‹ Aux incrédules et aux croyansChapitre 15 sur 19 · A LA MISSJON DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

A LA MISSJON DE JÉSUS-CHRIST

Les principaux de ces faits sont : la rësnrrection de Jésus-Christ; le don des miracles accorde aux Apôtres et à leurs disciples; laconver&ion de Saint Paul; rétablissement du Christianisme; les souffrances et la paort des martyrs ; la perpétuité de J'Eglise.

• §. I. RËSUaRECTIOIf DE JESUS- CDRIST.

Lorsque les Scribes et les Pharisiens demandèrent à Jésus-Christ Un prodige céleste, il leur répondit qu'il n'y aurait d'autre prodige pour eux que sa résurrection le troisième jour après sa mort. Il choisit ce miracle de préférence , parce que c'est la plus grande des merveilles de $e rendre la vie à soi-même , de se ressusciter par sa propre puissance : puissance qu'il exprimait si éuergiquement par ces paroles : fai le pouvoir de quitter la vie , et le pouvoir de la reprendre ^ ( Joan. X. 1 8. ).

Comme laccomplissement de cette prédiction du Sauveur est la base de la foi , et le fondement de Tespérance chrétienne , il est de la plus haute importance de le prouver d'une manière invincible.

Pour y réussir , exposons d'abord succinctement les circonstances qui ont n-ipport à ce miracle.

Jésus-Christ est crucifié ; il meurt sur la croix ; on en détache son corps , qui est déposé dans un sépulcre ( 1 ). A Li demande des Juifs , ses enne» mis, ce sépulcre est investi de soldats; la pierre qui en ferme l'ouverture est scellée du sceau public ; on n'omet aucune des précautions que la prudence humaine peut suggérer , et cela expressément dans le but d'empêcher qu'on ne puisse donner au^ cun fondement à une prétendue résurrection , et de donner un démenti forpael et public à la prédiction de Jésus.

Malgré toutes ces précautions, le corps du Sauveur, le troisième jour de sa sépulture , ne^e trouve plus dans le tombeau ; ses ennemis répandent le bruit que ses disci|)les Tout enlevé furtivement à la faveur de la nuit^ pendant que les gardes dor^ maienl. Mais les disciples , au contraire, publient hauïement qu'ils ont vu leur maître ressuscité.

Voilà des faits avoués de part et d'airtre. Chré» tiens et juifs en sont convenus dans le temps; et les deux partis se sont fermement arrêtés à SQUl^«

(1 ) Ou a eu ivîcours fuêtuc à la mt'decine pour rontesler le miracle do )a rt'siuTection. Dans lo ciiK|uièiïîc discours de Tom rage indirjuc p. 239, M. Wiseinau donne une analyse dos recherclies des deux Gruner , père et fils , qui ont rcpoiulu avec plus de succès que tous autres , et ont n'uni tout Vf. que les analoi^ies raé<Hcalcs peuvent fournir pnur établir le caractère des souffrances de Jésus-Christ et la réalité de sa mort.

Voyez aussi la seconde ch'ssevlaLion sur la Jic/igion par M. de La Lu-» zcrnc , cbap. II. Résurrection de J. C. , u". VI

pir Y\xn renlèvement du corps, l'autre la résurrecr %'\on ; en sorte que ces deux asserlîons sont deve-' imes comme deux propositions contradictoires, dont il faut reconnaître l'une vraie dès que Vautre est démontrée fausse, et réciproquement. ( 1 )

Le témoignage des Apôtres et des disciples qui ont annoncé hautement qu'ils avaient vu Jésus- Christ ressuscité, ne peut être infirmé que de deux manières: ou en prétendant qu'ils ontélé trompés, ou en soutenant qu'ils ont été trompeurs; car uu fait est absolument incontestable quand nous sommes assurés que ceux qui le rapportent n'ont pas pu /être induits en erreur et qu'ils n'ont pas voulu nous y induire. Donc j en prouvant que les Apôtres et les disciples n'ont été ni trompés ni trompeurs, nous établirons démonstrativement la véritédu mirade de la résurrection.

Or, en preniier lieu , ils n'ont pas été trompés.

