‹ Aux incrédules et aux croyansChapitre 11 sur 19 · IV. CULTE DT7 CHBISTIANISME · texte numérisé non relu

IV. CULTE DT7 CHBISTIANISME

<( Je n'approuve pas , dit Léibnitz ^ ceux qui , » sous prétexte d'adoration en eSprit et en vérité ^ » rejettent du culte divin tout ce qui frappe les

( 1 ) Voyez la oonférence de Mgr. rEyéqae d'Hermop^lis sur la tolë , Défense du Christianisme , tome 3^

(1^8) )) sens et l'imagination , sans songer r la faiblesse )) humarnie. Car si l'on considère avec attention la » nature de notre esprit uni à notre corps, on re- » connaîtra sans peine que , bien que nous ayons » intérieurement les idées deis choses étrangères » aux sens, nous ne pouvons rependant pas y at- » lâcher notre réflexion ni nouîi y arrêter avec atw tention, sans l'en t remise de quelques signes sensi- » blés , tels que les mots , les, caractères, les repré* )) sentations, les similitudes, les exemples, lescir- » constances , les effets ; et plus ces moyens sont » significatifs , et représentent un grand nombre » de propriétés de Fot^t considéré , plus ils sont » utiles, surtout s'ils offrent quelque chose de sail- » lant et dé remarquable. » ( Tome V. p. 263. )

C'est ce qui caractérise les riles chrétiens. Considérés dans leur ensemble, ils ont pour objet im* médiat d'élevçr notre esprit à la hauteur des cbo- -t ses divines , de soutenir la piété toujours prête à décboir , de ranimer la ferveur qui a besoin d'un aliment continuel pour ne pas s'éteindre^ considérés en particulier, chacun d'eux nous rappelle des devoirs spéciaux , nous ramène à leur pralique , nous encourage à les remplir. Ainsi te culte du Christianisme par son rapport, par sa liaison intime aved les autres parties de ce grand tout, en complète la belle harmonie.

Un jour de chaque semaine est entièrement consacré à Dieu : ce jour est celui où il consomma l'ouvrage de là création, et celui où Jésus-Christ, en

C 1 i9 ) ressuscitant ^ consomma l'ouvrage plus précieux encore de notre rédemption , et confirma notre foi. Le peuple trouve, dan5 le repos du dimanche, un délassement nécessaire , et y renouvelle ses forces pour continuer. ses travaux. Mais c'est le moindre des biens qu'y puisent les membres de là société chrétienne.

Dans la dissipation où vivent la plupart des hommes , il imjwrte qu'il y ait un jour spécialement destiné à tourner vers Dieu leurs pensées et leurs affections. Chaque dimanche , l'Eglise assemble les fidèles autour des auteU : là , en quelque sorte plus près dé la Divinité et plus immédiatement sous sa main , tout leur rappelffi ses bienfaits et ses préceptes. L'enfant y reçoit les élémens de la doctrine religieuse , qui sont développés à lage mûr. .La voix du pasteur , la pompe et la gravité des cérémonies, la sainteté des mystères , l'exemple commun : tout concourt a élevée; Vame ^ à soutenir, à exciter la piété , à inspirer la pratique de tous les devoirs. %

A ce Jour du Seigneur l'Eglise ajoute des fêtes , époques sacrées qui nous rapj>èllentles grandes vérités de la Religion ; qui remettent, pour ainsi dire, sous nos yeux, les faits principaux delà vie de Jésus-Christ; qui, par ce spectacle, raniment dans nos coeurs la reconnaissance, l'amour , la soumission j toutes les vertus dont la vie du Sauveur du monde fut constamment la leçon et le modèle.

Les fêtes de la Vierge et des Saints tiennent au

(150) dogme qui nous montre les Bienheureux , au séjour de la gloire ^ s'intéressaot encore aux régions qu'ils habitèrent^ qu'ils arrosèrent de leur sang , qu'ils convertirent par leurs prédications , qu'ils ipslruisirent et édifièrent par \os plus touchans exemples. Oh ! qu'il est consolant pour le fidèle de penser que ses frères dans la foi , morts en étal de grâce , depuis les premiers jours de l'Evangile , veillent sur ses actions , secondent ses efforls , unissent leurs prières aux siennes, et, dn sein de leur inaltérable félicité^ lui tendent les bras pour l'attirer à eux ! Quel encouragement plus puissant à la vertu j que la contemplation de ces grands modèles y qui sont parvenu#ûu terme où nous aspirons, à travers les mêmes obstacles . movennant les ihêmes secours! Leurs solennités les ramènent , en quel(|ue sorle , parmi nous j leurs exemples revi« vent pour notre édification j leurs images exposées dans nos temples, sont pour les ignprans des livres où ils viennent sïnstruire des belles actions de leur vie; leurs reliques présentées j la vénération publi* que , sont comme les monumens des faits qui excitent notre admiration ; et c'est ainsi que l'invocation des Saints nous porte à les imiter et a mériter leur couronne. ( 1 )

( 1 ) On a demande : Comment les Saints peuvcni-ih entendiv nos prières?.... Mais d'abord ni la privation d'organes , ni Tcloignement ne jBont un obstacle , puisque' d'un côté cette privation est luie facilite de plus 2 les organes appesantissant et entravant les iacultés de rame , et qac die raatr« let espriist^^uTcni agk: à tout« diiitaiicc ^ comme nous

Les principaux rites qu'emploie le Christianisme pour la sanctifîrallon de ses disciples sont les Sacremens institués par Jésus-Christ pour être à la fois et les signes et les instrumens die sa grâce. La cérémonie opère ce qu'elle signifie ; l'action extérieure rappelle à Vesprit ou la grâce qu elle produit ou les dispositions quelle ex.-ige. Les Sacremens sont, d ailleurs, [)our la société des fidèles^un moyen et une marque d'unité: ilssonllelien commun et visible de tous les enfans de l'Eglise , lien par lequel ils sont unis, dans une même foi , entre eux eta^^ec leur divin chef Jésus-ChrisL

Favons déjà dit avec le célèbre Ealcr , Cp, 110- précédente J. JaÎ second liea , Dieu ne peut-il pas commiuiiqucr aux Saints la connaissance de nos prières ? Lui jrefaser ce pouvoir serait à la fois un bLisphéme dt une extravagance.

Il peut être utile d'ajouter ici : 1». qu'en invoquant les Saints TEglise ne reconnaît qu'un Médiateur , THomme-Dieu , par lequel seul les priéresrpeuvent être agréables au Très-Haut , soit qu'elles lui soient présentées directement , soit que , pour les lui rendre plus acceptables , on emprunte le ministère de ses élus . elle laisse tellement les Saints à leur place , qu'elle regarderait comme impie et blasphématoire d'adresser à rHommc-Dieu ce qu'elle dit aux Saints , ou d'adresser aux Saints ce qu'elle dit à l'Homme-Dicn. — 2*>. Qu elle n'attribue aux images aucune vertu , si ce n'est celle d'exciter le souvenir des originaux , et que , lorsqu'un Chrétien rend honneur à celle d'un Apôtre ou d'un Martyr , son intention n'est pas tant d'honorer l'image , que à^ honorer VÀpotre ou le Martj'T' en présence de l'image. — 3°. Qu'on doit entendre de la même sorte ïe culte des reliques : c'est Dieu que l'Bglise bt'nit cfavoir fait des corps des Saints les glorieuses victimes du martyre ou de la p<>nitencc; ; c'est Dieu qu'elle implore par leurs vénérables restes qui furent fci tnembres de JéAUs-Chrùt (I. Cor. VI. ); c'est donc de Dieu, comme de sa source , c|ue provient le culte des reliques , et c'esfcji Dieu , comme à sa iler- BÎère fin , qu'il remonte et se termine. •

Dans le Baptême on rend un hommage solennel au mystçre de la Trinité adorable, au nom de laquelle il est administré ; on y professe haulement le dogme du péché originel , dont ce sacrement nous absout^ et celui de rincarnation el delà Rédemption , dont il nous apjdicpie les mérites : par là il est dans l'Egb'se un garant perpétuel , subsistant depuis Jésus-Christ ^ des principaux dogmes de la foi.

En le recevant , l'homme devient pur comme Tninocence , «tifanf de Dieu et de l'Eglise , frère de l'Homme-Dieu; il acquiert un droit sans bornes à tous les biens que l'E^^ise possède , et à tous ceux qu'elle promet ; et il ne peut perdre ce droit que par sa faute. Mais, en même temps , il contracte des obîigiations , et à l'autoriié générale du devoir il ajoute la force parlicuKère de l'engagement. Ainsi le souvenir de ses promesses , la vue de la récompense , la certitude des secours nécessaires: tout est pour lui un motif puissant de pratiquer le bien.

Le sacrement de la Confirmation est un monument de ce jour mémorable où l'Esprit-Saint descendit visiblement sur les Apôtres , où s ouvrit leur mission , où commença la conversion de l'univers. 11 rappelle aussi I0 dogme delà grâce qu'il répand, avec abondance , dans nos âmes ; il est comme le compléncient du Baptême; il en renouvelle les engagemens dans un âge «où nous sommes capables • d'en sentir le prix y et en réitère les secours dans la

saison de la vie où ils sont Je plus lîécessaires. Si le** effets adrairal)!es,de ce sacrement ne frappent pas les yeuV , comme an temjis des apôtres , s'Hs n'agissent plus qtie sur les coenrs , c'est que la desr cente visible du Saiiit-Esprit est un fait tellement authentique^ quM n'est pas nécessaire de la réitérer: les nations amenées à la foi sont des témoins suffisans de la piésence et de la forcé de TEsprit- Saint dans la Confirmation , sans iju'il faille y ajouter d'autres pretives.

Tous les peuples, toutes les religiçns ont eu dès sacrifices plus ou moins multipliés ; la Religion chrétienne n'en a qu'un : il a commencé surie Calcaire, et depuis il $e continue danls toutes les parties de l'univers. Le sacrifice de l'autel est en effet le même que celui de la croix : c'est le même Pontife qui l'offre , c'est 4a même victime qui est immolée, c'est le même Dieu qui le reçoit. Sur l'autel comme sur le Calvaire , ce grand sacrifice réunit tous les caractères annoncé^ et figurés par les sacrifices de l'ancienne loi , et les cérémonies qui l'accompagnent retracent les différentes circonstances de la Passion. Tous les jours il placé le chrétien au pied de la croix du Sauveur; il le reporte au moment le plus auguste qui fut jamais, au moment qui rapprocha la terre du ciel ,MÇt rejoignit le temps à l'éternité.

iVIais ce n'est point là le terme de la honte (divine aux yeux de la foi chrétienne. Non content de renouveler chaque jour l'inestîmahle sacrifice de

. (154) noire rédemption , Jésus-Cbrist desceriJ en nous pour nous en appliquer plus particulièrement les mérites: il s'unit à nous de la manière^la pins intime, pour nous faire vhre de sa uie. Quels »entimens d'adoration , de reconnaissance et d'amour doivent inspirer aux fidèles des bienfaits dont ils n'eussent jamais oa^ former le désir , et que l'esprit de l'homme n'aurait jamais pu même imaginer 1 Quelles admirables instructions ils puisent à cette source divine! Ce sacrifice est celui où Jésu^ Christ porta l'amour des hommes jusqu'à mourir j.our leur salut ; et nous n'aimerions pas nos frères, qui sont comme nous couverts de son sang! Il y pria pour ses bourreaux , après y avoir admiâ l'a- ] ôtre qui devait le trahir ; il nous y distribue encore le baiser de paix; et nous pourrions y garder quelque ressentiment (1)! Aîoyez d'ailleurs, autour du saint autel, les rangs se confondre ^ les distinctions disparaître , les grandeurs s'effacer : toute hauteur s'abaisse aux pieds de la Majesté Suprême. Leçon sublime et profonde de cette égalité primitive que les institutions humaines peuvent suspendre, mais non pas anéantir, d'où noussom-

( 1 ) « La Religion catholique dit aux honuncs : Croyez que c*est un Dieu que je vous doune sous les apparences d'un pain qui n'est plus. Votre cœur se souillpra-t-ilpar des crimes ?.... L'ame est saisie et attendrie ; on est détaché de tout lien terrestre , on est uni avec Dieu , il est dans notre chair et dans notre sang. Qui osera , qui pourra commettre aprc's cela une seule faute , en concevoir st^ulmient la pensée ? Il é^ait inipossilUc, s^ns doute, de rien imaginer qui retint plu» fortement les hommes dans la vertu. » f foliaire ^ i. 51 , p. 210 , édit. d€ Kell. J

mes sortis et où nous devons rentrer, qu'avait établie la nature , et qne rétablit le Cbristianisme. (1) Poité vei'S le bien, par ses principes , entraîné vers le mal par ses penchans, ilioriime passe la vie à flotter entre la vertu qui l'attire et le vice qvii le Reluit. Quel sera son sort , quand sa fciiblesse l'aura précipité dans le crime ? Egaré dans les funestes sentiers du mal, ne pôurra-t-il pas regagner les voies Sîilutaires de l'innocence? Unp'foispécbeur, est-il condamné a l'être pour jamais? jVon : la justice de Dieu est toujours prête à se laisser dé-

sarmer par notre repentir; et Sa miséricorde vent plus que nous-mêmes notre pardon. Pour l'obtenir, et pour être justifié, il est ordonné au pécheur de se montrer au prêtre, de lui confesser ses fautes ^ de recevoir la sentence du représentant de Jésus- Christ , et de subir une peine expialçir^î qui le prémunisse contre la rechute, ( 2 )

