I . . ' ( Joan. Vlll, 4a
j . . 11 aime, il connaît 1 amitié: l^K^re qu'il tire du
I tombeau était son ami; il verse des larmes, etc'cbt
\ pour le plus grand senlimenl de 1^ vie qu'il fait son
1 plus grand miracle. Il voit la cité , et il pleure,
Jérusalem.! Jérusalem ! s'écrie-t-il , fai uoulu ras*
sembler tes eufans comme la poule rassemble ses
poussins sous ses ailes; mais lu ne lias pas voulu!
Admirable surtout dans sa passion ( ^ )? c'est là
( 1 ) Les iiicrcdulcs ont ose rcprodier de la fkiblesse à Jésus , au jardm des Olives. Ils se seraient éj)argné ce blasphème , s'ils avaient considéré qu'il y'i\ un extrême courage à marcher volontairement à la mort en la redoutant; et que le Fils de Dieu voulut, par son exemple^ nous apprendre que lu répugnance naturelle à soufîfrir et à u^ourir n'est pas un crime , lorsquelle est jointeàuueparfaite soumission à la Providence. Si le Sauveur seii - Lie craindre la mort, si Tagonie qu'il ressent est si extrême qu'il en sue une sueur mîlée de sang , ce qui est le symptôme le plus violent et le p!ut rare , c'est qu il daigne s'abaisser à toute la faiblesse du corps humain qu'il a revêtu j son corps tremble , et son ame est inébranlable , pour nous montrer que la vraie force, la vraie grandeur consistent à supporter les maux sous lesqui Is notre nature succombe. S'il eut été accessible à la faible;}Se de la peuf , certes il lui était bien facile d'échapper à ses ennemis , puisqu'il avait prévu et prédit le moment où ils devaient se saisir de sa personne. Mais loin de fuir ou de se cacher, il les attend , S:t dès quil voit paraître Judas avec ses satellites, il reprend toute *ji^}r. gnitv , et wi la quitte qu'en quittant: la vie.
«[«^1 fâîl briller, dans lotU leur jour, sa boulé , sa fermeté , sa pa Jience , sa charité , après avoir , dans la dernière cène, épanché tous les sentimens d'un cœur divin.
Le caractère de Socrate prèsdela mort est beavi ; il plaide sa cause devani ses juges avec la dignité d'un sage ; mais il y rappelle sa vie , ses mœurs , sa doctrine et les services qu'il a rendus à sapalrre, et le bien qu'ont fait ses leçons. Il méprise la mort, mais i cause de sa vieillesse , et parce qu'elle lui procure |
une fin douce aw lieu d'une fin douloureuse qu'il trouveiait incessamment, et qu'il ne saurait éviter. Et lorsqu'un de ses amis lui demande pourquoi il a Béglîgé de prolonger ses jours , écoutez sa réponse: Il m'aurait fallu mourir tourmenté par les maladies , ou par la {vieillesse sur laquelle s'ac^ cumulent tous les maux ^ ou au moins la. privation de tous les plaisirs ( \ \ Assurément tout cela est d'un homme. Rien de semblable dans Jésus: il prédit sa mort à ses disciples ; il leur annonce que l'un d'eux le livrera ; il le nomme , et il l'admet a sa table ; «t dans le moment même que ce disciple le livre, il reçoit son baiser, et il l'appelle son ^mi'y et à ceux qui viennent l'arrêter : f^ous venez comme pour saisir un voleur \ que ne niaifez-^ous pris y leur dh-il y lorsque ^ tous les fours , dans le icmple y j'enseignais au milieu de vous ?,.. Dé faux témoins l'accusent , il garde le silence. Ce n'est qu'au
• ( 1 ) Vi« de Socrate par Xcnophon. ' ^
(88) moment où b Pontîfè 1 adjure , au nom du Dieu vivant, de rendre témoignage à ia vérité , de dire s\\ est Ip Christ , le fils de Dipu , qu il répond : Je le suis ; (st en disant : Je le suis y il sdit bien f !t}uil prononce lui înême l'apiêt qui ya le frapper.
11 est insulté^ moqué, accablé d'ignominies; il e^t traité comme un fou par Hérode; il est livré par Pilate aux mains dès soldats qui lé déchirent brutalement; uh voleur, un assassin lui est CQm|>aré , préféré; les cris du peuple en fpreur deipandent son sang, et il c^t abandonné par ut^ juge qui reconnaît son innocénee^ à la dpuloureuse et honteuse mort de la croix ; tnâis pas une plainte, pas une parole ne sort de sa bouche. Conduit entre deux scélérats au lieu du supplice , il s'oublie lui-; même pour déplorer leé malheur^ proch^iins de Jérusalem. Cloué au bois, élevç entre le ciel et la terre ^ il voit Marie et seù di^iplé bien -aimé; et sa tendrcssefiiiale lègue sb mèt^ à Jean , et son amitié, Jean à sa mère. InjuHé, i^illé« maudit, ati milieu de douleurs affreuses , Il prie p<)ur ses bourt'eaux acharnes ; annonçant enfi^ le saluV du ihonde : 7^out est consommé^ dit-il; il incliné la tête, et il expire. Cependant la nature entière s'étneut ; le çenturioii qui le gardçiit s'écrie quUl est ^vraiment le Fils de Dieu ; et les spectateuri s'en retournent frappant leur poitrine. ( 1 )
.( 1 ) On a pnftcndu que Jésns-Christ sur la croix se plaignît d'être abandonné de son Père. Le sens des paroles qu^ii prononça , traduites ^ -U lettre , démontre que ce n'était ni iine plainte » ni up reprocbe , mais
Le plus îlluslre sage de la Grèce , cSans le second
AJcihîade^ introduit Socrate pour faii^ comprendre
à son discîiile le besoia extrême où ils étaient que
la Divinité mên^ leur envoyât c|neU{u'uB qui les
instruisit , de sa part , de la manière de se conduire
envers elle et envers les hommes, observant qii'il
fallait qu avant toules choses cet envoyé leur don«
pat les remèdes nécessaires pour discerner les biens
et les maux.
Platon fait pressentir ^ en quelque manière , quelle devait être la nature de ces rrmèdes, en peignant, dans un autre endroit de ses ouvrages » le plus mâchant des hommes jouissant de tout le crédit que peut donner la vertu , et le plus ver-« tueux victipie de sa perfection ; et faisant voir, pour parallèle, que le juste a une autre gloire, un autre repos , un autre bonheur que celui qu'on peut avoir sur la terre. Etablir cette vérité , la montrer visiblement accomplie en soi-même , aux dépens de sa propre vie, réaliser en un tnot ce juste imagi* Daire , c'était le plus grand ouvrage que pût faire un homme. Hé bien ! Jésus Ta fait ; il a montré la vertu dans toute sa pureté, et le bonheur éternel
me exclamation sur se$ tourmens : Mon Dieu^ mon Dieu , à quoi vous nî'atfez délaissé ! à quels -tourmens vous m'avez livré! Par cette exclamation , il voulait nous apprendre qu^il n'est pas défendu de pousser le cri de la doreur , pmiirvii qu'on soit résigné à la disposition du Père céleste ; et se faire l'application du psautaie XXI , pour montrer, que ses douleurs étaient l'accomplissement de Cette prophétie. Aussi, lorsquetoutes les circonstances prédites Turent yérifiées , Jésus s^écria : Tout est consoikmé.
Voyezy wr les 'prodiges arrivés à b^ mort 4e J.C., lecbap. VlIKanivant.
oà la condaiseiit les mnlheurs les plus extrêmes; îl A appris aux hommes à discerner les biens et les maux. Lisez et jugez :
« Le méchant , comme un pîlotf , connaît la mesure de son génie , et n'entreprend que ce qu'il peut faire, sans rien tenter au-delà ; et si , par hasard, il échoue, aussitôt il se relève. Conduire avec art ses projets, les dérober à tous les yeux , voiU le chefd'œuvre de riioinme injuste ; s'il se laisse prendre , il remplit mal sa destiiîée. Le degré suprême de la rnéchancelé , c'est de ressembler à la vertu. Donlions au scélérat toute la perfection de son caraclè* re: qu'il couvre les phi-i grands forfaits d'une réputation de probité ; qu'il saclie cxM*riger ses fautes ; qu^il soit assez disert pour se justifier, si on l'accuse , et assez courageux , assez fort par lui-même , ou par ses amis , pour repousser dans l'occasion la violence et les armes.
« Mettons Ten regard l'honfime juste et modeste , plus jaloux d'être bon que de le paraître. Dépouillons-le de tout, hormis de sa justice; et pour éta^ blir entre lui et le méchant une parfaite opposition, qu'il passe pour le plus scélérat des hommes , sans avoir commis la moindre injustice; de sorte que $a justice soit mise aux plus rudes épreuves, et qu'elle ne soit ébranlée ni par l'infamie, ni par les mauvais traitemens ; mais que jusqu'à la mort il marche d'un pas assuré dans les sentiers de la vertu, passait toujours pour un méchant , tout juste qu'il est. Il faut qu'il soit fouetté, tourmenté^ m.isduns
(91) les chaînes, et qu'après avoir souffert tpnles sorles
de maux , il expire sur une croix, ».( Réprliv. 11,^ , O toi , qui eus cette haute iciée , cette idée sûbli* me de la vertu , #4 tu avais été témoin de la vie et de la mort de Jésu5^y si tu avais pu contempler un caractère si étonnant, un caractère tfui ne se dé-r mentit jamais , qui fut toujours ce qu^îl devait être, toujours digne de son origine céleste, toujours tel que le demandait la nature de sa .mission , et le grand but qu'il se proposait^de remplir; si tu avais enfin pu voir de tes yeux ton juste i^nagin a ire réalisé, et réalisé avec une^elle perfection j si tu avais recueilli ce dernier soupir qui implorait le pardon de ses persécut^irs et de ses bourreaux ; ah ! sans doute, proslerné au pied de son gibet, tu tCvSerais écrié ravi d'admiration et d'amour: Oui^ vous êtes mon Seigneur et mon Dieu!,. (\^
( 1 )tt Se peut-il , dit Housseaii, que celui dont 1-Éi'Smgile fait rhistoi-^ re ne soit qu'un homme? Est-ce là le ton d un enthousiate ou d'un ambi-^ tieux sectaire? Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœurs .' quelle grâce touchante daos ses instructions .' quelle élc5vation dans sesmasimes! quelle profonde sagv^ase dJBs s( s discours J qiielle présence d'esprit J quel naturel et qutlle justesse itos ses réponses ! quel empire sur ses -passions! Où est rhomme , où est le sage qui sait agir , souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation ? Qqand Platon peint son juste imaginaire couvert de tout Topprobre du crime et digne de tous les prix de la vertu , il peint trait pour trait Jc8n»>Chrtst ; la ressemblance est si frappante , qve tous les Pères Pont sentie , et q«'il n'est pas possible de s'y tromper^ Quels préjugés , quel aveuglement ne faut-il pas avoir' pour oser comparer le fils de Sophronis<-{ue aufîlsdeMaricI Quelle distance*de Pun à Pautre .' Socrate , mourant sans douleur , sans ignominie , soutint aisément jusqu'au bout son personnage \ et si cette facile mort n'eût honoré sa vie , on douterait si Socrate^ avec tout son espvit , fut antre chose qù'^n 90<(
' .§. IL DOGMES DU GHRISTI4NISME.
Rappelons ici la distinction*, déjà expliquée dans le premier oha pitre , entre concevoir et comprend dre. Si nous ne pouvions ni comprendre ni même concevoir \e^ dogmes du Christianisme , Dieu n'aurait pu les révéler , parce qu'alors ils renferme^ raient quelque contradiction, ils Seraient absurdes. Mais, en reconnaissant que plusieurs d'entre eux sont incompréhensibles , nous allons démontrer que nous pouvons \&^ concei*oir tous, c'est-à-jliic, qu'il n'en est pas jin seul qui renferme aucune répugnance , aucune contradiction ; et que , par consé* quent , il n'en est pas un seul qui soit contraire à la raison humaine,.