( 1 ) Il est vrai que raccord des deux partis sur ce£ faits , ainsi que rcrtaines circonstances relatives à la conduite des Juifs après la résurrection , ne nous sont connus que par les Apôtres. Mais ce que les Apôtres en racontent a été publié par eux , lorsque le plus grand nom!)re de ces mêmes Juifs vivaient encore. Auraient-ils osé , auraient-ils pu , sans se couvrir de ridicule , et sans échouer , leur débiter en ^dçe de? im|>ostures qui les concernaient ? S'ils l'avaient osé, n\iuraicnt-il8 pas été haatemeut démentis ? Et s'ils l'avaient été ^ Jeur prédication aui'ail><lle pu avoir des succès ? De plus , s'il y avait eu dénégation de ces faits , les écrivains ennemis du Cliristianisnie, dans les siècles suivaus, ne rauraient-lls pas sue, et ne l'ao raient-ils pas employée avec force contn' la Relii^ion nouvelle ? Evidemment , il n'est plus permis , après dix-huit cents ans , de venir rontester ce (|ui a été cru , dans le temps , de tous ceux qui étaient ints- I iWs soit à le soutenir ; soit à le nier.

Us connaissaient paifailement Jc\siis-Chri$t ; ilsverjaieni dépasser trois ans de suile en sa compagnie; ils avaient vécu avec lui dans une intime familiarité. Pendant quarante jours, ils le virent plusieurs fois, non pas à la dérobée , mais longuement : ils mangèrent , burent et s'entretinrent avec lui j dans une circonstance il apparut même à cinq cents disciple^; ils reçurent de sa bouche des instructions louchant son Fglise ; ils lui proposèrent des questions et leurs doutes. Leur conviction sur la réalité du miracle fut d'autant moins l'effet d'une légère et téméraire crédulité , qu'ils refusèieut d'en croire les premiers témoins; et que Thomas, avant .de se rendre, voulut voir et toucher , dans les pieds et dans les mains de son maître , les traces de ses plaies , mettre.son doigt dans l' ouvert uj'e des clous, et sa main dans son côté ^ ( Joau. XX. 25. ). Dans une aulre apparition , les disciples s'imaginent voir vin phantôme, el Jésus , pour les désabuser, leur montre ses pieds et ses mains , leur disant : « Cy'est )) moi-même ^ vojez et touchez : un esprit na ni » chair ni os , comme vous voyez que j'en ai , )) ( Luc. XXIV. 39. ). »

Si donc ils se sont trompés , il faut dire que tous ensemble , et plusieurs d'entr'eux séparément , s6 sont imaginés voir , entendie et toucher Jésus- Christ, manger, boire et s'entretenir avec lui , et cela , à [dusieurs re|)rise^ pendant quarante jours ; qu'ils se sont imaginés apprendre de sa bouche des choses nouvelles et importantes sur la prédication

cle rEvaini»ile , Vélablissement et le gonvernement de TEglise; tandis qu'ils no voyaient, ils n'entendaient , ils ne tonchaient rien. Sans doute il est possible qu'un seul homme se fasse illusion ; il est possible qu'on se méprenne »ur une personne qu'on voit une seule fois, en passant, de loin , surtout si on la connaissait peu, et si on l'a vue rarement; il est possible qu'un seul sens suit tiompé, et qu'on croie voir ce qu'en effet on ne voit pas. Mais que plusieurs hommes se trompent tous ensemble > tous de la même manière , sans que pas un , avec des yeux, meilleurs ou uu jugement |)lus sain , découvre Terreur ; mais qu'ils se méprennent sur une personne dont ils ont une connaissance parfaite, en la voyant souvent, de très-près, face à face ^ et longuement; mais que tous leurs sens s'égarent en même temps, de la même manière , à plusieurs reprises , sans que l'un redresse Terreur de l'autre ; que tout à la fois ils croient voir, entendre et toucher, ce qu'en effet ils ne voient, ni ne louchent , ni n'enleildent, c'est une hypothèse qui répugne au sens commun, et qui déïruit parmi les hommes la certitude physi([ue , fondée principaleoient sur le rapport conforme de plusieurs sens.

Dira-t-on que les Apôtres ignorans el préoccupés de la future résurrection de leur maître, ont dû être facilement abusés?

Ils élaienl ignorans ^ à la boti ne heure. Mais étaient-ils aveugles? Etaient-ils sourds? Est-ce que sut un fait simple et palpable les sens d'un igno-

frahi ne sont pas des témoins attssî sûrs que cedlt (1 un philosophe ?