( 1 ) Un ancien Président dW Prësidial et Juge-Mage d'une Sénéchaussée , dans une contrée du midi de la France , magistrat des plus recommandables par ses tAlcns , ses lu^uières , son intégrité et ses 8#ntimens religieux , s'approchait , le jour d'un*» fête soienueilc, de la Sainte- Table. Le hasard Y y place à côté du bourreau. Celui-ci , par une respectueuse déférence , se hâte de se retirer , lorsque le Président le retient en lai disant : « Restez ^ mon ami y à ce banquêt sacré , tous les convives sont égaux, n ( Note de Fauteur. )

( 2 )«La peine qui accompagne la sentence du^jprêtre est miséricordieuse et guérissante : quelques privations pour les sens , des aumônes et des ' prières. I^ maladie morale de Thomme dérive, de deux désordres princi- })aux , l'orgueil et la volupté : ces deux désordres y en se mélangeant , en produisent un troisième , régoïsiûe de la richeste ({ui tient de Tun et de Tautre. L(*s privations imposées aux sens ont une efficaûté spi'ciak contre

Un écrivain célèbre fait reniarqnér, touchant Ja confession, qu'il n'y a rien de plus naturel à Thonime que ce mouvertient d'an cœur qui se penche ■vers un autre pour y verser un secret. Le malheureux déchiré par le remords a besoin d'un ami , d'un confident qui l écoute^ le console et quelquefois le dirige ; et Ton peut dire que l'estomac qui renferme un poison , et qui entre de lui-même en convulsion pour le rejeter , est l'image naturelle <la cœur que le crime a infecté : il souffre , il s'agite ^ il se contracte jusqu'à ce qu'il ait tn)uvé l'oreille de l'amitié ou du moins celle, de la bienveillance. Mais, quel avantage pour l'homme coupable, si de la confidence il passe à la confession spontanée faite à un ministre du Ciel, lié par le sceau inviolable d'un secret divin , et strictement obligé de lui prodiguer les secours , et d'accorder à son repentir une sentence de grâce.

D'ailleurs , indépendamment de toute idée surnaturelle, on est forcé de reconnaître, dans le seul aveu de nos fautes, quelque chose qui sert infiniment à établir en nous , avec la droiture de volonté, la simplicité de conduite; et de plus, tout crime étant , de sa nature , une raison d'en commet tre un autre , tout aveu spontané est une raison »

la volapté ; la prière , qui humilie rhomme dans le sentiment de sa fai ■ blesse , guérit Tenflure de l'orgueil , et Taumône éteint Tégoïsme avare j Taumône , qui se rëpand coiiime une rosée terrestre sur celui qui reçoit , pour retomber comme une rosée du Ciel sur celui qui donne. » ( Vnivwsité cathol. , tome 2. , p. l.J

de se corriger-fil sauve le coupable et du désespoir el de l'endurcissement , car le crime fte \ke\ki séjourner danslTiomme sans le conduire à Vun ou à Vautre de ces abîmes.-

Ainsi , la Religion s'est emparée des inclinations et "des besoins de l'homme, et sur ces bases naturelles elle a fondé sa. théorie surnaturelle de la péuitence et de la confession sacramentelle. ( 1 )

( 1 ) « La Confession est une institution divine qui n'a eu de commî'ncement.que dans la miséricorde infinie de son auteur.... On peut lu regarder comme le plus grand frein des crimes secrets. » ( VoUadre , tome 34 , Y. 306 ; tome 1 7 , p. 104 , cdit. de Kell. )

R Dans la seule Religion catholique ^ dit un Anglais protestant , Lord Fitz-Williara , il existe des lois d'une autorité in(Ouj)Xîra))le , sur lesquelles , par aucun art , par aucun sophisme on ne peut se faire illusion ; d«8 lois calculées non seulement pour iQ,^irer l'amour de la vertu et de la morale , mais encore ppur obligera les suivre ; des lois qui ne se l>ornent pas à punir les crimes , mais encore qui les préviennent. Ces lois consistent dans l'obligation qu'elles imposent aux catholiques de communier au moins une fois par an , et dans l'indispensable et rigoureuse préparation à recevoir la sainte Eucharistie Il faut que tous ,

sans distinction , ni exception , confessent leurs péchés dans le tribunal de la pénitence \ et dans ce tribunal , si redoutable à leurs yeux , aucun ministre ne peut leur accorder la permission d'approcher de la Suinte^ Table , avant qu'ils aient purifié leurs cœurs par toutes les dis[)ositions nécessaires à cet effet. Or ces dispositions indispensables sont la contrition , l'aveu précis et général de toutes les fautes qu'on a comiliises , la réparation de toutes les injustices qu'on a faites , la restitution de tout bien illégitimement acquis , le pardon des injures qu'on a reçues, la rupture dç tous les liens criipinels et scandaleux , le renoncement à l'envie , à l'orgueil , à l'avarice , à la haine , à tout seutiment contraire à la charité. Telle est , telle a toujours été , depuis dix-huit siècles , la doctrine fondamentale et immuable de l'Eglise catholique romaine. Et si l'on ose dire que ses enfans sont méchans et pervers malgré les liens dont elle enchaîne , et les devoirs qu'elle imposa , que dirons-nous des hommes libres de ces salutaires entraves ^... Les protcstans approchent de la Ste.-Table-

L« Mariage est chez toutes'les nations rengagement le plus important de la vie. Da r«s le Chriî^tiaiiisme il est encore un lien sacré : Dieu lui-même en est Tauleur. En rélevant à la dignité de Sacrement, Jésus-Christ a voulu recevoir les promesses des époux, les ratifier , les hénir', s'en rendre le garant et le vengeur. Au pied de l'autel, il se forme entre Dieu et les époux un second contrat : les grâces du Sacrement sont le prix de la volonté sincère d'ohserver les devoirs qu'il leur impose : fidélité réciproque, respect envers leurs nouveaux parens ^ vigilance sur les enfans que la Providence leur donnera , soumission d'une part, et de l'autre amour plein de déférence ; car il est dit à la femme: « Soyez soumise à votre mari; et au mari : « C%e- )) ris se z votive femme comme Jésus-Christ aime V Eglise ( Ephes. V. ) ». Heureux accord de la dépendance et de la tendresse , qui modère la vivacité d'un sexe ^ et adoucit la force de l'autre!

Il n*y à point de religion sans sacerdoce, point de temples sains ministres des autels. Dans l'Eglise de Jésus-Christ Télévation au ministère sacerdotal

sans crainte , parcequ'ils n'y reçoivent que le signe coinmcraoralif da corps de Jésus-Christ ; les catholiques , au contraire , n'en approchent qu'en tremblant , parce qu'ib y reçoivent le corps même de leur Slàuveur. • Aussi , partout où cette croyance fut détruite , le tribunal de la pénitence cessa avec elle^ la confession devint inutile. , comme partout où cette croyance existe , ]a confession devient nécessaire ; et ce tribunal , qui se trouve nécessairement établi avec elle , rend indispensable l'exercice de la vertu , de la justice , de la morale, f Lettres d'Attieus, p. 1 73 , 178 , 191. J» •

(159) esi iiD Sacreiletil cjui ^ par la succession des pasteurs, la faît n^moiiter jusqu'aux Apôtres, et forme une cliaine non inierrompue par laquelle sa doctrine se rattache à la doctrine de Jésus-Chrût même. Ceux qui reçoivent Vîionneur de cet auguste ministère, sont séparés de tout ce qui est profane par une consécration solennelle , à laquelle ils doivent apporter de longues préparations : car ils ne sont admis à l'Ordre, qu'après des épreuves sévères qui les fqrment à la perfection qu'il demande. De3 canons multipliés, de& peines rigoureuses, des récompenses au-dessus de toute pensée humaine , les regards du public, la subiiniilé de leurs fonctions : tout, dans les vues de la Reliriion, concourt à élever ses ministres à la haute saiuteié qu'exigent les grands devoirs du Sacerdoce. Aussi, voyez le prêtï-e: partout où se trouvent de^ hommes assemblés, il y est comme un pasteur vigilant^ fidèle à rem[)lir toutes les fonctions qui peuvent? leur être utiles. Intercesseur des hommes auprès de Dieu , ambassadeur de Dieu aiiprès des hommes, il porte leurs vœux au pied du trône de l'Etemel , et il fait descendre sur toutes les misères de notre infirme nature les remèdes etles consolaiions les plus efficaces. 11 éclaire l'intelligence la plus grossière sur tout ce qui importe au bonheur de rhomme ; il enseigne et inspire avec un admirable succès les vertus privées qui sont le fondement de la société , et les vertus publiques qui la rendent florissante ; il fait observer les.obligations spéciales

( ^60) ile cliaque état ; il fortifie ses leçons» ^?ar la première de toutes^ jjar l'exemple: cest en marchant à la tête de 8on troupeau qu'il le conduit dans les voies delà justice. Père des pauvres et de tous ies malheureux , il en est le consolateur et le soutien obligé : sa main doit essuyer leurs larmes, sa voix adoucir leurs amertumes , et solliciter le secours des puissans et des riches pour tous les besoins de l'indigent^ de la veuve et de Torphelin. C'est surtout dans les momens cruels qui mettent l'homme aux prises avec la douleur, qije le prêtre est son. aide, en lui yispirantla palience et la résignation : la croix à la main, il arrête ses murmures ; il lui apprend à bénir celui qui le frappe par amour; il apaise ses alarmes^ en guérissant son ame^ il lui rend la paix, et il le remplit d'un doux espoir ^', en lui naontrant dans les Cieux le prix éternel de sa passagère souffrance. Tout ce qui est périssable échappe au mortel qui . touche au terme de sa carrière ; tout ce qui est de la terre s enfuit loin de lui , et déjà s'efface à ses yeux comme une ombre. Mais à mesure que le monde s'éloigne, la Religion s'empresse autour de sa qouche; elle tient en ses mains le Sacrement que Jésus-Chriât a réservé pour l'heure la plus redoutable de la vie ; elle oint le fidèle^ comme un athlète, pour le fortifier dans le dernier combat; l'huile sacrée qu'elle répand sur ses membres fait couler dans son cœur l'onction invisible de TEsprit-Saint; les langueurs de la maladie n'abattent plus son ame; lés assauts mêmes de la tendresse ne vaincront

^ôint son colirage , et , s'il le faut pour son iinriheiff^ iDieu lui rendra , par ronciîon sacrainénlrl|t* , la ^înté (lu corps. Ce Sacrement est, d'ailleurs^ «né profession de foi publique par laquelle le cliréttéri déclare haulement^qu'il vtîut mourir da.ijs lu cdHi-: inunion sainte, où il a en le bontiéitr de naître;: et c'est ainsi que l'E^trême-Onction rapprocbe le«ï deux termes de là vie , dont le dernier soupir lest l'expression de la foi reçtie au berceau.

Dans ce moment décisif pour rélei'nitéja Réligtoil t-edoiuble sies efforts : elle adoucit la tiolenre deis regrets par les consolations de Tespérance; elle ranime le cquragp par Pexèmple du Sauteur agoni* saifl et mourant ; elle environne de touchantes prières et de douces exhoriations le passage à l'élernité , où ses vœut à-uivent l'ame du fidèle , 8ol* licitant en sa faveur la clémence du Juge Suprême par les mérites infinis d^in sang di.vin. t.