Pourqu'il y eût contradiction <lans le mystère de la Trinité , il faudrait que ce do^me fût exprimé en ces termes : Trois sont un , et un est trois. Mais la religion cfcrétîenne n'enseigne pas q^iie troispersonnes divines ne font qu'une seule personne; elle n'enseigne pas non plus qu'il y a en Dieu une nature «t trois natures : ce serait une contradiction évidente. Elle enseigne qu'il y a en Oieu unité dena*
pliiste.... La mort de Socrate, philosophant tEaoqDmeraent avec seto amis, est la plus douce i}uW puisse deeiper ; -eettç 4e ïtisiis empirant dans les toormene , injurié , raillé , m«nidit<de tout ua .peuple , est la plus horri-< ble qu'on puisse craii«ire. Socratie , ^penant'ki coupe empoisonnée , bénit èelni qui la fbi présente et qui pleure ; Jésus , au milieu d!un supplice affreux , prie pour ses bourreaux acharnés. Oui , si la vie et la mort de Socrate sont d^un sage , la vie et la mort de Jésus'Çhrisi sont d'un Dieu.» ( Emile , livre 4. tome 3, )
tUre et irinité de personne^ que le Père ^ le f^ils et le Saint-Esprif , sous le rapiiort tle nature , sont iilenticjiies , et que ^ sous le rapport de |>ersonne , ils sont dî^tincts. Ou est la contradiction et Pabsurdité? L'idée de trois personnes exclae-t-elkf ridée d'une nature indivisible ? Que les incrédule^ essayent de le prouver, s'ils le peuvent-.. Eh ! ne sommes-nous pas forcés par la raison d'adiUfiltre e» nous-mêjnes l'unité de personne et la dualité de nature? L'homme est esprit et corps: il y a en lui une nature indivisible et une nature. divisible, et cependant il est un ^ et il n'est pas dempc\ son moi est simple. Cela se comprend-in,.. Mais si Funite dans la dualité n'est pas contraire à la raison , la triiiifé daiis l'unité ne l'est pas davantage; et même Tunîté de personne dans deux natures hétérogènes est moins compréhensible que la trinité de personne dans l'unité et l'identité de nature. ( i ) Relativement au dogme du péché originel ( 2 ) ,
il faut se garder de toute équivoque sur le mot
( 1 ) Noos croyons utile d'^ontar que robscuritë dtr dogme de 1» Trinité vient , non seulement de <ee que notre inteHigence finie ne pc«t coni' prendre Tio^i , mais de ce^ue la nature divine est spirituelle , et que nous n'avons qu une* idée . négative de reï)]>rit. Notre imagination , noifô portant à appliquer k ce qui est esprit Ifs idées que non» avons de ce qui est ft^eoériel , il nous semble qu'il 7 a de faraudes diMooltés là où une in*^ teliigenee qui aurait une idée complète de Vesprù n'^^i i^cFrait pmnt.
( 2 J (r Les philosophes , dit un profond penseur , se sont fort égayés sur k défense que Dieu fit à Adam , de maagard'iin ceHiÂn ffuit. En suppo^ sant la création , il est , je ne dis pas seulement vrai >> mais naturel , mus indispensable que Dieu ait fait conoaitre à sa créature son pouvoir , et la dépendance où eUex'tait. Le pouvoir se raanifeBtepftr des injonctions,
{)eclié. Celui dont nous naissons tous conlpabies f d'après renseignement du Christianisme, n'est pst^
des prohibitions , et ne le peut autrement. Mais quelle défense Pieu pou" Vait-il intimer aU premier hontme dans Tétat où rÉèriture le snpposc ? l( ne pouvait lui intimer que des défenses personDellcs , puisqu'il «'tait seul sur la terre , et non encore des défenses qu'on peut appeler sociales , de tuer , de voler etc. ^ prohibitions qui devaient être plus tard le fonde* nient de la sociétés- l*lus on y perisie et mieux on voit que Uieu ne pouvait ( omntander à l'hoiAime d'antre sacrifice de sa volonté ^ ni lui donner une autre leçon de tempérance dans la jouissance des biens de la terre. On peut même dire que la soûle tempérance dans la jouissance des choses naturelles îà l'usage de l'homme , est la tempérance dans le boii^e et dans le manger , parce qj|e , pour ces besoins , les premiers et les plus nécessaire» de tous , il ne peut que se modérer, et ne peut pas s'abstenir, j) fBônald , Pensées. J
Il serait facife de nïonlrei^ qu'il n'y a aifcune répugnance' dans les au-^ très circonstance» de Fhistoire du péché de nos premiers parens , dont on peut voir une explication satisfaisante dans, les dissertations de M. de Ge-" noude sur la Genèse. Nous ferons observer seulement 1 <». que le serpent n'était pas à cette époque un objet d'hoi'reur , puisque tous Içs^ animaux étaient soumis » l'homme sans qu'aucun pût lui nuire/ ni par oonsé^ quent Feffraver ; que le tentateur put en choisir un de la forme la plus agréable , tel que les serpens ailés qui se trouvent en Arabie et en Egypte, et dont les ailés produisent un effet magnifique lorsqu'elles réfléchissent les rayons du soleil , et qu'il put , d'ailleurs , l'embellir par des qualité» surnaturelles f qu'enfin il ne répugne nullement qù'Éve lut ait répondu : elle put s'imaginer que le «erpent avait acquis la raison et la parole err mangeant du fruit défendu , que c'était sur sa. propre expérience qu'il lui en recommandait Pusage , et que , si ie serpent avait lacquis ces dons, elle' qui en jousssait déjà , acquerifait une science vraiment divine : •- 2°.- Que , quoique rinterprétation qui admet un serpent naturel dans la tentation d'Eve, soit plu3 commune , Finterprétation allégorique n'est pas contraile a la foi chrétienne , qui nous t>blige seulement à croire que l'homme a été séduit par lé démon , et qui n'ordonne pas de croire qu'un serpent réel lui a servi d'instrument.
Au reste , c'est une chose remarquable que le serpent ait été rcgardi^ géaéi*alement , dans le monde payen , comms un habile enclimntuir, com-
tin acte auquel nous ayons* pu contribuer, consenr-^ tir ou ne pas consentir : c est , dil Feller , (' Caté^ cfu philos. ) une disgrâce dans lacjuelle nous naissons^ disgrâce qui n'adhère niàiame séparément^ ni au corps séparément , mais qui adhère a lame unie au corjrs, parce que lame et le corps réunis constituent la nature de Thomme. Or^ il nest pas contraire à la raison qu\ui père crirtiinel soit puni même dans ses enfans comme étant une portion de son être. « En effet ^ Dieu l'auteur de l'être , (lit Bossuet, ayant voulu le donner aux enfans , dépendamment de leurs parens < les a mis par ce moyen sous leur puissance , et a voulu qu'ils fussent, et par leur naissance, et par leur éducation, le premier bien qui leur appartient. Sur ce fondement il parait que punir les pères dans leurs enfans, c'est les punir dans une partie d'eux-mêmes,
ne le symbole (U réloquence et de. la prudence ,- qu^on Tait rccîierché , «jn on lui ait demandé la science du bien et du mal , que ce sîoient desjem-* fnçs qui aient été clmrgées plus particulièremait de t honorer et de traiter avec lui; et que les traditions et les croyances antiques des peuples nous le montrent comme ayant fait la guerre à la Divinité , comme ayant gâté son ouvrage , comme étant l auteur des maux que souffrent les hofn- WM. (Voyez les Aiviales- de philosophie chrétiennéy t. IV. N". 19- p. 56.)* ^ Une remarque non. moins intéressante i c'est qu*il existe un jiaonumcnt plus ancien que MoVse , que Jacob , Isaac et Abraham , qui conserve des traces de la chute de l'homme , de son orgueil et de sa punition. Dans la l^ne hébraïque, langue des enfans de Sem , voisins d'Adam , la racine ^i désigne Forgfueil , indique chute j tromperie y séduction et pomme ^ ^i^e autre qui signifie tromper , séduire , et qui a le sens général d'éléva^ ^n , désigne ausoi détnon et mort y un mot qui désigne l'homme , signifi« , dans sa racine ^ faiblesse ^ maladie et punition, ( Ibid. t. X. N°. 56 , p. 110.)
(.96) que la liâtur^ leiif a rencliie plus chère que \eut pr^Opre vie: en sorte quil n'est pas moins juste d^ punir uii homme dans ses enfans qne de le punii' dans ses membres et dans sa personne. Et il faut chei^her le fondement de cette justice dans la loi primitive de la nature , qui veut que le fils tieiuie Têtre de son père , et que le père revive dans son*(ilsjr comme dans un autre lui-même. Les lois civiles ont imité cette loi primordiale , puisque, selon leurs dispositions y oelui qui perd la liberté ^ ou le droit de citoyen , ou celui de la noblesse , les perd pour toute sa race: tant les hommes ont trou*» « \é juste que ces droits se transmissent aveclesang, et se perdissent de même. Et cela , qu'est-ce autre chose qu'une suite de la loi naturelle ^ qui fait re-^ garder les familles comme un même corps, dont le père estle chef, qui peut êti^e justenient puni aussi bien ^ue récompensé dans ses membres?... -- Le premier père contenant en lui tout le genre humain y avait reçîu la grâce pOui' tous ses enfai^s, et devait être puni aussi bien que récompensé eo^u^t tous. Car s'il eût été fidèle à Dieu , Meut vu sa fidé^ lité honorée dans ses enfans^ qui seraien<t nés aussi saints ^ aussi heureux que Lui. Maiâ aussi , dès-là que ce premier homme , aussi indignement que volontairement rebelle , a perdu la grâce de Dieu , il la perdue pour lui-même et pour touie ssl .po6térîr< té , c'est-à-dire, pour tout le genre humain , qui , avec ce premier homme d*où il est sorti , n'est plus que comme un seul homme justement maudit de
Dieu ^ et chargé de toute la haine que méritie le crime de son prenlier père. » f Cofinaissance de Dieu et de soi-même* Chap^, IV. §. XL J
Sans dotitp, TDieu prévoyait la chute d'Adam re» présentant de toute sa postérité, quand il mit son obéissance à TépreuVe^ Mais il n'était pas plus (enit de Fempêcher qu'il n est tenu d empêcher Tabiti que nous faisons encore de notre lihre arbitre, pas plus qu'il n'est tenu d empêcher la naissance d'un père inhumain qui laissera périr ses enfahs > ou qui par sa mauvaise conduite les réduira à l'indigence, ou par un crime les déshonorera et les couvrira d'opprobre pour jamais j ou qui contractera volontairement des maladies dont héritera sa postérité. N'oublions pas , d'ailleurs, que Dieu , en prévoyant le péché d'Adam et les suites de ce péché ^ résolut de les reparer abondamment par la ré<leraptioii de Jésus-Christ : dans l'étude de la religion , il ne faut jamais séparer ces deux dogmes , intimement liéî> l'un à l'autre* N'oublions pas non plus cpe si la punition de ce péché paraît sévère f elle n'est pas pour cela injuste* Ce péché en renfermait une infinité d'autres: c'était un péché d'orgueil et de l'orgueil le plus insolent, par lequel lliomme^ noi^ content du degré d'honneur où Dieu l'avait élevé , voulut s'égaler à Dieu même; c'était un péché de révolte , par lequel la créature voulut usurper Pindépendance divine ; c'était un péché de curiosité criminelle y de sensualité basse , de noire ingratitude «nvers un souverain bienfaiteur; c'était un sacri-
Icgc impie, par lequel Thomme porta la main sur ee que la défense expresse du Créateur avait rendu «acre ; c'était un homicide , et le plus grand deshomicides ^ parce que le pi^emier homme par ce' péché, en se tuant lui-même ,^ étendit ce meurtre à- la multitude iîinomln^able de ses descend ans^ M Combien énorme , dit encore Bossuet , a été le crime d être tombé , en sortant tout récemment des mtains de I)ieu dans- une si grande félicité , dans* une si grande faci'lité de ne pécher pas! A ces deusef causes de Vénormilé du péché d'Adam ^ ajoutons^ l'étendue d'un si grand crime qui comfprend'en soi tous les crimes , en répandant dans le genre humain la concupiscence qui les produit tous , et par' lequel il donne la mort à tous ses enfàns qui sont tous les hommes. Adam a été le parricide de soi* même et de tous ses enfans qu'il a égorgés , non dans le berceau , mais dans le sein de leur mère, et même avant la naissance : il a encore égo»'gé sapropre femme y puisqu'au lieu de la porter à la pénitence qui l'aurait sauvée , il achève de la tuer par' sa complaisance. » f /^//®. JE'feV. sur les mjst. )
Au reste , il ne faut pas perdre de vue que , puisqu'il s'agit d'un mystère ^ nous- n'averns pas la prétention de le faire comprendre j mais» que c'est assez d'avoir établi qu'il ne répugne pas. Tout lecteur .de bonne foi en sera de plus en plus convaincu , s'il refléchit sur ces deux vérités incontestables; la première, qu'il ne faut pas juger de k justice divine par la nôtre , qui est une justice'
tf égal n égal, tandisque la justice divine est une jilstî- ' Icfederinfiniaiifini ,duCréaleur«ila créature; la seconde^ que le dogme du péché. originel semble pou* Toir seul expliquer Tétat de la nature hutnnine; Comment concilier, en effet j dans Thomme tant de grandeur avec tant de bassesse^ son ardeur pour les vrais biens ) son amour pour la vérité, Testimé (qu'il fait de la vertu , avec tant d'altacliemént aux faux biens, avec tant de frivoles et surtout tant dé honteux désirs? Comment se fait-il que Thommé soit toujours ainsi en contradiction avec lui-même, s'il n'est passin*venudanssà nature quelque dérangement considérable? D'une part, nous voulons le bien; de l'autre^ un penchant violent nous entraine vers lé mal. Je ne sais quel noble sentiment nous élève quelquefois au-dessus de la nature entière ; , je ne sais quelle force invisible, mais puissante,nous rabaisse soudàineinent vers ce qu'il y a de plus indigne et de plus vil. Nous avons soif de la vérité ,nous la cherchons ; et nous n'embrassons le plus souvent qu'illusion,* erreur et mensonge. iNous avons une idée claire 'du devoir^ une voix secrète nous y t'appelle malgré nous ; et les passions plus impérieuses encore nous en éloignent au mépris de la loi connue. Nous sentons notre faiblesse ; nos misères ; nous .voulons cependant être le centre dé tout ^ et notre orgueil ne connaît point dé barrière. Et à cet égard , ce que nous sommes , nos pères lé furent, nos descendans le seront; qui peut en don* ter? 11 y a donc ici un esprit de race:
La justesse de cette observation parait surtout dans les individus privés des lumières de la Religion et des leçons pvopres à les rendre meilleurs , dans les sauvages, par exemple , naturellement et prescpie invinciblement stupides et méchans. Et , sous nos yeux , les enfans ne donnent-ils pas des marques frappantes d'une perversité haturelle et innée? Les sophismes par lesquels un philosophe fameux a combattu cette triste vérité, s'évanouissent en présence des preuves de fait qu'un esprit attentif saisit sans peine , et qui rendent comme palpable ce germe d'iniquité si fatal à Fhomme, à moins que des exemples et des leçons contraires n'en préviennent ou n'en corrigent le développement. Si l'homme est né bon y comme J. J. Rous^ seau le prétend , comment est-il devenu méchant ? Par le mauvais exemple y dira-t-on , par la mauvaise éducation. Mais èela suppose déjà la corruption existante; et c'est encore là un de ces paralogismes dont abondent les ouvrages des j>hilosopbes incrédules modernes. En général, quiconque a suivi attentivement la marche de la nature humaine, y découvre les traces d'une méchanceté qui n^a rien de commun avec celle des brutes^ et qui suppose évidemment lu corruption native de l'ame raisonnable. C'est sous ce point de vue que Bayle a pu dire en toute vérité , que r homme est an animal plus monstrueux que les Centaures et la Chimère de la fable.