Ils étaient préoccupés de la future résurrectiori de leur maître ! Mais étaient-ils aussi préoccupés' de toutes les circonstances, de la continuité de paroles et d'actions qu'ils rapportent y de l'idée que Jésus-Christ apparaîtrait à ceux-ci dans tel lieu , à ceux-là dans tel autre qu'ils désignent, et de telle ou telle manière , et que dans ces diverses apparitions il leur tiendrait tel et tel discours?.... Et d'ailleurs , toute leur conduite prouve qu'ils étaient loin d'être préoccupés de la résurreclion future de Jésus-Christ: la lenteur avec laquelle ils l'ont crue , la circonspection qu'ils ont apportée à l'exaftiiner; les preuves rju'ils en ont exigées, dérnontrent qu'ils n'en avaient pas même la pensée , comme le dit formellement un des Evangéîistcs : « Ils iie smuiietit » pas ce qui est dans tEcrittire ^ qu'il fallait qiiu » ressuscitât d entre les mort s ^ ( Joan. XX. 9.).»

Donc les témoins de la résurrection n ont pas été trompé/».

En second lieu ils n'ont pas été trompeurs ; car ils n'ont pas voulu tromper; l'eussent-ils voulu, ils^ ne l'auraient pas osé; l'eusseht-ils osé , ils ne l'auraient pas pu.

Ils n'oni pas voulu tromper. Que seraient des' hommes déterminés à mentir et au monde et h leur propre conscience, à mentir pour aholir toutes les religions de la terre ; à mentir pour faire adorer comme un Dieu un homme qu'ils aunuent sçu être'

lin vil irnposteur; à mentir au nom de Dieu , et à joindre Thypocrisie à la faasselé? De tels hommes seraient certainement des scélérats, de grands,et profonds scélérats. Mais tout dans les Apôtres dénient une telle inculpation. Ils prêchent la morale la plus sainte; pas une vertu qu'ils ne recommandent , pas un vice qu'ils ne combattent ; ils font une profession publique daimer le genre humain, de s'immoler pour le bonheur de leurs semblables, de haïr plus (jue la mort le mensonge et l'hypocrisie. Partout ils rencontrent des ennemis d'une doctrine qui contredit tous les préjugés , toutes les passions: on les persécute, o* les emprisonne, on les menace de la mort ; mais pas un de leurs ennemis les plus violens ne les attaque ni du côté des moeurs , ni du côté de la probité : l'altestation la plus forte en leur faveur , n'est-ce pas le silence universel de tant d'hommes intéressés à les accuser , à les calomnier pour renverser leur eiitreprise? Et leurs aveux ingénus , lors même qu'ils doivent en être les victimes , leur patience , leur charité pour leurs persécuteurs , ne sont-ce pas autant de preuves d'un caractère moral incompatible avec la fourberie?

La marche qu'ils tiennent dans leur prédication montre également qu'ils n'ont pas eu la criminelle intention de tromper. Le premier soin d'un imposteur est de faire perdre la trace de la fraude, soit en pl3Çant les faits qu'il invente à une époque reculée, ou dans une légion lointaine, soit en Ic^rse'

tnant dans Vohscurîté ; mais parce que c'esl la route ordinaire des faussaires, les Apôtres suivront une route diamétralement opposée : tout ce que des imposteurs animaient évhé^ ils le rechefchent; tout ce que des imposteurs auraient recherché , ilsTévitent. 11$ choisissent les circonstances les plus propres à faire découvrir une imposture. Circonslance du lieu : c'est dans la ville où JésUs-Chrisl a vécu , a été crucifié j à la face de ceux qui Vont vu , de ceux qui ont demandé, ordonné ,^ exéctUéson su])plice, qu'ils annoncent ce grand miracle. Circonstance du temps : c'est cinquante jours après 1 événement qu'ils le pifblient , lorsque tout le monde parlait encore de la vie et de la mort de Icîur maître , lorsque tout le monde avait en main de quoi les contredire^ s'ils eussent menti. Circonslance de la publicité: c'est lorsqu'une fête. solennelle attirer à Jérusalem une nombreuse aftluence , qu'ils ouvrent hautement et en présence de la multitude" leur prédication , comme s'ils avaient attendu le' moment où il y avait le plus de contradicteurs à poitée de les démentir. Les Apôtres n'ont doncpai? voulu tromper.

