel mal veux-tu que cela me fasse? J'oublie aussitôt après avoir lu. » — « Papa, lui dit sa fille, qu'avons-nous mangé dimanche?» Le père étonné ne savait que répondre à cette question imprévue, et finit par dire qu'il ne se rappelait plus du tout. « Eh bien, oui, papa, s'écrie la jeune fille avec finesse, vous ne vous souvenez pas, et cependant cela vous a nourri. » Cette réplique si simple fit sourire le père. 11 embrassa sa fille, et désormais il renonça à ses lectures futiles et dangereuses. L'influence des lectures sur le tempérament moral n'est pas plus contestable que l'influence des aliments sur le tempérament physique. C'est si vrai que l'antiquité mettait au fronton de ses bibliothèques cette inscription : Pharmacie de l'âme. Hélas! aujourd'hui cette pharmacie intellectuelle est généralement bien mal composée. Tantôt, au foyer domestique, on ne voit s'étaler que livres, brochures et journaux, d'oii se dégage une émanation pestilentielle, et tantôt, à côté de bons ouvrages, on trouve des productions plus ou moins frelatées, et tout cela mis sur le même rang, à la portée de toutes les mains et de toutes les curiosités.

Il importe grandement d'éloigner du foyer cet alliage de vrai et de faux, de bon et de mauvais, de frivole et de sérieux. 11 importe de se procurer un choix de livres religieux, pour aller puiser là de temps en temps la vraie lumière, la vraie sagesse, la vraie science : la Bible, le Catéchisme, la Vie des Saints, quelques ouvrages d'histoire et de philosophie. Toute famille doit avoir sa petite bibliothèque religieuse. Et ici encore la paroisse doit venir au secours de la famille. Elle fait circuler les livres, les brochures et les journaux qui sontles plus aptes à accréditer les idées chrétiennes.

Elle met à la disposition de tous des lectures intéressantes et instructives. Notre époque est féconde en écrits catholiques du plus haut mérite scientifique et littéraire. Et puis combien de petits traités, substantiels tout à la fois et populaires, ont été depuis quelques années composés et livrés au public ! Enfin c'est surtout le journal, le bon journal qu'il est plus que jamais nécessaire défaire lire. Il y a cinquante ans, le juif Grémieux disait à ses coreligionnaires : « Regardez le reste comme rien. La considération ou le mépris comme rien. La presse, c'est tout. Ayant la presse, nous aurons le reste, tout le reste. » Arrêtons-nous sur ce mot. Il est tombé de la plume d'un juif. Quand donc les catholiques en feront-ils leur

profit? Nous allons revenir dans le livre suivant sur cet important sujet, et avec une liberté tout apostolique nous rappellerons au clergé et aux fidèles le devoir qui leur incombe de fonder, de lire et de répandre la bonne presse.

IV. Nous venons, dans une longue étude, de signaler la nécessité de l'instruction religieuse et les nombreuses facilités d'acquérir ce bien suprême. Cependant une remarque finale s'impose. La connaissance de la vérité religieuse est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. Il faut cela, et il faut encore autre chose. Il faut connaître d'abord la religion... et ensuite il faut la 'pratiquer; la pratique de la foi augmente la foi, et elle f excite en même temps qu'elle la manifeste.

iMettons-nous donc à l'œuvre, fidèles déjà convaincus ou chrétiens encore hésitants, et, pour posséder pleinement la vérité, réalisons-la dans nos actes, selon cette parole de l'apôtre saint Jean, qu'aucune sincère expérience ne démentira jamais : « Qui facit veritatem^ venit ad lucem. Qui fait la vérité parvient à la lumière. » C'est la méthode de tous les bons chrétiens, c'est la méthode de tous les vraiment convertis. «J'ai lu f Evangile, a écrit François Coppée, en priant Dieu avec ardeur de me donner la soumission des pau-

vres en esprit. Je me suis rendu pareil à ces petits enfants que Notre-Seigneur voulait qu'on laissât venir à Lui, et devant lesquels il a dit que le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. J'ai écouté le Verbe divin avec autant de simplicité que les pêcheurs du lac de ïibériade, à qui Jésus parlait sur les flots, assis à la proue d'une barque. Un impérieux désir me poussait vers Dieu. Je n'ai pas résisté, je me suis laissé guider ; en un mot j'ai obéi, et je goûte aujourd'hui les délices de l'obéissance. >) Voilà les chemins de la lumière : étude consciencieuse de la religion, prière, humilité, docilité, correspondance à la grâce.

La lumière vient à qui la cherche, à qui la demande, à qui veut en profiter. Les cœurs soumis font les esprits dociles.

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