Ainstjle dogme du péché originel exphVjue l'homt-
me , Joui l'état , sans ce dogme , semble accuser la jusiiceet la bonléde Dieu; et Pascal a dit, avec raison, que le nceicd de notre condition prend ses retours et ses plis dans cet abjme y de sorte qite thomme est plus inconcevable sans ce mystère ^ que ce mystère riest inconcevable à Vhomine CPensées). Est ce Dieu qui nous a faits aussi superbes , aussi envieux , aussi sensuels , en un mot aussi corrompus en toutes manières , que rtous le sommes? Non sans doute , et Platon lui-même se haie de répondre que VEtre bon ne if eut ni ne fait le mal à personne. Nous sommes donc dégradés. Mais toute dégradation ne pouvant être qu'une peine ^ et toute peine supposant un crime , la raison seule se trouve conduite à ce dogme , qui a l'avantage d'expliquer ce dont aucun autre système ne donne une solution quelconque. La tradition de la chute de. l'homme dégénéré étant , d'ailleurs , de l'aveu de Voltaire, le fondement de la théologie de presque toutes les anciennes weilions ( Essai sur les mœurs j Disc. prél.J ^ on peut dire qu'il n'y a rien de si attesté , rien de si universellement cru , sous une forme ou soiis une autre , rien de si intrinsèquement plausible que la théorie du péché originel. ( i )
( 1 ) « On a trè8-bi(*ii prouvé que les causes naturelles qui produisent 4»'8 chûn(;eirieiis partiels à la surface du globe , les causes qui se manifes- ^t par la formation des dunes ) des falaises , dcsalluvions , des volcans, ^ suffisent point pour expliquer les grands phénomènes de perturbation ^ui en «illonuent la charpente. Il nous parait également clair que nulle
C102) Passons à rincamalion étala Rédemption. Dieu p. uni , dans riiomine , un esprit à une nialière cor-: ruptible et mortelle. Pourquoi Tetiprit divin n'au-. rait-il pa$ pu s'unir à la niilure humaine, et dan^ celle nature naître, souffrir et mourir ? Cette union de notre ame avec îjotçe corps est incompréhensible à notre raison : néanmoins elle n'y répugne pas^ cela est évident. L'union de Dieu avec l'humanité est aussi incompréhensible; mais il ne s'ensuit nullement qu'elle renferme quelque contradiction. L union de notre esprit et de notre corps établit entre l'un et raulreun assujétissement réciproque, parce que notre ame étant créée, est susceptible de celle dépendance ; mais l'esprit créateur ne peut s'unir à la créature que d'une mianière conforme à la perfection de son êtr-e souverainement indépendant. DansPlncarnatiop Dieu s^est donc uniàl'hu-f manité, sans çn recevoir fiuçunç îniluence , scm-
autre cause morale que la chute originelle ne pe^it rendre raison des ruines de notre nature. L'esprit et le corps qui la composent n'en expliquent pas les contrariétés ; car il n'y a pas seulement dans.riionime deux Ordres de penchans , mais une tyrannie de Fégoïsme sur la charité j il n'y a pas une simple dualité harmonique^ mais un dualisme vicieux. Cet état ne vient pas non plus de l'éducation qui , dans son ensemble , a précisément pour objet de contrebalancer la force de l'égoïame. Euûn la nature humaine n'est pas descendue par degrés au point où nous la vojon^, cai'tous les ^îonumens attestent que la nature humaine , telle que nous la sentons ^ fut celle de tous les temps ; et l'histoire , loin de nous montrer cette loi de détt rîora^tion graduelle , fournirait plutôt les indices du contraire. Plus nous examinons ce sujet , plus nous sommes convaincus que les in- (luctions morales par les(ju€lle8 on remonte jusqu'au grand fait de la chu- ^e de l'hoionie, n'ont pas moins, de force que les inductions physiques, d'où y^B coRclut unt antique perturbation du globe.» C Unw, lethoL p. 221..^
blable à l'astre du jour qui s^uni't aux corps qui î*envirounent sans rien recevoir de la nature des corps qu'il pénètre de ses rayons ; et cette union est si intime que le Dieu-Homme est une seule personnes Car en lui la nature humaine étant unie à une nature infiniment plus pa^^faite, ce n'est pas la nature humaine qui est le principe d'action ; mais c'est le Verbe qui, l'élevant à soi , la conduit et la gouverne. Ainsi , tout ce que fait l'humanité , eu Jésus-Christ, c'est Id personne divine qui l'opère , et c'est pour cela que ces opérations sont appelées théandriques, ( 1 )
Toutefois observons que les humiliations , le» souffrances et la mort n'ont point affecté la nature divine essentiellement impassible , mais seul^ement l'humanité du Fils de Dieu, Or les humiliations, les souffrances et la mort de son humanité ne répugnent pas à la raison. A^t-on jamais reconnu de l'avilissement dans les tourmens de Régulus mourant victime de la foi jurée? N'a-t-on pas toujours reconnu le plus haut degré de la grandeur humaine dans les supplices de l'homme injustement pecsécuté, mourant dans le calme de l'innocence ? Rien, d'ailleurs, n'est plus digne de Dieu que de
( 1 ) Rappelons ici que Dieu est esprit , que nous u*avoDS qu'une id^c négative de ce qui est esprit , et que par consôqucnl Tunion d'un esprit avec uno autre substance doit nécessairement nous être inconipréUmsiblc. Nous soinAies naturellement portos à juger de l'union spirituelle par l'idée que nous avoiu? de runion riiAtériclle, ce qui nous fait sup|X)scr de» jJilîicultcs qui n'existent pas.
(10-4) faire du bien à la créature cjiii est son image. Or combien les abais^emens , les douleurs et la mort de THomme-Dieu nous sont utiles! Combien nous pouvons y puiser de leçons salutaires! Combien ils nous inspirent de confiance dans la bonté divine ! Voyez Labarpe accablerons le poids de quarante ans d'ini(|uijrés : la justice de Dieu l'effraie; il est prêt à désespérer de sa miséricorde; il ne peut comprendre comment il est possible qu'il ob\ieni.e i\n pardon dont il sent qu'il est si indigne. Mais !'!> vani^iie lui répond par la voix d'un de ^es Apôtres; f)ien à tant aimé les hommes , qu'il leur a envoyé s en Fils y et Va livré ci la mort pour eux. Alors le péclieur pénitent comprend cet ineffable mystère: sa raison orgueilleuse et aveugle lavait rejeté; sou cœur contrit et humilié le sent profondément. 11 croit, parce qu il aime ; il croit, parce qu'il est recon* naissant ; il croit , parce qu'il voit toute la bonté du Créateur , proportionnée aux misères de la créature. « O mon Dieu y s'écrid-t-il , tous vos mystères sont des mystères d amour y et c'est pour cela qu'ils sont divins / L'/wmme n inventerait pas ain^ si : cela est trop au-dessus de lui\, un Dieu seul a pu nous le dire, parce qu'un Dieu seul a pu le faire. Si l'homme refuse de croire y c'est qu'il est ingrat y et il est ingrat parce qu'il est aveugle^ O Dieu /• qui avez tant aimé les hommes , éclairez les^avew» gles j, et touchez les ingrats! » ( Apol. de la Rel. ) Ajoutons que les mystères de l'Incarnalionelde la Rédemption nous font connaître la dignité de
(105) potre nature et le prix de notre ame ; qu'en noijs donnant un Homme-Dieu pour modèle dons toutefs les circonslanc^s de la \ie , ils réunissent à l'auto* rîté infinie du Maître la sublime perfection de ses exemples , qui nous encouragent à la plus haute vertu, ôtfent tout prétexte à la désobéissance, ton le excuse à Tinobservation des devoirs» Dieu pouvaitil, d'ailleurs , nous mieux instruire de la malice <jue renferaie le péché, qu'en nous présentant uu Homme-Dieu mourant victime d'expiation pour les iniquités des hommes? Pouvait-il mieux nous soutenir dans les combats que nécessite la vertu , qu'en nous ouvrant, dans les mérites infinis de celte
victime, une source inépuisable de force? Pouvaitil mieux nous inspirer une fidélité constante , malgré les obstacles et les revers , qu'en nous montrant rHoaime-D;eu marchant devant nous dans la pénible carrière de Bethléem à Getlisémani, et de Geth* sémani au Calvaire? ( 1 )
Voyons maintenant si lenaystère de i'Eucharist tic, qui parait le plus propre à confondre la raisou humaine , est impossible. L'Eglise croit que
( 1 ) Gomme le mystère du pêche originel peut se faire un point d'apte pni des faits de la nature et de la conscience , ainsi le mystère de la Rcs demption trouverait , £|u besoin , dans Thistoire une sorte de sanction. Le r.ipprochement de la société antique et de lu société moderne , de rUomme prive qui vit en dehors de la foi chrétienne , et de celui qui marche dans les sentiers qu'elle a tracés , constate qu'un nouvel élément a c-té introduit dans la nature humaine , ou plutôt j qu'un grand redres* BCQient s'est opéré , qu'wie amélioration importante et foncière a eu lieu d ms la constitution maladive et viciée du genre humain.
^lésus-Christ esl présent dans rEucharistie ^ mais qu'il V est dans un état tout-à-faît différent de relui de nos corps , dans un état que nous ne connaissons pas; et qu'il. y est selon un mode de présence que nous ne connaissons ]>as davantage. Or affirmer Tim possibilité d'une chose quelconque , /c'est établir que les qualités qu'on lui connaît répugnent et s'excluenl mutuellement entre elles. On ne peut donc affirmer l'impossibilité d'une /chose ^ si on en ignore les qualités; on ne peut donc affirmer que TEucharistie est impossible, puisqu'on ignore les quajilés du corps de Jésus-Christ , et sou mode de présence dans ce mystère.