L'eussent-ils voulu j ils ne l'auraient point osev Prêcher Jésus-Christ ressuscité . c'était accuser toute la nation juive, ses chefs, le gouverneur romain, du crime le plus énorme que l'imagination puisse concevoir , c'était se livrer hardiment à toute leur fureur, dont ils venaient de voir , dans la personne de leur maître , un si terrible exemple '.

( 3;l3 ) (*( ils le savaient parfaitement , car ils rapporlettt que Jesus-Clirist leur avait prédit plusieurs fois les persécutions diverses par lesquelles on combattrait leur témoignage Or ils n'étaient que de pauvres pêcheurs , faibles^, pusillanimes: ils avaient abandonné lâchement leur maitre dans le danger. Et Ton voudrait que, quand ils le virent mort, quand ils ne |)Ouvaient plus le reconnaître que pour lui imposteur , ils eussent pris soudainement , en soji nom^ un grand courage, uïie audace extraordinai-. re , une intrépidité sans exemjile? Quand même ils au: aient j)u être poussés par quelque grand intérêt, par quelque grande passion , la supposition de ce passage subit d'une extrême faiblesse , (Tuiie . extrême timidité, à une force ^ à une hardiesse extrêmes , serait certaincmej)t inexplicable, et l'on peut dire qu'il y a obligation logique d'avouer qu'une telle hypothèse choque manifestement le sens commun. Mais il est visible qu'ils n'avaient aucun intérêt ni d'argent, lA de réputation , ni de bien-être , et qu'ils n'étaient mus que par la passion de contribuer au bonheur et au salut des aut.es hommes , au prix de tous les intérêts de la vie , présente ; or cela n'est pas dans la nature , cela est même contre la nature. Dira-t-on qu'ils étaient encouragés par l'intérêt de l'autre vie? Mais celui-là n'inspire pas le mensonge. Donc les Apôtres, l'eussent-ils voulu , n'auraient pas osé trom|>er.

Enfin 9 l'eussent-ils osé, ils ne l'auraient pas pu.

Pour tromper conjointement il faut se concerter :

(334) ^ or il csl Impossible que les Apôtres el les tlîscipV^ aient tenlé cet accord, impossible (pTils l'aient réa-« li.sé. Impossible quils Taieiit tenté; car ])our ce-a il aurait fallu cpje ces bommes d'un caractère molal a(hnirable, formassent tous ensemble l'abominaMe et périlleux projet de donner une fausse religion au monde; qu'ils fussent tous a^ssez î-ûrs les uns des autres pour ne pas craindre de se conGt^r luie si crimiiiclle pensée; que pas un ne fût ni révolté de Iboireur d'un si grand crime, ni arrêté par les difficultés de l'entreprise, ou par le défaut absolu de moyens buinains, ou par la terreur de» suites i^ur lescpielles ils ne })Ouvarent pas se faire illusion, puisqu'ils connaissaient parfaitement les dispositions des Juifs et de leurs cbefs; que pas un n'eût l'idée que, puisqu'ils avaient tousla connaissance de la fauswseté de la résurrection , d'autres pouvaient l'avoir, découvrir leur secret et les confondre ; que pas un n'eût assez de bon sens pour considérer que les ennemis de Jésus-Cbrist , dont ils allaient ré^ ciller la rage par leur {»rédication , avaient toutes les facilités pour mettre au Juui' leur fourberie, et l'autorité pour la punir; que pas un ne cédât à des motifs si puissans pour refuser son concours à la conspiration. Ajoutez que plusieurs femmes , dans cette supposition , auraient pris part au secret , et auraient eu la même scélératesse , la même intrépidité: elles auraient même été le^ premiers mobiles du complot, puisque, d'après l'Evari- {^ile , elles ont .rapporté les premières apparitions.

Le complot fonué , il aurait falln cpie de toWs beii\ qui y auraient pris part , aucun n'eût un mo.mcalde re[)enlir; qu'aucun ne fût effrayé des dan. jjers qui accompaguèrenila prédication , ni rebuté des maux qui en furent immédiatement la suite , ni tenté par Fespoir des récompenses qu'aurait certainement attirées la révéiatiom. Il aurait falhi qu'ils eussent si parfailenlent concerté non seuleuienl le fait principal ; mais les plus petites circonstances , qu'ils ne se coupassent jamais eux-mêmes , cpie jamais ils ne se contredissent les uns les aulrCxS. Il aurait fallu qu'ils prévissent toutes les interrogations qu'on ne manqua [)as de leur faire , et avec tant de précision que, dans lesdiveises i égionsrm ils devaient se répandre, ils répondissent tous exactement de la même manière. Il aurait fallu que Tinté» et (pii les unissait ne pût pas changer ; qu'il ne survint entre eux ni dissentions , ni jalousies, ni disputes , dont les hommes les plus honuêies ne sont pas exempts, qui sont si ordinaires entre des scélérats, et (jui doivent nécessairenaent les diviser, èoit qu'ils restent tels , soit cpiils se corrigent. De toutes ces choses si communes, une seule venant à manquer , leur secret passait entre les mains de leurs ennemis, et la réussite était impossible. ( 1 )

