‹ Aux hommes travail nécessaireChapitre 67 sur 88 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les jeunes gens qui se préparent aux professions libérales, les jeunes gens de la classe aisée ont besoin de se grouper dans des associations particulières qui sont pour eux une école de formation sociale en même temps qu'un moyen de persévérance dans la foi et dans la vertu. Il est évident que les enfants des familles ouvrières ont le même besoin, beaucoup plus intense, beaucoup plus émouvant. Les patronages de garçons sont absolument nécessaires. Ils sont le complément indispensable des catéchismes paroissiaux. Le catéchisme ne peut pas par lui-même former des chrétiens dans les milieux ouvriers; son action finit au moment oii commencent pour le jeune apprenti et le jeune employé les difficultés et les luttes les plus formidables. Pour compléter l'école, si elle est bonne, et pour la corriger, si elle est mauvaise, pour affermir et développer l'œuvre de l'éducation chrétienne ébauchée au catéchisme, le patronage s'impose. M. Edouard Petit, signalant

l'active et féconde propagande de nos patronages chrétiens, n'hésitait pas à s'écrier au Congrès de Biarritz en 1905 : « Je crains plus dix patronages que cent écoles! » Ces paroles d'un adversaire aussi intelligent que déterminé dictent aux catholiques leur conduite et leur tactique. Ils doivent fonder des œuvres post-scolaires, qui s'appelleront de n'importe, quel nom et qui prendront n'importe quelle forme, pourvu qu'elles attirent les enfants et leur fassent du bien.

I. Les patronages de garçons doivent attirer les enfants. Les ennemis de Dieu et de l'idée chrétienne mettent tout en œuvre pour accaparer la jeunesse, pour l'enrôler dans des sociétés qui ont une apparence de neutralité et qui la plupart du temps sont des officines d'irréligion et des succursales de la franc-maçonnerie. Notre devoir est de démasquer ces entreprises ténébreuses, d'éclairer les familles encore honnêtes et chrétiennes et d'oftrir aux jeunes gens dans nos patronages l'attrait des jeux, des fêtes, des promenades et des récompenses.

Les jeunes gens ont besoin d'expansion, de mouvement, de distraction; ils ne viendront pas facilement au patronage s'ils n'y trouvent que la compression, la contrainte et l'ennui. Les jeux

sont nécessaires à une œuvre de jeunesse : jeux de salle et jeux de cour. Le jeu de cartes peut prêter à certains abus, mais ces abus sont aisés h prévenir. Le jeu de billard est généralement si apprécié de la jeunesse et par lui-même si inoffensif qu'on fera bien, si on le peut, de le procurer aux jeunes gens. Il faut surtout introduire au patronage et mettre en honneur les jeux de cour qui sont les meilleurs au point de vue de la santé, des mœurs, de l'intérêt qu'ils ^excitent et de la vie qu'ils donnent à une œuvre. Rien ne plaît à la jeunesse comme la gymnastique, les jeux à courir, barres, balle, ballon, échasses. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet à propos des sociétés gymnastiques et sportives.

Il faut des fêtes dans une œuvre de jeunesse. Elles amusent les enfants, occupent les jeunes gens, attirent et attachent les parents. Les séances dramatiques, les représentations théâtrales, pourvu qu'elles soient bien choisies et assez rares, ont le don d'intéresser vivement les spectateurs et de former le goût des acteurs.

Les promenades à la campagne pour les patronages de la ville, les visites à la ville pour les œuvres rurales sont encore un excellent moyen d'attirer les enfants, de les distraire, d'aider au développement physique, de procurer d'utiles

connaissances aux jeunes gens. Là sans doute, comme partout, il convient d'éviter les excès; les trop fréquentes sorties amènent la décomposition et la ruine du patronage; mais, si elles sont exceptionnelles et bien surveillées, les promenades produisent de bons effets. 11 faut dire la même chose des récompenses qui ont pour but de stimuler et de récompenser l'assiduité et la bonne conduite de la jeunesse. Un éminent directeur de patronage déclare que « les récompenses, si l'on croit bon d'y avoir recours, demandent une grande discrétion et une attention très délicate, tant dans la manière dont on les détermine que dans la façon dont on les répartit)).

