H 2 IL NE FAUT PAS LIRE
obscène, comme ils défendent de tuer et de voler, comme ils défendent de se suicider et de scandaliser le prochain.
Il est vrai que, dans nos sociétés modernes, la presse est libre et que les lois civiles permettent la propagation des erreurs et des doctrines immorales. Qu'importe? Le sacrilège et le blasphème sont des crimes énormes, bien qu'ils n'aient aucune sanction dans les lois humaines ; de même, la lecture des mauvais livres est une faute grave, bien qu'elle soit affranchie de toute pénalité légale. Nous avons le pouvoir, la facilité, la liberté de lire de mauvais livres, mais nous n'en avons pas le droit. Dieu, l'Eglise et la conscience le défendent.
Et ils ont raison de le défendre. Le mal a toujours une puissance particulière pour séduire notre nature corrompue ; il se glisse en traître dans notre esprit et dans notre cœur qui deviennent bientôt ses complices. Il n'est jamais permis de s'exposer volontairement à l'invasion du mal. Celui qui aime le péril y périra. Lorsqu'un mauvais livre pénètre dans une âme, dans une maison, dans un peuple, c'est un signe que la foi et la pudeur ne tarderont pas à en sortir. Au xvni* siècle, pendant trente années, de 1760 à 1790, le mauvais livres ont fait les délices des grands seigneurs; on les lisait dans les salons,
dans les cabinets, dans les antichambres des riches; et, dès 1794, c'en était fait de la noblesse en France, elle sombrait dans une douloureuse expiation. Plus tard, de 1815 à 1830, les livres de Voltaire et de Rousseau ont envahi les bibliothèques des bourgeois, et, comme l'ancienne noblesse, la bourgeoisie, issue de la Révolution, a été corrompue et perdue par la mauvaise presse. Aujourd'hui, le livre antichrétien et immoral est descendu dans les classes populaires, il y règne souverainement et il y fait germer l'incroyance, le désespoir, la soif des jouissances ruineuses, le besoin des dépenses superflues, le désir insensé de l'indépendance, le dégoût, le dédain et la haine de tout frein moral et religieux. Il serait difficile d'énumérer toutes les ruines que produit la mauvaise presse dans notre monde contemporain.
Il est donc du devoir de tous de se prémunir contre un tel danger. Le père doit faire une sévère revue de sa bibliothèque pour s'assurer si, parmi les livres qui la forment, il n'y a pas quelque coupable écrit oublié dans la poussière d'une armoire mal fermée. Nous connaissons des jeunes gens qui ont été à jamais perdus par un volume dérobé et dévoré en secret. Certains parents mettent toutes leurs complaisances à lire des livres suspects devant leurs enfants. Quelle imprudence et quelle