MaiS; dit l'incrédule, en admettant ce mystèi^ pn est conduit a reconnaître que lorsque Jésus- Christ, la veille de sa mort ^ l'institua , son corps fut en même temps dans un état naturel et dans un état surnaturel, passible et impassible ^ visible et invisible, ce qui renferme une véritable conirar • diction. Cette objection, répondrons-nous, suppose que l'on connaît clairement et certainement deux, choses: 1^ en quoi consiste l'essence des corps; 2\ tous les états différens où le même corps peut se trouver, de sorte qu'on puisse juger avec certitude que deux de ces étals sont incompatibles eptrepux. Or on ne connaît clairement pi Tiiiie ni l'autre: l'objection n'est donc pas fondée. Nous avouons qu'à la dernière cène le corps de Jésus-Christ fut jnodifié en même temps de deux manières, l'une ppiiforme à notre n»ture présente, l'autre relative
êi un ordre de choses différent. Ces modiftcatron^
fornrient ce que vous appelez Pélat naturel et Tétat
surnaturel du corps de Jësus-Christ. Mais vous êle^
dans l'impuissance de montrer qu'il y a contradicr
tion« De ces deux modifications , vous counaissex
la première , et encore imparfaitement (1 ); efc
vous rie connaissezla seconde en quçmie f^çon : com-a
ment pouvez-vous donc affirmer que leur coexisr
leuce est contrjidictoire? Selon Tune de ces mo-
flifîctilionS; le corps de Jésus-Christ était passible ^
selon l'autre il était impassible 5 selon J'uu^ il étail
visible, selon l'autre, invisible avix mêmes person-î
pes. Dans ces deux cas, ce qui est dit du corpsi de
Jésus-Christ étant relatif à deux états différens
quoique simultanés^ il n*y a pas l'ombre de con
tradiction j seulement c'est pour nous une chose
que nous ne pouvons pas comprendre. Si vous der?
mandez comment le même corps ])eut recevoir à
la fois deux modifications telles que ses relation^
avec les corps qui l'entourent soient différentes par
rapport à chacune de ses modificaticwis , nous ré-j
pondrons l^ que la diversité des relations est une
suite nécessaire de la différence des modifications;
2". que la simultanéité des modificalipns; différen-»
( 1 ) Loke lui-même, combattant Terreur de ceux qui rejettent la subsr tance spirituelle à cause de l'impossibilité ou ils sont de la connaître et de Texpliquer , démontie qu'on ne peut comprendre mcuie la substance étendue^ ni savoir comment uile est étendue , ou coinmeiit les parties soi; lidos de la matière sont unies ou altachccs ensemble pour faire un to^^ ^^.M^M^\!i. ( Essai yXwTiil.)
( <f>8) tes ne peut être expliquée par la raison seule ; quel* le est incapable cl en démontreif' la possibilité, mais qu'elle Test également d'en démontrer rimposëibi* lité, parce qu'il faudrait pour cela qu'elle connût une chose qu'elle i^norevenlièrement , c'est-à-dire, ce qui constitue l'essence des corps. Cette simultanéité est donc de la classe des choses que Ton co/i-
çoit sans les comprendre. ( f'^ojez /?. i 3 ptécéd. )
Dira-t-on , avec Rousseau , que si Jésus-Christ , dans la dernière cène. , avait tenu son corps dans ga main , le tout aurait été moindre que sapartiel Mais qui ne voit que Taxiome , le tout est plus grand que sa partie , n'esit pas applicable lorscjue Je .tout n'est plus dans son état et dans son étendue ordinaires^ et que la partie re,sleau contraire dans $on état naturel?
Dira-t-on qu'on ne peut pas concevoir des accidens sans substance? Mais Dieu, voulant que toutes les apparences du paiu subsistent dansTEucharistie, ne peut-il pas , en conséquence de cette volonté générale , entretenir ou reproduire tout ce qui est nécessaire à cet effet? 11 y a dans la nature des phénomènes qui sont comme le sjmbole de cette apparence. Le soleil parait dans le miroir où il n'est pas; la rose optique, dans le foyer de ses rayons où elle n'est pas non plus.
Dira-t-on qu'un corps , tel que celui de Jésu^ Christ, ne peut être téduit à un si petit espace? Mais puisque le corps de J. C. est sacramen tellement dans un étal tout-à-fait différent de celui de
îtotre corps, comment peul-on affirmer qu^il lui faut un plus grand espace que celui des apparences eucharistiques ? Qui ne connaît , d ailleurs f rextrême compressibiiité de la matière et la peti* tesse de l'espace où peuvent élr€ léduits des corps très-grands? Les objets les plus étendus et les plus multipliés s arrangent fort proprement sur la cotoïde , qui n'a qu'un demi-pouce de largeur. Les rayons de lumière enroyés de toutes les parties d'une graiule image se réunissent dans le point du foyer, sans se mêler, sans se confondre.
Dira-t*on que la présence multipliée répugne ? La répcfnse est facile. Un corps esl le même , d'après les plus liabiles philosophes, Léibnitz, Clafcke, Nieuwentit etc. , sans être composé exactement de la même quantité de matière : son identité dépend de l'identité de son organisation , c'està-dire, de Tidentité du moule original ( 1 ). D'autre part, Dieu peut , sans aucun doute ^ dédoubler toutes les parties d'un corps humain , et en -composer deux corps d'une similitude parfaite; il peut faire aussi (|u'une seule ame anime ces deuxcorpsî si une ame anime deux bras^ et opère par eux des actes divers et même opposés ^ pourquoi répugnerait-il qu'elle animât deux corps; et une ame n'occupant point de lieu, et pouvant agir à toute dis« tance ^ pourquoi répugnerait-il qu'elle animât deux
( 1 ) SiÛTant CuTier et autres naturalistes , rkomme animal est renoir' telii entièrement cinq ou six fois dons la durée moyenne de la vie , et néanmoins il est toujours le même.
Corps en divers lieux ( i )? Mais si Dlea peut d'dii tôrps en former déni identiques , il peut en foriner trbis ^ quatre ; ùh nombre tjuelcdnquè j la matière étant divisible à Tinfini. La présence multipliée est donc possible* Certes nous sommes loin dé prétendre que ce soit l'explication véritable de celle de J. C. dans l'Eucharistie ; mais notre hypothèse; prouve la possibilité de Celte présence; Or si nous pouvons lier lés connaissances que nous avons de la nature avec ce dogme , qui peut douter que Dieu n'ait^ dans la partie immense de la physique et de la métaphysique qu'il Idi a phi dé nous laisser cachée . bien d'autres movens d^éffectuer cette même présence ?
Dira-t-on enfin qu^il répugné qu'uti Dieu s'abaiiddnnè à la merci dés pervers , et s'expose aui dernières indignités? Mais ce que Jésus-Christ livre aux outrages insensés des pervers^ c'est seulement son Voile, c'est l'enveloppe quïl a mise entre eux et lui : leurs profanations né Tont pas jusqu'à toucher et affecter son divin corps sur lequel il ne leur laisse aucune pi'ise; Inaccessible à tous leurs sens , il est à l'abri de toutes leurs atteintes; et non moins impalpable qu'invisible ,' sa présence reste impassible et inviolable. Or il ne répugne pas plus que Dieu* supporte ces atteintes impuissantes , qu'il ne ré-
( 1 ) « S'il plaisait à Dieu , dit le savant Euler , d'accorder à mon ame un pouvoir sur un corps organise dans* la lune , je serais également ici et dans la lune, et il n'y aurait en cela aucune contradictioni». f LeUH XXXIX à une Princesse d Allema^nti J
|3tighe que son œil pur et immortel soit ouve^f À toutes les scènes d'horreur et de débauche ; pas plus qu'il ne répugne que des images dégoûtantes et in* famés trouvent place dans les Conceptions divines? et aillent se réfléchir dans l'intelligence incrééé. Dieu voit tous les forfaits , et son regard n'en est point souillé; il les connaît et la pureté dé son essence n'en est point altérée, comme le soleil tou* che les ordures par ses rayons^ sans en êtresouilW lui-même.
Concluons qu'il n'y a dans Ifr dogme de l'Eucha^ fistie aucune contradiction. C'est ce dont était convaincu le savant Léibnitz, lorsqu'il écrivait ces paroles remarquables : « Lu seule chose qui pour-^ rait nous dispenser de nous attacher à la lettre du testament de Jésus-Christ ^ serait s^il y avait une absurdité ou impossibilité dans le sens littéral ; mais on neprowverajamais qu'ilj en ait. » ( i ) Pour* le prouver , en effet , ne craignons pas de le redire, il faudrait connaître en quoi consiste l'essence^ d\ui corps , et quel est l'état du corps de J. C. dans son sacrement. L'ignorance complète oùnoussom-f mes sur ces deux points, fait que ^ lors même que tout ce que nous venons de répondre aux incrédu-' les ne contenterait pas l'esprit , ils n'auraient aucnu droit de dire que l'Eucharistie renfertne quelque répugnance, et que nous aurions toujours celui de les défier d'en montrer aucune dans ce mystère/
( I ) Tome 1 y paje 30
î.e dogme (le lenfeï* n'en offre pas non plus* , 1/Ecriture sainte ne dit nulle pai-t , et l'Eglise n'a point décidé si le feu de Fenfer est proprement un feu matériel , ou non , m quelle en est précisément la nature« Mais , en Fentendanl même dun feû matériel, suivant le sentiment commun , quelle répugnance peut-on y trouver?.*.'. L'incrédule demandera-t-il comment des amcs spirituelles peuvent subir Timpression d'un feu matériel. Nous lut demanderons , à notre tour , comment nos âmes peuvent être , en cette vie > soumises à l'action des organes; et si un esprit sujet à l'impression du feu dans le corps quïl habite , est plus compréhensible qu'un esprit sujet à la même impression hors de ce même corps. Dieu peut tout ce qui n'implique pas contradiction. Or il n'y en a pas plus a soumettre un esprit à l'impression <]u feu, qu'à le soumettre à l'impression des sens. Si l'incrédule demande comment l'éternité de l'enfer s'accorde avec la justice et la bonté divines , nous lui demanderons > à notre tour, s'il a bien réfléchi sur la nature du péché /sur la volonté du pécheur, et sur la justice et la sagesse infinies de Dieu ?
D'abord, ce n'est ni sur, la durée du péché, ni sur la bassesse de l'homme quil faut mesurer la durée de la peine que le péché mérite. Quand quelqu'un a été insulté, blessé dans ses biens, ou danjs son autorité , est-ce que Ion mesure la durée de la peine uniquement sur le temps que le crime a exigé? Ce serait une règle absuide. Il ne serait
pas moiiis inconséquent de mesurer la durée de là peine sur la bassesse du coupable : tous les hoiniiies reconnaissent qu'une faute est d'autant plus ^grave que k personne offensée est plus digne ; d'où il suit que lai durée de la peine , loin de décroître à proportion de la bassesse du coùpaîble ; devrait naturellement croître eiï raison directe dé ^ette bassesse. Mais si la bassesse du pécheur ne peut pas être la mesure de la durée de sa peine ; la grandeur de celui qu'il à offensé ne peut-elle j)as l'être ? Du serviteur qui offense soh égal à .celui qui outrage un magistrat^ à celui qui outrage le Souverain, l'offense croît toujours, et la gravite de Toffense croissant, là peine doit croître. Quelle mesuré peut-oii fixer, lorsque l'offense viote les. droits de Dieu dont lai ma jesté est infinie? Sur quel fondement prétendrait-on assigner à sa justice là borne où voudrait s'arrêter notre imagination ,* effrayée d'une peine éternelfe^
En second lieu , la volonté dé rhomnie qui, jusqu'à la mort , persiste dans le péché , est une volonté éternelle dans son essor, dans sa disposition, dans ses désirs. Le pécheur frappé par la mort quitte lé monde , quitté les instrumens de son péché , mais il né quitte pas l'attache au péché : c'est un navigateur qui côtoie un rivage séduisant , et qui veut s'y fixer ; le courant de l'eaû l'emporte ; malgré lui , dans le vaste océan , où la terre de ses délices disparaît à ses yeux , en ne lui laissant que At% désirs et des regrets. Si le pécheur impéniteiït
lie mourait pas^ il continuerait de pécher. Or c^^ lui qui veut ne vivre jamais sans péché ^ pourcjuoi ne; mdbriterait-il pas de ne vivre jamais sans soui*-* IVance?
En troisième lieu , la bonté divine ne doit pas^ pardonner au pécheur, et sa justice , au contraire, doit le punir ^ tant que sa volonté ^ après le terme^ de son épreuve qui est la vie , reste attachée au mal , à sa révolte contre l'ordre. Si donc la volonté" du pécheur, après la mort^ reste toujours attachée au mal, Dieu ne doit jamais lui pardonner^ il doit le punir toujours. Or^ que la volonté du pécheur ne soit pas constamment telle , dans Téternité, c'est ce que l'incrédule ne prouvera jamais. Il sera donc a jamais dans l'impuissance de montrer que l'éternité de l'enfer soit incompatible avec la bonté et la justice de Dieu^ « La durée de la coulpe , dit à ce » sujet Léibnitz, est cause de la durée de la peine:- » les damnés demeurant méchans, ne peuvent être .» tirés de leur misère : ils sont eux-'mêmes la cause » de la continuation de leurs tourmens. ( Théodi^ » céey^ tome 2, §. 266. ) ».
