‹ Aux hommes travail nécessaireChapitre 57 sur 88 · CHAPITRE ïl NOS CATÉCHISMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE ïl NOS CATÉCHISMES

Nous avons parlé de nos écoles libres catholiques, et nous avons dit le devoir qui nous incombe de les conserver, de les relever et d'en fonder de nouvelles. Voyons ce qu'ont fait nos voisins, les Belges. Dans une lettre écrite le 26 juillet dernier, M. Charles Wœste, ministre d'Etat, s'exprime ainsi : « Lorsque nos adversaires, en 1879, ont laïcisé l'enseignement public, nous avons créé 4.000 écoles primaires libres, alors que le pays renferme 2.600 communes, et, au bout de cinq années d'efforts, nos adversaires ont été vaincus. » L'exemple des catholiques belges nous dicte notre devoir.

Il est vrai qu'en France nos écoles catholiques libres sont menacées. Nous les prendra-t-on ? C'est possible. Les sectaires sont capables de tout. Cependant la suppression totale de la liberté d'enseignement est une mesure si contraire au droit moderne, à la justice et au bon sens, que les sectaires hésiteront peut-être à aller jusque-là; ils

hésiteront d'autant plus qu'ils nous verront user largement et ouvertement des dernières libertés qui nous restent et donner à nos écoles le double succès du nombre et de la valeur. La vitalité de l'Eglise est profondément engagée dans la permanence de nos institutions scolaires ; pour ces institutions, le clergé et les catholiques doivent lutter jusqu'à la dernière heure.

Que si nous étions vaincus dans ce noble combat, que si le monopole devait un jour fermer toutes nos écoles, il nous resterait encore les catéchismes, les œuvres de persévérance, les œuvres de charité, les œuvres de zèle, les œuvres sociales, et sur ces terrains nous sommes et nous resterons inexpugnables. Nous avons nos catéchùmes. Pour régénérer avec le temps une paroisse, le grand moyen, le moyen principal, c'est le soin constant et l'instruction chrétienne de l'enfance et de la jeunesse, c'est la formation morale et religieuse que donne le catéchisme. La question du catéchisme n'est pas une question purement ecclésiastique : elle intéresse les fidèles autant que les prêtres, elle intéresse tous ceux que préoccupe l'avenir religieux de notre cher pays. Elle mérite donc les honneurs d'une discussion publique; en l'étudiant et en la signalant à l'attention de ses diocésains et de son clergé, l'évêque accomplit un

NOS CATÉCHISMES IGl

devoir professionnel et répond aux besoins et aux angoisses du temps présent.

I. Et, d'abord, de quel livre convient-il de se servir pour faire le catéchisme? Nous répondrons que le livre importe peu, pourvu qu'on sache s'en servir. Le meilleur manuel de philosophie ou d'histoire est celui qui est expliqué, commenté, complété et vivifié par un bon professeur ; le bon maître comble les lacunes et corrige les imperfections d'un livre insuffisant. Ainsi en va-t-il de nos manuels de science religieuse élémentaire qu'on appelle des catéchismes. Ils ont la valeur que leur donnent ceux qui s'en servent. On a beaucoup parlé dans ces derniers temps d'un catéchisme universel. Or, l'institution d'un catéchisme universel n'a pas à nos yeux l'importance que quelques-uns veulent lui donner : le catéchisme universel est peut-être désirable, il ne nous semble pas nécessaire. En attendant que, pour enseigner la religion à l'enfance et h la jeunesse, nous ayons un texte unique, servons-nous du texte de nos catéchismes diocésains. Mettons ce livre dans les mains, dans la tête et dans le cœur de nos chers enfants ; qu'ils en apprennent de mémoire toutes les formules; qu'ils en acquièrent de plus en plus l'intelligence. L'enfant croit

d'abord sans comprendre; c'est le besoin de sa nature, qui ne peut connaître et s'instruire dans le bas âge que par voie d'autorité ; c'est la méthode qui s'impose à sa raison naissante pour l'acquisition de la science religieuse comme pour l'acquisition de la science profane; il apprend d'abord, puis il comprend ce qu'il a appris; il entend les explications de ses catéchistes, il fait de bonnes lectures, il réfléchit, et, à mesure qu'il grandit et que sa raison se fortifie, il découvre les motifs de sa croyance, la convenance, l'ordre, la beauté et l'enchaînement des vérités religieuses ; ce qu'on lui avait enseigné et ce qu'il n'avait fait qu'affirmer, il le conçoit, il le raisonne, il se le démontre à lui-même, et peu à peu la lettre de son catéchisme lui apparaît claire, vivante, animée, souverainement lumineuse.

II. Nous obtiendrons ce résultat en rendant nos catéchismes intéressants. Rien n'est ici à dédaigner, ni la composition des séances du catéchisme, ni le lieu oii se fait le catéchisme, ni la tenue de ceux qui le font.

D'ordinaire, les catéchismes doivent se faire dans l'église ou dans une chapelle, à moins que, par autorisation spéciale de l'évêque ou du curé, un autre local ne leur soit affecté.

Il est désirable que, pour faire le catéchisme, le prêtre soit revêtu de l'habit de chœur. Le catéchisme est une fonction sacrée qu'il est nécessaire de rendre aussi digne, aussi respectable, aussi imposante que possible.

Il faut mettre dans le catéchisme de la vie et de la variété, de manière à exciter dans les enfants une sainte émulation de science, de vertu et de piété.

Au commencement et à la fin de chaque séance une prière est faite posément et religieusement, avec la lenteur et les pauses convenables. Les garçons ont les bras croisés, et les filles les mains jointes ; ils doivent être commodément agenouillés ; il faut leur inspirer la pensée de la présence de Dieu, surveiller leur signe de croix, leur apprendre à prier.

