IG
CM4P1TRE Vlli.
DIEU k MANIFESTÉ LA^ VÉRITÉ PE LA REVÉLATlOIf
DU CipHISTlANISME PAR DFS FAITS
iQUI ONT ACCOMPAGNE LA MISSION DE JÉSUS-CHRIST.
Ces faits sont la doctrine que Jésus-Christ a en^» «fignée aux liommes , et Jes pairacles qu'il a opérés |)todanL trois ans.
§. I. DOÇTfiIN£ QUE JESITS-CHBI8T Â EHSEIGNEE
AUX. aOMMES.
L'exposition de la Religion chrétienne que nous avons mise sous Us yeux du lecteur dans le chapitre cinquième , de cette religion qui pourvoit à tous les besoins de Tame , qui assure le repos de la société, corrige leserreuis, guérit les passions, prouverait seule que la doctrine de son fondateur n'est pas l'ouvrage d'un homme, qu'elle est enpore moins l'ouvrage des hommes grossiers et sans lettres qui l'ont publiée dansle monde; que parconséquentelledoit être l'effet d'une intervention surnaturelle, c'est-à-dire-, qu'elle vient de Diett ( 1 ). Mais nous achèverons
(1 ) Il e8t évich'iit quou ne peut pus attrthuer au démon une doctrine (|ui contient la m(»rale \a plus parfaite qu^on connaisse , qui fait abjurer tous lo8 vic4?s , pratiquer toutes les vertus , et déclarer une guerre ouverttijà FAnge de tcuèbres..
( 317.) de rerjdre celle vérité sensible , par les considérations suiTantes
Les homme» de tous les pay$ et de tons les lempç parlent, sur un certain nombre de vérités morales, comme s'ils étaient de concerj : ils sont comme encliainés autour d'un centre immobile par certaines règles invariables q^ ils puisent dans la lumière naturelle de leur intelligence. C'est là , comme dit Cicéron^ « la véritable loi, qui s'exprime d'clie-me- )) me et ne demande pî|s d'autre interprête ; qui » n'est pas autre à Rome-, autre à Athènes ; autre » aujourd'hui , autre demain : elle e.^t toujours et )) partout la même; loi éternelle et invariable, don- » née à toutes les nations , dans tous les temps et » dans tous les lieux. » Cest pour cela que jamais, nulle part, les sentipiens de la tendresse paternelle^ de la piété filiale, de l'affection conjugale , de l'amitié, l'assistance mutuelle entre parens ou voisins , la reconnaissance pour les bienfaits , la fidélité aux engagemens , le courage dans les dangers , la fernieté dans le malbeur , riiuoianité, la libéralité , n'ont été r^g^rcjés commje des vices , et que les idées attachées à ces vertus, et aux. HiCtions qu'elles produisent,, n'oAt varié ni elon les sexes, ni selon les tempéramens , ni selon 1^ cli- Qiats. Si loii trouve chez quelques individus ou même chez quelques peuplades des applications fausses o^i des abus des principes de c^tte Ipi naturelle écrite par le Créatei^r au fon4 de r^otre ani/e , cel^ tient à des causes morales et loc^le^ ; et 4V^^'
\^v\}^ ces applications fausses ox^ ers af)iiî? svUt tel*' lement rares, eu égard à la populatH^n rln o]oî)e ,qu'on doit les compare*' à ces conformations hideiises du corps humain , ou à ces imbécillilés org«ui-» ques qui sont horsde^la nature , et qui ne prouvent rien contre la loi générale dWdre , d'harmOnie el d'intelligence empreinte sur Je pliysique deThomn^e.
Le vaste plan et le dessein bienfaisant d-ela doc^ trine de Jésus-Christ , loin defîiire aucune bj écbe a la loi naturelle, en est le dévc loppcment le plus^ Inmineux : elle nous donne de la Divinité des no* lions présentées avec cette noble et majestueuse' simplicité qui la rapprocbe de nos faibles eonceptions ; elJe nous apprend de la manière la plus claire ce que non» devons à l'Arbitre élernel dcf ïios destinées; tous les motifs que la laison piopose, la loi évangélique les adopte , fortifiant les iins^ épurî»nt les autres, établissant sur le fondement ]ê |)lus solide les espérance* de fhomme eiilé dans cette vallée de larmeSi
Les pi^incipes de la loi naturelle sont antérieure' k la création des êtres intelligens, comme le principe de l'égalité des rayons est antérieur à tout cercle tracé : ils existent nécessairement de toute éternité dans la Raison Souveraine, dans Tintelligence de Diçu qui , en nous créant à sa ressemblance y en nous donnant la îaison, a dûnousfaire paiticiper aux \éiitéséleriiellemenl subsistantes dans sou t^ssencé infinie, l.a loi naturelle est donc Touvragc^
dr Dieu. Mais la doctrine de Jésns-Clirist se troit* irarit dans 1 acroi cl le pins exact avec les principe* ds cetle loi , ayant évidemment pour objet de rendre à cette loi, obscurcie par les passions, sa splen- (]^ur primitive , d'en fucililer les applications par des déveloj>pemens à la portée de tous les esprits y d'en provoquer la pratique par les motifs les plus pressants, et de porter cctle même pratiqueaude- ^vé le pins convenable aux besoins des individrs vt des sociétés , celtjî doctrine enfin étant généralement reconnue comme la loi la plus pure, comme un lyjw de perfection inimitable, soutenu par les exemples constans, invariables de son auteur ^ viendrait-elle d'une autre source que la loi naturelle?.Et pourrait-on dire que c'est dans l'imposlure la j)?us impie , que le plus haut pe»'fectionnement de cette loi a trouvé sa source ?..« Bien plus, que c'est le rival audacieux, de TEtre-Suprême qui a invejité et réuni soudainement les moyens les plus efficaces de nous rendre semblables à la divinité, tle guérir l'homme des vices qui ledésh^)^ norent, et de l'enrichir des vertus les j)lu5 pures , les plus héroïques?