Remarquons enfin , que la détermination du degré de la peine ne se règle pas toujours , ni uniquement sur la qualité et le degré du crime, mais sur des raisons tirées du but du législateur; or, ce but demande qu'il décerne des peines capables de procurer , autant qu'il se peut , l'observation des^ lois et d'empêcher que les hommes ne les violent. Ainsi , la proportion entre le crime et la peins^
n'appartient pas tant à la Justice qua la prudence fct à la sagesse, qai doivent délermin<;r d^s peines telles qu'il le9 faut pour que les lois soient observées ; d'où il suit que toute punition proportionnée à cette fin n'est point injuste. Or l'éternité d^ l'enfer est une peine telle qu'il la faut pour que lu loi de Dieu sôit observéel. En effet ^ nous voyons tous les jours que la Croyance d'un enfer éternel n'esl pas capable d'empêcher lé mal , d'arrêter la perversité des scélérats i que serait-ce de ce monde si les méchans en tout genre. n'avaient à craindre qu'un supplice passager ? Oui ,' sans ce frein j le dé- Soydre serait au comble « et la loi divine ^ à peu prétf nulle pour la plupart des hommes:
Le dogme de la grâce, loin dé i'îen avoirde choquant, donne a la faiblesse originelle de la liberté de l'homme^ déchu dun élat meilleur, le Recours divin dont elle a besoin; l/bommeest libres et cependant il est si souvent le jouet de ies passions et des choses mondaines ! La grâce dé Dieu intervient dans ses déterminations, sans lui ôterlé libre arbitre qui peut refuser son consentement. L'homme se sent impuissant au bien ; tnais il sait qu'il a pour aide la puissance infinie. La nécessité de la grâce ,en lui faisant sentir sa faiblesse , le ramène continuellement à Dieu ; la promesse de la grâce, en lui montrant Dieu toujours disposé iwfavoriser son salut , Tencourage à y coopérer : le besoin d'un appui l'oblige à le demander ; la certitude qu'il a de U trouver l'excite a en fair^ usage.
(fl6) .
fi nous reste à parler de deuX maximes^qucrÉglisex^atl^lique professe , et qui ont dotitié lieu à^ be^iucoup de déclamations mensongères : Saris le' baptême nul n entrera dans le rojraume des Cieux. — Hors ée tj^glise il n'est point de salut. Pour taontrer cfti^c /^;e» dogmes n'ont rien de barbare, W suffit d'eu pr^nter le sens tel que l'Fglise l'en* tend , et non tel que se plaisent à le forger ses ennemis. ll^tiitHffRaî que, Sans le baptêmeynul ne joui^ Pa de labéasùHude céleste' i ûiais il est permis de' croire que lès enfans morts saris ce sacrement ne' sont pas condamnés' aux flammes de l'enfer , et q lie leur destinée' est préférable au néant. Ce monde n'est pas le séjour du bonheur; et cependant il - est peu d'bommes qui préfèrent la mort à la vie :' le sort de ces eûfans peut êlre tel y que , tout imparfait qu'il est^îis l'aiment mieux que l'anéantissement, et qu'ils désirent de le conserver. Or, l'on ne prouvera jamais que Dieu, par justice , ait du* de!»tiner tous les hommes à la beàtiéude surnatu-i relie.
Hors de tÊglise point de salut ^ cela est Vrai encore. Mais les enfans baptisés de toutes les Communions apparti^ncnt à l'Eglise; mais les adultes baptisés ({ui se trompent de bonne foi n'ont pas cessé d'appartenir à l'Eglise, et s'ils ne sont responsables que de leur Vnaùvaise foi et de leurs mauvaises' actions , où" est l'in jjastice ? où est la barbarie ?
Quant au sort de ceux qui meurent sans avoii* connu la révélation y et qu'on appelle infidèles y il'
icst 'reconnu que la moitié Je Tespèce bumaîne ineurt dans la première enfance avant ] âge de mison ; donc la moitié des infidèles sont dans le cas des enfans morts sans baptême, poui;qui Texisten- .ce est un bien dont ils désirent la conservation : la foi permet de le penser. Pour les infidèles adultes, s'ils n'ont pas pu connaître TEvangile^ ils ne seront jugés que d'après la loi de la conscience^ ils ne se* ront punis que des fautes qu'ils pouvaient éviter , ^t non de n'avjoir pas eu la foi ; et Dieu mesurer^ levir [)eine sur le degré de leur connaissance et d^ leur malice : ils pourront êlre , suivant leur*^con- 4uite , plus ou moins rapprochés des enfans morts sans baptême. En cefe qu'y a-t-il donc de si révoltant? Mais, dira le déiste, pourquoi les lumières de la révélation ne sont-elles pas égalée pour tous ? Pourquoi, lui répondrons-nous., en est^il ainsi des lumières de la raison et de la loi naturelle? Dieu est le maître de ses bienfaits : ce qu'il donne à l'un, il ne rpte pas à l'autre. Oseriez- vous lui reproclier de vous avoir distingué des autres hommes par les qualités de l'esprit et du coeur? We pas voir pour* quoi Dieu agît ajnsi plutôt qu'autrement, assurément ce n'est pas voir qu'il le fait par défaut de bonté ou de justice. Sachez donc ignorer , et ne prepez pas les bornes de votre intelligence pour une raison claire d'accuser la Providence divine.
Si vous connaissiez, ( c'est la pensée de Leïbnil^, si vous connaissiez avec certitude la sagesse et la probité d'un ami , et que, sans voir aucune raison
plaire d'accvuer sa conduite relaiiTexneut a Tune i't à Faulre ^ tous ue pussiez pas néanmoins vou^ en expliquer les motifs , le condamneriez- vous avec j>récipitation? Ou plutôt , ce que vous sauriez de sa probité et de sa sagesse ne vous suffirait-il pas p#ur croii'e qu'en cela mêmp où vous ne voyez pas la raison de sa conduite, il est néanmoins irrépro-r chable? Hé bien ! faites à l'égard de Dieu ce que vous feriez à Tégard d'un hotnme : connaissant avec évidence $a justice et sa bonté , reposez-vous suc elles, et respectez le voile dont il lui a plu decou? yrir ce que vous ne voyez pas. ( 1 )
( 1 ) Le plan de la révélation est parfaitement analogue à celui de la création, et le Dieu du Christianisme est le Dieu de la nature. Dans toutes les dispensations de la Providence que nous connaissons , les avanta» f ei sont distribués inégalement : la santé et la force , le bon sens et. la science » la richesse et le pouvoir sont départis aux individus et aux nations à différentes mesures et à différens temps. Le système du Christianisme n'est donc pas plus inconciliable avec la sagesse et la bonté divines, que le système de la nature.
Au i:este , la question de la vérité du Christianisme n'est pas là. Cette ▼érité une fois démontrée, (o)it homme raisonnable doit se dire : « Pour^ quoi Diçu ^orme-t-^il aux uns ce que d'autres n*ontpas? Je n'en sais rien,' mais cfue m'importe ? Je m'en repose sur celui qui ru: peut être injuste .• le salut des autres n'est pas mon affairée; j'en ai une tçrrible sur les bras, t'tst le mien, « /^De lyiatstre^ De l'Eglise gallicane ^ p. 99. J
M**. Delauro ne parle pas du dogme de la résurrection des corps, parfe qu'il est ('vident qiie la puissance iu^nie de Dieu, qui a créé l'univers, est sufG .sali te^ pour rassembler les élémens épars de nos corps , qui ne cesseront jamais , quelque transformation qu'ils éprouvent , d'être sous JQveil de son intelligence et sous l'action de sa volonté. D'ailleurs , l'iden* tité personnelle d'un honmie consiste principalement dans le sentiment intérieur qui lui atteste qu'il est toujours le même individu : son corps a beau «e leuo^velcr vingt fois , il sent -â 60 ans qu'il est la même personnt
Je suis conTaincu de la solidité des obserTationt que je viens d'exposer sur les dogmes chrétiens. Mais je suppose qu'elles n'aient pas fait sur le lecteur l'impression désirée, et qu'elles lui aient laissé des nuages dans Tesprit, je le prie de vouloir bien considérer que ce nWt pas seulement la Religioi^ qui nous offre des mystères • et qu'il est déraisonnable de nier les choses sous prétexte qu'on ne les comprend pas. C'est ce que les incrédules affectent de méconnaître. Nous ne sommes obligés de croire, disent-ils , que ce que nous pouvons comprendre , la raison ne nous ayant été donnée que pour être en tout le motif de notre assentiment; or nous ne pouvons comprendre les dogmes chrétiens; donc
La plus grande erreur, en logique, est celle du principe. Or, ici , pour que le principe fût vrai , il faudrait qu'il n'existât pas d'intelligence supérieure à la vôtre : première absurdité ; il faudrait qu'il n'y eût rien dans la nature au-delà de votre compréhension : seconde absurdité; il faudrait que la certitude objective d'une vérité quelconque dépendît de la mesure relative çle vos facultés : troisième absurdité. Il s'ensuivrait que vous ne seriez pas obligés de croire l'existencé'de Dieu : car assurément vous
qu*il était à 15. Or c'est précisément la personne qui est le sujet des récompenses et des punitions ; il suffit donc que nous ressus€iti(»ns avec un eorps tel que nous puissions conserver avec lui le souvenir et la consciente de nos actions , pour sentir si nous sommes digues d'être récompense t 0u punis dans ce corps.
lie comprenez pas Dieu dans son essence ; et spri {existence n'est cerlaine pour votre raison que parce que^ sans elle, vous ne compreness rien de possir ble. H s'ensuivrait que vou^ ne seriez pas obligés de croire une foale de faits qui vous entourent y quj
«sont de tous les aiomens , et que vous ne pouvez nullement comprendre.
Vous croyez que votrp volonté djstermîne le
. mouvement de votre main. Av^z^vous, cependant;^ je ne dis pas une idée claire,maisune conjecture, un soupçon de cette inexplicable action de l'ame sur le corps, et du commerce mutuel de ces deux substances tellement bétérogènes, qu'elles sontcon^ tradictoires dans leur essence? Le bon sens n'a d'autre réponse que celle du psalmiste : Dieu Fa voulu ainsi , et il peut tout ce quHl veut Nous sommes un mystère à npusTmêmes : bi^i pi us cette curiosité , qui voudrait tqut comprendre , nous ne saurions dire ce qu'elle est, ni comment elle est dans notre ame.
. Hors de nous , e»core des énigmes. Voyez ces grands cprps de lumière, qui, suspendus sur nos lêles, nagent dans l'immensilé où notre raison se perd. Quelles en sont lu nature^ la 'situation , la distance? Quelles en sont les propriétés? Quel en est ie mouvement? Les siècles ^nodernesont dé- ' couvert quelqu'un de ces secrets. Mais que nous ont-ils appris , en comparaison de ce que nous ignorons encore?
La raison peut-elle expliquer coniment l'orbe
|nmin/eux du soleil remplit un cercle dont le dia? mètre contient environ onze ^jllippi^ {ie lieues | avec une constante inondation ^p rayons qui se succèdent, depuis des nxilliers jJ-anifees , sans que le corps du soleil en éprouve aucune difninution y jPt sans que les corps sur lesquels ils tombent et qui les absorbent conlinuellement, en éprouvent aucune augmentation ? La raison expUquera-t-elJe ])Ourquoi ces rayons , d'une vélocité plus grande que celle du boulet de canon ^ frappent fes parties les plus délicates du corps bumain ^ sans qu'elles en reçoivjBnt le moindre dompiagej ou ppr quels moyens cette percussiop seulp pf3ut apporter à une ame immatérielle les formes des objets éloignés?
Descendons sur la terre î dites-nous qui tient les vents aux lieux où ils sont enfermés? qui règle le cours des fopdres et (les tempêtes? quel est le point fatal qui met des bornes à Timpéluosité de la mer? Expliquez-nous les effets étonnans des plan tes, des • métaux, des élémens ; démêlez l'art infini qui entre dans la formation de$ insectes k rendez rfiison de l'instinct si varié des animaux ; tournez- vous de tous côtés : la nature ne vou^ présente que dès phénomènes énigmatiques. *
Livré à l'impuissance de ses recherches , l'hom*
ne n'aperçoit que quelques; pffets , sans deviner un • riucipe. Prenons pour pj^empje ce qui nous est le
.ilus familier, le sommeil. Rien ne nous parail plus simple : mais qui nous dira ce que c'est que dormir^
Proposez- vous ce problêpoie : Trower un état' gui
(122) 0oii celid de Vhommfi pendant le tiers de sa vie ; qui en soit la réparation indispensable ; et qui ne puisse Vêtre qu'en le réduisant à une espèce d!anéantissement moral , tel qu'il nait pas même la conscience raisonr\ée de son existence et de ses pensées ^ ni la perception des objets extérieurs ; en un mot , qui ressemble à la mort an point de lien différer que par Ve mouvement vitaL Pour-r quoi cet unéantissement [lassager est-il rigoureii*» peinent nécessaire au pliilosoplie comine au quadrupède? Quel est doue le rapport essentiel entre le renouvellement de nos forces et celte inertie Mbsolue, invincible et périodique, qui suspend la pensée dans l'être raisonnable , comme l'action dans Tanimal? Qui nous dira comment l'homme qui ne vil que peu d'instans ^ ne peut veiller durant ce peu fl'instans^ et soutenir sans interruption le mouve-t jnent de son être? Quoi! il faut qu'il le perde chaque jour pour le garder ! Il faut qu il s'en prive tous les sou's pour le retrouver au matin !.,,.
