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CHAPITRE III

Si nos écoles libres nous étaient ravies, il nons resterait encore nos catéchismes, et sur ce terrain nous sommes inexpugnables et nous devons être infatigables. Les temps sont mauvais. Qu allonsnous faire ? Quelques-uns ne savent que gémir. « Je voudrais, écrit M. dllaussonville, je voudrais voir les catholiques montrer un peu plus de confiance qu'ils n'en témoignent et ne pas trop douter d'eux-mêmes. Je voudrais surtout les voir mettre un terme à leurs lamentations, car se lamenter n'a jamais servi à rien. Il est temps de clore l'ère des gémissements; l'heure des résolutions viriles approche, et gémir est une mauvaise manière de se préparer à agir. » Et un autre académicien, M. Etienne Lamy, disait dernièrement à la distribution des prix du collège Stanislas : (( Les hommes n'ont le droit de pleurer que s'ils ne peuvent plus combattre. » Prêtres et laïques, inspirons-nous de ces paroles si chrétiennes et si

françaises, et travaillons pins que jamais au sauvetage de l'enfance et de la jeunesse ; relevons nos écoles et fondons-en de nouvelles ; établissons des catéchismes, le petit catéchisme, le grand catéchisme, le catéchisme de renouvellement, le catéchisme de persévérance.

I. Le petit catéchisme prend l'enfant à sept ans, et même plus tôt, pour lui donner une première instruction et éducation religieuse. Rien déplus utile. Notre divin Maître et modèle, Jésus-Christ, n'a pas fait autre chose. Le saint Evangile nous le montre appelant autour de Lui les petits enfants, pressant sur son cœur et bénissant tendrement toutes ces chères et innocentes créatures. Pouvons-nous douter un instant de l'efficacité d'un ministère que le Sauveur a consacré par son exemple?

Les petits enfants sont les agneaux de la bergerie, l'espérance de la paroisse, l'avenir de la religion. Leurs âmes sont neuves et tendres. Qui ne sait l'influence sur la vie tout entière des premières impressions et des premiers enseignements? Ces impressions et ces enseignements no s'cfl'aceront jamais complètement, et il suffira de les évoquer plus tard pour faire rentrer la foi et le repentir dans des cœurs jusque-là endurcis et

rebelles. Les souvenirs d'enfance sont indéracinables.

Et puis, par le petit catéchisme, la famille ellemême est souvent atteinte et heureusement impressionnée. Les enfants à sept et huit ans sont communicatifs ; ils rentrentdans leur faaiille après une séance de catéchisme, ils inontrent fièrement les bons points et les images gagnés, ils racontent naïvement les explications entendues et les résolutions prises, et ils deviennent, à leur insu, les meilleurs auxiliaires de la religion. Par les enfants, le catéchiste gagne la confiance des parents et le clergé reprend contact avec son peuple.

II. Le petit catéchisme n'est pas seulement utile, nous estimons qu'il est aujourd'hui nécessaire.

On a mille fois raison de dire que l'enfant doit sucer la foi et la piété avec le lait de sa mère et que son éducation religieuse doit se faire dès l'âge le plus tendre à la maison et à l'école. Hélas! aujourd'hui, cette première éducation fait le plus souvent défaut d'une manière absolue. La religion est absente. L'enfant ne la trouve ni à la maison, ni à l'école ; il n'en aperçoit aucun symbole, n'en reçoit aucun conseil, n'en voit aucune pratique. Il est livré de très bonne heure à lui-même et à tous les périls de son âge. Ce qu'il voit, ce qu'il

entend, même au foyer de la famille et sur les bancs de l'école déchristianisée, est parfois déplorable... 11 n'y a qu'un remède à ce triste état de choses : c'est le petit catéchisme qui lui donnera ce que la famille et l'école ne lui procurent plus. « Le prêtre, comme un autre Vincent de Paul, accourra pour recueillir dans les plis de son manteau ces nouveaux abandonnés, heureux s'il peut arriver dans ces chères âmes avant le scandale et le vice; heureux de mettre la religion dans un cœur et sur des lèvres qui ne connaissent pas encore le blasphème et le mensonge. »

Emus par le besoin de l'enfance en ces tristes temps, nos vénérés prédécesseurs ont employé les termes les plus persuasifs et les plus pressants pour provoquer l'institution du petit catéchisme. Dans les statuts diocésains de l'année 1873, M^"" Mabile, évêque de Versailles, décrète :

« Art. 61. — Les enfants réclament de leurs pasteurs une instruction spéciale, adaptée à la faiblesse de leur intelligence. Tous s'empresseront de la leur procurer. Ils se livreront avec d'autant plus de charité à cette fonction de leur ministère que l'âme des enfants jeunes encore s'ouvre aisément aux vérités saintes, et que plus tard les efforts du zèle n'auraient pas le même succès. L'expérience d'ailleurs a prouvé qu'entre tous les

moyens de changer l'esprit et les mœurs d'une paroisse livrée h l'erreur et à la corruption, l'instruction religieuse est le moyen le plus efficace.