En efi'el, la législarion évangélique n'a pas eu be* soin de passer par les degrés d'accroissement et de perfection lents et insensibles, que Ton voit dan» toute législation purement humauie , et même dans tous les ouvrages des hommes ; mais elle présente un corps de morale complet, infiniment supérieur à toutes les maximes des philosoj^hes les plus fii-
(320) inéux de l'antiquilé; auquel les pi ii<; célèbres philosophes modernes n'ont eu rien à ajouter , dont ilî? n'ont rien pu retrancher , et qui , parla topche secrèle de l'expression , et ^harmonie admirable des diverses parties, ne ressemble à rien de ce que IVsprit humain ajainais produit ( 1 ). Serait-il naturel que la Grèce et Ro^e ^ après aVoir porté la littérature au plus haut c[egré de perfection , eussent été hors d'é^at de faife un pareil corps d<î doctrine, et que le fili-j duii pauvre charpentier .fut parvenu , sans éludes et par la seule force d'un génie inculte, à produire une morale fn corn para ble^ un système de théologie vraimenl sublime: un système dont Platon, Aristott^, Cicéron auraient été incapables? Serait-il naturel que ce pauvre artisan eût pu , par sa seule sagacité, exclure de son système toutes les faiissesverttis, quoiqu'elles fussent généralement admirées de son temps , et reconnues pour vraies vertus, et .y ajouter plusieurs précep^ tes tout-à-fait nouvfau^ï: qui répondent merveilleusement à §on but : celui de régénérer Ihomme , de
( 1 ) 'f L'Evangile , dit Rousseau , te divin livre , le seul nécessaire a un chrétien , et le plus utile de tous à quiconque nç le serait pas , n a besoin que d'être médité pour porter dans Vanne l'amour de son auteur et la volonté d'accorapHr ses préceptes. Jamais la vertu n'a parlé un si doux tangage : jamais la plus profonde sagesse ne s'est exprimée avec taivk d'énergie e( de simplicité. On n'en quitte pas la lectgre sans se sentir meilleur. Voyez les livres des pliilçsojïbes avec toute leur pompe j qu'il*' sont petits auprès de celui-là .' Se peut-ïl que ce (fi^re à la fois si sublime et si sage soit l'ouvrage des hommes P Se peut-il que celui dont il fait Vhistoi' rt ne soit qu'un hoftipie lui-même , { Enjile^ t. III. 1^4. ) ? *
ttidntrër aaiis cette œtiVi'e Theureux accord de \à justice et de la misariccfi'dé divines, et de nôiisfai-. re jouir, dfS Ce monde ^ dé là inéSure de bonheur que tiotre ëtat d'éprèuië pëvit cotn pointer ^ par la Connaissance et Tamôur de DieU^ souverain bien : cormaissaricë et amour dont la cdnsommatiouj dans réter'nité^' doit nous assurer une félicité ientièré et immuable. ( 1 )
Or, il' è^t constant que c'est sur là pratique dé la dbct^^ne dfe JésusrChrist que repose lé vrai bonheur dé l'homme.
Qu'est-ce que lé bonheur sur la terre? Est-ce l'élévation? Est-ce le pouvoir? Est-fcé la renommée ? Est-ce la sfeienfcë ? Est-ce la richesse ? Est-ce la volupté?
Le préjugé voit, sous l'image la plus flatteuse , la grandeur et la puissance de$ rois et dès conquél'ans. Mais quand oh réunirait tous les à^rantages attachés au sceptre et à de vastes conquêtes, le cœur . ne tarderait pas à demander d'autres biens. « J'ai )) été tout , disait l'empereur Sévère parvenu de» )) derniers rangs de l'armée au trône des Césars, et )) j'ai vu que tout ne sert d« rien. » ( 2 )
L'ambition des savans n^a pas été plus heureuse que celle des héros : ils ont absorbé leur vie dans
( 1 ) Cest toujours à Dieu que la. doctrine de Jésûs-Clirist ,nous i-appelle , et vers lui qil*elle nous élève : c'est sa gloire , c'^st soji royau tne , c'est notre sanctification ^ notre salut qu'elle nous of(re partout pour Lut et pour récompense.
( 2 ) Omniafui , einihil expeth'c:
^Ir» rraraut pénibles et conliimoU, et ils iiont acquis qu une science mêlée <le léuèbres , en prise âr une foule d'objections , souvent in2>olub]es. I-c ternie (le leur savoir s'est réduit à reconnaître que le peu qu'ils avaient appris n'était rien en comparai- .son de ce cpi'ils n'avaient pu apprendre ou éclaircir; ce qui a fait dire à Pascal: « Nous n'estimons j>as , que toute la philosophie vaille une hernie de peine. .»
vSans pai 1er des privations que Ibonime s'impo'^e, des soins qu'il se donne ou |)0ur acquérir, ou pour consei'ver , ou pour accroître les rie liesses , ^{^J cbercbe t-on généralement si ce n'tj^t le mo^^en de satisfaire rori»^ueil ou la volupté? Mais^ au milieu de tout ce qui peut (lalter l'orgueil , Vennui , les soucis, le dégoût rongent l'ame en secret, et la font mourir de tristesse 1); mais la voiuj)té , lors même qu'on voudrait pouvoir ra[)peler une faiblesse , déshonore les cœurs nobles, llilrit les plus brillantes actions , )ette un nuage sur la plus belle vie: voyez lun des plus grands hommes qui aient illustré la France y voyez Turenne à qui l'amour i'aiitraliir le secret iltjéiikiyfDict. hist, par FeLlerJ. VA\e piouiet la paix et (\^s plaisirs : bientôt les jalousies , les soupçons ^ les fureurs , les excès , les dégoûts, les infidélités , les noirs chagrins punissent Timpriulent qip* s'abandonne à ses promesses. Lors<jue Madame de la Vallière fit part à Ma-
(, 1 ) Vojcz la UîUrc de JK de Maintcnon à M'^.^de LaMaisou-Fort.