(1) Ajoutez, dans cette hypothèse d'un complot de la part des téiQoios de la résurrection , le praud nouilïre de personnes qui auraient dû y prendre part. Saint Paul rapj^orte (|ue Jésus-Christ ressuscité a été TU de plus de cinq cents d'eutre Les frères à la fois , et il ajoute que de ce nombre la plupart soûl «ucore vi\an8, (^ I. Cvr. Af* . C.J. Or

El quand même on accorderait qiraucnnederr?» conditions ne leur eût manqué, •( ce qui aurait été un pcixlifiçe contraire à l'ordre moral ) , les obstacles qui leur furent suscités auraient anéanti leur cnlre|)rise , si elle navait eu pour fondement que l'impostuie. La vue et surtout l'épreuve de** tortures l'ail avouer aux criminels leurs foiiails , à moins qu'ils n'espèrent conserver la vie à force de constance. Dans les Apôtres c'est tout !e contraire: ih sont livrés aux sup[)lires; ils savent que persister dans leur témoignage , c'est les aggraver encore, ei s'assurer la mort ; ils savent (jue se rétracter , c'est s'affranchir de tous leurs maux , se conserver la vie, se prociu'erdesiécorapenses ; et néanmoins ils ne se démentent pas: aucontraire ils affirment de plus en plus ce qu'ils ont prêché dès le commencement; et parmi eux il ne s'en trouve pas un seul qui découvre le com()lol criminel , pas un qui lais^^e échapper la moindre apparence d'un aveu, pas un qui ne supporte tout avec le calme de l'innocence^ souffrant et mourant pour la vétilé, sans plainte ,. sans murmure , sans fiiihlesse comme saiw» ostentati<!n dans le courage- Deux choses rendent encore ce courage plus étonnant.

«aint Paul n'aurait ni osé , ni \u , ni voulu jxirlcr île la sorte , s'il n'j avait pas eu , on effit , licaucoup de tcmoiiis qui avaient vu J. C. depuis sa résurrection. Aussi , quand il a avancé cette assertion au milieu de tant d'ennemis intéressés à la combattre , il ne «Vn e«t trouvé aucun qui luit contredite ; et par cela seul qu'ils ne l'ont pas contredite , tous le» aLcicns adversaires du CUristianisnve lu confirment.

A 1 exception Jes premiers jours de lenr TTinnslère; oCi ils se trouvaient totfs à Jérusalem , ils tra- Taillèrent séparément à l'œuvre de l'Evangile: chacun était seul, ou tout au plus avec un disciple : ils n'avaient donc pas de quoi s'encourager par la -vue et leg discours de leurs frères. Depuis leur dispersion , plusieurs d'entre eux prêchaient dans de<v pays Irès-éloignés , et ne pouvaient guère avoir des nouvelles du fruit de la prédicalionVles autres, ni . même savoir s'ils étaient morts ou vivans. Qu'on pèse bien ces circonstances à la balance du cœur humain, et ion sentira combien cet isolement élait triste à la nature et devait la |)orter avec force à se décourager^ et à abandonner l'entreprise.