« Art. 66. — Les pasteurs devront appeler au catéchisme non seulement les enfants en âge de faire leur première communion, mais môme les enfants en bas âge. »

En l'année 1900, M^"" Goux, notre prédécesseur immédiat, revient sur le môme sujet et, de concert avec son clergé, il fait insérer dans les statuts synodaux les deux articles suivants :

(( 1° La nécessité de l'instruction religieuse commence avec l'âge oii la raison de l'enfant déjà éveillée est capable de comprendre les divins enseignements de la religion donnés simplement et avec clarté. Le devoir du prêtre, toujours incontestable à cet égard, devient plus impérieux encore par la prétention manifestée aujourd'hui en divers lieux de bannir des écoles tout enseignement religieux.

« 2° MM. les curés feront exactement dans leurs paroisses les petits catéchismes pour les enfants de sept à neuf ans. »

La nécessité du petit catéchisme est aujourd'hui si évidente que, dans un certain nombre de diocèses, l'assistance au petit catéchisme est obligatoire. Le règlement des catéchismes du diocèse

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d'Orléans décide que ^ les réunions du petit catéchisme se tiendront une fois par semaine, pendant neuf mois de l'année,... qu'on y récitera les prières usuelles et les leçons du petit catéchisme,... que la durée de ces réunions sera au moins de trois quarts d'heure,... et que ne seront admis à la première communion que les enfants qui auront assisté pendant deux ans au grand catéchisme et pendant un an au petit catéchisme ». Cette pra.tique est sage; elle répond à un besoin; avec la grâce de Dieu et le concours de notre clergé, nous tâcherons de la faire entrer d'abord dans les habitudes, et ensuite dans la législation diocésaine. Est-ce possible?

III. Puisque le petit catéchisme est nécessaire, il est possible. Nous ne contestons pas les obstacles multiples qui de nos jours s'opposent au salut des âmes et particulièrement à l'éducation chrétienne de l'enfance. Nous savons les mauvaises dispositions de l'esprit public, les tracasseries de la loi, les préjugés de beaucoup de familles; mais nous savons aussi que les etïorts des pasteurs soutenus par la collaboration des bons catholiques peuvent vaincre tous les obstacles et obtenir des résultats merveilleux. Que de paroisses, à la ville et à la campagne, où les petits enfants sont évangélisés

dès leur plus bas âge ! Pourquoi ne ferait-on pas dans toutes les paroisses ce qui se fait déjà dans beaucoup? Cur non potero quod isti et istœ?

Il est assez facile, quand on le veut, d'établir le petit catéchisme dans une paroisse. On le fait savoir aux paroissiens soit au prône du dimanche qui précède l'ouverture du catéchisme, soit par une lettre adressée aux parents, soit même par une visite faite dans les familles. On demande aux familles les plus influentes et les plus chrétiennes d'envoyer leurs enfants pour mettre le petit catéchisme en honneur devant T opinion et pour créer un entraînement. On fait agir les enfants eux-mêmes qui volontiers deviennent des apôtres et amèneront au catéchisme leurs petits camarades et leurs petites compagnes. Si on ne peut pas avoir tous les enfants, on peut toujours en avoir quelques-uns, avec lesquels on commence le petit catéchisme, et de la sorte l'institution est fondée, peu à peu l'habitude se prend et l'usage s'établit.

Pour rendre possibles, faciles et fructueuses les séances du petit catéchisme, nous avons édité un petit manuel contenant les prières usuelles qu'il faut savoir par cœur, une méthode pour la confession, trois cantiques dont l'air et les paroles sont faciles à retenir, des demandes et des réponses empruntées textuellement au catéchisme

de Versailles. Il ne coûte que dix centimes ; il sera donc facile de le répandre abondamment dans les familles et dans les écoles pour donner l'instruction religieuse élémentaire aux enfants de six à huit ans, ou aux enfants plus âgés qui ne peuvent apprendre que l'essentiel. Nous recommandons ce petit catéchisme aux mères de famille, au clergé, aux catéchistes volontaires, aux directrices d'école maternelle ou de classe enfantine, à toutes les personnes qui s'intéressent à la question vitale de l'éducation chrétienne.