Ujime Jrcan'Oii de la résolution qu'elle avait pr\<ë de se faire Carmélite j « ne pouvant , dlsail-elle ^ )) assez expier le crinie dav^ir trop aimé » ; - i( Comment, lui répondit Madame Scarron , sou- )) tiendréz-vôùs iihe réglé si austère, vous, accoti- » tumée, dès renfancè^ à la mollesse et aux p'aî-
)) sirs? » --- (( Ah! rèpâtlit Madame delà Vallièie,
))'( en montrant le roi et Madame de Montespan ^, )) quand j'y trouverai dès peines, je n'aurai qu'à » me rappeler toutes celles que ces deux personnes » m'ont fait souffrir. «
Bien plus ; la volupté dégradé Hiomme ^ le dépoudie de sa divine ressemblance avec l'Elré-vSuprême, et le plonge dans lin abrutissement (jui devient so!i supplice. i( Que vous écriraî-je anjour- » d'hui , Pères conscrits, ( disait l'empereu. Tibè- » re dans la fameuse lèHre qu'il adresKa de l'île de i) Caprée au Sénat romain , et qui nous a élé coii- » servée par Tacite ) , que vous écrirai Je , ou (*oni- » ment vous écrirai-je, ou dois-je ne |>as voiisécci- )) re? Si je le sais moi-même^ que lès Dieux et les » Déesses me fassent périr encore plus horriblej) ment queye 7ie me sens périr char/ ne /orir ! »
Ainsi j Ton a beau rassembler toutes les jouissances sensuelles , on en ressent bientôt l'insuffisance pour apaiser la faim du cœur : les [)iai.Nirset les affections même s'usenC et s'effacent avec les années; tout passe, ne laissant après soi qiriîne satiété qui fatigue, et cet ùicxoiUblé entiui qui fait iefond de Ut vie humaine.
(.32^) Ajoutez les momens cruels où les passions moins
vives nous laissent le loisir de retomber sur nous* mêmes, de sentir l'indignité de noU'fe état , et de retrouver en nous ce témoin intérieur que nous ne saurions corrompre; ces momens où nous sommes en proie au remords avec ses terreurs et ses angoisses. Alors il s'établit entre la raison et les vil« pen-
* chans du cœur une dissension formidable , qui agite , qui trouble , qui boulev^^rse l'ame , et la consume dans ses propres fureurs, si elle ne la ramène au devoir et à la vertu.
Ajoutez encore le dérèglement dans l'esprit , la
; ruine dans la fortune , les infirmités dans lecorps^ et vous reconnaîtrez, avec Platon , que la volupté est Yappdt et thameçon de tous les maux. Ne voit-on pas, tous les jours, plus de maisons appauvries par les plaisirs que par Tadversité. ; plus de famille troublées , cruellement divisées par les plaisirs que par les ennemis les j4.us artificieux; plus d'hommes immolés à la mort par les plaisirs que par les violences et les combats? La barbarie des tyruDS a-l-elle imaginé é^^^ tortures plus insupportables que celles cjue les plaisirs font souffrjr à ceux qui s'y livrent?... Us ont amené dans le monde des maux inconnus au genre humain j et les mé- . decins s'accordent à dire que ces funestes complications de symptôme» , ces maladies qui décon-
. cerle^it leur art , et confondent leurs expériences, ont leur source da»»s la sensualité.
En proscrivant les passions , en bannissant du
(325) cœur les affections criminellevsou même sevilement dangereuses , la doctrine évangél^que bannit les inquiétudes , les troubles , le» remords et les cruelles agitations de la conscience ; elle établît l'ordre, et avec Tordre la paix du cœur •: trésor inestimable, santé de lame et presque toujours du corps ; trésor qui tient lieu de tout , et auquel rien ne peut suppléer. Ainsi , plus l'homme est vrai chrétien , plus il est à Tabri des funestes effet» des maladies de l'ame et même de celles du corps, dont le germe se trouve, d ordinaire, dans l'intempérance des sens.
La pratique de la charité universelle le préserve des suites amères de la colère , de la haine , de la vengeance, et le fait jouir da bonheur des autres. La foi , en l'éclairant sur la nature de Dieu, sur sa propre nature , et sur la fin de sa création , qui est la possession du souverain bien dans uuq autre vie , lui fatt connaître tout ce qu'il lui est nécessaire de savoir , et l'empêche de poursuivre avec une inquiète curiosité ce qu'il ne lui est pas donné d'atteindre dans la science de la nature. Jimer Dieu et observer sa loi , c'est tout thomme, lui dit-elle; et sur ce fondement il repose son esprit et son cœur , s'abandoiinant avec fane confiance filiale entre les mains du Grand Etre , * de l'Etre essentiellement bon et tout-i)uissant , de l'Etre toujours favorable aux âmes droites et dociles. Aussi , rhumble fidèle , priant dans la simplicité de son cœur, au pied d'un autel solilaire ,
jéprouTC un sentiment mille fois plus délicieux que Routes les jouissances des passions. I /incrédule niê-r me, dès qu'il oublie l'orgueil des vains svslèmes pour se livrera Fat trait de lit foi , reçoit sur le jcliunip la récompense promise à ceux qui croiront. Jean-Jncques j, un jour, et l'auteur des Etudes de la nature, se trouvant, à la suite d'une pronaenade champêtre, au Monl-Yalérien , entièrent dans la chapelle des hermiles. On récitait en ce moment les litanies de la Providence. Jean-Jacqvies et son çonjpagnon^ touchés du calme de ces lieux , etsair sis d'une religieuse émotion j se prosternent , et mêlent leurs prières à celles des assistans. Loffice terminé , Rousseau se relève et dit à son ami : a Maintenant j'éprouve ce qui est dit dansTEvan? » j^ile: Quand plusieurs d entre vous seront ras* » semblés eu mon nom. je me trouverai au milieu » 'if eux. II y a ici un sf?ntiment de paix et de ')) bonheur qui pénètre lame ( j ), »
La foi à la doctrine évangélique offre , d'ailleurs , une source de force et de consolation incomparables contre lu triste nécessité où se trouve rhomme déchu de souffrir sur la terre. Tout ce que la raison ^ la sagesse philosophique , Tintérê| de l'amitié ont pu inventer de propre à soulager les souffrances , ne foripe que de faibles * adoucissemens ^ des consolations souvent importunes , et toujours incapables de guérir le déses-
( 1 ) Vojrcz lc8 Etudes de la nature.