INalions de tous les pays et de tous les siècles , tous n'avez point erré en offrant à vos m or î s des hommages funèbres : le sentiment qui vous conduisait autour de leur dépouille inanimée , ne Vous égarait pas; mais vous en mécoiuiût^ Je principe. Le Christianisme seul nous révèle ce ârand secret du Créateur : il nous enseigne que le coup qui bri- $e les liens de notre aitie et dé notre corps ne rompt pas ceux qui nous attachent à l'Eglise^ INous lui appartenons encore ; elle tient efncore à nous , après le terme de notre exil té^rrestre ; ce n'est pas

tine cendre insensible qu'elle arrose de larmes slé*

(rr>2J

trtesr et couTi'e de Vains honneurs : cVst «ne amer immortelle qu'elle soulage par ses prîài'es , par se* ofiVandes , par ^es aumônes^ par les mérites du sa-^ rrifice qui a raclielé l'homme ( 1 ). Et ce que TEg]ijiè fait pour les âmes détenueA-dans le lieu dVx* piations qui sépaï-e la terre du Giel , devient utile à iious-mêmesy Le dogme des pcînçs temporelle* ^ et celui de la résurrection des corps , nous y sont rappelés; notre esprit est ramené à la saliitai^ re pensée de ja mort ; en contemplant les innom« brables générations qu'elle a entassées àfims le«seiri de la terre, nous enyisageoms la place c|ui nous est de^^tinée : ce s])eeiarle de la mort est la plus forlef et. la plus utile leçon de la vie- Les prières *jue nous faisons pour les défunts ^ raniment dans nos ' cœurs un précieux souvenir de te\xlL a qui nous fûmes unis par les liens du sang ^ ou qui nous at^ tachèrent a eux par des bienfaits* Elles consolident^

( 1 ) (c Dieu nenietlra jamais dans un taèine tanif , et nVnVelopprra'

)aroais dans mi méoiesort la surprise et la Jiialice, la fail>]('«»e et le rrinMv

la distriirtion dans la prière et Tabaiidon tutaL^e lu prière , le mensonge

officieux ct4e parjure dt^testabie , riiomme Àe bien souillt'de qiK'k|ii<;s

tàehes^ Irgè/es ^li^scili'rat noyé dans son iniquitc. II est le Dieu dû tr;U''

te' sttiBlclé.y et en même temps le Di«a de toute justice \ il purifiera rua

et rt^pfoûvcra l'autiig. Une ame'«ainte , ms^is tâchée de quelque souillare,

n^entrera pas d.iDs la gloire étei'oelle , parce qu'il est le Dieu de toute

sainteté \ elle y ehttcra parce qu^il est le Dieu de toute justice. Il la ré-^

formera donc , il p<.Tfcctionncra IVdut de ses vertus , établira la pureté

de ses oruvros , et l» placera enfin dans sa gloire* Voilà le fondement iné-

branialdc de la croyance du purgafoire , voillilA conclusion que la raisoi»

tire des attributs incontestaliks d« notre JHg« et de notre Diem. »- C Cu"

téch, philos, tome 2 , p. 336. y *

f iéi ) rtiès àiigfrié^utént hfelré nesfpect pour leurs dernières volontés. Prosterné sur le tombeau des auteurs de ses jours , le chrétien se rappelle , avec atten- (Irrssemcnt , tons lés traita de leur vie qiii ont pu l'intéresser. Les leçons, les exemples cïe vertu qu'ils lui donnèrent ,• §e retracent vivement à sa mémoire f il est heureux de sentir que ses supplications et ses bonnes œuvres acquittent la dette de sa rèèonnaissîtnce. Ai^ hioment où il îrnplore pour eux \à miséricorde éternelle, il se dit, avec transport , qitcî sans douté ilîJ lui répondent de lexxt séjour de douleur, et qu'il a pu y faire pénétrer im adoucissement à leurs so^tiffranCêà expiatrices : peut-être même, cet instant est-il celui qui désgrrtie en leur faveur la justice divine, celui qui cotnmence leur bonheur éternel , et qni lui assure à lui-ihême les plits zélés prortècteurs auprès dd Tout-Puissantî

Aux rites safcrés institués par Jésus-Christ , TEglise a , dans différent siècles , ajouté des cévémoiiies qui ont égrflemeiit pour objet de retracer à ses ènfahs les vérités qu'ib doivent croire et les précép-* fes qu'ils doivent obséfver. Partout elle leur pré- Sente la croix dtt Sauteur : elle l'élève Ibr lés temples , la place sur les autels , en orne les vAemehs de Ses ministres ; elle en fait la àauve-garde àH toyageur dans nos campafgnes , et la protectrice' des travaux dvt pieut latoureur.; elle en décore' même les cités , afin que ses enfans ne puissent perdi'e de Vue ^ pour aiiïsi dire , le monument def leur rédemption y l'instrumeitl d^ leur salut y IcT

( <64^) gage (le leur félicité , l'objet de leur éternelle le-

connaissarice»

^ous nous couvrons nous-mêmes dé ce signe sacré , et nous raccompagnons de. parole*; qui invoquent l'unité des trois personnes divines , pour faire une profession ouverte de noire foi , pour nous rappeler que Dieu doit être la fin dernière de toutes nos actions, et qn<3nons ne pouvons les rendre méritoires que par la croix de Jésus-Christ.

L'eau sainte que l'Eglise répand sur Fassemblée des fidèles représente celle dont ils furent lavés dans le baptême , et rappelle les dons qu'ils y reçurent , les eiigagemens qu'ils j contractèrent : elle esl en même temps le symbole de la piu^elé que noire ame doit conserver et renouveler sansxesse. ; La cendre dont elle marque nos fronts ^ une fois chaque année , nous empêche d'oublier ce quest le corps dont nous sommes chargés, ce qu'il fut , ce qu'il sera.

Le pain quelle distribue , dans les joiu\s solennels , nous présente Tirnage dit plus auguste des sacreinens^ l'idée touchante de la conimiurion îles Jidèleà. le souvenir de ces premiers temps, les plus beaux de TEglise , où ses enfans , iil ayant quun cœur et qiCune ame y prenaient des ré[)as tous ensemble dans le lieu saint.

C est ausi^i pour rappeler les siècles de persécution , cù elle léunissait les chrétiens dans des anires inaccessibles a-«x rayons du soleil^ autant que

( 165 ) pour témoigner sa joie , cju'elle illumine encore aujourd'hui les saints -autels. Le feu ^li brille dans ses temples et l'encens dont il élève le parfum i?ers le Ciel , sont l'antique emblème de l'ardeur (|iiî doit élever jùos prièrei» jus^^u'au trône du Roi des rois ( i )* V

Les bénédîqtions que l'I^glise emploie , tantôt consacrent les instrumens du culte, les séparent de tout usage profane , et accroissent ainsi le respect des fidèles |^ur le culle lui-même ; tantôt implorent et attirent les grâces et les bénédictions ce* lestes sur nous, sur n.>s actio^is , sur nos biens , sur les chefs <pii novis gouvernent , sur les armées qui BOUS défendent.

Elle nous conduit 5 chac[ue année , autour de nos champs en adressant à bieu des supplications solennelles , pour, nous faire sentir qise cest de lui que nous vient la félicité , et pour lui demander rabondance sur nos moissons^

Enfin , elle porte, avec •nia jesté , le divin mystère de l'Eucharistie au milieu de nos habitations étidaut sur le passage de son divin é])Ou\ In pompe et l'appareil les plus augustes , poursouteiiîrrtotrê foi ,* ranimer notre piété , exciter notre reconnais^ sanre, et réparer les iligratitudes dei> hommes.

Tous les rites du Christianisme sont <lonc à la fois pleins de sagesse et de dignité; pas un qui ne

( 1 ) Le feu est , craîllenrs , od ciniilême de la vie ; il c&t aussi un .signe lie la gloire : ou !c |X)t*tait devant les Euipercar;» et Ir» liiipt'mhi-. ces. flérodcerr , Mv. l.J : '

(166) $oit leiL pression J'undQgme ou4'uu précepte; p9(| un qui i^ soit un vfkoytn efficace de fortifier ei^ iious l'estime et Tamour de nos Revoirs ei*ver^ pieu, lenvers nous-mêmes , envers nos sen^blahles. Car Un Beli^ion . loin de substituer le culte extérieur aux jÉt us, défend de le séparer jamais da culte îi^téeur: celui-^îi dqit toujoui s être lamç de rautre;lQii;^ de conseiller ou de JMstiôer les vaiii^^ cérémoiiies, les pratique^ e^raordinaires qiVuoie piété pei^ jédairée, une dévotioti indiscrète, ou feu vie de se singaUriçer pourraient mêler ^ la m^jest^puse simr plicité de se$ rites , elle emploie l^s exlicu^t^tions , les déf envies , les menaces, les censures pour en écarr ter ce qui est inutile , pqur prévenir ce qiai pouih» rait en altérer la pureté, et surtout ce qui ressenr f Irait la superstition* Si donc , malgré ses soins y quelques abus viennent à se glisser , évidenuneQt ils ne sauraient lui être imputés que par TignoraoT jce ou la i|iauvaise foi.

Voyez, daille^rvS , comme l'easemble de ce môme pulte est en barqiOQie ^vee les iptérêts de Phomine! Le^Chri&iianismeladopilte dès. le berceau, l'inir tie , dès la preuiièf e adolescence , à ^ rodoutablesf mystères qui commandent si hautement. la pift^^eté fBl l'innocence de vie ; il le parque ensuite d'un second sceau divii^ de per^cMon;> et Tar^ie pourle^s combats qù'ij doit livrer à Tesprit 4'eï'ï*etir et à ses mauvais piencbans; à l'âge où son ame s'essaie et s^ jnesurp, pour {linsi pat*ler, â^ec les charges et les (îpvpirs de Ifi^ vif! pi?ile, il luj présente le pain pé-

leste , principe de force et de constance dans les -; sentiers souvent pénibles de la justice; 11 offre au cœur égaré ou même coiTompa par les passions une « . planche de- salut après le naufrage ', et lui rend ^ ^ moyennant laveu et le repentir^ sa pureté'li^ali beauté première ; il forme le nœud sacré de ceufc . >^ jqae ie Ciel appelle à la s^Meté conjugale , et bénit, an nom de Dieu , Tunion de deux vies qui ne doivent plus être i|u*uiie vie-; il pcS'jjétue le ministère sacerdotal comme une source permanente deçon*fieils , de consolations , de ^ecotirs spirituels et tem«porels; enfin , au terme de la vie, il coimnuaique à son disciple le courage de la foi et la joie de Veà^ pérance, il le soutient dans la douloureuse lutte de la nature contre la moi>t , recueille son dernier soupir , présente soïi ame à Dieu , en implorant pour elle la protection dé ses bienheureux amis , et l'accompagne dé ses pi^ières et des mérites de son auguste sacrifice jusqu'aux pieds du Juge Su-' prême. * ^

$. V. EFFETS DV QBUBTIAKlSlCe.

I^OUT apprécier les heureux rffets du Christ ia* nisme , il faudrait nop seulement enconnaitre tons les détails , mais voir encore l'art avec lequel il a varié ses dons , répandu ses secours , distribué ses trésors , ses remèdes , ses lumières , depuis dixhuit siècles. Nous n en pouvons presenter ici qu'une iad)lv esquisse.

( 168 ) Rîeji ii'e.«*t. plus évident que Tégalilé nalurellô (les hoinines ; néaiiinoi^is^ p^Uilanl; plus de vingt siècles et clan<i- tous les pays., ji.'.>quà cccjue la Rer ligion chrétienne eut $uflisaminent élubli son eniT pire, Tesclavage fut toujours considéré commiîune .|)îèce pécessaii^e du gouverr\etnei)t et de i'état ]X)liliqiie d^s i:)a(ioii& > daus les républiques comme dans les monarchies^ sans qu'il entrât jamais d^ns la icle d'aucun *^)hilosophe de le condamner , ]d <!ans celle d'aucun légijateur de lallaçjuer > par des lois fondamentale^ ou par <îes lois de cir-» con.slance. Chez les GrecTs et les Uoma^ins le nom^ |)re des Iroromes libres était bien inférieur à celui tics esclaves. Alhènestiyait quatre ceotsnaille escla- \es,et vingt mille citoyens (• 1 ); à Home, qui , i«u ti^mps de Çicéron « cocppiait qui use cents mille habilans^ il y avait à pein^ deux milite propriétai-» les ( 2 ) ; cela: sçul fait ass^^ connaître le nombre immense de^ esclavesr Un. seul citoyen en. avait tpielquefois des milliers l^son service ( 3 ).: on en -vit un jour exécuter quatre cents d'une seide mai-» son , en vertu dç Tépouvau table. loi qui ordonnait que, lorsqu'un citoyen romain serait tué chez lui, tous les esclaves^qiai habitaient sous le même loit , ou <pi} s,e trouvaient à port^ d^entendre ses cris , , fussent. mis à mort ( 4 )r

( 1 ) Athénée , /iV. VI. r^ ( 2 ) CiçcFon , De offic , II. 21 . -- ( 3 ) Jii, vénal , Sat. III. 140. — Pline , lû\ XXXIlï. Cmp. tO:~- ( ^ ) Cvs (|ualre fonts esclaves , qui appartenaient à PéJauius Sctundus , fureât-fruj)i}|i« pies sous Niîfou. ( Tacite ,- Aimai. XIV. H* J

I/hisloire des aiiires^ iiatioas présenle a peu ])rèft les mêmes exemples ( 1 )•

Les esclaves 9 à la laercr (Tun maître avare et de «arvoillans impitoyaUes , étaient accables de tiu* vaux moins durs encore à supporter que les ciipri-^ ces cruels de leurs tyrans. Hors le temps du travail, ces malheureux, auxcfnels on evftail les pliLs vils alîmens, étaient encliainés à ia campagne, cians des souterrains infects où l'air pênétcait à peine. Ils étaient obligés de souTtVtr toutes les insnltes et les ijjjdsûces sans résistance commesans es|)air d'y ¥uir mellre un ferme , puisqu'il n'y avait à atten- /Ire, pour eux ^ ni protection. ni réparation. Les mauvais traitemensqaon se pernettait à'ieur éganl étaient évalués au même taux que le mal qu'on jcut fait à une bêle de somme. Jls étaient par fois .sacrifiés à ramusemeut d'une jeunesse barbare^ qui he faisait un jeu de les massacrer dans les. rues y 014 sur les grands cbemins. ( 2 ) «

Telle était la disposiliod des sectateurs du paganisme envers la portion la plus nombreuscvûeres* pèce humaine, qui aurait dû trouver en eux pitié et protection au lieu de cette oppression cruelle.