Il est évident que le patronage doit avoir des attraits. Mais les jeux, les fêles, les promenades, les récompenses sont un moyen, et non un but. Le but essentiel des patronages est la formation morale et religieuse des jeunes gens. M. l'abbé Boyreau, directeur des OEuvres du Rosaire à Plaisance, a écrit : « On a dit parfois que les patronages étaient surtout des groupements de jeux où le directeur passait son temps à préparer des séances et à organiser des fêtes : ceux qui ont dit cela n'ont jamais mis les pieds dans nos œuvres. Ils n'ont jamais senti les angoisses que nous éprouvons en voyant les âmes assiégées par l'irré-

2i;0 LES PATRONAGES DE GARÇONS

ligion et l'immoralité. Ils n'ont pas compris que ce qui nous use dans nos patronages, c'est le combat journalier qu'on livre pour pénétrer des lumières de la foi les âmes auxquelles nous avons donné notre vie. » Rien n'est plus vrai.

II. Les patronages de garçons doivent attirer les enfants pour leur faire du bien, pour les préserver, pour les former et les christianiser. Nos œuvres ne sont pas des lieux de divertissements, oii Ton ne se réunit que pour s'amuser. Elles ont un but moral et chrétien.

Les jeunes gens qui fréquentent le patronage assistent régulièrement à la messe le dimanche, ou dans une chapelle, si le patronage a une chapelle, ou à l'église paroissiale qui les admet à l'exécution des chants liturgiques et qui leur réserve des places d'honneur, les i)laces du chœur. Dans l'après-midi du dimanche, ils assistent à une courte réunion de piété avec chants de cantiques, instruction et homélie, et, le soir, avant de se séparer, ils font la prière en commun.

L'enseignement religieux doit tenir une très grande place dans le patronage. Puisque le patronage est surtout fait pour former des chrétiens solides et convaincus, il doit donner, avant tout,

LES PATRONAGES DE GARÇONS 2'Jl

aux jeunes gens Téducation chrétienne dont l'enseignement religieux est la base. Et il faut entendre par enseignement religieux non pas seulement les exhortations pieuses ou les discours de circonstances que l'on peut faire le dimanche ou à l'occasion de certaines fêtes, mais les instructions précises, détaillées et enchaînées qui exposent, démontrent et défendent la vérité catholique. Nous ne ferons rien de solide, rien de sérieux, rien de profond si nous n'arrivons pas à attirer et à intéresser les jeunes gens au cours de religion, si nous ne provoquons pas chez eux la réflexion, le sentiment de leur insuffisance religieuse et le besoin de s'instruire et de savoir. Atteindre les jeunes âmes, forcer et retenir leur attention, comprendre leur mentalité, répondre à leurs objections, faire en elles œuvre de lumière et de vie, tel est le grand devoir et l'immense travail d'un directeur de patronage.

Et puis, à l'instruction religieuse il faut ajouter la piété. Par des avis donnés en public, par de nombreuses causeries intimes, par de bonnes lectures habilement conseillées, on rappelle incessamment aux jeunes gens les pensées de la foi, on les façonne peu à peu à la vie chrétienne, on les initie, on les exhorte, on les décide à certaines i>ratiqLies de piété, plus intimes et plus ferventes,

comme la visite au Saint-Sacrement, la méditation et quelques autres. La fréquentation des sacrements doit être en honneur au patronage. « Une œuvre où l'on ne communie pas n'est pas une œuvre religieuse ; une œuvre oii l'on communie peu n'est pas une œuvre sérieuse ; une œuvre oii l'on ne trouve pas au moins un noyau qui s'approche très fréquemment de la sainte table n'est pas une œuvre pieuse », a écrit un prêtre de haute autorité et de grande expérience. Cependant nous ne voudrions pas qu'une formule aussi catégorique fût prise trop à la lettre, et nous déclarons que l'idéal n'est pas toujours réalisable, que les mêmes résultats ne peuvent pas être obtenus partout, que dans certains milieux la communion fréquente est très difficile à établir. C'est à chacun de voir ce qui est possible. Quand on travaille sur un sol ingrat, il faut savoir se contenter d'une moisson médiocre, et les ouvriers apostoliques les plus méritants sont souvent ceux qui obtiennent les moindres succès.