Il n'est p9$ jitsqu'aux. sciences exactes qui n'aient des mystères.
I-ja géométrie démontre la divisibilité de la matière à l'infini; et cependant quel moyen de comprendre que le plus petit grain de blé soit divisible à l'infini ^ et qu'on ne puisse jamais arriver à une partie si petite que non seulement elle n'en enferme plusieurs autres, mais qu'elle n'en enferme une quantité infinie \ que le plus petit grain de sable renferme en soi autant de paities y quoiqu'a pro*
portion plus petites, que le inonde entier, et qu'il fi'y ait aucune partie d^ ce grain qui ne contienne encore autant djî partie^ prpppvtiopuelles que tou{; le monde !
On démontre aussi dans cette science qu'il est mpossible qu'un nomlire quarré soit dou}3le d'un autre nombre quarré, et que cependant il est très-r possible qu'un qufinpé d étendue soit double d'un autre quarré détendue.
On y prouve , par Ifi diminulion infinie de l'étendue qui nait ije sa divisibilité , des problêmes «jui semblent impossibles dans les termes: trouver un espace infini égal à un e'spacefini ^ ou qui ne soit que la moitié j. Le tiers ^^ etc, ^ et un espace fini (1), On y prouve enfin mathématiquement qu'une ligne coufrbe peut fipprocher çontinuell^iuent à
(1 ) « On peut résoudre ces pj^oblèmes en dif erses manières , dit Arr naud : en voici une assez grossière mais très-facile. Si Ton prend la moitié d^an quarré , et la moitié de pette moitié , et ainsi à Tinfini , et que Foi^ joigne toutes ces moitiés par Iturs plus longues lignes, on en fera un espace d'une figure irregulièro et qui diminijera toujours a Finfini par un deej bouts , mais qui sera égale à tout le quarré. Car la moitié plus la moitié de la moitié de la seconde moitié , et ainsi à Finfini font le tout^ Le tiers et le tiers du tiers , et le tiers du second tiers , et ainsi k rinfini , font la moitié. Les quarts pris de la même sorte font le tiers. Joignant ces tier9 et ces quarts on en fera une figure qui contiendra la moitié ou le tiers de Taire du total , et qui sera infinie d^un côté en longueur, en diminuant continuellement en largeur.
L^utilité qu^on peut retirer de ces spéculations n^estpas seulement d^acquérir ces connaissances qui sont d'elles-mêmes assez stériles^ ; mais c^est d'apprendre à connaître les bornes de notre esprit , et k lui faire avouer , malgré qu'il en ait , qu^il y a des choses qui sont , quoiqu'il ne soit pas (-ai'able de les comprendre. »
( i2i) ^infini d'une ligne droile , sans pouvoîr jamais 1^
rencontrer ; de manière que l'espace compris en? tre la branche de l'hyperbole et son asymptote in? fîniment prolongées > est infini en longueur , fini en largeur, et infiniment décroissant dans son cour^ infini': ainsi voilà un espace non seulement divisible à l'infini ^ mais actuellement divisé sans avoir ppuisé iQUte sa divisibilité, qui demeure inépuisa-? ble comme son étendue. Peiitron placer ces vérités au rang des choses compréhensibles?
« Humilions-nous donc , dit un grand géomètre: )) reconnaissons qu'il n'appartient pas à une créa- » ture, quelque excellente qu'elle puisse être , de )) vouloir concilier des vérités dont le créateur a )) voulu cacher la con^patibilité. Ces disposition^ }) nous rendront plus soumis aux mystères, et nous >) accoutumeront à Respecter des vérités qui sont^ }) par leur nature, impénétrables à notre esprit , » alors qu'il est borné au point de ne pouvoir pas. • » même concilier des démonstrations mathémati-; }) ques. )) (Malezieu,)
Ce quj^ Dieu a mis sous notre main et à notrp t^sage dan$ la nature est inconipréhensible , et néanmoins nous le croyons en admirant les secrets de la science divine : pourquoi refuserions-nqus d'adorer les secrets de Dieu dans la Religion? ' La révélation des mystères est un fait. Si ce fait dont nous mettrons les preuves sous les yeux du Jecteur ^ après l'examen le plus sévère et le plus approfondi lui e&t démontré ; et si , d'autre part ,
ttlté révélation cotatrent Jés mystères impénétrables , la raison n'a d'antre parti à prendre , enlre ces^ deux extrêmes, que de faire le sacrifice de sa euriosité^ en adorant l'intelligence infinie de Dieu , qui néceî>saii*eraent connaît des vérités supérieure^ à VintelJigence borfiée de l'homnïe, des vérités 5^^^naturelles , dont certes il n'est pas étonnant que nous n'apercevions pas la liaison ayecnos idées naturellcs.
Voyons , d'ailleurs , par un rapide exame.*) , si' les systèmes de ceux qui combattent les mystères^ du Christianisme avec tant dé confiance , ne renferment pas aussi des mystère^. Qviel est celui d'entre euiL qui pourra se vanter de n'offrir que des principes clairs et faciles à comprendre?
Sera'-oe le Pyrrhbnien qui anéantit toul , et le témoignage des sens , et l'autorité de la raison , et la certitude de sa propre existence?
Sera-ce l'Athée? Mais il nous propose une matière éternelle , être nécessaire dont on conçoit la nonnécessilé, être nécesfsaire qui n'a que des qualités^ contingentes^ être pour lequel la supiêmc perfection/celle d'exister par soi , est une source d'imperfections; il nous propose des êtres intelligens' produits par une causé aveugle , des lois et des ef-' fets d'une merveilleuse harmonie produits par une' aveugle fatalité. Et d'ailleurs^ en admettant un être' nécessaire qui existe de toute éternité, n'admet-il* ^s un mystère? Sans do\ite la raison nous force k^ en admettre un , autrement jamais rien n'eût prf
ëxîstet'î tnaîs la raison comprend -elle qnè cet être? nécessaire puisse être cause de sa propre existence?
Sera-ce le- Matérialiste^ qui accorde à une même substance des attributs incompatibles > contradictoires, l'étendue évidèmtiiënt divisible et la pensée évidemment simple} et c|tii veut que iemoiy essen-« tiellemewt un , soit uh6 substance tomposée ?
Sera-ce le Déiste, qui se créé un Dieu sans providence? Mais, outre qu'en admettant lui Dieu ,être nécCvSsaire j il adtnet Utie vérité incompréhensible y qu'est*ce qu'un Dicti qui iiC daigne pas gouverner ce quïl à daigné pl'oduire , et ce qu'il n'a pas pu produire satis un but convenable à son infinie sagesse? Qu'est-ce qu'un Dieu qui voit du même œil le bien et le mal , un Dieu sans justice' et sans sainteté?
Sera-ce l'Indiffet^ent, qui veut que toutes les re* ligions soient bonnes j et qu'on doive suivre celles dans laquelle on est né? Mais nous eXpliquera-t-il comment l'Etre infiniment parfait , essenliellcment traî , reçoit avec une égale coriiplaisance les hommages de Terreur , et les hommages de la vérité 7 Or toutes les religions ne peuvent être yraies, puisqu'elles ont des dogmes contradictoires , et que le om et le non ne sauraient être vrais en même temps; S'il y en a de fausses, comment la naissance peut* elle imposer l'obligation de les suivre ?... Autant dé pays autant d'obligations opposées ; les devoirs dé l'homme varieraient donc avec les degrés de lalH tude.
Ci'i>) ...
Etrailge inconséquence des incré(iule6 ! Tls rejet^ tent les mystères de la Religion chrétienne , parce' qu'ils ne les comprennent point; ils refusent même d'examiner les motifs de crédibilité qui en garantissent la certitude; et ils se jettent dans des difficultés bien plus grandes. « Les absutdités où ils tombent , en niant la religion , dit Bossuet , deviennent plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne, et pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles , ils suivent , l'une après l'autre, d^incompréhensibles erreurs. »
Ainsi tout e^t plein de mystères pour l'homme : sa raison en trouve dans la nature ^ dans les mathématiques, dans l'incrédulité même^ Quel droit a-
t-elle donc de rejeter les dogmes du Christianisme sous le prétexte de leur obscurité? Il n'y a pas une logique pour les sciences ^ et une logique pour la religion. Quand il s'agit des phénomènes de la nature , on ne dit pas : Cela ne peut se comprendre y donc cela n'est pas: mais on dit : Cela ne peut se comprendre j et pourtant cela est. Il faut suivre, à l'égard de la plus haute de toutes les sciences , k l'égard de la religion , la même méthode , ou se résoudre à une choquante contradiction ; il faut dire:- Qu'importe t obscurité des dogmes révélés, si la i^é^ rite de la révélation est claire? C'est ce dont était convaincu le célèbre naturaliste Ch. Bonnet, lorsj' qu'il rendait ce bel hommage au Christianisme ir « Je vais à la source de toute vérité dogmatique ^ i> j'étudie ce livre admirable qui fortifie et accroît^
H mes espéfarices; je compare le texte iili texte , le h dogme au dogme y ctéfque écrivaîrt à lui-même ^« * tous lès éôrivainsl entre eux : après cet examen h réfléchi , sérièui, impartial, long-temps contii) nué, souvent repris, je vois lès oppositions dîsh paraître, les ombres s'afffaiblir , la lumière jaillir j) du sein de Fobscurité , k foi s'unir à la raison et » ne renfermer plus avec elle que la même unité.» C Recherches philosophiques sûr les preuves dm Christianisme y p. 223, 224.^
^. IIL MOÀALE BU CHBiSTIAmSME.'
Jésus-Christ vçiiant instruire et réformer léfs hommes, les appelle tous à son école, et leur donhe des leçons clairet et adaptées à toutes les classes et à tous les états.' Quelle sublinie simplicité ! Ai* mer Dieil plus que soi-même y aimer le prochain Comme Soi-fhême : yo\\k l'abrégé, la substance et la^ plénitude dé sa doctrine morale. C'est dans la charité que consiste toute la loi , parce que Teffet de tette vertu est laccomplissement de tous les devoirs' de l'homme.
La vie de nôtre éoéùr c'est l'amour ; mais aucurf bien créé ne répond à nos désirs qui sont immenses et insatiables. L'expérience^ si souvent répétée, du défaut de proportion entre les créatures et no-' Ire besoin d'aimer, ^montre combien le premier éommandement est en hai^nonie avec le cœur hu- Aiain, puisque Dieu seul peut remplir Tavidité qui
(129) le tourmente , et nourrir ractivi(é qui le dévore: Si lamour de Dieu unit riiomme' à son centre ; Tamour du prochain Tunit à tous ses semblables : il fait de tous les membres de la famille un cœur et une àtnc , et cle toutes les familles une grande famille, ayant pour père celui dont la Providence embrasse depuis Tinsecte jusqu'au plus haut degré de la création ( 1 ) ; car Jésus nous ordonne d'aimer comme Jious-mêmes tous les hommes sans distinction , sous quelque climat qu'ils aient reçu lé jour, et quelque division que semblent devoir élever entre eux. et nousi l'antipathie nationale , les opinions politiques ou religieuses.
Et* remarquez un caractère particulier à la loi évangélique : elle se concilie avec tous les gouvernemens. Elle assujétit ses disciples à l'autorité qu'ils trouvent établie, et distingue expressément ce qui appartient h César de ce qui appartient à Dieu, Elle commande au Spuveraio de gouverner avec sagesse et bonté : elle lui dit que , loin que les peuples soient faits pour lui , il est lui-même fait pour les peuples ; mais elle ne règle pas la forme de» pouvoirs^ dont elle maintient l'équilibre en interdisant les usurpations et les abus.
( 1 ) Ce«t en faisant voir aux hommes un frère dans chacun de leur» semblables que Jésus-Cbriitt , sans disserter Taincment comme les philosophes , a fait sentir le droit naturel relativement à l'esclavage. La phi^ losophie , avec ses belles maximes , n*a rien opéré. UEvangile , en apprenant aux hommes que Dieu est le père de tous , a changé les idées et le» SMears des maîtres du monde.
