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CHAPITRE V

Du 7 au 11 août dernier, V Union des OEuvres a tenu à Lourdes un Congrès très important et très intéressant. A la fin de ce Congrès, des vœux ont été adoptés, et parmi ces vœux il en est un que nous nous plaisons à signaler et qui est ainsi formulé : « En ce qui concerne les méthodes à employer pour obtenir la persévérance des enfants et des jeunes gens, le Congrès recommande aux directeurs de recourir surtout aux moyens surnaturels, tout en donnant une large part aux moyens extérieurs qui favorisent l'entrain, l'assiduité et la formation professionnelle du jeune homme. » Rien n'est plus sage qu'une telle déclaration. Il est évident en effet que les moyens surnaturels sont absolument nécessaires à la préservation et à la persévérance de la jeunesse ; il faut les mettre à la première place. Mais il n'est pas

TKAVAIL NÎXESSAIRE. — 17,

moins évident qu'un patronage ne saurait marcher sans un certain nombre de moyens extérieurs qui favorisent l'entrain, l'assiduité et la bonne formation de la jeunesse ; et parmi ces moyens extérieurs, dans ces derniers temps, la gymnastique et le sport ont pris un crédit et obtenu une popularité que tout le monde peut constater et que nous allons étudier.

I. Et d'abord que faut-il penser de l'introduction de la gymnastique et du sport dans nos œuvres de jeunesse? Faut-il s'en réjouir ou s'en effrayer ?

La gymnastique et le sport seraient un danger pour nos œuvres de jeunesse si on en faisait un but et non un moyen, si on en usait sans mesure et sans discrétion. Elever la gymnastique et le sport à la hauteur d'un principe, leur attribuer une valeur éducative infaillible, les préconiser comme un élément essentiel de persévérance, ce sont là des erreurs d'appréciation qui ont à peine besoin d'être réfutées. On commettrait de même une erreur de conduite, en imposant la gymnastique ou le sport à tous les membres d'un patronage, en multipliant outre mesure dans une œuvre les exercices physiques au détriment de la formation morale et religieuse, en autorisant

trop facilement lesfréqiientes sorties des gymnastes et leur participation à tous les concours ou fêtes qui peuvent se présenter. Là, comme partout, il convient d'éviter les excès. Il en est de la gymnastique et des sports comme des séances dramatiques. En faire abus est assez facile et très fâcheux; mais les proscrire de parti pris serait très regrettable, car on peut s'en servir très utilement.

On peut s'en servir pour attirer, intéresser et retenir les jeunes gens, pour favoriser dans une œuvre de jeunesse l'entrain et l'assiduité. Il est nécessaire de conserver les grands jeunes gens au patronage; il le faut pour eux, car ils arrivent à l'âge oii ils sont plus menacés que jamais par les passions du dedans et par les entraînements du dehors, à l'âge où ils doivent exercer une sérieuse influence dans leur famille et dans le monde du travail ; il le faut pour le patronage lui-même dont ils sont le soutien, l'ornement et la meilleure des recommandations. Mais comment garder les grands? par quels moyens ? On a fait sur ce sujet des expériences décisives, et tous les directeurs de patronage nous disent que les exercices physiques sont un puissant attrait pour la jeunesse, que telle œuvre qui était languissante et peu fréquentée est entrée dans une ère de prospérité depuis qu'on y a introduit la gymnastique,

et que bon nombre de jeunes gens deviennent des membres très assidus et très réguliers du patronage parce qu'ils ont l'ambition de devenir de remarquables gymnastes.

D'ailleurs, quand elle est pratiquée avec méthode et avec modération, la gymnastique n'est pas dépourvue d'une certaine vertu éducative. Outre qu'elle développe les facultés du corps, la santé, la force, la souplesse et la grâce, elle a encore le double avantage d'amortir la passion et de discipliner le jeune homme. Dans l'adolescent, la vie physique est souvent trop plantureuse et surabondante, et c'est un bien, c'est une chance de moralité que cette vie débordante et excessive puisse se dépenser et se perdre dans les violents exercices du sport et de la gymnastique. Ajoutez à cela que le gymnaste est obligé d'assouplir non seulement son corps, mais sa volonté, de se soumettre ponctuellement aux ordres d un moniteur, de s'habituer par conséquent à l'obéissance et à la discipline.

Demain il ira sous les drapeaux ; il y arrivera rompu aux exercices de gymnastique; il aura tout de suite un avantage considérable sur ses camarades, et il pourra ainsi exercer à la caserne une influence salutaire, un véritable apostolat religieux. Rien ne lui sera plus facile que de conquérir le

certiiiccit d'aptitude militaire institué par la loi du 8 avril 1903 et ratifié par la loi du 21 mars 1905, et, en vertu de ce certificat, il pourra s'engager dès Tage de dix-huit ans et prétendre au grade de caporal après quatre mois de service actif. 11 importe seulement de remarquer que le certificat d'aptitude militaire porte surtout sur le tir et la marche.

11 nous reste à faire valoir une dernière considération en faveur de nos sociétés gymnastiques et sportives. Ces sociétés ont le don de mettre en colère nos adversaires, les libres penseurs et les francs-maçons. Ils écument de rage quand ils voient passer dans la rue nos gymnastes catholiques au costume élégant et coquet, à la tenue correcte et distinguée, avec le drapeau national qui flotte au-dessus de leurs tètes, avec le jeune abbé qui marche allègrement à côté d'eux. La religion est justement fière de la belle jeunesse qu'elle a formée avec tant d'amour et de succès ; elle montre avec joie la pudeur, la crànerie, la beauté qui reluisent sur le front de ses enfants ; elle manifeste la puissance qu'elle a de transfigurer les corps en façonnant les âmes. L'impiété a beau faire beaucoup de bruit et dépenser beaucoup d'argent, elle n'est pas capable de rivaliser avec nos œuvres ; elle peut les maudire, elle ne peut pas les égaler.