D^ que la Religion chi'étlenne ^arut sur la terre j elle ad«}ucit Te^lavage et travailla coastam-

( 1 ) VoTCZ-^G la prcore dans r<Nivra^e récent , intitalc : De la per^ ^/ëttiùiiûé kuBuâne , par A. èi»

( 2 ) On tionve cLir^ le mcsic ônvragt» : ZV la perjeciiiilit ' rte. , fchap, XX. J, «'t> «li'l^U affreax i^or 1.'* sort «les i-scUvv's daii» Va rauiiile l^kicDÊie, et sur l';n':inigimtir- tattae de» Jon^^s rouiaiiiei a leur t.'z.rd.

ment à Tabolir. Ell<; 9pprit aux maUres quMb avaient au C^el un aulr^ maître qui , ne fautant iHticune acception de pérsonnds, leur ciemandevait un compte sévère de Tuêage qu'ils auraient £»it4e leui' pouvoir #ur leurs, malheureux servii43urs. Elle lie cessa de I^ur ra}ipe1(ftr que Jésui^Chrtst avait or** 4 Ion né à ses di:Klli|iles 4^ regarder tous tes fiommes ranime leurs frèies y de les aimsr comme eux-^ mêmes \ de se montr^er à hUr égard-pleins de con* descendance , de douceur , de bienveillance et d'ojjœtion'i qu'ils devaient^ par conséquent, voir des frères dans leurs esclaves , et agir envers eux com.*me envers les autres liomines. En mêtiie temps , t lie ordonna aux esclaves d être soumis et obéissans à leurs maîtres , non seulement à ceux qui étaient* bons et donpc , mais sncore h ceux qui étaient durs et austères ; se montrant fidèles en tout y non comfne des serviteurs qui cherchent à plaire à leur maître , mais comme des seiviteur^ de JësuS'Christ ; exéciHant leurs ordres de bonne volonté comme obéissG'^t au Seigneur et non aux hommes,' ( Ephes. VI, »•- Coloss. 111. — I. Petr. IL) Par ces commaDdemens aux enclaves d*une part et aux maîtres? de Tautre, le sort des premiers fut changé, et petxlit sa crueHe amertume dès les premiers siècles.

Ijorsfjue l'empire fut devenu çhréhen^l'inlluence de la Religion sur le gouvernement lui inspira diverses lois pour T^dovunssemeh l dé l'esclavage. Ces lois préparèrent graduellement l'événement

pnémorobld c(uî s^ ri^tiilisa (ji^ns le dousdème siècle , A la gloire îmmorleUe du (^hri&tiuuisn^e. l^e P<iipe j^lexandre MI décl^ra^ en 1 167 , au nom tlu Cour riUs qu'il présidait , que tous les chrétiens devaient /être ei^mpt$ de la ^rvitud^* fi^- Cette seule loi , ^ /dit un auteui* qu Qn u acauserli^ s^F^^^n^ent pas de partialité à cet é£jar4 ^ doii f;i|irç 'bénir soi> nom, l>ar tous les- peuples «le la (.erre^ *> ( O

^Maisejj reinédiant au déj^ordre politique d^l'esr ^lavage, le Christianisme guéri); un trait saillant du cAraci^ie des peuples païens , je goût d^ meurjl;re,]asoif dû sang. Le.H gladiateurs élaienj; employés à s'égorger les uns lefi auti'es y dans le cirque, pour } amusement du peu|)}€ et de ce qu'il y avait de plus qualitié dans la yijlle de Rome , les Sénateurs , les ambassadeurs des nations étrangères, hds Vestales y avaient une place distinguée dans la partie la plus voisine de l'Irène , non loin du trqne^e l'Empereur. Les femfpes , primitivelïient , ne |K)uvaient assister 4 ces tombais Sijins la permission de^eux de qui elles dépendji^ient; plus tard ^ celte défense fut levée » e|; ^uguste leiip assigna des places particulières dàQslesrsjngsles'plus /élevés de l'amphithéâtre.

Ces spectacles n'purent lieu , dans f origine , que pour les funérailles des Grand.4 , et on n'y employait que des crimi'nels et des esclaves* Mai$ on )es donna bientôt aux obsè(|ues des simple^ p4rtiT

i j .) Voltaire , Hist. univ. j t. 20. p. 266.

rulîers <|ni léguaient mje;M>îniTie pour en payer Jes faiis; pnif», les Magistrats en firent tiiieréjouis- «aiîce potiV 'le peuple , siirtQutaux Sàturuales et aux fêtes de IVtiit'erve ; et les Kmpereurs , par amour <Je la j>opularUé, lesiilulli|ilièrej)l. La |}ar.ssfOii pour ces horFil)ies cHvi?rlissemens fui ai loin pou^isée , .i|ue <Jes Clievii!iep> et des înembres du Sénat osèrcïU descendre jnsqiï^au rôle de glndiâleurs : on vit inêuve , soûs Néron , des femmes j)re'ndre cejnëlier. i)u vil des pères et des mères asvsister aux combats rfejeurs enfans , et faire eux-hiêmes les frais de ces jeux abominables. Amour monstrueux du sang , dignement payé par* les acclamations de ces Ijompies qui se plai-îhientà confondre lesaccciisde leiTr brutale joie avec les derniei\s cris des mallieureux dérUirés en lambeaux par les tigres et les lions!

I4Î i^embre dés victimes de ces récréations du peuple-roi e^l vraiment incroyable. Qu'on en jttge pir les spectacles qui suivirent le iriompbe de Trajan sur les Thracoî!» : ils durèrent cent vingt- trois jours; on fit combattre dix mille gladiateurs ; ou tua orize^roillo bAtes féroces.

Ces combats furent prohibés par le premier Empereur chrétien et par son fils. Néanmoins ils furent par fôis^toléi'és , parce que le peuplé avait ]>our ces plaisirs udq fureur insensée. L'anachorète Théléma([ne étant venu de l'Orient a Rome pour les faire abolir^ntièrement , cette tentative excita une rage forcenée : le peuple le lapida. Ilonorîus, jnsteuient irrité de ce Dieurli'e , acheva ce que iem*

pi^jênr Constantiu av^l^i hrnîeti^^eirjciitcoinineifce ; et la suppression ab^jlae devS cliverlîssemeus du cirque fui cimenlée par les lois les j)lifss<?vères.

Les déyaHtalron*»x et les massact^^ilotit les .annales <ies âiicietis olïrcuL lant <Vexem| »leîç , apparleiiaieiit à l'essence du droit de lé- guerre. La jierle de plusieurs milliers d'hommes , restés sur le cliamp de b^itaille ,- ëlait la moindre caiainilé : pai ini les Taiiii(MU^ , çetix «pli survivaient n'avaient (juejrop à envier le sort de ceux qui avaient succomkbé. Eu ^ les réduisant à uiie servitude perpétuelle » on lestr faisait grâce:. l'esclavage élaitla mi.séricorde^païenue. •

« Tels son! les maux qui suivent. là prise d'une » ville,, dit Homère: les liommes sont passés au fil » de répée, la ville est brûlée jusque <lans ses fon- » démens, et l'on condamne les femmes et les en- » fans à Tesilavage. »

Polvbe rapporte que, lorsque Scipion prit Carthage , il ordonna à ses soldats de mettre a mort les habitans sans distinction ^ et de ne pu^ en épargner un seul , suwant la coutume des. Romains : l'historien ajoute que Rome en agissait ainsi pour frapper tous les peuples «le la terreur .«le son nom.

Ou a dit de Jules Cé^ar qu'il avait subjugué trois cents nations , renversé mille cités y t'ait \m\ million d'esclaves, et tué un pareil nombre d'hommes sur les champs de bataille oi^dans les villes prises : elle était vantée néanmoins , au dire de Plularque , la grande humanité de ce général.

Tadte, enfin, nous alte^ie qu'on clonaît h d^i? croix, ott qa*on èxposatt aux bêtes , darïs rarêne y une pairie d^s prisonniers. ( 4 )

Quant aux diverses natiôfis de l'Asie , leurs annalé'g, à partir d^nne extrêniiié de ce continent « l'autre, présenledt un t^l encbaînément de barbarie, d'effusion de sang , dé ravage dans les guerres ,' les révolleis e< les divisions inlèsllfees qui u'orirÉcesse de le désoler , qu'on né saumit en considéré^' lé f ableatt sans être saisi d'horreur^

On .ne doit donc pas s'étonner de voir Tnfucydide poser en prinicipt; que, « Satisfaire le cœur » par la.plus cruelle vengeance éicrcées sur sesén- )i nemisy est unecliése parfaiteîftent légiti^iiie; que » c'est un appétit niièen nous par fo haftur^, etiïiê- »,iae le plaisir le plus exquis que l'homnie puisse »• goûter. »

La doctrine de la fteligîoflf chféliehne / sî opposeéfà cette doctrine favorite du paganisnnfe, a produit , en* général , dans les peuples^ une disposition* réeîj>roqueà^ alléger les maux qui sont^ jusqu'à un-' certain poii^t ; inséparables delà guerre.- Les vain**' queurs sont devenus phis humains et ^lùs géhé** reux ; les guerres d'extermination ont disparu / ott du moins sont devenues beaucoup plus r^res. Ùestr

( f ) Païen , loi^s de ses premières victoires , Constantin avait snivi' Fusaige de livrer ai^ bétes féroces une partie dw prisonniem faits sur' les ennemis. Devenu chrétien, il promit à çbaqhike soldat niie somme' d'argent à. raison de chaque prisonnier qu'il lui amènerait levant 11' abolit aussi le supplice de la crAciBxion. (Note dé Vauteur.J

ce dont était convaincul^auteiir clé VEspHt des /c7>^ quanrl il écrivait ces paroles remarquables: « Que )) Ton se metue devant les, yeux les massac^s con-' )) tinuels des rois et des chefs grecs et roinains^ la » destriicuon des peuples et des villes par. ces iné- » mes chefs , les ravages^ de ThiqfHir et de Gengis- » kan qui ont dévasté l'Asie; et l'on trouvera que » nous devons au Christianisme , dans le gouver- » nement un certain droit politique , et dans l.i )> guerre un certain droit des gens que la natu:e » humaine ne saurait assez reconnailre. »

Et combien la Religion a heureusement emplové 90n pouvoir, à. certaines époquc-s ^ dans rintérêt derhumanitéJ Voyez, au moyen âge , Icsdifférens royaumes de l'Europe .en proie , durant plusieurs siècles, à des guerres intestines , allumées par des animosités particulières , et soutenues avec toul;e la fureur naturelle à des hommes dont les mœnrs étaient grossièi^es et les passions violentes. Les calamités qu'entraînaient ces hostilités perpétuelles rendant le mal aussi général que prest^ant , Iç clergé interposa son autorité. On introduisit d'abord Ikk paix de Dieu ^ en statuant que désormais les^ hoipmes libres ainsi que les esclaves marcheraient sans armes; que personne ne répéterait par la force ce quon lui aurait pris, et ne vengerait ni sou saBg ni celui de ses proche:» ; que les églises seraient des asiles inviolables pour tout le monde , à l'excefMion de ceux qui auraient enfreint la paix. Mais cette digue fut élevée trop précipitamntent pour

(Ce)

fttoîr ûriè foi^ce capable de résister au ion ént de lîji longue habUude ; on craignit de ne pas assezobtenir en exigeant trop, et Ton rëduiiïit celte paît au terme d'une trêve appelée tresse de Dieu. '

Les anatbèmes el les mal^di(aioi)s piononcéei^ par les Conciles ^:ontre les viola^urs de la paix, commandée firent , en certains lieux , une teJle impression! , que le peuple Wa soudainement Jes jeux au ci<?l ^ en criant : la paix y la paijt^ lapaicc^ Ailleursles Evêquçsel les? Prêtres^ tenant dans leurs mains des cîer^es fvllnmés , exprinrtèient solenneU h mk^jjI le SKtiu cj ne cvmitie ees cievi^es allaient être cieitils il tij eût plus de bonJieur, pour ceux qui 1 cfuseraient d'obéir. A ces mots, jetant les cierges à tene, ils les éteignirent ; et ! asseinbléie^ saisie d'uue religieuse friiiyeur ^ s écria > Pidsse Dieu éteindre le bonheur de ceux qid refusent la paix etlajusticel Les diverses proclamations de \^ paix et de la trêve de Z?/e^^, faiitespar lesEvêcjues dans leurs diocèses / contribuèrent puissumnient à ré^ primer la violence; et la sus^|:)ension des hoslililésy en modérant la colère y facilita les moyens de Gon* ciliation.

Un autr«e bienfàii de la Religion chrétienne, dî*' gne de la rect>n naissance de tous les siècles , c'est l'abolition des sacrifices humains, dont Tusage bar' bare, établi chez les Egyptiens, chez les Perses et les Phéniciens, s'était répanda daus toute l'Asie f TAfriqye et l'Europe. Les Grecs et les Romaiiis < ijuei^ue^esmoi^s adonnés a cet korrible dé&ordrejr

h^ sVn prÀerYerent jamais eotîèrenient : on y të-^ courait dans les grandes occasions, pour recouvrer la santé , pour repousser la famine , pour rendre la fertilité aux terres, pour détourner les tempêtes, pour obtenir des succès dans la guerre, et pour la ratification des traités- L'effusîon du ,sang bvimain était regardée comme le sacrifice le plus précieux et le plus méritoire qu'on pût offrir aux Dieux.