De plus , les Apôtres n'eurent pas une é|)reuve seule à subir ; mais ils passaient souvent d'un danger à un autre , et même d'un supplice à un autre. 11 ne leur était pas permis, comme aux simpies fidèles, d'attendre qu'on leur demandât compte de leur foi : il leur était ordonné de travailler sans relâche à étendre l'empire de Jésus-Chri.-^t. I.t ]>ourcela, il leur fallait recommencer chacjue jour lés mêmes travaux , reiiouveler sans covse les hasards d'une cause aussi difficile que périlleuse, affronter mille fois les obstacles de toute espèce /les tourmens et même la mort , et mourir ainsi mille fois par l'appréhension, et la ])répai'ation du cœur à tout événement. En donnant pour fondement à leur terrible ministère le mensonge et Pim[)osiure, comment expliquer une si longue et si ferme pa-

tiencc, lanl de zèle- et d'anleiir nialgré des épreii; 1res si cruelles et si sotiveiit réilérées?... D'ailleurs, ])Our rendre lemoignage au jneriNonge , jusque jilans les bras de la mort , il faut ne pas croire à uu Dieu vengeur des faux sermens ; il faut regarder rélernilë comme une fable, la divinitécommeune illusion. Mais compienl accorder ces principes u)on*)trueux avec la confluile des A[)Ô!res, ce système avec* les travaux dp leur apostolat , avec ces notions de la divinilé si pures ,. si élevées , si pénettantes, qui éclatent dans leurs discours et dan^ leurs écrits , avec ces leçons , ces exemples si admirables de toutes les vertus , qui accompagnent ])artout leurs courses évangéliques?

S'ils n ont pas trompé ^ il Y H entre leurs croyances et leur conduite une harmonie parfaite; etleurcons: lance, leur fidélité s'expliquent par l'amour de la vérité, par la force de la conviction. Si, au contraire, ils ont trompé , on ne voit plus en eux qu'un prodige absurde, un combat inouï, inexplicable, de principes et de conduite, un véritable effet sans ptiuse, un héroïsme qui renverse Tordre moral et la nature humaine. Qr la réalisation d'un com))lotj, par un tel prodige , est impossible. Il est donc imj)osNible que les A[)ôlres aient trom[îé.

Et conibien cette impossibilité devient plus frappante , quand on considère à quels auditeurs les Apôtres ont réussi à faire croire la résurrection de leur maître!... à ceux-là même qui étaient le pins prcyeMus contre lui. Pense-t on qu'il fût humaine-

ment possible de faire ct-oire, par un mensonge, à ^les Juifs et h des païens cpi'nn homme snpplirié.i Jérusalem comme un esclave et un criminel , était ressuscité le troisième jour après sa mort ; à «les Juifs que celte résurrection convainquait du plus grand des crimes, à des païens habitués à mépriser les Juifs, et qui n'avaient pas été témoins des prodiges .opérés f)ar Jésus pendant sa vie? Ils ont cru cependant, et à l'exemple des A jiôtres^ ils ont scellé de leur sang celte croyance , ce qu*ils n'auraient pas fait assurément, si les Apôtres n'avaient donné à la résurrection de J. C. d'autre fondement que leur faux témoignage. ( 1 )

A toutes ces preuves de Timpossibililé de l'imposture des Apôtres, nous en ajouterons une antre non moins forte: ce sont leurs ennemi?* mêmes qui nous la fournissent. L'Evangile nous a[)prend que les Juifs, pour nier la résurrection de Jésus-Christ, accusèrent les Apôtres d'avoir dérobé pendant la nuit le corps de leur maître ; et jamais aucun de ceux qui y avaient intérêt n'a contredit à cet égard le récit évai^gélique ; au contraire , les Juifs incrédules ont transmis aux autres incrédules qui les ont suivis cette accusation intentée aux i\|)ôires , et elle a passé de houclie en bouche jusqu'à Celse, Porphyre , Julien , et même à plusieurs déistes modernes. Si les ennemis du Christianisme naissant avaient eu quelque chose de mieux à dire , assuré-

( 1 ) Voyez le paragraphe qui traite des martyrs , et celui qui ïtAitê de Vitakiissenietti du Christianisme*

jR;fnt ils n'fuiraieiil pas manqué de le faive, de sorte qu'en prouvant que reuièvcinent racoiilé par les Juifs n'est quline fable aljsnrde, nous donnerous un nouveau motiitle certitude à la résurrection lap^ portée par les évangélistes,

U'abord ^il est déraisonnable d'imputer upe action si hardie^ des hommes aussi timides qiie Vêtaient les Apôtres, lis avaient abaiJtloiuié Jésus- Christ vivant; ils s'étaient enfuis dès le commencement de sa passion : Pierre, leur chef, avai*: jusqu'à trois fois rougi de le connaître, même en présence d'une servante.. Quelle aj)parenre que des cœurs si pusillanimes pendant la vie de leur maître aient osé, après sa mort , entreprendre ce que la témérité la plus audacieuse eût regaidé comme . inexécutable, puisque pour un motif d'espérance, il y en avait mille de croire qu'ils échoueraient.