II. Il faut donc favoriser T introduction des exercices physiques dans nos œuvres de jeunesse. Il faut admirer, remercier et féliciter les hommes intelligents et dévoués qui ont inauguré, fondé et fédéré nos sociétés gymnastiques et sportives.

C'est en 1898 que la Commission centrale des Patronages de France a institué la Fédération de nos Sociétés gymnastiques et sportives. C'est le D' Michaux qui a été Finstigateur et le véritable auteur de cette Fédération. Qu'il nous soit permis de saluer ici cet homme de grande foi, de grand cœur et de grande volonté qui, malgré les difficultés de tout genre et au prix des plus lourds sacrifices, a su grouper tous nos jeunes gens sur le terrain de l'éducation physique. Notre Fédération gymnastique et sportive a un caractère nettement religieux et catholique. Elle relie ensemble plus de 500 patronages ou cercles. Elle a obtenu le grand prix à TExposition universelle de 1900. Fondée depuis huit ans seulement, elle a déjà eu dix concours de gymnastique et quatre ou cinq concours sportifs. Le concours de gymnastique organisé en 1904 par le D'" Michaux, à Paris, dans la galerie des Machines, a mis en ligne 4.000 gymnastes <( unis ensemble dans la plus aimable des fraternités, pour F honneur de l'Église et le bien de notre pays de France ».

Personne n'a oublié à Versailles le magnifique concours de gymnastique qui eut lieu en juillet 1905, sur l'avenue de Paris. Il y avait là 2.500 gymnastes. La fête était présidée par M. le général Bonnet, assisté du général de Ghalain et de plusieurs autres officiers supérieurs. M. l'abbé Leblanc et M. l'abbé Genty, vicaires capitulaires pendant la vacance du siège, étaient placés au premier rang sur l'estrade d'bonneur. M. le Maire de Versailles honorait de sa présence cette belle manifestation de nos sociétés gymnastiques. La foule des spectateurs était immense. Ce fut pour nos chers jeunes gens une journée triomphale. Ils donnèrent à tous l'impression, non seulement de leur bonne éducation physique, mais encore de leur bonne tenue morale et de leur distinction parfaite.

C'est à Rome, au mois de septembre dernier, que la Fédération gymnastique et sportive des Patronages français a tenu son dixième concours; c'est au Vatican, dans la cour de Saint-Damase, sous les yeux de Sa Sainteté Pie X, que l'œuvre du D' Michaux a reçu sa consécration suprême et son apothéose. Nous empruntons le récit de cette grande journée au bulletin En Avant I de la Conférence des jeunes gens de Saint-F^aterne d'Orléans:

« Après undéfilé impeccable, tousles gymnastes sont rangés en profondeur au fond de la cour.

(( Soudain, une sonnerie de trompettes se tait entendre. L'émotion est à son comble. La musique des gardes entonne la Marche du Pape^ pendant que Sa Sainteté fait son entrée.

« Alors le programme se déroule rapidement. Ce sont, d'abord, les mouvements d'ensemble exécutés comme jamais, au dire des connaisseurs. Puis la boxe de diverses sociétés, et entre autres de nos amis de Saint-Marc d'Orléans. Puis les séries à mains libres de La Flèche, de Bordeaux, de TArago-Sport ; la canne de l'Avant-Garde ; les pyramides de Bellevue et d'Epinal, et que sais-je? Tout cela est parfait. Le public est enthousiasmé et acclame tous les gymnastes. Sa Sainteté, visiblement intéressée, donne le signal des applaudissements.

« Puis la grande section reprend ses distances, et, genou terre, salue le Pape militairement.

{( La musique des gardes entonne Sambre-et- Meiise, et alors c'est un défilé triomphal.

(( Les drapeaux s'inclinent, les sections saluent, les bravos éclatent de toutes parts.

« La colonne serpente, salue une dernière fois le Chef de l'Église, puis disparaît, accompagnée des dernières notes de l'hymne guerrier. Chacun reconnaît que ce qui vient de se passer là est unique et sans précédent.

(( Le temps d'acclamer le D"" Michaux, et nous retournons au Manège fraterniser avec nos camarades italiens qui nous accompagnaient à la fête...

« Au dîner, nous apprenons que le Pape a décerné au D'^ Michaux le grade de Commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand, et à M. Simon celui de Chevalier du même Ordre. Ces distinctions tant méritées répondent au désir général, et quand M. le Docteur fait son apparition, un hourrah formidable éclate et une acclamation le salue. Puis c'est M. Simon. Puis on crie : « Vive madame Michaux ! » L'enthousiasme est à son comble.

« Quand on nous apprend que le Pape décerne à chaque drapeau une médaille d'or et à chaque gymnaste également une médaille comme souvenir, on crie : « Vive Pie X ! »

Au mois de mai 1904 se tenait, à Paris, le Congrès diocésain des OEuvres d'hommes, et à l'unanimité ce Congrès émettait le vœu suivant : « Que des groupes de gymnastique et de sports se forment dans toutes les réunions de jeunes gens ; que les directeurs s'intéressent à ce mouvement et l'exploitent pour développer l'esprit chrétien dans leurs œuvres. » Nous acceptons ce vœu, nous le faisons nôtre, nous le confions à nos

prêtres et à nos fidèles, et nous espérons qu'il sera hion accueilli et largement réalisé dans toute la France.

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