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CHAPITRE VI

Nous avons parlé de la diffusion des bons livres. Nous voudrions aujourd'hui recommander au clergé et aux catholiques la diffusion des bons journaux. Sans être totalement délaissé ou démodé, le livre a fait place de nos jours, pour le mal surtout, à un moyen plus facile, le mauvais journal. On a mis le livre en menue monnaie, et il est devenu le journal. Portons donc nos batteries là oii l'attaque est plus vive. Si le journal est un instrument formidable pour répandre le poison, il doit être un instrument bienfaisant pour porter partout le i contre-poison. S'obstiner à n'employer que le ' livre contre le mauvais journal, ce serait imiter des soldats qui persisteraient à vouloir se servir du fusil à pierre contre les armes nouvelles, ce serait imiter des industriels qui sont obligés de fermer leurs usines et de se mettre en liquidation parce qu'ils n'ont pas voulu proliter, pour renouveler leur outillage, des améliorations et des.

inventions amenées par le progrès. A la diffusion des bons livres il faut ajouter la diffusion des bons journaux. Des explications très précises et très détaillées sont ici nécessaires.

I. Il y a des journaux exclusivement religieux qui s'adressent soit à un diocèse, soit à une paroisse : ce sont les Semaines religieuses et les Bulletins jmroissiaux. La Semaine religieuse est l'organe de l'évêque, le Bulletin paroissial est l'organe du curé. Rien de meilleur, de plus utile, de plus recommandable que ces publications. La Semaine religieuse fait connaître aux prêtres et aux fidèles les ordres, les conseils, les projets de l'évêque qui, de la sorte, universalise sa parole et sa présence. Par le Bulletin paroissial le prêtre va chercher chez eux ceux qui ne viennent pas à l'église et se fait lire de ceux qui ne viennent pas l'entendre. Le Bulletin paroissial peut rendre les plus grands services et devenir un puissant moyen d'apostolat, pourvu qu'il soit bien fait, c'est-à-dire actuel, local, intéressant, documenté et discret. Il est dans les maisons le commissionnaire du curé. Ne croyons pas cependant que les Semaines religieuses et les Bulletins paroissiaux suffisent aux besoins de notre peuple. Ces publications ne traitent pas tous les sujets et n'atteignent qu'une

l.JO IL FAUT REPANDRE A PROFUSION

clientèle restreinte. Il faut autre chose à nos contemporains si avides de tout savoir et de tout lire. Il faut autre chose aux non-pratiquants qui sont déshabitués des choses religieuses, et même aux catholiques qui ont plus que jamais le droit et le devoir de s'informer et de se renseigner

Il est nécessaire, et il n'est pas impossible, de donner au public des journaux honnêtes et chrétiens, des journaux qui sont bons et qui, cependant, ne se spécialisent pas dans la seule question religieuse. Ces journaux sont rédigés par des hommes de talent qui ont bien soin de ne jamais offenser l'enseignement de l'Eglise, qui savent toujours donner l'accent de la foi et de la morale chrétienne à leurs moindres articles, et qui, en même temps, réussissent à satisfaire l'universelle curiosité des lecteurs. Ils racontent et commentent l'événement du jour, et ils servent les dépêches les plus fraîches de la France et de l'étranger. Leur plume alerte et inlassable aborde successivement ou simultanément la littérature, les sciences et les arts, l'agriculture, le commerce et l'industrie. Ils accordent la place qui convient aux faits divers et aux feuilletons honnêtes, au bulletin financier et aux annonces. Ils ne sont pas inférieurs aux rédacteurs de la mauvaise presse; ils les égalent par la variété et l'élégance

(les informations, et même ils les surpassent par la science des choses utiles et par la puissance de la vérité dont ils sont les serviteurs et les défenseurs persévérants. Louis Veuillot écrivait en 1871 : (( La presse appartient à l'ordre respectable des maux nécessaires. Les journaux sont devenus un tel péril qu'il est nécessaire d'en créer beaucoup. La presse ne peut être combattue que par ellemême et neutralisée par sa multitude. »

Il nous faut des journaux honnêtes et chrétiens, puissants et bien faits. Nous en avons. « Nous avons nos journaux de Paris, ces puissants cuirassés de premier rang sur lesquels s'appuie tout le reste de l'escadre ; nos grands régionaux, ces croiseurs modernes qui mettent à profit toutes les inventions pour transporter avec une rapidité vertigineuse les dernières nouvelles du jour et de la nuit; nos journaux de départements, d'arrondissements ou de cantons, flottille innombrable de torpilleurs et contre-torpilleurs qui, pour évoluer dans une zone plus restreinte et en face de situations plus particulières, ne jouent pas moins, dans l'ensemble de la bataille, le rôle peut-être le plus décisif^ » Nous avons de bons journaux qui sont les uns généraux, et les autres locaux, ceux-ci hebdomadaires, et ceux-là quotidiens.

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