Elle se place au milieu de Ja société pour en ra|>|)rocher et en; lier toutes les parties : tout cd que divisent les passions et les vices ^ tout ce que. séparent les préjugés et les ii)Siitutioiis humaines , la loi évarigéli({ue l'embrasse et Tunitck IS manière la plus intime. Jésus veut que tous les membres de la grande famille s'aiment les uns les autres comme il les a aimés lui-même : or, il n^y a pas i/e plus grand amour , dit- il, que celui qui donne lu uie pour ses frères ( Joan. XV. 1 3. }. Un tel amour renferme nécessairement cette bienveillante disjMjsilion cfui s'exerce à chaque instant par des actes de patience , de bonté , de complaisanee , d'iiHiui"en«e , de commisération , de conseil, par toute espèce de services V et qui, en toute occasion^ ^ fait quon traite les autres comme on veut en être traité soi-même ( Maiili. .VII. 1 2. )
, Pour encourager la classe la plus nombreuse et la moins avantagée d«s biens de la fortuneà entrer en .participation dans Pexercice de ceUe charité , Jéius déclare que la pauvre veuve qui donne son. obole donne plus que le riche qui répand dans le sein de Tindigenee son abondant superflu; et que même un verre et eau donné tn son nom ne restera pas sans récompense. Et pour nous exciter tous par le motif le plus puissant à secourir nos semblables^ il s'identifie lui même avec tous ceux /'qui peuvent avoir besoin de noire assistance. Où trouver dans les écrits des Sages de l'antiquité une exhortation plus pathétique ^ plus pressante que
ces paroles d« Fils de Dieu jugeant tous les hommes, et (lisant aux élus: Venez les bien-ainiés dé mon Père ; venez posséder le royaume ^ui \fOuà est préparé: car f ai eufaim^ et uous m'aidez doii" né à manger ; fai eu soif, et i^ous m'aidez donné h boire ; j[ai été prisonnier y et vou^ m avez visitée Mais y s'écrieront-ils , quand avons-nous fait toutes ces choses pour vous ? Le Juge leur répondra: En vérité je vous dis que toutes les fois que vous avez fait ces choses pour le moindre de ceux-ci ^ qui sont mes fi ères ^ .vous les avez faites pour* mo/^méme. ( Matth. XXV. 34. ) *
Dan5 la vue àe cilnenter étrolteoient l'union fraternelle , base cle sa législation j Jéâws-rCjirist l'a étendue jusqu'à nos ennemis déclarés: nous devonsr bénir ceux qui nous maudissent y faire du bien à ceux qui nous détestent , prier pour ceux qui nous maltraitent ou qui nous petsécutènL Jadis thez lés nations les plus sages lé désir de se venger était considéré cotfime la marque d'un cœur noble j et la vengeance elle-même , quand on pouvait la satisfaire , comme un heureux privilège dé l'homme puissant. Mais combien n'eSl-il pas plus magnanime^t plus salutaire de pardonner! plus magnanime , parce que l'accomplissement de ce précepte suppose les sentimens les plus généreux ; plus sa-^ lutaire y parce que c'est le seul moyen de tarir la source de ces haines, souvent atroces , qui se perr ^ pétuent <le race en race , et plongent les familiiii dans le deuil et U désolation^
A nn précepte d'une si li«iute importance ^ il fallait Une sanction efficace. Aussi , tonte offrande « tonte piHrèresera rejetée, si la réconciliation lapine sincère avec un ennemi ne l'a précédée ; il ne sera rien pardonné à ceux qui n'aiirant 2)as voulu pardonner, et on usera envers eux de lames are dont ils auront usé envers les autres.
Il n'est qa* ordonné toutefois d'avoir pour se» ennemis^ ni- pour les hommes en général, les senlimens tendres et affectueux que nous avon» pour un bienfaiteur ou pour un ami : il ëuffit de faire du bien , 'lorsque l'occasion s^en présente , à ceux qui nous veulent ou qui nous ont f«lt du mal, de prier pour eux , de nous abstenir de toiite vengeance ou de tout mauvais procédé à leur é^ard , ou de tout désir analogue ; car l'Evangile n'exige rien d'impossible*
Les lois émanées des divers gouvernemens ont condamné le crime: eHes n'ont pas su le prévenirjr elles n'ont, d'ailleurs , ni recommantié'ni récom-» pensé la vertu. Et que de crimes échappent à la justiee humaine T Combien ^d autres n est -elle pas contrainte de tolérer! Nulle répression dos vices» qui minent sourdement la* société , qui en troublent l'harmonie, lels que l'orgueil, l'avarice , l'égoïsme, la dureté du cœur, l'ingratitude, le libertinage Au Christianisme était réservée cette par-
(• tie sulJime de législalion constitutive des bonne» feœurs , qui sont le plus solide fondement des empires, et la plus Sure garantie du bonheur delà
société; car il y a de mam'ais exemples , à\t Montesquipu , qui sont pires que des crimes ; et plus d! états ont péri parce qu*on a violé les mœurs , que pcffce qiCon a sfiolé les lois.
Les deux principales sources de la dépravation des mœurs sont lambition, fille de l'orgueil , et l'a- ^varice , fille de la cupidité.
De quels crimes l'ambition n'est-elle pas venue cuiller la terre ! Brigues , partis , inimitiés, querelles violentes , vengeances cruelles , guerres sanglanteSy renversement des familles, bouleversement 4es états: voilà ses œuvres. Et tout en accablant de maux Thumanité , elle a pu lui &ire admirer ses fureurs ; elle s'est fait adorer par ses victimes. Le seul vrai moyen de réprimer cette passion, nous le devons à Jésus-Christ : c'est Thumilité , vertu inconnue jusqu'à lui , et dont il a enrichi le monde; Thumilité qui empêche l'ambition de naître en l'étoxiffant dans son germe.. Cette vertu a, d'ailleurs^ lavantage de rapprocher les rangs de la société , et de remplir les intervalles désespérants qui en sont inséparables. Elle seule peut engager à des sacrifices pénibles pour lesquels la modestie ne suffirait pas : par elle la charité embrasse et ennoblit les fonctions les plus abjectes , nécessaii^es au soulagement de l'humanité souffrante.
Mais, en commandant Thumilité, l'Evangile n'interdit pas à Thomme Testithe publique , puiscju'il lui impose l'obligation d'édifier son prochain : seulement l'humilité Tempêche de s en applaudir j
(file ]uî fait reconnaître et bénir la main divine jdoii découlent tous les biens ^ et à laquelle il faut les rapporter comme à leur source. Elle est laperfection et non Xexcès de la modestie ; celle-ci est opposée à Torgueil , l'antre conibat Torgueil etinê^? me Tamour-propre. L'homme est modeste , {)arce qu'il reconnaît la justice de pe pas troubler la sot ciété par ses prétentions , et lutilité pour lui-mê-r me de ne pas heurter celles dautriii; le chrétien est Iiumble j parce qu'il croit que tout ce qu'il pos^ sède de biens, Dieu le lui donne; et ce sentiment profond exclut tous les retours'de Tamour-propre^ sans nuire ni à la vérité ^ ni à la magnanimité. L'humilité, en eifet , n'exige pas que le savant se croie un ignorant, ou le bra^ve, un lâche: elle les oblige seulement à faire hommage , l'un de sa science, lautre de sa bravoure, à celui duquel ils ont tout reçu. D'autre part, l'humilité , loin d'abattre le cœur, lui fait mettre toute sa confiance en Dieu, et lui inspire le courage de tout vaincre , en son nom ^ quand il s'agit de l'accomplissement d'un devoir. Et tandisquiî l'orgueil, pour s'élever, est forcé de ramper^ de se nourrir d'affronts , tandis que , pour cacher sa bassesse, il est forcé de se déguiser, n'oSant paraîtie ce qu'il est, l'humilité , en abaissant le cœur devant Dieu, J'élève d'autant au-dessus des choses humaines. Voyez les héros du Christianisme : Jivec l'hunlilité la plui» profonde , de qtielle sorte de courage ont-ils manqué ?
L'avàricc et la cupidité ne sont pas moins hau-
( ns )
temeiït condamnées par la morale clirétienne que l'orgueil et 1 ambition. Si Vliomme riche ^eut dormir paisiblement sur ses trésors entassés: « Insensé j lui est-ii dit , cette nuit Dieu te demandera ton ame-, et ce que tu as amassé , qui l'aura ?»... Le riche impitoyable demande y au sein dajlammes vengeresses , une goutte (feau pour ro fraîchir sa langue ; il implore t intercession dupaui^re Lazare y heureux dans Vautre i^ie comme il avait été délaissé sur la terre , et une goutte cteau lui est refusée.,,.. Ce que ton donne aux indigens , on le prête a Dieu , qui promet de rendre- surahon* damment et sans mesure^*,,. Plus heureux est ce^
lui qui donne'que celui qui reçoit Autant d!aU'
moTies autant damis qui , après la mort ^ intro-
duisent dans les tabernacles éternels Malheur
à ceux qui se font une idple de leur /ortunêL,.. Peu de riches saui^ent leur ame.
Et pour mieux remédier à l'avarice et à la cupidité 5 Jésus-Christ défend toute affection déréglée aux biens même dont la possession est la plus légitime , en sorte qu'on en use avec sobriété, et qu'on les perde sans murmurer contre la Providence.
Ainsi, la loi chrétienne non seulement réprime les deux passions qui contribuent le plus à la dépravation des moeurs publiques , mais va au-devant du mal en se plaçant à l'entrée du coeur humain comme une garde qui en repousse l'approche. Elle prévient les désordres de l'orgueil et de l'ambition ^par l'humilité; elle prévient ceux de l'avarice et de
refuser ce qtii est permis pour qiiil ne tombe pas dans ce qui est délendu : préservatif puissant dont les Stoïciens , ces fameux moralistes de l'an* iiquité, avaienl senti l'importance , puisqu'ils en* ceignaient q[u'et;i domptant la chair on arrête l'essor des passions. Mais ^lle condamne en même temps C0mme désordonné ce qui peut altérer notablement la santé du corps j car «on esprit est la modération eiiniCinie de tout excès, et qui veut la sobriété^néme dans la sagesse* Aussi , dans les asiles sacrés où sont pratiquées avec le plus de zèle les rigueurs de la pénitence , rien d'outré n'est souffert; et il s'y fornae plus de vieillards qu'au milieu des fêtes dévorantes du monde, ( 1 )
Loin donc qu'une société de vrais chrétiens ne pût subsister , comme Tont avancé Bayle et Jean- Jacques*, ce serait la société la plus parfaite. Le Christianisme fait un devoir de toutes les vertus civiles et politiques, et ne condamne autre chose, dans les diverses cpnditions , que les vices qui les déshonorent ; et par la doctrine du renoncement
( 1 ) Voyez, daus le numéro 20 des Annales de philosophie chrétiewie^ p. 62 , Tabstinence des viandes reconnue très-salutaire k la santé par les 4locteurs Broussais, Rostan, Tourtelle , etpar les ajiteurs dii Dictiowiaire (les sciences inédicales , qui , après avoir constaté l'utilité du jeune , concluent en ces termes : « Les hommes reçoivent des pratiques du ça^r* rême la santé , rallt'^gemcnt , surtout parmi les régions ardentes ; cet pratiques adoucissent d^ailleurs le moral , ramènent Tesprit vers de% «entimens d'humanité , de modestie , et contribuent à la civilisation , à la pureté des mœurs. » Ç t)ict. des sciences médic, , art. Abstinence H Jeûne, J
^ sol-même, si contrais e aux passions y il fait qua l'homme, s'ouhlirtnt tui^m^me , ne se sent , polir ainsi dire, qu'en âulrui , et qu'il est toujours prêt à. sacrifier l'inférêt personnel à rintéœt de tous ! disposition magnanime qui assure le l>onheur commun. De véritables chrétiens « seraient , dit Mon-^ » tesquieu , des citoyens infiniment éclartrés sur p leurs devoirs, et qui juraient un très-grand zèle )) pour les remplir \ ils sentir^ifjnt très-bien les » droits de La défense naturelle; plus ils croiraient >) devoir à la religion , plus ils croiraient devoir à )) la patrie. Les principes du Christianisme , bien » gravés dans le cœur , sont infiniment pins-forts ?) qvie ces faux honneurs des monarchies , et ces >) vertushumaines des républiques, et cette crainte » servile des étals despotiques ». (Esprit des lois y Jiv. 1 11 , Ch. VI J
Le plan de la législation évangélique^sl, d'ailleurs, soutenu de tous les motifs qui peuvent nous aider à le remplir entièrement : motifs plus puissants que toutes les considérations humaines , que tous les raisonnemens des philosophes, que toutes les maximes des moralistes.