Lorsqu'on découvrit l'Amérique ', on la trouva déshonorée par ce grand crime , surtout dans l'héniispbèrç méridional. Au sein de Topulence , du luxe, du faste et du p«i'fectionnement d'une partie des arts, Montézuma immolait tons lès ans au Soleil ving*t mille victimes humaines. Encore, de nos jours , les navigateurs ont trouvé infectées de la même superstition ^ toulcs les lies qu'ils ont drcoiivertes dans l'Océan pacifique* Telle est la luUure humaine abandonnée au seul secours de cette raison dont elle est si fière. Quelle reconnaissance ne doit-elle pas à l'Evangile! Partout où il a réparxiu sa lumière , l'affreuse superstition a disparu : lt»s sacrifices humains sont inconnus dans le monde chrétien.

' A rinhumanité les Païens ajoutaient , dans leur culte, des obscénités abominables. Ces impudicités étaient publiques; on n'y attachait point de honte; elles étaient même célébrées par lès poètes. Le Christianisme a chassé toutes ces infamies ^ et jr a substitué l'honnêteté, la décence, la vertu.

L'histoire atteste qu'il a toujours possédé une iii'

comparable puissance de ci\ilî<KitîoTi. Qu'étaient^ ara nt de Tembrasserj les Francs , lés Bourguignons , les Ganlois, les^Bretons, les Ecossais, les Irlandais, les Bulgares, les Moraves, les Bohémiens, les Lom-

bards, les Hongrois^ les Prussiens, les Allemands, les Suédois , |es Worwégiens, les Danois , les Russes , les Saxons , les Huns , les Gelons , les Hérules, ies Ahasges , et généralement les divers peuples qui, après avoir envahi et détruit Tempirc romain, s en partagèrent les débris?... Que furent-ils aprè»? Plongés dans la superstition la plus révoltante , cruels^ vindicatifs, adonnés au vol , ils regardaient le pillage et le brigandage comme de nobles ao tions. Ceux du Nord , d'un caractère dur et féroce , Joignaient à la soif du sang l'ivrognerie et lu débauche. L'Evangile éclaira leur ignorance bar bare , dispoiiu leurs coeurs à la pitié , à la bienveillance; en corrigeant les abus d'une liberté licencieuse, en bannissant les sanglantes dissensions, en réprimant le larcin et les dévastations, il leur inspira le goût d^une vie paisible y et leur fil coi*naitre un bonheur indépendant des plaisirs dos sens.

On a vu des effets semblables en Amérique, dans lé Groenland , chez diverses tribus des Tartares , dans plusieurs îles des Indes occidentales,dans celles qui ont été découvertes pendant les derniers siècles; et on en voit encore dans tous les lieux où la force brutale nempêchc pas les travaux des»Missionnaires. Partout l'abolition des coutumes barba-

res, la carrée J ion des vices , Un progrès marqué vei's un état plus benreux , des habitudes d'ordre et de vertu, sont le fruit de leur zèle apostolique* Ils comptent présentement plus de deux cents cin- ^quante établissemens dans les diverses parties du ttionde^ et ce nombre va croissant de jour en jour. Mais TEvangile n'a pas seulement civilisé les nations : il a exercé la plus salutaire influence sur les gouvernemens et sur Texistence politique des peuples. N'est-il pas évident , en effet ^ que les divers gouvernemens qui se partagent aujourd'hui l'Europe, sont, dans leur base et dans leur administration , infiniment supérieuis aux gouvernemens de même espèce dans l'ancien monde païen ; et que, par conséquent, ils font jouir ceux qui vivent sous leur empire d'une beaucoup plus grande somme de bonheur? « Les gouvernemens moderpes , dit Rousseau , doivent incontestablement au Christianisme leur plus solide autorité et leurs révolutions moins fréquentes ; il les a rendus eux-mêmes moins sanguinaires: cela se prouve par le fait, en les comparant aux gouvernemens anciens. Ce changement n est point l'ouvrage des lettres : les cruautés des Athéniens, des Dictateurs^ des Empereurs romains en font foi. » Le témoignage de Montesquieu n'est pas moins formel : « Pendant que les princes mahométans, dit-il, donnent sans cesse la mort ou la reçoivent , la Religion , chez les Chrétiens , rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels: le prince compte sur les sujets et les sujets

Gon«tantin opposa , en 3j9 , une barrière efficace À riiifanticidc en le déclarant crime ca}>ltal , et eu le soumettant au supjJiçe des parricides : et par un nouvel ëdit , publié en 331 , il acheva de détruire cette pratique exétrable. Ce fut là l'effet naturel delà doctrine chrétienne, qui , en défendant la pensée même deThomicide volontaire^ et en montrant , dans le6 plus faibles a^éatures humaines , Yimage de Dieu , devait nécessairement inspirer aux peuples l'horreur de ce crime, et aux princes les moyens de le prévenir.

On convient généralement que la plupart des peines et des consolations nous viennent des rapports domestiques. Le premier de ces rapports est le mariage *^ et dieux grandes causes qui en altè« rent le bonheur , sont la polygamie et le divorce, Lra ()oiygamie régnait chez les païens; elle subside encore dans l'Orient infidèle. On accordait le divorce pourlesmotifslespluslégers,et souvent ilayait les suites les plus tragiques. Dans les derniers temps de Rome païenne , ce n'étaient pas seulement les hommes de la lie du peuple qtii y avaient recours, c'étaient aussi les premiers citoyens de la républi* que , tels que Pompée , Cicéron ^ Caton le jeune et Auguste. Partout où la doctrine évangélique a été

avaient tfté écrasés à Fckin sous ie§ pieds des chevaux ou des mulets , ni C«ux qu'on avait noyés dans les canaux , ni ceux que les chiens ou les porcs avaient dévorés , ni ceux qu'on avait étouffés , ^i c^-'ux dont les Mahométans s'étaient emparés , ni ceux qui avaient péri dans las «ndfoits où il n-y avait pas d« MisMcuinaires ponr 1«8 compter. «

professée , elle a reraéJié à ces deux abus , qui ten- dent évidemment à détruire cette confiance muti telle , cette harmonie , cette affection , cette union constante d'intérêts et de sentimens qui constituent le bonheur dans l'état conjugal.

En adoucissant le sort de la femme y en la protégeant , le Christianisme a rendu meilleure la condition d'une moitié de Tespèce* humaine; et en lui donnant de la dignité , des droits dans la famille , il a fait uii bien immense à Thomme. ^lar lofs'qno l'homme peut commander le Tice y la femme , qui a tant d'influence sur son cœur, lai rend toute la perversité qu'elle en reçoit. «Par une opération contraire et tout aussi naturelle, dit un auteur célè* bre,lemoyi*n le plus efficace de perfectionner l'homme ^ c'est d'ennoblir et d'exalter la femme ; et c'est à quoi le Christianisme seul travaille sans relâche avec \fi succès infaillible, susceptible seulement de plus ou de moins suivant le ^enre et la multiplicité des obstacles qui peuvent contrarier son action.))

Telle est l'heureuse influence^ exercée par la Religion sur la société civile et sur la société domestique. La classe la plus nombreuse , chez tous les peuples^ celle des pauvres et des malheureux ^ lui est encore bien plus redevable.

Pendant trente siècles, avant rétablissement du Christianisme , l'homme j témoin des misères attachées à notre nature , avait vu d'un œil presque iuditlérent les souffrances de ses semblables; chez

(184) les Grecs et les RomaÎDs, malgré leur cîvilisatioa avancée , on ne Ironve point «Tordre piihlic pour prendi esoin des misérables qui ne j)Ouvaient rendre aucun service. L'histoire nous apprend ((uelle ten» dre sollicitude pour tous Jes j^enres de besoin et d'infortune anima IT^glise chrétienne dès son ori- * gine ( 1 ); et il faudrait de longs volumes pourra-» conter tous les actes de bienfaisance , de dévouement héroïque qui font illustrée dans la suite des siècles. Contemplons un instant, autour de nous , ces innombrables raonvimens de la charité, où toutes les maladies sont guéries ou du moins soulagées; où les douleurs sans espoir sont adoucies ; où la vieillesse indigente goûte en paix le repos apivs des jours consumés dans la peine; où Tenfant délaissé reçoit le lait que lui refuse le sein maternel ; où l'orphelin retrouve une famille; où soiit prodiytîés au malheureux, privé de la raison ^ des soins qu'il ne sait pas reconnaître. C'est la Religion qui a élevé ces pi'écieux asiles , qui les a enrichis ,

( 1 ) Les maisons de chariU' datent presque de rétaiilisscmeut du Christianisme , f yojez j^ienfaits de la Religion par Edouard liyan , t. I. p. 228 J

On trouve diins TEglise chrétienne primitivc[de Jtriisalcra la première institution régulière pour le soula^nent des pauvres. Le nicuie devoir tut imposé à chaque église dans le monde chrétien , et Ton pourvut aux moyens de l'ext'cutrr. Il fut recommandé aux fîdèU's de travailler (^//, Thess. IIL 12. J , non seuleiuent afin qu^ils pussent manger leur propre pain, mais afin qu^ild|pas8ent en donner à ceux qui nVn avaient \nk&(Efik^ IF. 21. J. Le premier jour de la semaine, chacun dirvait mettre rii réser- Te ce qu il fallait pour cette destination , suivant la mesure de prospiîriU qi^e Dieu lui arait accordée fj. Cor. XFI , 2.J.

qui leur a suscité de nombieax bicnfaifeurs, et qui Tes a peuplés de ces aines gériéreuse!^ dévouées, par état , à !a pauvreté et à la bouffiance : elle seule peut offrir un dijjne salaire à cette activité conti- Tiue que les veillés et les faligïies rie peuvent ralentir, à cet exercice perpétuel des vertus les pins pénibles, a ce courage froid qui souvent brave la coutaj^ion et la mort.

Vojez-la peinture naïve que fait un ancien historien des sacrifice? des religieuses cpii desservaieiit, sous Heni'i IV, l'hôpitaUgénéral de Paris: a II n'y » a personne qui , en voyant Jes religieuses tic » l'Hôtel-Dieu , non-seulement panser, nettoyer » les malades^ faille leiu'S lits, mais encore au plus » fort de riiiver^ rompre la glace de la rivière, et » y entrer jusqu'à la moitié du corps pour laver » leur linge plein d ordures, ne les regarde com^ » me autant 4e saintes victimes qui ,j^ar un excès w d'amour et de charité , pour secourir leur pro- » chain , courent volontiers à la mort quelles af- » frontent, pour ainsi dire , au milieu de tant de » pourriture et d'infection , causées par !e gruiul }) nombre des maladies. Non, aucun genre tle pé- » nitence ne peut être comparé à cette e^spèce de » martyre. »

Voyezencore, sous Louis XIV ^ ^ladiime Cliau vin de la Pélélerie , qui tenait un rang distingué dans le monde par sa naissance et sa fortune , et dont le nom fait époque dans les fastes de la cha< rite, nie propose aux Ursulines de Dieppe d aller

fonder un hôpital à Québec. La communauté adorfe les desseins de Dieu , et choisit pour cette œuvre trois reh'gieuses dont la plus âgée n'a que 29 ans. Quatre missionnaires destinés au Canada accompagnent celle pieuse colonie. Après une pénible traversée, oii elles se virent à la veille de mourir dé faim, et coururent, dans de violentes tempêtes, le risque d'être englouties par les flots, ces saintes filles touchent au terme ; dans le premier transport de leur joie, elles baisent là lerie qu'elles vont arroser de leurs sueurs; elles sont reçueft comme en triomphe., et, pendant plusieurs jouivs, les Français mêlés aux sauvages, les infidèles confondus avec les chrétiens , font retentir les airs de leurs cris d'allégresse. Suivons-les sur ce théâtre de leur zèle et de leur charité : elles s'élèvent au-dessus de toutes les craintes , de toutes les délicatesses de la nature, se font' une joie des travaux les plus bas et les plus rebutans , pourvoient, avec zèle, aux besoins de tous les malheureux. Bientôt le fléau d'une maladie épidémique se déclare , et répand la frayeur et la mort : les unes s'enfoncent dans les forêts pour porter i\es remèdes aux sauvages , et les aiilres accueillent, dans leur étroite demeure, ceux que l'espoir d'échapper à la mort y attire. La foule des malades tellement couverts d*ulcères qu'on ne savait par où les prendre , ayant épuisé les ressources, elles cèdent tout leur linge, et jusqu'à leurs guimpes et à leurs bandeaux ; et personne n'osant nettoyer les lambeaux infects qui avaient servi à

couvrir le corps de ceux que le fléaia avait atteints, elles se chaînent , par surcroit , de ce pénible et dangereux travail : « L'excès de fatigue , écrivait » l'une d'entre elles, noos a fait tomber toutes les » trois malades ; mais ce que nous avons souffert o peut-il être comparé aux consolations dont Dieu D a daigné payer notre bonne volonté? »

Cependant les Ursulines de Dieppe leur en- Tovaient successivement de nouvelles sœurs , aux quelles se joignaient des membres de plusieurs autres congrégations» Cette belle œuvre s'étendit alors, et eut des succès merveilleux pour le soulagAnent des pauvres, des malades, et pour Féducation des jeunes sauvages. L'éclat de leurs vertus se i-épandit chez les peuples indigènes du Canada , et les frappa d'admiration. Aussi les Iroquois, que la faim avait chassés de leurs relraites, ayant déva!ité le pays des Algonquins, et le gouverneur, pour ne pas expo* ser plus long- temps la vie des soldats français, leur ayant fait proposer la paix , quoique plusieui^ avantages eussent été déjà remportés sur en x, leurs chefs ne voulurent entendre à aucune négociation que sur la promesse qu'on enverrait dans leur pays une robe noire et une robe bUuwhe : c'est de ces noms qu^ appelaient les Missionnaires et les Ur« sulines. De leur côté , ils s'engagèrent , au nom de toute la nation , à leur donner protection et liberté entière d'enseiimer la loi de Dieu.