Pendant le catéchisme on chante un ou deux cantiques : c'est un moyen de reposer les jeunes auditeurs et de leur donner un nouvel élan ; de temps en temps il sera bon de les interroger sur le texte même des cantiques pour leur en faire comprendre le sens et savourer la beauté.

Est-il utile de faire réciter les enfants et d'exiger qu'ils sachent par cœur et imperturbablement la leçon qui a été donnée à la séance précédente ? Nous estimons que cela est utile, que cela est

ici rsOS CATKCHISMES

nécessaire. Le travail de la mémoire n'est pas tout, mais il a le double avantage d'attester la bonne volonté des catéchisés et de mettre dans leur tête des formules qui resteront inoubliables et que la réflexion n'aura dans la suite qu'à travailler et à féconder. Nous vivons pendant toute notre vie des sentences et des idées qui nous ont été inculquées dès nos premières années.

D'ailleurs, à la récitation rapide des demandes et des réponses du catéchisme viendra se joindre aussitôt l'explication entremêlée habilement d'avis, d'histoires, d'interrogations, de comparaisons qui mettront la vérité religieuse dans tout son jour, dans tout son éclat, dans tout son rayonnement. Il faut exposer aux enfants les preuves de la religion qui sont à la portée de leur âge; cela est nécessaire en ces temps de discussion et d'incrédulité ; mais encore faut-il faire ceJa prudemment, graduellement, et ne pas embarrasser l'esprit des enfants par des objections dont ils ne comprendraient pas assez les réponses; il importe de doser notre enseignement, de l'accommoder à l'âge et à la capacité des auditeurs, de parler aux enfants autrement qu'aux grandes personnes, de ne pas faire le petit catéchisme comme on ferait le catéchisme de persévérance.

Enfin, dans toute séance de catéchisme, l'exhor-

tation doit avoir sa place à côté de la récitation et de Texplication. Le prêtre se tromperait et ne ferait qu'à moitié son devoir, s'il se contentait d'instruire les enfants sans les former à la vertu et à la piété, s'il s'adressait à leur mémoire, à leur intelligence, et point du tout à leur volonté, à leur conscience, à leur cœur. Dans la plupart des familles contemporaines la vie chrétienne fait défaut, et ce n'est que dans les catéchisiaes que nos enfants apprendront à connaître et à aimer le bon Dieu, à le prier et à vivre en sa sainte présence, qu'ils se feront une âme vraiment pieuse et des habitudes sérieusement chrétiennes.

IIJ. Il est utile de dire ici un mot des jours et heures de catéchisme et des collaborateurs et collaboratrices qui doivent aider le clergé dans cette partie de sa tâche devenue aujourd'hui si difficile. Un de nos prêtres nous écrivait dernièrement pour nous recommander l'institution dans les paroisses d'une école de catéchisme. «L'école de catéchisme, nous disait-il, c'est le curé ou tout le clergé d'une paroisse réunissant les adolescents de la paroisse de cinq heures et demie du soir à sept heures. Ce temps serait consacré, sous la surveillance du clergé : 1° à l'étude de la lettre du catéchisme si

mal apprise par les enfants livrés à eux-mêmes ; 2° à rinstruction catéchistique proprement dite, donnée par le clergé; 3° à l'étude plus sérieuse qu'on ne le fait aujourd'hui de l'histoire sainte et de l'histoire de l'Eglise ; 4° à la rectification des erreurs et des réticences des livres classiques de l'école neutre ; 5° à l'étude du chant et des livres liturgiques dont la connaissance est si utile à une religion qui doit être éclairée. L'école de catéchisme se tiendrait tous les jours, excepté le dimanche et le jeudi réservés pour les patronages. Il est bien évident que, dans beaucoup de cas, le clergé serait obligé de se donner des auxiliaires pour la tenue de ces écoles, surtout pour celle des écoles de filles. Que de concours on trouverait dans les zélatrices de catéchisme !... » Voilà tout un programme. Nous ne disons pas qu'il est partout réalisable, mais nous disons qu'on y trouve des indications utiles dont le clergé et les apôtres laïques peuvent faire leur profit. Quand devonsnous faire le catéchisme? Le plus souvent possible. Dans certaines paroisses, on le fait tous les jours ou à peu près; cette habitude est excellente, il faut la conserver làoù elle existe. Si nous avons soin de nous entendre directement avec les familles et si nous savons nous attacher les enfants, nous pourrons multiplier nos séances de

catéchisme. Nous avons le droit de demander les enfants le jeudi et le dimanche, et les autres jours de la semaine nous pouvons encore les appeler au catéchisme en dehors des heures déclasse. Ouvrons donc des écoles de catéchisme, et pour la tenue de ces écoles tâchons de trouver autour de nous des dévouements. Presque partout il y a quelques âmes pieuses qui n'attendent que notre invitation pour se livrer à l'apostolat de l'enfance et de la jeunesse; elles ont du temps et du zèle; il suffit de savoir les utiliser. Dans un certain nombre de paroisses, il a été impossible de créer ou de relever l'école libre ; mais deux ou trois religieuses restent à la disposition de la population pour le soin des pauvres et des malades ; il serait possible de confier à ces religieuses une garderie pour les tout petits enfants et l'enseignement du catéchisme pour les enfants plus âgés. Les méthodes et les moyens de zèle se diversifient avec les localités ; mais partout, même dans les paroisses les plus déshéritées, il y a quelque chose à faire. Dieu d'ailleurs ne nous demande pas de moissonner, mais de semer ; il exige de nous l'etfort et non le succès. Prions et travaillons. Faisons notre devoir, et Dieu fera le reste.

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