Avoir un livre pour faire le petit catéchisme n'est qu'un moyen secondaire de réussir. Il importe surtout de rendre le catéchisme très intéressant, et pour cela il faut d'abord y mettre son cœur; ce n'est pas encore assez : il faut y employer des industries spéciales, dont quelquesunes sont à signaler ici. On recevra les enfants dans un local confortable, recueilli et orné pieusement, chauffé, si faire se peut, pendant la mauvaise saison. On choisira les jours et les heures les plus favorables en dehors du temps consacré à la classe. On mettra tout en œuvre pour donner au catéchisme la physionomie la plus gracieuse et la plus aimable, pour gagner la confiance et l'affection des enfants, pour éviter la monotonie et les longueurs ennuyeuses. Quelques cantiques faciles

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viendront se placer entre la récitation et les inlerrogations, entre l'explication etThomélie, entre les histoires et les avis. De temps en temps on donnera l'instruction religieuse par l'image, par les projections lumineuses. Rarement on procédera par la sévérité et les reproches à l'égard des enfants inexacts, indisciplinés et paresseux; on se contentera de les priver du bon point et de les avertir paternellement. Ceux qui viennent assidûment et qui savent bien les prières et les leçons seront félicités, encouragés et récompensés. A la fin de l'année, il y aura une distribution générale des prix, et presque à chaque séance la promesse de quelques petites récompenses viendra stimuler l'attention et l'émulation des jeunes assistants. Un ancien curé, aujourd'hui vicaire général, a écrit : « Par tous ces moyens et d'autres encore, qu'il serait trop long d'énumérer, nous avons à peu près, et d'une manière suivie, tous les enfants, garçons et filles, qui sont susceptibles de suivre avec fruit le petit catéchisme. Ni la rigueur de la saison, ni la longueur et le mauvais état des chemins, n'ont coutume de les retenir. Ils viennent de 3 et 4 kilomètres et même de plus loin quelquefois. Ils aiment beaucoup leur catéchisme et regarderaient comme une punition d'en être privés. » On nous dira peut-être que nous traçons là au

clergé un programme difficile, compliqué, très laborieux. Nous ne le contestons pas. Mais nous répondons que la religion est perdue en France si nous ne défendons pas les enfants contre Findifférence des familles et contre l'hostilité des écoles sans Dieu ; nous affirmons que la formation morale et religieuse de l'enfance et de la jeunesse est une œuvre capitale, nécessaire, absolument obligatoire, et qu'en pareille matière nous n'en ferons jamais assez ; nous ajoutons que, si le clergé ne peut pas suffire à cette tâche, les bons laïques doivent venir au secours du clergé ; nous trouvons assez facilemeiit des personnes charitables qui ont pitié de la faim et de la nudité du pauvre et qui vont lui porterie vêtement et le morceau de pain; or, les âmes aujourd'hui sont plus malades que les corps, et les misères matérielles sont moins profondes que les misères spirituelles ; faisons comprendre cette vérité à nos personnes pieuses et à nos catholiques militants et demandons-leur d'être nos auxiliaires et de devenir auprès de l'enfance des catéchistes volontaires, des sauveurs d'âmes, devrais apôtres.

Et qu'on ne nous dise pas qu'une telle besogne est trop modeste et que les catholiques ont autre chose à faire que le petit catéciiisme. Le même académicien que nous citions en commençant,

M. Etienne Lamy, disait dernièrement devant une assemblée distinguée : « Le défaut le plus dangereux des honnêtes gens, c'est le dédain des tâches modestes et efficaces. Notre malheur est le nombre de gens qui se croient faits pour les devoirs extraordinaires et auxquels il ne faut rien demander au-dessous de l'héroïque. La France est pleine de chasseurs qui ne veulent tuer que le lion ; ils le cherchent toute leur vie, et, quand ils meurent, leur carabine contient encore leur première balle. Ils mettent leur espoir en des événements hors de leur puissance et dédaignent les résultats promis à l'effort quotidien. » Prêtres et laïques, faisons notre profit de ces paroles qui sont l'histoire de beaucoup et une leçon pour tous. Au lieu de sauver la France en théorie et en bloc, sauvons-la par le détail et par notre labeur de tous les jours et de tous les instants; inventons un peu moins de combinaisons politiques ou de dévotions nouvelles, et soyons davantage des travailleurs modestes, des ouvriers inlassables, des réalisateurs utiles ; faisons plus de besogne que de bruit; produisons plus d'actes que de paroles! Rien n'est petit quand on travaille pour Dieu qui seul est grand ; rien n'est inutile quand on s'occupe de la religion, qui est l'intérêt supérieur des âmes et de la société.

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