poîr. Dans vin temjjsoii la famille royale de Prusse -était accablée sous le ponls du maiyeur , la Piiiir cesse de Bareith, sœur du roi , écrivait à Voltaire, le 12 septembre 1757 : ^< Je ne me suis jamais pii) quée d'être philosophe; j'ai fait mes efforts pour ,» le devenir. Le peu de proj^rès que j'ai faits m'a » appris à mépriser les i^randeurs et les richesses ; » mais je nai rien trouvé dans la philosophie qui » puis5fe guérir les plaies du cœur, que le moyen » de s'affranchir de ses maux en cessant de vivre.» Voilà , en effet , le grand remède <|ue laisse à nos maux la philosophie incrédule. Impuissante avec quelques argumens, avec quelques exhorlalions à la fermeté ou à la patience , contre la haine de la vie, elle conduit l'infortuné qu'elle a privé des ressources de la foi , à un crime exécrable: le seul crime iri émissible , narce que c'est le seul crime sans repentir. ( 1 )
( 1 ) Dans la 8<»ule ville de Pari» , de 1817 à 1825 , il n'y a pas ca moins de 3184 suicide» ; et Ton sait bien que ce ne sont pas les rroyants qui se di truisent , ( /^ote de l auteur ). — Depuis , ce nombre s%'î>1 accru d'une manière vraiment effrayante dans cette partie de la socirté (|ue la foi ne console point par ses espt'rances , etnVffraie point par ses menaces.
« Mallieiïr^.dit à ce sujet M. de Gcnoude, ^ Univ. cathol. t. I. p. 21 6.^, malheur k ceux qui enlèvent rair moral au monde et jettent la mort dans b'S âmes et le suicide dans la soiii'té. Hélas \ il y a eu un temps où ce» affreuses doctrines du m!ant étaient venucs.jusqu^a moi , oij le Christ avait cessé dVtre à mes yeux la parole , la raison de Difu. Alors le monde spl-*' rituel fut renversé pour moi ^ plus de Mo)(>e , plus d'Abraham , plu» d^Adam, plus de vérité religiruse t|:ansmise avec la vie, Dieu n avait donc pa» parlé à IMictmme. Voilà laffremie conséquence que j'en tirais : Di« u était donc indifférent à mes pens;'e$ , à ma vie, Ks toiul^^eaux ne devaient donc l'iuk »e rouvrir, tout finissait donc avec nous dans la corruption et
(328) Mais le chrétien reconnaît ilans les maux qui l'af^ flitjent , la' main de la Providence dont les vue^ sont toujours $ages et adorables , Iprs mpaje qu elle^ nous restent cachées ; il les supporte ou avec résignation j comme une juste punition de ses fautes , ou avec joie^ comme un principe de mérites et un titre d'éternelle féUcilé. Il se transporte parla pensée au pied de la croix de Jésus-Ghrîst , et contemplant ce que son Die|i a spuffert pour les gommes, il se trouve heureux de lui ressembler , et de liii cendre , sinop vie pour vie , du moins souffrance ,pour souffrarfce, amour pour amour ; il unit se^ flouleurs à celles qu'a bien voulu ressentir le divin modèle; il cqnjure ce Médiateur tout-puissant de les présenter au trône céleste, jqintes aux siennesj et fécondées de ses propres mérites; et il se plaît à contempler l'infinie perspeptive de la félicité pro? mise à sa patience : pour des souffrances légères, il
flans la poussière. Il faut que je le dise à ceux qui me lis,eiit ]x>ur quils comprennent la profondeur du mal où tombent tant de malUeureux qui se retranchent eux-mêmes de \^ société humaine , parce qu'il§ ont cessé de faire partie de la so«icté divipe : les touif^iciens de Tenfer étaient dans mon cœur ; je pleurais tous les jours en voyant ceux que j'aimais et dout je devais ttre à jamais séparé par |a mort ; vingt fois je voulus mettre fin à ma vie pour échapper au supplice de Tidéé du néant. En6n , le voile qui cachait Dieu à ma vue se souleva. Je crus en Jésus-Christ , le monde spirituel fut rétabli à mes yeux » et je recouvrai la vie morale et la vie physique. Dieu exista pour moi parce qu'il a parlé à rhojnine, parce qu'il est venu sur la terre. Soiutio totius difficuhatis Christus. Le Christ est la 5olution de toutes le» difficultés. Répétons (}onc avec le psalmiste ; f( Bénis le Seigneur, ômoname, et n'oublie jamais ses bienfaits. C'<:st i) lui qui a racheté ta vie de la mort , il te couronne (Je miséricorde t » d'amour. Bénis le Seigneur . ô mon ame l >»
(329) . .^ura un poids immense de gloire ; [x>iir des maux, passagers, un pQrrent de volupté pure et dp- /pine. *
yieotril à /âfï'^'frappé dps revers de U fortune ? ]Le vrai chrétien soutient le choc sans en être abattu : déiîvié àfi toiif , il na rien perdu; la vertu ^ ^amjQur de son Dieivlui restent. Il avait reçu du jSeigneur Jes biens terrestres san^ ambition , il les Jui remet sans regret; \\ les possédait sans attache, il s'en défait sans trouble , comme ausoir de sa jourpée il se dépouille de son yêtenient.
Son cqeur est-il brisé p^r quelqu'une de ces peetes cruelles qui arrachent à nos embrassemens des personnes tendrement cbéries ? Il la ressent aussi vivement que les autres, hommes ; mais il la supporte avec plus d-e fermeté, et il trouve dans sa foi une aboiidante oonsolauon. A travers la nuit du tombeau , la Religion fait briller à ses yeux \e rayon de i'espéraqce ; en lui découvrant la région des vwam , elje lui i^ontre les objets de sa tendresse revêtus de l^immortalité , jouissant dans \e sein de Dieu d'un bonheur parfait , inaltérable, l'appelant à venir le partager, et l'aidant, par leur intercession , à conquérir le royaume éternel des pieux.