Cétait sotis l'inspiration et par les exemples de Madame de la Péléterie que ces héroïnes de lâcha*

('88) rîlé s'animaient aux œuvres de leur'élat : on ¥Ît celle admirable veuve tout sacrifier, se dëpoiiillep du néceesaire pour secourir les pauvres néophytes, et même cultiver la terre, de ses propres mains \iOU9 avoir de ^juqi subvenir à leurs besoins.

Dirons-nous maiiiteaanl lout ce que le Chrislianisiiie a fait de semblable dans les diverses parties du monde? Raconterons-nous tou^s les miracles de biehraisance qu'il a produits?... Qn'il nous suffise de'montrer, en peu de mots, quelques traits de cet inimitable apôtrç de la chiirité , qui , pauvre et seul, a fart des merveilles dignes d'une éternelle reconnaissance. Non ^ l'on ne peut sans^être attendri » fixer lt»s regards sur ce Tincenl de Paul qui eut le génie de la miséricorde, à qui Dieu donna unelatitude de cœur capable dembra^ser l'univers, une ame plus vaste que l'Océan , poui^^guérir tous ceux qui ont le coeur brisé , pour consoler tous ceux qui pleurent^ pour apporter des secours à tous les genres d'infortune. Réunissant autour de lui, par le seul ai5cendant de sa vertu, ce qu'il y avait de plus distingué parnai les dames chrétiennes, il créa ces assembltjes àe chaiilé dont il n'avait trouvé nulle part le modèle: là s'agitaient les grands intérêts de riiumanité. Auguste confédération de plus de cinq cents femmes illustres , auxquelles l'humble prêtre inspirait la passion de la cbarité jutant que l'am- ' bition brûle les cœurs de la passion de la gloire , et qui ont laissé dans tant de villes des héritières de leiu' zè'e pour la miséricorde! C'était là que , tou-

jours sur d'être écouté , le malheureux , quel qu'il fût, venait piailler sa cause. Fallaiî-il recueillir des orphelins, racheter des caj>tifs, doter de» vierges? Fallait-il donner du travail*àrii)dustrie indigente, élabHr une école de campiigne , soutenir un hô[)ital chancelant, réparer les perres occasionnées par un naufrage ou par la rigueur des saisons, relever une chaumière dévorée par les flammes, aider une famille sur le penchant de sa rwine? De là , comme d'un centre de charité, Vincent dirigeait tout, pourvoyait à tout.

Mais les misères particulières ^ qiielcpie n#iltipliée^ quelles fussent, nefttuffîsaient pas.à son zèle: cétaii peu pour lui de secourir des familles nombreuses , des paroisses entières ; il lui fallait des })rovinces ei des états à nourrir. La Lorraine et le Barrois sont ravagés rîes flammes ont consuiné ce qui est échappé à la dévastation du glaive; la contagion dévbre ce qui est échappé à la famine ; on ue voit pins dans les campagnes cpi'uu doNort, flans les cités que des ruinCvS. Avec les fonds de la Pro- . vidence, qni ne lui masiqucrent jamais , Vincent remédie «à celte grande calamité. On lui oppose qu'il ne doit pas secourir les ennemis de sa nation; il répond que , si la Lorraine est l'ennemie de la France , les malheurenx qu^elle renferme sont les amis de Dieu y il soulage plus de vingt-cinq villes^ et il relève à la fois les chaumièresvet les temples* £t tandisqu'il versait plus de deux millions surces terres désolées j de nouveaux trésors parlaient pour

(190) TAitoi», rAngoumoiSj le Maine et le Berry; et cependant il accueillait et nourrissait les réfugiés d'Irlande que la persécution chassait de leur patrie,' et des légions entière? de guerriers qui , versant leur sang pour l'Etat, étaient oubliés par l'Etat. Charité d'une puissance vraiment inconcevable , , qui paraîtrait fabuleuse si des roonumens authenticpies n'étaient là pour en reudre témoignage , tnais c[ui était loin d*êlre encore à son terme ! La Picardie est aux abois y et. la Champagne voit renouveler dans son sein les malheurs de la Lorraine.* Vincent a retours à sa pieiise assemblée : il presse , il insiste, il priNl^ il conjure ; et pendant plus de dix ans que ces provinces voient renaître leur misère , il prodigue des secours et multiplié des largesses.

Par quelle admirable ii^dlistrie pouvait-il augmenter sans cesse les moyens en j)roportion des besoins? Par ses privations et ses sacrifices ; parles retranchemens 'journaliers itnposés à ses cliers disciples qui , comme lui , manquaient souvent du . nécessaire ; -par celte attrayante douceur à laquelle oirne pouvait résistier; par je ne sais quel art divin d'enseigner, d'inspirer la naiséricorde , de multiplier lels âmes charitables , et de changer le cœur (les riches.

Nous ne rappellerons point ici ce que le Religion lui fit entrepii*idre soit en faveur dès misérables • forçais pour qui Ift nudité y les souffrances , Itfs fers , les réduits infects rendaient la vie

(191) semblable à ^ne leiite et cruelle mort , et dont il se plaisait à recevoir les plaintes pour verser sur leurs araes flétries le buume précieux dé la résignation et de la patience ; soît en faveur des pauvres enfans , victimes du criiiie et de la honte , exposés sur les places publi(}ues ou vendus à vil prix, périssant de misère et de faim , auxquels il créa une multitude de mains nourricières en leur ouvrant un magnifique asyle ; soit en faveur de ces furieux quon ne peut sauver que par des chaînes; soit en faveur de ces malheureux qu'a trompé* la fortune ou l'imprévoyance; de ces jeunes victimes de la passion , qvi'urWmoûient de faiblesse a précipités dans le crime : dfe ces cadavres vivans^ , couverts des plaies de Topprobre , et montrant à Tœil effrayé combien Id corruption peut trouver en elle-même un crlielcbâtiraent. En chargeant ainsi la Religion du soin de toutes les misères humaines , \ incent délivre à la fois la société d'uar spectacle affligeant ou d'iïn fardeau dangereux , l'Etat de membres dégradés ; et il élève un des plus solides remparts à la tranquillité et à la félicité publif^ues.

Et quel service immense n^a-t-il pas rendu à rhumanilé par la fondation de l'Institut des Sœurs ou Filles de la Charité, qui n'ont pour monastère» que les maisons des pauvres et des malades ^ pour cellules cpi'une chambre louée, pouF grilles que la crainte de Dieu^ pour voile que la nio<!estie! Dan» ces lieux où les gémissemens et les plainte» acca-

bleiit lame d'une pesante tristesse , où les exhalaî-' sons de tant de corps langnissans porlenl dans le cœur dfe/Cetix qui les visileut le dégoût et la défaillance , où le spectacle de la souffiance M de 1* mort 'entre par Ions les sens , cesi jcnneà vierges immolent à la Tîienfaisance les plaisirs les plus innocens 5 leur santé ^ leijr viç même. Partout on les Toir aussi fidèles à lewr poste que nos guerriers à' celui de la gloife. Au m'ois de février ^ 181 i , !e fort du combat , à Brienne , se dirigeait sur Tbapilai que trois filles de la Charité desserraient. Long-temps on les conjura de se retirer. « Non ^ répondit la Sujiérieui^ ye suis h mon poste ^ etfy mourrai. Dieu me demanderait un jour ce que je faisais , lors de l attaque de Brienne 4 » Puis , se tournant vers ses soeurs à peine sorties de ladoles- *î cencè: « L! épreuve est trop Jorte pour votre ch^c/ je vous permets de vovs retirer. » O digne fille de • Vincent de Paul, ces deux anges seront aussi-dignes de lui et Me vous!... Toutes deux elles partageront Totre danger; toutes trois vous mourrez victimes de votre zèle . martyres de la chanté.

Ainsi la Religion y laissant à nos cœurs le soin de no.v joies , a tout fait , par un seul homnie, pour le soulagement de nos l^ouleurs. Et qui pourrait compter les autre* biens que- sa maternelle prévoyance a répandus sur la terre par le ministère des Moines ,*tpTi ontété cependant l'objet des sarcasmes les plus amers?...

Le voyageur des Alpes n'est qu'au milieu de sa

COUfso; ù n«ît approche; la neige tomte; seul i tremblant , égaré, îl fait quelcjaes pas et se*j>er(l sans retour : la nuit est Tenue. Arrêté au bord du précipice , îl n*osè ni avancer ni rebroussa; bientôt le froid le pénètre ; ses men^bres s'éngoùrdis-* sent ; ses dernières pensées sont des adieux à ses enfàns , à son épouse... M^ a travers le mugissement de la tempête, un bruit se fait entendre: un chien a jappé sur la neige., il approche, il arrive ^ il bondit de joie: un religieux le suit. G; n^était donc pas assez que le pieux solitaire exposât mille fois sa vie ppur sauver des hommes , et s'établU^ pour jamais , dans cet uni^e but ^ au fond de la plus affreuse retraite : il fallait encore que les animaux mêmes apprissent à être les instrumens de ces oeuvres sublimes ^ qu'ils s'embrasassent ^ pour ainsi dire, de Tardeur ilont la charité anime leur<) maîtres, et que leurs cris ^ sur le sommet des Âl*^ pes, proclamassent aux échos les miracles de la Re« ligion chrétienne I inépuisable dans ses bienfaits.

Si eUe attend l'homme égaré sur la. cime des monts , elle est aussi descendue dans les entrailles de la teiTe ^ loin de la lumière du jour , pour y cKercber des malheureiix ; et Jes frères Betbléémttes ont établi deH espèce.s d'hôpitaux au fond des mines du Pérou et du Mexique. Qu'on ne dise pas que lliumanité seule peut inspirer d6 telles oeuvres : trouve-tron rien de pareil dans cette belle antiquité, pourtant si sensible? Oh parle de phi-^

lanlropie ; la A^ligioii chrétienne est seule phi-

lantrope par excellence. Lisez riaistolre Je Pères^ de la Merci ^ qui au^ trpis vœux ordiaaires âer religion joignaient cel,ui ^d'employer leurs biens y feur liberté et leur vie au rachat des captifs; celle deî> Trinitaires qui se condamnaient a ne vivre que* de légumes et de laitage pour accroître les aumô^ lies destinées à la mêmie œuvre , et dont un célèbre incrédule du dernier siècle a dit , après avoir p^ilé de plusieurs congrégaiipns dévouées au service du prochain: « 11 en est une autre plus héroï^ que; car ce nom convient au3^ Trinitaires de la rédemption, des captifs- , .établis veri» l'an 1120, par un gentilhomme nommé Jean de Mâtha , et qui se cousaôient depuis cinq siècles à briser les chaînes des chrétiens chez les Maures ( Lssai sur Vliist. ^étu C. 1 35. ) >^«( 1 j Lisez encore Thistoire des différens Ordres consacrés à goi 1er dans les i^égious les plus éloignées, les plus insalubres ^ le flambeau de rÉvangile et de la civilisation^ decosmagnaui- ' mis eiwojés du Sei'gneur , qui courent aprèN le gain d'une ame plus que l'avide marchand après l'or et l'argent , bravant tous les obstacles, se nourrissa.nt de sacrifices ), et souvent baignant de leur sang une terre ingiate. Lisez celle de ces innombrables Congrégations qui. usent la vie à Téduca-

( 1 )• Pierre Paurad , refîgieax de cet cKrdre , après avoir^mpla^ ton» ses revenus au rufhat des cuptifi^ , passa chez les Turcs qui le cliargèreut de fers. Le peuple de sou lî^çlisc lui «uivoya de Targent pour sa rançon. An lieu de Vy employer, il rachejt^ un nombre considi'rable de femme* 'et d'cnfan», et il reeul^ en 1300, la coui'JBimedu^artjrre/Aofecife /'«Mt'vT

( my

iioti de la jeunesse , dans les cjtés et dans les (^alttf)agnes , et C|ài\, en éclairant son intelligence de toutes les lûtriières que deinandent les divers besoins de la société , forment son cœur à l'heurènsé habitude de l'obéissance, de Tordre et du travail , et y dépos€rnt et développent 4es vérités religîen'* ses les plns^ importantes y eerme précieux de toutes les vertus domestiques et ^ciales.