Un Dieu présent à chacun de nous , témoin redoutable de nos moindres pensées , de nos moindres actions ;
Un Dieu qui veille avec des regards de complaisance sur le juste ; qui permet pour son bonheur les maux qu'il éprouve; qui fait de toutes les créatures les instrumens et les ministres de sa pater*
(ilO) nelle providence sur le« hommes ;
Uti Dieu qui , à la face du genre humain assem^hié, scrutera, jugera nos secrets iei plus intimes ^ et rendra à chacun selon ses œuvres ;
Un Dieu qui récompensera d'une gloire infinie^ d'un boiîheur éternel , Famé et le corps de celui qui amfe vécu selon sa loi ; et qui , dans la même proportion, réservant des peines éternelles au vio^ lâteur de sa volonté souveraine ^ offre à l'homme , toujours prêt à l'enfreindre, le contre[)oids le plus propre à le retenir dans le bien ;
Un Dieu qui y étant passé lui-même par toutes les situations où nous pouvons nous trouver, nous encourage à la vertu par des^sxemples si touchans que not>s ne saurions prêter aucune excuse légitime à nos infidélités ; et qui cependant relève jusqu'au dernier terme de cette vie la confiance du coupable, en ouvrant au repentir le sein immense de sa miséricorde.
Telle esj; la morale chrétienne, admirable à tous égards , mais qui a provoqué néanmoins les accusations des incrédules, Outre certains^ reproches que nous avons déjà touchés j ils ont dit que les conseils évangéliques sont impossibles; que les pré» ceptes sont impraticables ; qu en approuvant la pau» vreté volontaire, le célibat, l'intolérance , elle est nuisible à Thumanité,
Sans doute , les co^i^eils sont plus difficiles que les préceptes ; mais aussi ce ne sont que des con^ seils \ et la preuve qu'ils ne sont pas impossibles ,
c'est que Thistoire atteste qu'ils oflt été pratiqués^. La mortification , la chasteté y le- itésintéressement drs premiers chrétiens > aussi hien que leur douceur, leur charité , leur patience , ne causaient-il» pas de ladmiration aux payens? Et dans les siècle» suivans le» tertus pratiquées par les solilaiies ri'adoucirent-elles pas la férocité des barbares?, Et le» missionnaires qui convertirent les peuples du nord^ auraient-ils attiré tant de prosélytes . $'ils n'avaient pas observé les conseils de l'Evangile ?
Il est vrai que l'observation des préceptes demande de la vigilance et des combats. Mais il n'est pas de vertu sans force , a dit justement Rousseau ; mais chez tous les périples , sous tous les climats , et même au sein de la corruption la plus profonde, le Christianisme a toujours eu des disciples fidèles dans tous les rangs et dans toutes les conditions ^ jusqu'à nos jours. En face de tels faits , comment j>eut-on avancer que les préceptes sont impraticables ? • .
En louant la pauvreté, qui a été souvent nécessaire pour exercer avec fruit les fonctions apostoliques, Jésus-Christ n'a pas approuvé loisive mendicité; et l'Eglise, en donnant son approbation aux moines qui ont embrassé la pauvreté volontaire , Ile les a pas dispensés de s'occuper, soit au travail manuel pour leur subsistance et pour celle des pauvres , soit au travail de la prédication et du gouvernement des âmes. Si les hommes y ont trouvé matière d'abus , qu'est-ce que cela prouve?.... De
(iii)
.(|uoi les hommes n'out-ils pas abusé? ( i )
Les délracieur« du céllbai ont parié sous l'îrifluence de la prévefntion , lorsqu'ils ont dit qu'il jiuit à lacc^otssehitent de J^ postulation. M. Maltlius, dans son jirofotid ouvrage sUr le principe d^ la population ^ a prouvé clairement que « nonseu- )) lem^t tout homme n'est pas né pour se marierv » mais que dans tout état bien ordonné il faut qu'il » y ait une loi^ un principe , une force quelcon- )) que qui s^oppose à la multiplication des maria-t » ges w. Il observe que raccroiss-ementde^mioyeng de subsistance, dans la supposition la plus favorable, étant inférieur à celui de la population dans
( 1 ) On a beaucoup détlamé contre les coiïvehs ; mais il tfen est pas' moins vrai : 1". qtie les homme» fatigaés dn titmolte de la soci^**^ , rebutés par Içs vices de leurs semblables , dégoûtes des objets qui excitent les passions , ont le droit d'aller chercher dans la solitude la paix , le repos , l'innocence , la liberté > le calme de la conscience , pourvu qtf ils restent toujours disposés à servir le mondc^ns Id nécessité. Or', aux époquea' de calamité i de dévastation ou de contagion ^ lorsqns ta religion s'est trouvée en danger^ que les peuples ont manqué de secours , on a toujours vu les solitaires quitter leur retraite , mourir pour aider leurs frères , exercer la charité d'une manière héroïque. — ^o. Que , sans parler ici dee immenses services rendus » la société par l'état religietifx; sous le rapport de la civilisation i de ragricultui'e y des sciences et de l'éducation de la Jeunesse , ( Vauteur en parle plus loin ) , il lui rend un service sans prix en amortissant des volontés qui pourraient lui être funestes , et en la déchargeant du soin de surveiller ^ d'empldyer' et même de payer les membres des diverses communautés. Jamais il n'y eut d'idée plus heureuse' que celle de réunir des citoyens pacifiques qui travaillent , prient , étudient , écrivent , font l'aumône , cultivent la terre, «et ne demandent rien k l'autorité. Quel bienfait que d'enchaîner les passions et de neutralise^' les vices ! Si Robespierre , au lieu d'être avocat , eut été capucin , on eût» dit peut-être de lui en le voyant passer : Bon Dieu ! à quoi sert cet hom^ me P Nous savons , nous , à quoi il aurait ssrvi.-
1 énorme proportion respective des deux progrès^ siens, Tune arilhmétique et l'autre géométrique ^ il s'ensuit que l'Etat, en vertu de cette dispropor-' tion , est lenvi dans un danger continuel y si la population est abandonnée à elle-même ; ce qui né-^ cessite la force réprimante dont il vient de parler. Or le nombre des mariages ne peut être restreint dans l'Etat qu^en trois manières: par le vice, parla violence , ou par la morale. Les deux premiers moyens étant inadmissibles, il ne reste que le troisième; et dans le nombre des restreintes morales , le célibat religieux et ecclésiastique n'est-il pas la meilleure que les choses humaines puissent comporter i puisqu'elle est appuyée sur des motifs si sublimes^ sur des moyens si efficaces, sur des menaces si terribles qu'on ne saurait imaginer rieii (légal ou d'appi'ochant? D'autre part, la îioui'ce intarissable de la,])opulation , non d'une population précaire^ misérable et même dangereuse pour l'Etat, mais d'une population saine ^ opulente et disponible , c'est la continence dans le célibat , et la chasteté dans le mariage. Or qui ne sait que le prêtre célibataire exerce sur ce point une puissante et constante influence? Le célibat ecclésiastique est donc doublement utile à la population , et comme restreîjite moraZe^ et comme principe fécondateur sans interruption ni limites.
Quant à l'intolérance^ on n'a qu'à lire l'Evangile pour se convaincre que loin de la commander ou même seulement de l'approuver, le Christianisme la
coli<1amne et la défend. Sans doute, leChmtiani^J tne faisant profession d'enseigner qu'il possède seul la vérité, exclut nécessairement toutes les doctri-^ ties qui lui sont opposées ; sous ce rapport , il ne saurait s'allier arec Aucune autre i*eligion ; et en cela ii ne peut pas plus être accusé d'intolérance , que le savant qui , bien convaincu, de la vérité de son système sur notre monde planétaire, exclut et repousse toutes les hy})Olbèses contraires. Mais non seulement il permet^ il ordonne même de tolérer les personnes qui ^ à ses yeux , sont dans l'erreur. Voyez Jésus-Christ allant à Jéi'usalem ( Luc. Ch. IX ^ ); il envoie devant lui quelques personnes pour* annoncer sa venue et lui préparer un logement dans une ville de Samarie. Les liabitans refusent de le recftVoir ; cet affront lui est fait pour cause de religion \ les Samaritains 5 juifs scbismatiques ^ voulaient qu'on n'adorât Dieu que sur le mont Garizim ; cette injure était donc , de leur part, un acte d'intolératice. Deux apôtres croient faire un acte légitime en repoussant rintplérance par l'intolérance. Jésus les en- reprend et leur dit^ Vous ne sa^ez pas à quel esprit i>ous êtes appelés : y<? ne suis pas if enu pour perdre les hommes ^ mais pour les sauver. Il suit de là que Jésus-Christ a prohibé Tintolérance des personnes ^ même à l'égard de» dissidens intolérants. Tout ce qui a pu , dans le cours des siècles, s'écarter de cette loi de douceur et de charité envers ceux qu'on croyait dans Ferifeur, n'est donc pas venu du Christianisme , mais
des passions humaines. Et qu'on ne dise pas tfiul est à craindre que Vinfolérance des erreurs ne cônduise à ïintolérance des personnes. Comme on ne doit pas blâmer V amour des personnes sous prétex-* te qu'il peut conduire ^ Vainour des efveurs , on ne doit pas non pliis condamner Vintolérance des erreurs sous prétexle qu'elle peut conduire à 17/ztolerance des personnes. Une chose élant démontrée raisonnable et salutaire , il faut savoir la respecter malgré ks abus que peuvent en faire les méchans.
Quand donc J.-6. annonce qu'il est venuappor- ' ter non la paix mais le glaive , qu!il est venu allumer un feu sur la terre et que son désir est qu'il se répande au loin y il ne veut pas que FEvangile soit prêché l'épée à la main , ni qu'on use de violence contre ceux qui y sont contraires , ni que le fou de la discorde dévore les cités et les campagnes : autrem.ent il n'aurait pas dit ailleurs: Je vous enif oie comme des agneaux au milieu des loups, Kous serez hais , persécutés y mis à mort à cause de moi: par la pa^nce vous posséderez vos âmes en paix.,. Quand on vous persécutera dans une ville ^ fuyez
dans une autre Ceux qui frapperont a coups
dépée périront pqrlépée. Il parle. du glaive salutaire qui combat les passions y et qui abat tous les rejetons funestes de cette tige empoisonnée; il parle de ce feu divin qui consume les vices , nourrit les vertus, et enflamme les cœurs de charité pour tous les hommes.
Maïs j dît on encore , Jésus-Chrîst rqproiive ceux qui ne veulent pas écouter et suivre sa doctrine ; il exige pour elle une préférence exclusive ; il dé- * clare que celui qui n^est pas pour lui est contre lui, que pour être son disciple il faut haïr son père , sa mère , son épouse etc. , et même sa propre i>ie : tou*:es ces maximes, et , en général , le prosélytisme* commandé parla Religion chrétienne , peut-on les accorder avec la tolérance?
Oui, sans doute. Réprouver les incrédules pour la vie à venir , ce n'est pas déclarer qu'il faut leur faire la guerre en ce monde.
Exiger une préférence exclusive pour la vérité'^ de la doctrine chrétienne , une fois connue , c'est seulement exiger que l'homme embrasse la vérité qui nécessairement est une ^ et qu'il rejette tout ce qui y est contraire; c'est exiger que l'homme obéisse à Dieu qui ne peut pas ne pas défendre Terreur volontaire en jce qui tient aux hommages que nous r lui devons. Or n'est-ce pas un crime damnable que de résister opiniâtrement à la volonté divine?
Annonçant sa doctrine comme émanée de Dieu, Jésus-Christ devait dire que celui qui n^est pas pour lui , est contre lui : car n'être pas pour une doctrine qu'on sait venir de Dieu , c'est ne pas se conformer sciemment à la volonté de Dieu , c'est y être contraire, c'est faire un acte de révolte.
Il devait dire aussi qu'il faut que l'homme sacrifie l'amour de son père et de sa mère et sa propre pz>, plutôt que de désobéir à Dieu, en abjurantia
vérité de FEvangiJe» Quoi de plus juste, en çffet , que dé préférer Dieu aux hommes et- même à notre misérable vie de la terre ? Supposons qu'un tyran absurde commandât , sous peine de mort , à un géomètre de renoncer, par serment , à croiie et à enseigner que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits ; ce géomètre ne vse reprocherait-il pas , comme une impardonnable lâcheté , cette abjuration^ Et cependant cette proposition de géométrie n'est d'aucune utilité morale, et l'attachement à cette vérité n'a aucun rapport direct avec la volonté divine,
Enfin j chercher à faire* des prosélytes par des leçons et des exemples de toutes les vertus , par la sincérité et la force des preuves , par une patience invincible dans la persécution , et n'agir ainsi que par le seul motif d'éclairer les hommes, de les rendre meilleurs et plus heureux : voilà ce que le Christianisme commande et ce qu'il a exécuté. En * cela qu'y a-t-il d'incompatible avec la tolérance?... Si les boulâmes ont mêlé leurs passions au vrai prosélytisme^ la Religion n'en est pas responsable. (1)