La pratique de la doctrine de Jéstis-Christnous remplit aussi de douces consolations dans l'îige de la vie (pii en exige le plus , dans la vieillesse , sujette à tant de maux et privée de tout plaisir. Elle* donne le courage nécessaire ^loxxv soutenir la lie du
coî-jjs et de Vesprit ( 1 ) , nournl le cœur de ronclion de la piMcpe, fait pressentir Je repos éteu liel qui doit récompenser le bon usage des fatigues de la terre; elle répand même une aimable sérénité sur les derniers jours de cette triste vie: témoin, entre mille autres, ce vénéra]>Ie M"*, de Lamotte , !tvêque d'Amiens, qui, accablé sous le poids des ani.ées et des infirmités, conserva jusqu'à sa mort Vî> jnénité la plus douce et la piété la plus touchante. a J'ai fait ma cour^ à Amiens^ \\ wn prélat de 90 ;) ans, écrivait de lui , le 18 août 1772 , M. le Priii* >) ce L.., E de W. ( 2 ). Son zèle et sa ferveur nous w surprendraient même dans un novice ; son esprit, » ses grâces, sa gaîté eavbeliiraient la jeunesse la ?) plus brillante. 11 réunit à la fois l'avantage d'être >) IjÉî prélat de la plus éminente sainteté , et l'iiom- )) me de société le plus aimable: il prête à la Relf» )) gion des charmes infinis. Tel qu'il est, il me pa- » ryît une jvreuve vivaiite, et dès lors la jdus con-^ )) vaincante du bonheur qu'il y a. de porterie joui
» du Seigneur. »
Et iJioi , qui écris ces hgnes. ne puis-je pas, ne doîs-je pas rendre ici un éclatant hommage à la vérité? Hélas! à quels étranges el déplorables souhaits serais-je donc réduit , si j'avais persisté dans mes erreurs ! Je commença iis à ne plus rien voir que ma
( 1 ) Expressions de Madame de Sévigné.
( 2 ) Lettre adressée à l\iut^Mir des Mémoires tn forme de lettres , pour Acmr à l'histoire de M', d Orléans de LamotLe , évécfue d'Amiens , iw- [.rimt-s à Malines , chei P. J. Uauici|. ( ^oic de l auteur. J^
^isère, à ne plus rien sentir que mon impiils? j^unce, à ne plus rien é[)r(^uver que le dégoût el le mépris du monde. Je n'envisageais qu'avec effroi les jours de trislessie et dl« 4^>uleurqui nie restaient 0 parcourir.
Le souvenir des vertus Angéliques d'une inére tendrement aimée , me conduisit à un lUile retour
sur les égaremens d'une vie si long-temps criminelle. En vain , Seigneur , vous n^e fra[)piez rudement des verges de votre amour palernel , en me faisant expier des plaisirs éphémères , de vaines jouissances et des niomens d'ivressç , par des peines, des anxiétés , des dpuleurs et des angoisses de tout genre au dedans et au dehors. Hélas I ces grâces multipliées dont vou:^ me^çombliez pdur me ramener à vous , je ne cessais de les fouler aux pieds ; mon cueur s endurcissait (|e plus en plus; je me précipitais dahnne en abîme. De la profondeur Je ce gouffre creusé par cinquante ans d'iniquités , j'élevai vers vous une voix suppliante ^ et , tout diouillé , tout liideux que j'étais de l'ingratitude la plus monstrueuse, je fus écouté; vous daignâtes me tendre une main ^ecourable , soulauer ce cœur abattu, iniiné, le rendre à la vie, en lui inspirant lu résolution généreuse d'abjurer toutes ses erreurs, pour faite de dignes fruils de pénitence, et en lui l^raçant la voie qu'il avait à suivre poiu' parvenir jusqu'à vous.
Je n'avais à vous offrir, ô mon Dieu , que les festes avilis d'une vie usée par le crime ; et votie
■( 332 ) fiiisérîcordieuse borate accueillil les larmes amères ijue je versai dans votre sein paternel. Elle se plut à les adoucir , à porter le calme et la paix dans cette mme oppressée sous le poids des remords , et bouleversée par l'appréliension de vos ju{>emens. Ces jours de m^a vieillesse dont l'aspect avait été pour tïioi si formidable , votre excessive bonté , en y versant les jQonsolations les plus abondantes^ lesarenxl us bien préférables à ces jours de ma jeunesse, icjue j'appelais le plus beau temps de ma vie.
O mon tendrjp père , ( vous a^vez bien voulu me permettre de vous appeler de ce doux nom), ma langue ne peut que bégayer Tliymnc d'actions de grâces qui vous est dû pour de si grands bienfaits. Ell€ n'a pas de fermes pour vous exprimer toute l'étendue, toute la vivacité d'une reconnaissance qui se perjiéluera tous les instans de ma vie : oui , jtisqu'à mon dernier'soupir , j'exalterai votre miséricordieuse longanimité , vos insignes faveurs envers im pécheur aussi obstiné que je lai été , et aussi misérable que je le suis
Arrivé, enfin, au triste jour qui amène à chacun sa dernière heure, le vrai chrétien sent une paix inappréciable, et le dénouement de la vie lui est un doux passage aux joies de l'éternité.
En ce formidable jour, celui qui n'a pas le bonheur
de croire est en proie aux sentimens les plus pénibles , les plus accablans. Il avait «les attachemens vifs^ des habitudes enracinées j il tenait à la
( 333 ) vie par mille liens qui se rompent à la fois: niptrtre effroyable , qui arraclie Taire à tout ce qu? Iiir fut cher , la laisse seule el profondément blessée dans un vide infini. Cet abîme sans fond où elle va descendre , celte sol i Inde morne , ce silence éternel , ce sommeil glacé, cette nuit qui n'aura jamais d'aurore, ceite privation de tout bien-, avec un desir invincible du bien-être : tontes ces pensées et une foule d'autres non moins désolantes pèsent sur son ame , la bouleversent et la déchirent.