Vous croyez peut-être que du moins cér^taines Congrégations n'offrent aucun titre gloiieux à la Beligibn qui leur a donné naissance^ TiCS Pères de l'Ordre de Saint-^François , par exemple, ont été si f réqueœ men t la risée des beaux -esprits du X V 1 1 1 ^ siècle, que vous né "sauriez voir en eux que des meiidians onéreux pour un Etat. Mais sayez-vous que, lorsqu'il s'agissait d^une de.ces cotntnis»»ions dont les hommes ennemis des larmes n'oî??mt se charger ,, de peur de compromettre leurs plaî. siv-s^ c'était principalement aux Franciscains qu'elle était dévolue? On supposait*, avec raison , ^ique ceux qui s'étaient voués à la naîsèr^e , devaient être naturellement les hérauts, du malheur. L'un était obligé d'aller annoncer à rine famille la perte de sa fortune/ l'autre, celle d'un fils ^unique; l'autre^ celle de la sentence à un criminel > pour lecouter ensuite , le consoler et l'accompagner au suppliée: fonction sublime que la; Religion seule a pu inspirer , et pour laquelle elle a pu seule donner assez de force et de courage. ^

Ce n'est pas non plus un bienfait peu digue de

Teccnmaissaiice , qiie ces maisons sllfnciiéuses oit certaines aines se livrenl à .la contemplation de» Yerilés suruaturellesj et à des méditations diyines.^ Après que les maux des siècles barbareîs ont eu leur terme, les pussions , si ImBilès à. tourmenter les hommes y si ingénieuses en douleurs *, ont bien su faire naître mille raisons d'adTersi té qui non» appellent à Ik solitude, f^^ue d^ penchans trompés, ^up de sentimens trahis , cjtie de dégoûts amers- ** nous entraînent chaque Jour loindumondel N'ëst-^ ce donc pas une précieuse ressource que ces asile» ou l'on trouve un refuge contre les coup» de U» fortuné et lès orages de son propre coeur? Non^ ce n'est pas Une philosophie amie de Thumanité que celle qui veut forcer Vinfortune à tivre dans le tumulte des joieq du siècle. On a iru des homme»assez peu délicats pour mettre en eon^muii leur» voluptés; l'adTcrsité a un plus noi3le égoïsnv»; elle »e cache pour jouir de ses plaisirs qui sont ses lar^ mes. S'il faut des nelraites pour la. santé du eorp^^ ne doil-ori pas louer la Religion d'en avoir pour la santé de l'ame, dont les maux sont bien plusdouloureux , bien plus longs , bien plus dilficiles à guérira jN'y a^t-il paS|d!ailIeurs^des hommes qui s(mt formés .pour le^lubeur de la pensée y comiiie d'au*. , très pour le travailydes m»ins ^ et qui ont besoin de solitude? Les uns j sont entraînés par une in- ^ teUigence iournéé à, la méditation ; .d'autres , par une certaine ppdeur craintive qui fait qu'ils aitiient à habiter en eux-mêmes ; d'autres y par f eX'

celle» ce de leur aine qui cherche cnvam dans le monde d'autres a^es faites poureile , et qui semble condamnée a ime sorte de yii^nité morale , 4>u de Teuvage perpétuel. ( < ) . flous pourrions ajouter arec f kistorien Velly > que. c'est aux moines quetja France doit une grande pallie de sa fëcptidité. a Elle était désolée ^» dit- » it, par la fréquente incursion des barbares : on » ne voyait partout quA» campagnes arides , que » Vastes forêts, que bruyères, que marécages. On » crut donner très^peu aux inoines en leur cédant » des propriétés qui li'étaient d aucun rapport; on i> leur abandonna autant de terres qu'ils en pou- » Taient cultirer. ïh défrichaient , desséchaifent , **>) semaient, plantaient , bâiissaient. Le Ciel béilit » u)i. travail où . Tintérêt n'avait aucune part : la )) plus grande partie de ce qu'iljS.recuaîllaient était D employé au soulagement de^paiivres. Bienlôlces I) solitudes incultes et désertes devinrent des lieux *) agréables et fertiles ( Hist. de France y t. i.J ». Telle est ta source dé ces richesses dont on a Tait la matière de tant de reproches.

Les moines déployèrent la méine activité en -Espagne, dans la Pologne, en Allemagne, et surtout en Angleterre dont les /historiens attestent « unanimement qu ils ont défri^ié prèr des deux tiers. ^

Aux services rendus par le Chisîstiani$m& à l'a-

( 1 ) Vojte k Bofts de la (xige 1 42 yrécM«Étf«

i griculture il faut joindre ceux qu'il a rendus auit

I hcieuces^ et aux beaux^arts : la conservation des

\ • j>i^gieux restes ^fJe Thistoire et de la "littérature an*

cieiine par les soins de ce$ mêmes moitiés , ohydi d'uo si ingrat ttédain ;, la fondation des Universités, dès Académies, des Collèges ou par des Papes, ou par des Eveques,, ou par. des Prêtres , ou par des Pi iijces religieux; Tinfluence parûçuliêre des Chefs de l'Eglise sur léslcttres et les arts jusqu'à nos jours ( 1 ). L'origine de la fameuse Université de;Paris , dont lesjuniières se sont répandues sur l'Europe mo« derue , remonté à ce temps o\i^ luttant seul contre la barbarie, le jnoine Alcùin voulait f? ire de la Fiance une Athènes cbretiehne. Après lui , labarr J)arie coiltinuant; des'éteçdre, et l'ignorance deve^ naut pli^s pi:of6nde parmi les hommes du moiade ,

, ( 1 ) Voyez, dans le N®. 28, tome V. àe& Àtinalçs de philosophie chrétienne , le tableau de V^ffuence du Christianisme sur les l)eaux-arts , les

belles-lettres 'et les sciences j et dans les N*. 59 , tome X , et 64 , tome

XI , celui de Tinfluence des Papes sur les beaux^apts.

^11 est continuellement parl<5 , dans le^ lettres de Gerliert , dps sommes

. d'ar£»ent qui! employait, ^tantPape, à faire rechercher des ouvrafçes

perdus dans Tltalie , TAllemagne et la Belgique, iflnéas Sylvius attribue

à Nicolas V IVcquiâltion dé trois mille^mânuscritp. LoonX acheta , cinq

cents iiucat.s, un manuscrit de Tacite. Et quelle prptçctioD les arts eit les

sciences ne trouvèrent-ils. pas auprt's d^un Nicolas V , d'un Sixte IV, de^ Médicis. d'un Bessarron, des Vjsconti , d'un François Sforce.j des ducs de Goiizague à*Mantpue ; des d mes d'Urbin i d'an Alpbotise d'Arragon à Xaplesj.d'uh Mathias Corvin en Hongrie ; d'un Jacques IV ejQ Ecosse ^ «Vun Henri VII en Angleterre ; des Cliarles VII , des Lotus XIÏ , des ♦ • François 1*'*. en*France ! En ce seul royaume *( trente-quatre villes ou

L»ourgs prirent part à l'imprimerie dan$ le cours du quinzièiiie siècle, >< ( Recherches sur les bib^'v^hèifues p. 207. J ; -

les dercs^ cVsUà-dire les ecçlësîastîqiie!^ furent les «eiils (jwi firent* profession d'eti^^^ier les belles-lettres , en sorte qu'on appela grand clerc l'homme savant, et que la science s'appela clergie ( 1 ). On «ait assez quels tfbmmes émînens ' préseutt^nt les fastes de TEglise , depuis cette époque , dans la haute phîlosoplrie', dans la profonde érudition ^.dans la connaissance des langues anciennes, dans l'histoire , et dans l'éloquence ( ^ ). On sait aussi ce que * J©it aujclergé l'instruction publique ( 3 j

Mais s'il y a de l'ingratitude à méconnaître ce que lui doivent toutes les sciences humaines, il y a injustice à nepaslui rendre hommage pour les lumières infiniment plus précieuses qu'il a toujours répandues ; et qu'il rëmnd encore sur les peuples. Dans quelles ténèbres ceux-ci n'étaient-ils pas plongés, avant de recevoir les divins énseigfaemeris des pasteurs que la Religion leur a donnés? Etmaintenarit, le çimple laboureur chrétien n'est-il pas incomparablement plus éclairéqué ne l'étaient les génies de ia Grèce et de Rome, sur Dieu et laProvi-

( 1 >Pàeqnieir , cité par flénanit , Hist wfe France , 011/992-

Henri 1 ". , roi d'Angletetre , au douzième siècle, 4at k son instr action «t à son éloquence d't'trc svLVïiommé'BeaU'Clerc.

{ 2 ) Gassendi , Malle branche.^ Mersènne , Lacaille , Mabillon , "Petau , Amjot , Huet , Jottvenc;^ ; SaiM-Réal /Vertot ; Massilllôii , Bourd^loue*; Fénélon , Bossnet, et<;, „ - :

(3) La fondation des Frères des écoles chréiieiuies par Tahlié de Lasalle,

est peut-être un des plus prt'cieux bienfaits pour les enfans du peuple.

Le mérite de ces pieux institiyteurs reçoit aujourd'hui Thommuge de

4M^uxrlà méUne que^nogûcrés, ceriains préjuger leur araicnt rendus hostiles.- ' '

(.200 > ifence, çur les rapports de l'homme avec Dieu , -sni» SH naUire^sur sa dej^tinée, sur ses devoirs ^ surtout son être ? En rendapt populaires ces notions si importantes , le prêtre remplit sa mission de docteur; en les faisant fructifier dansIeiMBùr de scsouailles, il en est le père ^ le soutien 'j le consolateur dans les accidens les plus funestes ; il leur apprend à sentir le bonheur facile d'une condition paisible / et à ne point envier les fo^tqneS) agitées et tt'om« peuses des villes ; à sa yoîx elles se prosternent de^ vaiit le Dieu<|ui fécond^K les champs que la tem-^ pête a ravagés , qui compte leurs larmes , qui a prœ mis d'être leur éternel héritage ^ par son. ministère d'ineffables trésorç d'amour et de m^?éricorde leur sont ouverts, im ti^aité de paix et de protection se renouvelle dans la prièrl^ublique entre le ciel et la terre ; tout remue et attendrit , tout soulage les cœurs, et s'ils gémissent encore, ils espèrent et se retirent consolés. Garant des ^omesses divines , cet ange tutélaire terrestre les réalise , en quelque sorte , dès cette vie , par les secours , les , encouragemens, les soins les plus assidus : c'est ainsi qu'il aplanit à ceux qu'il appelle ses eh fans la pénible route du tombeau; et lorsqu'ils touchent à ce terme , il les eu approche doucement. en leur mon^ trant la £n des travaux, d«s infirmités ,. des dou^ leurs , et Fauroro d'un bonheur sans mélange, d'un l^orihettr immuable , éternel,

jQue pourrait mettre la philosophie à la place du ministère sacerdotal dontl'heuretise action est

.(-201 ) égaiemeat .univei-selle et cuiMiMnle ?. .Dans les cit^ comme au milieu des ^^haumîéres . le prêtre im»*» truit elcousola , apaibé et récO'actlie , adouci t^ guérit mèxpe, par la dûiace iuUueBCe de son autorité^ iesaigi^eurs, ff uit«iaturel» du chec des paasioos et d^s iutéréis : seulement lé cliamp ouvert à son zèle est plus Ydste««Ange dbumaurté dans le séjour du , crime et dé la souffrance /il aide vers le bien la vice aux formes les p)ns dégoûtantes; il vei'sa j'e»pérance dans les cœurs brisé^ par rinfotliiDé ou cniéllemçnt •déçus par la passion ; il est lame da ces innomibrables œuvres de charité si nécessaires à Tinnombrable famille des malheureux ; et jouirent pour prix de ses bienfaits, il ne recueille que l'ingratitude du pauvre et la calpftmie ou le mépris du riche, ( 1 ) • f^ .

Voilà ce (fne la Religion a fait^ et fait encore ^ depuis tant de siècles pour le tK)nbeur des hongnes; et Yoilà ce quV^Ablient certains esprits pc^^r ne voir que quelques abus inséparables de touli ce qui ap{)artiept à la t;eçre , ou quelques crimes c#mmis an nom du Christianisme y mais véritablement

( 1 ) NoQ^ devons faire obseirer id quelecélibat du prètiQ contribue beaoc^ap a taire de lui comme ont aeconde providence pour les mallieu^ reuz. Voyez l'Angleterre : en donnait , par sa reforme , une famille à diaqne membrede son Qergé , éle a tara la aonroela plus abondante de lacharité, et a dctonmé les biens ecclésiastiques de leur véritable destination. La classe indigente s*jr est prodigieusement rault^iée ; et on a été obligé d'établir œ qu'on appelle iàtaxe despauxTes y. qui s*est élevée , dans œs dernières aanées , jusqu'à Ténorme somme de 5 , 76^ , 000 li* vres sterlmg , ou 13a millions i S66 , 600 franos.

contre la loi et malgré Ja d^ensedu,Cliris<iailisme. Y a-t-^il de la justice a mettre sur le compte de la Religion ce qu elle déteste et- défexid., et « lie juger de ses^effets que par quelques abu« , ouvmge des passions humaines? Et^coremiêrae ces abus ontîls été permanens comme les bienfaits qui ont. découlé de son heureuse intfueiice*? Non certainement. Tout lé mal qu'on a pw. faire sous v^ï*élexte de relijgion n a été qu'accidentel , transitoire, local; le bien qu'elle a-fait depuis son établissemeht^usqu aujourd'hui a élé conttant, j>erpéiuel , univer- ./sel , s'étendant à tous l^s temps et à tous les lieux r il y a plus , en considérant tous les ci^imes qu elle cmj.eohjB , toutes le^ bonnes* oeuvres dont elle est la source, je nJkîraindrai pasde dire qu'eç un seul jour la Religion fait plusse bien à Thumanité que n'a pu lui faire de mal tout ce q#e les incrédulea se sont plu à lui re]>rocher , et dont ,^ enl'Oie uj;ie fois , elle n'est nuUéiftent rèsponsul^le. « Je mt confondrai jamais^ leur répond lé célèbre » Charles Bonnet' , les* suites ou accidentelles , w^oumênie'j si l'on veut , nécessaires d'une' chose » excellente, avec cette chose ïhême. Quoi donc ! » était-ce bien cette, doctrine qui ne i^spit'e que » douceur, miséricorde, charité , qui ordonnait » des horreitrs? Etait-ce bien une doctrine si pure, » si sainte qui prescrivait des crimes? Elait ce bien » la parole du Prince de la paix , qui acharnait » des -frères contre des frères, et qui leur ensei- » gnait Tart infernal de raffiner des supplices ?

