CHAPITRE IV
Nous sommes envahis à l'heure actuelle par les ténèbres de l'ignorance religieuse. La société redevient païenne. Ce n'est pas assez dire. Les païens avaient une religion, ils avaient conservé le sentiment religieux, l'idée religieuse, tandis que beaucoup de nos contemporains n'ont plus aucune espèce de croyance ni de pratique religieuse. La première des œuvres est donc celle qui doit ressusciter dans le peuple la foi chrétienne, et, pour implanter la religion dans le peuple, il faut d'abord l'implanter dans les générations nouvelles, dans l'enfance et dans la jeunesse. Il faut faire le catéchisme. 11 faut faire le petit catéchisme aux enfants de sept et huit ans. Il faut faire le grand catéchisme aux enfants qui se préparent à la première communion. Qu'on ne s'étonne pas de nous voir revenir sur ce sujet. Nous accomplissons un devoir de notre charge et nous répondons au besoin de notre temps en signalant aux prêtres et aux fidèles ce qui fut toujours la grande préoccu-
pation des évêques et ce que M^'" Dupanloup a si bien appelé Vœiwre par excellence^ l'œuvre des catéchismes.
L Le grand catéchisme doit durer deux ans. Il a pour but de préparer l'enfant à la première communion, et deux années de catéchisme suffisent à peine à cette préparation.
Que faut-il entendre par les deux années de grand catéchisme? Souvent ces deux années se réduisent à quelques mois : le catéchisme commence au milieu de l'hiver et finit au commencement de l'été ; il dure cinq ou six mois, c'est-àdire une demi-année. Dans quelques paroisses privilégiées on fait le catéchisme d'un bout de l'année à l'autre, et même, pendant les mois de vacances, les enfants restent entre les mains du clergé qui continue par le patronage l'œuvre du catéchisme. Cette méthode de culture religieuse ininterrompue et intense n'est pas possible partout ; elle exige une dépense de zèle, de temps et de personnel qui ne se rencontre que rarement. Volontiers nous reconnaissons que les catéchismes — peuvent être interrompus pendant les vacances ; M mais nous déclarons qu'ils doivent avoir la même — durée que l'année scolaire qui commence en octobre et qui finit en juillet. Nos exigences n'ont
rien d'excessif. Il faut faire comprendre aux familles que le règlement diocésain est vraiment raisonnable et modéré, puisqu'il demande simplement que l'enfant vienne au catéchisme comme il va à l'école. Mais, pour obtenir ce résultat, pour donner à l'année de catéchisme la même durée qu'à Tannée scolaire, il est important de ne pas placer trop tôt la première communion. Une fois la première communion faite, il devient très difficile, pour ne pas dire impossible, de continuer le catéchisme. Quelle sera donc dans les paroisses la date de la première communion? C'est aux pasteurs qu'il appartient ici de prendre une décision conforme aux habitudes et aux possibilités de chaque localité. Cependant nous estimons que nulle part la première communion ne devrait avoir lieu avant le dernier dimanche de mai. La seconde année de grand catéchisme se composerait de huit mois seulement d'assistance, et par compensation on pourrait multiplier les séances pendant les deux ou trois mois qui précèdent la première communion.
Le grand catéchisme doit durer autant que l'année scolaire. Nous ajoutons qu'il comporte au moins deux séances par semaine. L'enfant qui va à l'école donne cinq jours à l'acquisition de la science profane, cinq jours avec quatre heures de
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classe par jour, soit vingt heures par semaine. Nous demandons deux heures pour l'acquisition delà science religieuse ; nous ne pouvons pas demander moins ; nous aurions le droit de demander davantage. Ne laissons pas entamer ce strict nécessaire, ce minimum indispensable. La première communion est un acte de la plus haute gravité qui exige une longue et sérieuse préparation. Le grand catéchisme doit durer deux années complètes à deux séances au moins par semaine.