Mais pour peu qu'il ait quelque doute sur les principes qu'il s'était faits , rpie ne doit-il passouffnir? Et comment pourrait-il n'en pas avoir? Est-ce qu'il est donné à l'homme de se convaincre qu'il n'y a rien après cette vie , ou qu'une religion qui a tant de litres à noire admiration , tant de faits solidement établis en sa faveur, est fausse? J'ai lu malheureusement un grand nombre de livres ile nos incrédulcîj modernes , et nuUq part je n'ai pu trouver aucune preuve propre à donner la certitude du sort qui nous attend au-delà du toinbeau , ou de la fausselé du Christianisme. Comment donc peindre les anxiétés de ce moiibond , ses regrets étouffés parle désespoir, et ce regard ct>nslerné qui ne rencontre de toutes parts qu'un passé sans consolation , et un avenir sans espérance? Ce n'est plus Je néant qu'il redoute; il lappelle, au contraire , de tous ses vœux : l'éternité seule lui répond.
« Presque tous ceux qm vivent dans l'irréligion, j^ dit Bayle , (Dict ïmt. et crit. arU Bion.J, ne font
)) que douter: ilsne parviennent pas à la rtMlitiidé/ » Se voyiiiit dans le lit d'infirmité , où rirréligioti » lie leur est plus cVaueuti u^à^^e , ils prennent lé » parti le plu^î sûr y Celui qui pi'omel une félicite » éterniille , en cas qu'il soit vrai , et qui ne fait » courir aucun risqué , en cas qu'il âoil faux. » (I) 11 n'en est pas ainsi dû chrétien qui a vécu exact observateur de IT.vangiîé ; et nous pouvons défier liardiniéut (|u'oh cite un seul exefnplé de régrels d'avoir ci u , et d'avoir pratiqué la Religion. La douleur et la crainte du fidèle quilOuclie au terme de la vie ne ressemble jamais aux remords' ou aux doutes cruels du philosophe incrédule: différence frappante que Ton ne ]')eut raisonnablement attribuer à la faiblesse des organes, puisqu'ils sont l'un et l'autre aussi près de la itaort. Il y a plus: dans lés derniers fncmen:*la raison du chrét^n goule mieux les vérités de 1èr foi : « Je n'ai ja- » mais douté , disait le Prince dé Condé au reli- » gieux qui l'exhortait , je n'ai jamais douté des h mystères de la Religion ^ quoi qu'on en ait dit. » Mais j'en doute moins que jafnais maintenant. » Que ces vérités se démêlent et s'éclaircissent â^ns » mon esprit! Oui , nous verrons Dieu comme il
( 1 ) « Ce u'est pas une foi t teinte , diï-il uiUcùrs v c'est un feu caclié » sous la cendre. Ils en ressentent lactivitt' des qu ils se consultent , et )> principalcHK^nt à la vue de quelque ptril. On les voit alors plus trémie Liants que les autres lioinines. Le souvenir d'avoir témoigné plus de a mépris qu'ils n'eu sentaiejtt [X)ur les choses saintes , et d'avoir tâché de » s(i soustraire intt'rieureiuent à ce joug, rcdouhle leur inquiétude ,"' ( Dit t. cri t. art. DesLarreaux. )
( 33-1 ) ^ )) Psl , frice à face, ( Omis, funth, de ï3ossnet. J ». Et roîjnbien retle foi, pleine dVsjéjancc et <.ran)Oiir, tend la mort calme el douce dans le vrai dirélicn! Voyeî: l'image touchante que nous en a laissée Madame de Sévigné, dans une de ses lettres :
u J ai trouvé, dit-elle , mou pauvre Saint-Aubin )) ({ne j ai toujours aimé, et qui a été touché de me » voir, trop [)r(»s du grand voyage <le Téteruité. 11 » m'a tenu long-temps la main , en me disant des » choses saintes el tendres. Jetais tout en larmes ; )) c'est une occasion à ne pas perdre que de .voir » mourir un homme avec une paix et une tnm- » quillilé toutes chrétiennes ; un détachement , » vuïe charité ,, un désir d'être dans le ciel , pour » n être ])lus séparé de Dieu; un sauit tremblement » de ses jugemens^ mais une confiance toute fon- » dée sur les miérites infinis de Jé>us-Christ : tout » ( ela est divin. C'est là qu'il faut apjireudreà mc^- » rir , quand oi\ n'a j>as été assez heureux pour y », vivre; les saints désirs de la mort le pressent tel- )) Icmeut qu'il en a précipité tous les sacremens ; » il ne souhaite que l'éternité , il ne souhaite que )) d'êiie uni à Dieu ; sa paix , sa résignation, '!^'Mi » détachement sont au-delà de tout ce <ju'ori voit : » aussi ne sont-ce pas des sent imens humains. Mou y) Dieu, ma fille que vous seriez touchée de ce )) saint sp« ctacle, je ne dis pas d'afiliction , mais de » consolation et d'envie!... On vint me dire qu'il » avait reçu l'Exlrême-Onction y j'y courus ; je le » trouvai fort mal y mais si plein de bon esprit et
«déraison , que Je iiè pouvais comprenrJre qu il )) allât mourir. Je trouvai cette douceur , cette* n amitié y cette reconnaissance en ce pautre inala- » de , et pardessus loùt , ce regard continuel à Y) Dieu , et cette unique prière à Jésus-Christ def » lui demaiider miséricorde paf son sang précieux. » On dit le Miserere :- ce fut une attention mar- )) quée par. ses gestes et par ses yeux ; il avait ré- }) pondu à VExtrêtne-Onction. Enfin , à neuf lieuïi res du matin , il mé dit en propres paf oies lé der- » nier adieu. On- me rapporta qu'à minuit il a^ait » eu une grande sueur comme une crise ;- ensuite )) un doux sommeil qui ne fîtl interrompu que par » le P. Mot'èt ^ quile tenant embrassé, laiidisqu'it )) répondait toujours avec connaisssrtîce et danslV » mour de Dieù^ reçut enfin son dernier sfoûpir , » et passa le reste de la nuit a le pleurer saintc- » meiit et à prier pour Itii. » ( 1 )
Concluons avec Montesquieu: « Chose admira^ hle ! la Religion chrétienne q,uî ne sejnble avoir