H Elaffe-rce bien la tôl<îra«ce elle-même qvii aîguî^ ^ » sait les poignards , dressait les échafïaUds, allu» )) mait lés Mchers^? Jîon, je ne confondrai ppink }y les ténèbres avec là lumière , le fanatisme furieux » avec l'aimable cliurilét Non , celui qui allait de )) lieu en lieu faiSiant dta bien , n'avait point ari»^ » d'un glaive bomÎGide la main de ses en fans , • )) et ne leur «avciifc pas dicté un code d'iiatolcrance, » Le plus doux , le plus compatissant et le ])lus » juste. des brmnesn'a va.it pas ^tîfflédansle cœur » de ses disciples l'esprit de persécution : i} Tavait }) em.brasd du feu divin de Ja charité, f Recherches })f?hilosopIJqiies,^ip, 2^84 J }y .

« Cest mal raisonner contre la Religion , dit en^ » core^ Montesquieu , que de rlisemblcr dans un }> grand ouvragé une Idhgùe énumét^tion des maux }) dont elle â été l'occasion , si Ton ne fait de même » celle des bjens qu'elle*a faits, Si je voulais racon- » ter tous les tnaux qu'ont produite dans le monde )) les lois dviles, la monàrcliie , le gouvernement » républicain , je dirais des choses effroyables. » f Esprit des loiSj\i\. XXIV, chap, 11.^

En niéditant l'exposition du Christianisme que nous venons de mçttre sous les yeux du lecteur , peut-on ne pas éprouver un sentinient profond de respect pour une religion , qui^n'offraht dans son fondateur, dans ses dogmes , daiis sft morale, dans son culte, rien qui ne soit digne de Dieu, a des droits jsi incontestables et si étendus à k reconnais*

^iice de& Lommes? Quel e^t c^tui qui lié doive J^sirer d'èii découvrir là vériie , s'il est encoi'e iûci*édule? Quelle ])eifeotlon divine , cpieHe harmonie de conduite et' de doctrine dans «on iloaidaleurf Quelle pureté, queHe «ublimîté 4^M des ènâeigiie- . mens ! Quel rap)x)rt entre sa morale et les besoins de l'homme et de la société 1 Quelle lumiètiè admirablêxnêaie dui»s se» dogmes mysl^i^oiL I Oùtrou» \çr des idées de Dieu et de Thomme plns^ vraies , ]>lui» cottformi^ à.eé que ht raison }a plu^ éclairée iioiis dai-puYi e ? Où trouver une solution plus satifc^iaisaitte de réni{^m^. de uotte natm*é et du secret de notre d|?î>tinée? Et comme tout s y trouve heu* reusçment el^cliâine! Le dogme du Verbe inoarné suppose celui dk la Trinité ; (;e]ui de là Bédemp*^ tien ba)>pose. celui de lu faute originelle; celui de la gi ace se lie y a son tour , ainsi que i^Juicharistie, à x^ehii dé la Bédcmptio%; l*offense.: d'une majesté infinie se lie à un réparateur d'un mérite infini ; un vengeur d'une justice infinie ^ à un rémunéra* tcur d'une infinie magnificence.

Et quelle intime analogie entre le culie et ces mêm€$ dogmes ! Gomme ce culte. correspond bien^ ' par son mélange dé simplicité et de pompe ^ à Tartéantissemef\t du Verbe fait ^luur , ^ qui fait le fond du Qbristianisme y. et. a la majesté de celui qui est Hoi des ix>is et Dieu béni aux siècles des siè^ çles l Comnifi ces mystères réunissent , d'ailleurs , tous les caractères qui altireùt et fixent la vénération : caractère de sagessa, dans leur harmonie; oa*

(205) Tftctère de grandeur daiis la majesté , la sublimîti; des objets qu^ils pr^ntent ; caractère de sainteté^ daiKH rent[;o«ragemen4 de rhoinme.a la plus haute verfîi'i taf8cl:ére d'tittlité , dans les lui»îères qu îls répandent mr ses dei^oits , et dans le fondeTnent ' qu^ils donnent à sùn bonheur. L'obscnri<é des mysièf es a* , d'ailleurs , T^vantage > en élevant une partie delà Religion atxîessu!* des peii sers humaines, de réprimer Tessor téméraire de notre esprit toujours prêt à sonder l'infini , de le réduire , par Tavéiî de sa faiblesse , à^une obéissance raison^ noble , et de lui faire sentir la nécessité d'une autoritéquile.gi|^.e. Ainsi, riribomprébensibilité des * dogmes engeridre la soumission ; la soumission fixe la doctrine , établit l'unité de foi > i|wi est tout ensemble un be<ioin e^ une consolation pout* lechi*é-^ tien , tandis que , égarés sur la mer dés opinions, les discipU-a de la 'raison seule flottent emportés par tout verit ité tloclrîne ; et cette foi devient mênae une vertu, car elle n'a pas les molifs^de crédibilité pour objet, mais les dogmes que présentent ces motifs de crédibilité. Admirable disposition <le la bonté divirïe, qui en plaçant la. clarté dans les preuves dc^ la vérité de la Religion , et Tobscurite dans la nature des dogmes qu'elle enseigne , laisse au fidèle le mérite de la libi^e tôumission de son entendement, et lui donne le droit de dire à l'incrédule : Pourquoi vous agiter contre ces m js-' tères que la raison ne saurait percer ? Attachez-voit» 9 Texamen de ces vérités qu'on peut , en quelque

C 206 \ fiôrle j.toiaclier et nianier , et qui répondent detôtl^ tes les autres^ k ces vérités dé fait dont b Religion sVst ccmrae.envel.oppée toute entière pour frappei^ également tous les esprits. Elleiivre ce fondement ù voire çuriosîlé* Creusez donc autour ; essayez de l'ébranler ; descendez avec le ttambeaù dé la phi* îusopliîe jusqu^à cette pierre pntique posée par une liiain divine* RJais lors<[ue^ arqvés à une certaine profondeur; vous aurt^z trouvé la niaini du Tqut*' Puissant qui. soutient depuis, dix-huit siècles ce t^i aiid et majestueux édifice , ton joiirs àfftrfni par lt?s orages mêmes et le terrent des années»^ arrêiezr» TOUS enfin etnecreu^*z pas jusqu'à i^' enfers. Vouloir pénétrer plus avant ^ c'est vdulôii* s'égarer, c'est • vouloir entrer dans les abymes de l'infini, / c'est vouloir comprendre Vijicômprébensibîe ; devant Dieu , une fois qu'elle sl reconnu sa présence , la philosophie doit se voiler les yeux comme le peu-' pie , adorer sans voir et remettre Thomme avec confiance entre les «muins de la foi. Pourquoi , d'ailleurs, feriez-yous-de l'obscurité des mystères un motif suffisant de n'y pas croire , votts dont la raîsoh se heurte partout à des mystères , dans la nature,^ dans les sciences exactes / et dans tous les systèmes d'incjrédulité opposés au Christianisme?.v 1 )ieu â-t-il parlé aux hommes dans la personne de J éslis- Christ ? C'est tout ce qu'il importe de savoir^ Cette question une fois résolue affirmativement^ il ne reste qu'à adorer et a se taire : car lebb.n sens le plus commvin notis dit que Dieu est l'infaillible

( 20? ) vërîie , et quil ne peut ni se Iromper ci uùa» tromper ( i ). '

( 1 ) "Les incrédiiles cenvieftûeiit qu'An arèùgle ^e naissance doit croi' Ire, sur la parole de ceta. cjtai ont des jeox, les phénomènes de la réflexion des ol^ets dans nn.min^ -, paite qne ^ disent-^ls, ùna 1rs motifs dlncrédnlité que la Fiison pettt suggérera rbomme qni ne voit pas , tombent devant les assertions positives et nnanimes' de tant d'hommes qfd voient. Mais sMl est vrai que dans ce ras c'est nne nécessité poor IMioinine . malgré les impossîbitités apparentes qui le choquent , de souiMetti^^ son intelligence à celle de ses semblables , n'est-it pas également vrai qu'il doit, en matière. dé religion , là même déférente et la même docilité à Hntelligenoe souveraine et infidllible de Dieu? Qu'y a-t-il , dans le Qiristianisme , qui soit plus mystérieux pour notre raison que les effets de la réflexion des d>)ets dans un miroir pour «elle d'un aVeugle-né ? « Menezle devant une glace , et dites-lui : Voilà devant nous votre image et la mi^ne ; images parfaites et pour ainsi dire vivantes , qui ne retracent pas seulement , arec la plus grande fidélité -v la faille , les traits et tonte l:i personne de cliacnn de ncns , maïs qui marchent , avancent', reculent, et font tous les mêmes mouvemens que nom faisons Vim et. l'autre. Il Vous demandera de lui faire toucher ces images. Ton» porterez ses mains snr la glace ^ il en yarcburra toute la supcrâcie , et' en mesurera exacte ment toutes les dlmoisions. Puis il vous dira : Vous me trompez : il n'y a rien ici de ce que vous prétendez ; et toutes vos paroles sont autant de contradictions manifestes. J'ai touché des images faites par des statuaires, j'y ai retrouvé toutes les formes du corps humain ; ^'ai donc cru qu'elles en étaient la représentation Bdèle. Mais lorsqu'en me présentant une surface plane et unie , sons la moindre inégalité , ni aucune forme qui ait On rappoil quelcoiiqac avec celle de nos corj^s , vous me dites : Voilà votre image et la mieune ; lorsque vous me parlez de figbrcs qui se meuvent ^ là où je sens une entière immobilité ; de figures-qni .s'avancent vers nousy ou s'enfoncent dans l'éloignement , là où il ne peut y avoir ni éloignement , puisque tout est près et dans mes mains , ni enfoncement, puisque tout consiste en une simple Furface , sans épaisseur ni profondeur ; lorsque vous ajoutez enfin , pour surcroît d'impossibilité , que , dans le» étroit<*8 limites de cette glace , se trouvent , avec nos deux images, celles de tous les objets qui nous entourent , et .de l'appartement entier ou nous «(Anmes , avec sa hauteur et ses autres dimensions , dans toute leur

dit<fs ëridcntes , qui né p^iérront devenir eroyahlei , que quand U aem Yrai que la partie esf^ltis grande q^e le tout i que itiperficie et profdkideur sont une même chose , que le aiouTf*mentet rimmohilit^TodLei>^ semble , en un niot « qne tout, ce c^tC\\ y. a de plus opposé et de plus oon» tradirtoire «^ut &e coinciticT et se r(^tiDir dans un mtoe snîel. Telle sera l^objëc^oii de ratéugie ■; et je l'appelle intoiidïle ^ parce qùVKi peut tous dt-fiei* de la ràotidre d'tuie manière qui lui parai^^ inteOigible ;• cm de lui ri pondre autre chose > sinon que tontes 'ce^ contradictions si .frappastes pour lui ^ et qu'il nomme palpables ^ parte ga'il crqit les totiohèr an doigt , ne sont néanmoins qu'apparentes ;. et qtt'îl les regarderait Bientôt arec vous comme chimériqnes ^ s'il pouvait avmr unjp idée de la nature des images dpnt il s'agit t images ^ lui difezrvous ^ rci'Ues ^ sans' être soli-' des ; étendues , sans occuper de place ; dont l'exiçtenre ^ leis mo<ivemef»s , la grandeur ', les formes , sont manifestes à Tceil « et nids iw taiict ) sensibles à la vue > et iâiperqeptibles à touf 'les antres sens^ Que sera tout« cette explication pour l'alreligle « sinon du langage mystérieux et énigma*> tique qui ajoutera de nouvelles difficultés à celles qui déjà le confondaient , et lui rendra encore pins incrojable ce: que déjà il refusait de croire ? Ainsi la privation d'tm organe transforme pour Ini en absurdités des faits incontestables ;. et parce qn'il se permet de jiiger ^ avec les connaissances imparfait dont il est capable « il rejette comme des' fan»' setés et des contradictions les vérités les plus certaines^ Mai» ne sommesr jious pas téns aveugles pour les choses qxâ passent «iptrC intell^ence? £l si nous voulons juger par nous-mêmes en ces matièref , où notre esprit ne pent atteindre ».ne prendrons-nous pas aisément pour faux et contradic toire , ce qm n'est qu'incompréhepsible et vrai ? C Di$cour$ sur la divi' nité de la HeUgion par l'auteur d^jà cité » p« 76. >^« » .

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DIEU A RETELE tt CHRISTlANTSME , ET A MAfCIFESTB

LA TÉRITÉ DE CETTE RÉVÉLATIOCf

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