Pour établir la piété dans un patronage, il importe de donner aux jeunes gens, une retraite annuelle ; nous pensons que la retraite annuelle est souveraine dans son importance, incomparable dans ses résultats. A la retraite générale qui s'adresse à tous les jeunes gens on fera bien

d'ajouter, si on le peut, la retraite fermée qui ne s'adresse qu'à une élite. Dans la retraite fermée, on façonne des chrétiens modèles, de jeunes apôtres qui réalisent parfois des prodiges de dévouement, de foi et de zèle, qui convertissent leurs camarades, qui amènent leurs parents à la messe, qui imposent dans leurs milieux le respect et la pratique de la religion.

III. Les patronages de garçons se recommandent à l'attention des pères et mères de famille, des catholiques, du clergé, surtout du clergé. En général, l'œuvre de Jeunesse vaut ce que vaut le prêtre qui la dirige, et nous ne craignons pas d'ajouter que les succès du prêtre auprès des jeunes gens sont proportionnés à la peine qu'il se donne, aux difficultés qu'il rencontre, aux déceptions qu'il éprouve, aux douleurs surnaturelles qu'il endure.

Le prêtre, chargé de fonder et de conduire un patronage, doit chercher et trouver un local, de l'argent, des collaborateurs. Et ce n'est là que la moindre partie de ses angoisses. Il doit chercher et trouver des jeunes gens : quand il en a deux, il leur donne pour objectif d'en gagner un troisième ; quand ils seront trois, ils en amèneront un quatrième, et ainsi de suite. Les œuvres les

plus favorisées de Dieu sont celles dont les débuts sont les plus pénibles. Le vrai fondateur des œuvres de jeunesse au siècle dernier, M. Allemand, de Marseille, a débuté seul, sans argent, sans local, sans aides, sans collaborateurs, avec deux enfants, et à sa mort il avait 350 enfants ou jeunes gens dans son patronage. Cet exemple est bien fait pour encourager ceux qui seraient tentés de désespérer.

Et puis, lorsque quelques jeunes gens sont venus s'abriter dans une œuvre de persévérance, de quels soins il faut les entourer ! Comme il faut veiller sur ces âmes si faibles et si menacées ! Il est nécessaire de se donner à tous en général et à chacun en particulier, de les accueillir d'un bon sourire et d'une bonne poignée de mains, de s'intéresser à tout ce qui les touche, de se tenir au courant des petites persécutions qu'ils subissent à l'atelier, ou au magasin, ou au bureau, de compatir à leurs chagrins, de les suivre en un mot dans toutes leurs évolutions d'àme et de situation. Aujourd'hui ils ont besoin d'être félicités et encouragés, demain d'être avertis et réprimandés. Tel adolescent nous donnait les plus douces espérances ; nous comptions sur sa fidélité ; nous allions en faire un apôtre. Tout à coup il nous abandonne et nous abreuve d'amertume et d'in-

gratitude ; il devient un apostat et un ennemi. Tel autre a cédé à un entraînement passager, et, quand il revient au patronage, on se demande s'il est possible et prudent de lui en ouvrir la porte. Souvent aussi les intérêts matériels de nos jeunes associés devront occuper notre temps et notre attention, et, pour leur procurer une place honnête et lucrative, nous multiplierons les recherches, les correspondances, les démarches.

On nous dira peut-être que nous entrons dans beaucoup de détails et que nous attribuons à de bien petites choses une importance qu'elles n'ont pas. La réponse à cette objection nous est fournie par le Bulletin de l'Union de novembre 1906, oii nous lisons les lignes suivantes dues à la plume de M. l'abbé Anizan : « La régénération viendra des mille petites œuvres, fondées, soutenues et fécondées par le dévouement, la générosité et surtout l'humilité d'hommes qui ne seront glorieux que dans l'éternité. Semons donc par toute la France, à la campagne comme à la ville, nos œuvres sans nous préoccuper de l'éclat qu'elles jettent dans le monde. Travaillons à leur solide fondation, à leur surnaturelle organisation ; fécondons-les de nos sueurs et de nos peines, abandonnant à Dieu leur avenir et leurs fruits. Ce sont là les pierres d'attente que Dieu exige pour le

grand et bel édifice de Tavenir... Agissons sur un, deux, dix, vingt enfants... Surtout groupons ceux que nous pouvons, enfants ou hommes faits, cultivons-les comme des plantes choisies, enseignonsleur l'apostolat... »

Page 1