( 1 ) Rien de plàs totichânt , de plus éônsolant / que le rééit de la mort du Comte de Stolbcrg , rédigé par ses enfans : on sait que cet illustre écrivain fut Tune des plus précieuses conquêtes d à Catholicisme siir l'Allemagne protestante. Nous ne citerons ici que les d<*rnièrè8 paroles de cette belle ame à. son médecin: «Dites-moi , sercb<e fini demain ou après- » demain ? » — «' F'otre vive foi et votre ardent dèsir^ dé voir Dieu m^ » permettent de vous dire que vous n'irez pas jusqu'à minuit ». -— Dieu » soit béni ! » I! prit alors les mains du médecin , les serra aveé force: « M^r ci j merci. Je vous remercie de tout mon cœur. Loué soit J^sus-^ « Christ » ! En disant ces mot.« , il pencha la tête de côté , et après quel-" qucs soupirs , il sVn alla vers son père et notre père , vers son Dieu eh notre Dieu. » t" f^ojez là Raison du Christianisme , tome VII. J
d'objet que 1 antre vie, fait encore noire 1)r>!)henl* dans celle-ci ; » et avec Maupertuis : C( Si je veux m'iwstruire sur la nature de Uieu , sur ma propre nature , sur l'origine du monde , sur sa fin , ma raison est confondue. Dans cette nuit profonde, si je rencontre le système qui est le seul qui puisse rem- ^ plir le désir que j'aî d'être lieUreux , ne dois-jé pas à cela le reconnaître pour vérilpble ? We dois-je pas croire que celui qui mef conduit au bonheur nef peut me tromper? » ( 1 )
§. II. MIRACLES 0PÉllt:6 PAM JESU8-CnRIST«
Les miracles étaient la preuve la plils forte et là plus abrégée que Jésus-Christ pût employer pour! établir la divinité de sa mission. Aussi , lorsque les discij)les de Jean vinrent lui demander s'il (hait le Messie , il fit en leur présence un grand nombre de miracles , et il leur dit : « Allez et rapportez à '
)) Jean ce que vous avez entendu et vu : les aveu- • f )) gles voient : les boiteux marchent ; les lépreux » sont guéris; les sourds entendent; les morts res- » suscitent , et l'Evangile est prêché aux pauvres )) ( 2 ); M et ailleurs il dit aux Juifs : a J ai un lé- » moignage plus grand que celui de Jean. Car les
( 1 ) Maupertuis , qui a survécu plusieurs années k sa conversion , cl (|uia rendu publics les motifs de son changement , nous ap|>r^*nd qu^utï des principaux était que la >rdie relii^ion doit conduire Tliomme à son* plus grand bien par les plus graruls moyens possibles , et que la Religiori de Jétfus^hi ist a seule cet avantage. (" Note de /auteur. J
C 2 ) Luc. VII. 20 , 23. Math. XI. 2 , 8.
( UQ ) qui] était aveugle, disaient : ?iVs!-re pas relui qui était assis , et qiii mendiait? Les uns disaient: C'est lui. Les autres disaient : INon , mais celui-ci lui ressemble. Et lui disail : C'est moi-même. Ils lui disaient donc ; Comment tes yeux ont-ils été ouverts? il fépondit: Cet homrne qu'on appelle Jésus a pris de la boue , et a frotté mes yeux , et il m'a dit : Va à la piscine de Siloé, et la ve-toi.» Et j'y ai été, et je me suis lavé, et je vois. Et ils \m dirent: Où est-il? Il (lit: Je ne sais pas. Ils amenèrent aux phai isiens cet homme qui avait été aveiij^le. Or , c'était le jniir du sabbat que Jésus avait fuit de la boue , et lui avait ouvert les yeux. Les pharisiens donc lui demandèrent <le nouveau , comment il avait recouvré la vue, et il leur dit; Il a mis de la boue sur mes yeux , et je me suis lavé, et je vois. Sur quoi quelques-uns des pharisiens disaient : Cet homme n'est point de Dieu , car il ne garde point le saLbat. Mais d'autres disaient: Comment nn pécheur peu t -il faire de tels miracles? Et il y avait division entre ^ux. Us dirent de nouveau à raveuj»lc : Et toi , que clis-tude celui qui t'a ouvert les yeux ? U dit: C'est un prophète. Mais les Juifs ne crurent point de lui qu'il eût été avieugle , et qu'il eût recouvré la vue, jusqu'à ce qu'ils eussent apj)elé son père et sa mère. Et ils les interrogèrent disant : Est-ce là votre fils, que vous dites être né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant? Le père et la mère leur répondirent , disant: Nous savons que c'est là notre fils et qu'il est né aveugle. Mais comme ut voit-il main-
( 3i1 ) tenant , ou qui lui a ouvert les yeux , tious ne le savons pas ; il a de l'âge , inf errogez-le , il [)arlera sur lui-même. Son père et sa mère parlèrent ainsi, parce qu ils craignaient les Juifs ; car les Juifs étaient déjà convenus que si quelqu'un confessait qu'il était le Christ , il serait chassé de la synagogue. C'est pourquoi son père et sa mère dirent: Il a de Tàge, interrogez-le Ils appelèrent donc pour la seconde fois l'homme qui avait été aveugle , et lui dirent : Rends gloire à Dieu , nous savons que CiCt homme est pervers. Il répondit et dit : S'il est pervers, je ne sais; je sais une seule chose , c'e^t que j'étais aveugle, et maintenant je vois. Ils lui dirent de nouveau: Que t'a-t-il fait? Comment a-t-il ouvert tes yeux.? Il leur répondit : Je vous Tai déjà dit, et vous l'avez entendu ; pourquoi le voulezvous encore ouïr? Voulez-vous aussi être. ses disciples? Ils le maudirent donc ♦ et lui dirent : Soisson disciple; pour nous, noussommes disciples de Moïse. Kous savons que Dieu a parlé à Moïse , mais celuici , nous ne savons d'où il est. Cet homme répondit, et leur dit : Certes , cest une chose étrange, que vous ne sachiez d'où il est : et il a ouvert mes veux! Or, nous savons que Dieu n'exauce point les pervers ; mais si quelqu'un est serviteur de Dieu , et fait sa volonté, il l'exauce. Jamais on n'a ouï dire que nul ouvrît les yeux d'un aveugle-né. Si celuici n'était de Dieu, il ne pourrait rien. Ils répondirent^ et lui dirent: Tu n'es que péché dès ta naissance , et tu veux nous enseigner? Et ils le chassèrent.»