IL Quel sera Vemploi de ces deux années ? Sufiit-il de donner à l'enfant la science religieuse, de lui faire apprendre et de lui expliquer la lettre du catéchisme, un peu d'histoire sainte, un peu d'iiistoire de l'Eglise, et même un peu de liturgie ? Suflit-il de le mettre en état de passer avant la première communion un examen convenable ? Cela ne suffit pas. « N'est-il pas évident, dit M^"" Dupanloup, que se borner à instruire les enfants des éléments de la doctrine chrétienne, sans se mettre en peine de la faire goûter et pratiquer, sans former en eux les habitudes, les inclinations, les mœurs chrétiennes, ce n'est presque rien pour le grand but à atteindre, presque rien pour la vertu et le bonheur dans la vie présente, et rien absolument pour la conquête de la vie éternelle ? »
Qu'un enfant sache la lettre du catéchisme, c'est quelque chose, mais ce n'est pas tout, ce n'est pas môme le principal. Cette science religieuse qu'il a acquise et qu'il sait par cœur reste pour lui lettre morte, si on ne lui apprend pas à la faire passer dans sa vie, si on ne l'habitue pas à rectifier sa conscience selon la loi divine et à fixer sa volonté dans le bien, si on ne le forme pas à connaître, à aimer, mais surtout à servir Dieu. Cette éducation morale et religieuse est l'œuvre de deux années de grand catéchisme, et elle s'élabore, se poursuit et se perfectionne par une série d'exhortations, de pratiques, d'exercices pieux dont nous ne signalons que les principaux, qui sont la messe, la confession mensuelle et la retraite.
Il importe grandement que les enfants du grand catéchisme apprennent à prier et à suivre la messe. Afin de les habituer pour toute leur vie à bien assister à la messe du dimanche, nous pensons qu'il est désirable d'instituer pour eux la messe du jeudi. Cette réunion de piété est au moins aussi importante que les réunions de récitation et d'explication du catéchisme. On fait aux enfants une allocution pieuse, on leur enseigne le chant des cantiques, on leur explique une leçon d'histoire sainte, et surtout on leur fait entendre la messe avec intelligence et profit. Ils se rendent compte
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des diverses parties du saint sacrifice, des lins pour lesquelles il est offert, des cérémonies dont il se compose, des vases sacrés et des ornements dont se sert le prêtre, et en faisant à la messe la communion spirituelle ils ouvrent d'avance leur jeune cœur au Dieu qu'ils se préparent à recevoir.
Ils ont la messe chaque jeudi. Ils se confessent tous les mois. Cette pratique est capitale. La confession mensuelle bien faite forme la conscient' o de l'enfant, l'habitue à s'examiner, à rentrer en lui-même, à se connaître, le force à se surveiller, à redresser ses tendances mauvaises, lui fait entendre des recommandations, des conseils adaptés à son âge et à ses besoins personnels, lui inspire des résolutions, le rend capable de faire des sacrifices, de réagir contre le mal et de pratiquer la vertu. La confession de tous les mois pratiquée pendant deux ans prépare infailliblement une bonne première communion; elle donne à l'enfant sinon la certitude de la persévérance, au moins la possibilité du remords, du repentir, du relèvement après les chutes et les misères de l'avenir.
Dans quelques paroisses, on a institué pour les enfants du grand catéchisme une petite retraite de trois jours placée au commencement de l'année scolaire. On y admet même les enfants du petit catéchisme. C'est un moyen excellent de les
préparera recevoir Fabsolution après les vacances, et de former leur âme à la piété dès le début de Tannée, Cette retraite est possible à peu près partout, et nous serions heureux de la voir s'établir au moins dans les villes de notre diocèse.
III. Les deux années de grand catéchisme imposent au clergé une très lourde responsabilité. Quels sont dans cette œuvre les moyens de réussir ? nous en indiquerons seulement quelques-uns. Le succès du catéchisme dépend des prêtres, des parents, et aussi du concours des pieux fidèles.
Pour rendre fécondes les deux années de grand catéchisme, le clergé aura soin d'y mettre tout son cœur et toutes ses industries. Il ne supprimera aucune séance réglementaire ; il sera présent au commencement de chaque séance, et il restera debout sur le seuil de la porte, surveillant encore son aimable et turbulente phalange quand elle se répand dans la rue. Pendant le catéchisme, il élèvera de temps en temps sa pensée vers Dieu pour lui demander la lumière, la patience, le secret de persuader et de faire du bien. Il ne se contentera pas d'une bonne volonté vague qui ambitionne le succès sans en prévoir les conditions et sans en prendre les moyens. Il aura une méthode, et il se servira de certaines sanctions qui sont consacrées
par l'expérience. Sur un registre seront consignées très exactement, avec Tâge et le domicile des enfants, leurs absences et leurs présences, leurs notes de récitation, d'explication et de conduite. Pour entretenirFémulation, stimuler les bonnes volontés et exciter les courages, des compositions et des examens sanctionnés par des distributions de bons points et de récompenses auront lieu régulièrement chaque mois, ou chaque trimestre, et au moins à la fm de l'année. La première communion sera toujours précédée d'un examen public qui se fera au moinsqiiinze jours avant la première communion et sera présidé par M. le Doyen.