Qu'ajouter à ce récit dune simplicité , A\\m naivplé vraiment divine?
Qu'ajouter aussi à celui de la résurrection du fils
de la veuve de iNVipi : Jésus « s'en allait en une
ville appelée Naïm , et ses disciples allaient avec
lui , el une troupe nombreuse. Or, comme il ap-
* procliait de la porte de la ville j voilà qu'on emporr
^ tait mort un lils unique de sa mère , -et celle-ci
I était veuve j et une grande foule l'accompagnait.
l.e Seigneur l'ayant vue , fut ému de pitié sur elle, et il lui dit: Ne pleurez point. Et il s'approcha, et tout ha le cercueil : ( Ceux qui le portaient , s'arrêtèrent ), Et il dit: Jeune homme, je te le commande, lève-loi. Et celui qui était mort se leva sur son séant, et il commença à parler. Et Jésus le donna à y-d mète, f Luc. f^IILj, n
Qu'ajouter enfin à celui de la résurrection Je Lazare , déjà en proie à la corruption? « On ôla donc la pierre j et Jésus ayarit levé les yeux en haut , dit : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez écouté. Pour moi je savais que vous inécoutez toujours ; mais j'ai dit ceci à cause du peuple qui m'environne , afin qu'il croie que vous fiiavez erwojé. Alors il éleva la vqix avec un grand cri : Lazare, sors de la tombe; et aussitôt celui qui était mort sortit , les pieds et les mains liés de bandelettes , et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit: béliez-le, el laissez-le aller, ( Joan. XLJ. »
Et à celte vue , « beaucoup de Juifs qui étaien*
venus vers Marie et vers Marthe , criireiit enlnî »,
J^jCS Pontifes même et les Pharisiens forcés da vouer
le miracle , se dirent : « Que ferons-nous , car cet
homme fait un grand nombre de prodiges? » Et
ne pouvant rien opposer à ce témoignage vivant
qui condamnait leur incrédulité , et qw attirait à
Jésus une foule de croyants ^ ils complotèrent de
tuer Lazare , ( Joan. XIL )> « Aveugles et insen-
» ses, dit St. Augustin ! comme si Jésus quiTav^iit
» ressuscité après une mort naturelle , ne pouvait
• )) pas le ressusciter après une mort violente. » O
stulta cogitalio , et cœca sœvida ! Donûnus Chrii"
tus y qui suscitare potuit mortuum y non posset oc-
cisitm ?
Ainsi , Jésus-Christ a opéré en preuve de la divinité de sa mission , luie multitude de faits qui par la variété , les circonstances , la manière , sont évidemment contraires aux lois constantes de la nature. Pour nier la divinité de sa mission , il faut donc choisir entre ces deux hypothèses : ou dire que Dieu a employé sa puissance a tromper les hommes, ou dire cjuil a permis à un agent intermédiaire enire lui et les hommes de les tromper , pour les rendi^e meilleurs et heureux, et sans leur donner aucun moyen d'évitier Terreur. Or Tune et Tautre sont dVme absurdité choquante; la divinité de la mission de Jésus-Christ reste donc démontrée par ses hairacles. ( 1 )
( 1 ) Los incrédules ont ol)jcctc 1rs pivteiidus mirarlrs df Zoroastrr , 4^A|>ollui]ius dcTliyaiic, de Mahoiijct, et de fiuelquc* autres iiiipoîitcurs,
(Ui )
Mail 1". les faux j.rodigrs uc prouvent rien contre les vrais miracles, foniine les fau\ spécifiques , selon la pensre de Pascal , ne prouvent rien contre les vrai.s remèdes. — 2". Ces prt' tendus nnracles si diffin-ns de ceux de Jésus-Christ . quant au but , au nombre j aux circonstances Hi- V4 Ti^'s, ne winl rapportés pur aucun témoin oculaire , et n'offrent ancune des garanties de certitude , qui appartiennent aux faits évanajélique?. — 3'\ La plupart sont en eux-mêmes ridicules , indigne» d'un Dieu infiniment piirfiit fils peuvent s'expliquer par l'adresse bumaiiie ; ils n'ont point été opérés en preuve de la vérité d'une doctrine , ou du moins ils n ont point fait adopter la doctrine des imposteurs auxquels on les attribue : car il est avéré que la religion de Zoroastfe et celle de Mahomet se sont établies par violence ; et il y avait long-temps que le paganisme subsistait lorsque les ffiiseurs de prestiges ont paru dans le monde. — 4'^' Us ni' sont nullement liés ni avec une doctrine en elle-même sur-humaine, ni avec des prophéties indubitables , ni avec d'aulres faits postériears incontestablement divins : or Ton a déjà vu la liaison des miracles de J('sus-(U)rist avec les prophéties consi rvées et avouées par les Juifs , ses plus grands ennemis, avec sa doctrine évidemment surhumaine j et on en verra la liaison avec d'autres faits di\fins postérieurs, dans Je chapitre su v.mt.
Voilà des observations auxquelles les incrédules n'ont jamais répliqué rt ne rt'jîliqneront jamais.
Nous ne d rons ri<n des prêt» nd us prodiges des conuuhionnaifes , qui n'étaient que des tours de jongleurs , ou de«i guérisons lentes et équivoques dont tout le merveilleux appartenait à l'art des médecins ou à la nature , et qui cessèrent dès que la pp.lice eut fait enlev<r les tréteaux des charlatans : les honnêtes gens de I4 secte rougi.ssaient eux-mêmes de ces pjjliœuvres. C Fojez le DiçÇ, liist. de Feller , art. Paris. y/
0H4pnHii; IX.