Pour rendre fécondes les deux années de grand catéchisme, il faudra s'assurer le concours des parents. Il importe d'abord de les avertir des jours et heures de catéchisme, de la tenu«, des notes, des absences de leurs enfants ; du moment qu'ils connaîtront bien les exigences du règlement diocésain, ils seront en mesure de le faire observer et ils n'auront pas droit de se plaindre si leurs enfants, ne se trouvant pas en règle, sont refusés à la communion solennelle. — On demandera aux parents non seulement d'envoyer leurs enfants régulièrement aux exercices du catéchisme, mais encore de leur faire apprendre les leçons de catéchisme à la maison. « L'enfant léger, ami du jeu,
fatigué par une journée de classe, ne prendra pas de lui-même souvent son catéchisme, si sa mère ou son père ne le rappellent à l'ordre ; facilement il déclarera « qu'il sait », si sa mère ou son père ne le questionnent pas et ne s'assurent pas de la vérité de son dire. » Aujourd'hui que Técole neutre se désintéresse totalement de Tétude delà religion, c'est aux parents que le devoir incombe de faire étudier laleçon de catéchisme. — Il devient plus que jamais nécessaire de leur dire et de leur redire qu'ils sont obligés, sous peine de compromettre leur salut éternel, de donner par euxmêmes l'instruction religieuse à leurs enfants et de veiller à ce que rien ne puisse altérer leur foi, déformer leur intelligence ou gâter leur cœur. Trop souvent, hélas ! c'est dans la famille, dans les exemples du père et de la mère, que se rencontre le plus grand obstacle à l'éducation morale et religieuse de l'enfant. Gomme l'œuvre du catéchiste serait délicieuse à accomplir et le but facile à atteindre si, dans chaque famille, l'enfant trouvait la lettre de son catéchisme réalisée en la personne de ses parents, si tous nos premiers communiants pouvaient répéter le vers du poète :
Qui t'a rendu si bon ? Ma Mère et VÉvangile.
Ne nous lassons pas de rappeler aux parents
leur devoir. Nous ne pouvons presque rien faire sans eux. Que si les parents ne voulaient pas ou ne pouvaient pas nous aider, il nous resterait cependant encore une ressource.
Pour rendre fécondes les deux années de grand catéchisme, nous ferons appel à des catéchistes volontaires. Par une loi d'athéisme plus strictement appliquée que jamais, par l'incurie toujours plus grande de certaines familles indifférentes, beaucoup d'enfants arrivent à la séance du catéchisme, sans savoir leur leçon, sans même avoir ouvert leur catéchisme. Et puis, à la campagne et à la ville, il y a des enfants dont la mémoire est plus rebelle, dont l'intelligence s'ouvre plus difficilement à la science religieuse. Le prêtre, pendant le peu de temps dont il dispose, ne peut évidemment suffire àtant de besoins. Qui viendra l'aider? C'est le catéchiste volontaire ; c'est le membre des Conférences de Saint- Vincent de Paul ; c'est la dame de charité qui va s'asseoir au foyer du pauvre ; c'est la jeune patronnesse qui fait venir chez elle l'enfant qu'elle protège ; c'est la bonne religieuse qui s'occupe non seulement des malades, mais encore des enfants les plus ignorants et les plus délaissés ; ce sont des demoiselles catéchistes qui se partagent les enfants par groupe de quatre ou cinq et leur font apprendre et réciter la legon
demande par demande ; c'est un propriétaire chrétien, une châtelaine remplie de zèle, une personne pieuse quelconque, un camarade même ou une compagne plus savante qui apprennent les formules de prières, font répéter la lettre du catéchisme, la commentent, l'expliquent avec une autorité douce et une patience inlassable. Voilà des auxiliaires que Ton peut trouver partout, à la campagne comme à la ville, qui ne demeurent inactifs que faute d'y penser, qui n'attendent qu'un signal, une invitation pour se mettre en mouvement. Les catéchistes volontaires peuvent obtenir et obtiennent souvent des résultats considérables, ils secondent efficacement l'action sacerdotale, ils préparent de bonnes premières communions, par les enfants ils agissent sur les parents, ils suivent leurs catéchisés jusqu'au dehors du catéchisme, dans leurs familles, dans les patronages, et ils les aident à persévérer dans le bien.
En terminantcette étude sur le grand catéchisme, il nous reste à adresser un dernier conseil aux prêtres et aux fidèles. Nous les supplions de prier chaque jour pour l'éducation chrétienne de l'enfance et de la jeunesse. Dans une œuvre si complexe et contrariée partant d'obstacles, nous avons besoin du secours de Dieu. Les prêtres à leur
messe et les chrétiens dans leurs communions auront une pensée, une intention, un cri du cœur, une ardente prière en faveur de nos chers enfants.