C'est , dit-on ^ pendant le sommed des i^ardes que l'enlèvement a été effectué. Mais, en supposant qiic les Apôtres aient eu Vidéo dV^5saver iVnlèvemeiit pendant le sommeil des gardes, pouvaient ils mécoiyiaître le danger d'un tel essai? Pour l'entreprendre il fallait d'abord être sûr de trouver tons les gardes endormis. Et comment pouvait-on 1 iniai'iner? Qu'un seul des gardes ne dormît pas, le crinie élait découvert ;. et sur le champ les coupables étaient arrêtés et envoyés au supplice. Chose étrange en vérité! Les Apôtres avouent leur lâche-» lé , et on veut leur atlrihuer un courage qui va presque jusqu'à l'extravagance.

En aJmettant.q^i'ils fussent assurés de trouTer tous les cjîirdes endormis , il faut soutenir aussi quils étaient certains de n'en réveiller aucun ; lie pouvoir briser le sceau, rouler rénorme pierre jqui fermait le sépulcre, prendre le corps, se i^etîrer en l'einpôrtapt , et cela si doucement , si légèrement que de tous les gardes placés autour du iombeau , aucun ne fut retiré de son soinmeU.( 1 ) Et quel grand intérêt pouvaient-ils avoir à celte tentative? Car, en les supposant assez >célérats pour la désirer, assezinsensés pour en former le projet , assez audacieux pour l'exécuter, faut-il leur donner un intérêt proportionné au danger d?ns lequel ils se jettent. Quel bien pouvaient-ils donc espérer de ce cadavre? Du côté du Ciel , ils n'avaient à attendre que des anathèmes , et une condamnation terrible ; du côté de la terre, que des contradictions, des affronts, des persécutions, des supplices , contre lesquels celui qui n'aurait pu se sauver lui-même ne pouyait leup être d'aucun se* cours,

( 1 } Il sor lit trop ridicule d'accuser les ^âtr.^s d'avoir enlevé le /corps par quelque issue secrète : une telfe fraude aurait laissé après elle des traces uianifostes , puisque le sépulcre était taillé dans le roc , et •,. qu'il aurait fallu j pratiquer une ouverture qui aurait nécessairement trahi le complot. D'ailleurs , à l'époque de la prédication des Apôtres, les Juifs , s) à portée de l'examiner, u'auraient-ils|)as employé œt argument irrésistible , au lieu dVivoir recours à la fahle de Tenlèvement pendant le sommeil des gardés? Enfin , depuis 18!X) ans , ce sépulcre taillé dm» , Je roc exiîte ; il a été visité par une multitude inuoinhrahle de péliTin» jrt de curieux j ancnii n'a jamais ajKTçu la plus K^ère trace de cette issue imaginaire.

(362) JjU manière dontle8.Tiiirs|n'élen(leiit rnielesAnôtri»soiitexécate leurcoup, suppose, d'ail leurs,en eux deux cliosescoiilradicloires. une dextérité incroyable |K>ur tiier subitement le corps du tombeau, et une extrême maladresse dans leurs mesures. Se ]K)urrait-il , en effet, qtuiurès avoir réussi à saisir le x:orps, des hommes raisonnables, au lieu des'éloii»ner surlechara[) et de lemporler dânsTétatoù il étail , se fussent amusés à déployer les linges dont il était enveloppé , à les remettre en ordre dans le sépidcre , et eussent |)erdu à celte opération un temps (|ui devait leur être si précieux? ,

Quelle ]U'euve urt-on , enfin , qu'ils ont profilé dti sommeil des gardes pour cet eidèvemenl? Si les gardes doi inaient , comment l'ont-ils vu ? Commei.t peuvent-ils atlester im fait arrivé pendant leur sommeil; et comment peuvent-ils en nommer les auteurs qu'ils n'ont ni vus ni entendus? Où a-t-ou , jamais admis les allégations de témoins endormis?... Et remarquez combien de circonstances décèleiit la fausseté de celte assertion.

Ce n'était pas Pilate, c'étaient les Juifs, ennemis de Jésus, qui avaient choisi les gardes du tombeau; et ils les y avaient placés précisément parce qu'ils . prévoyaient que les disciples de Jésus pourraient, sans cette précaution^ venir enlever lecoros, pour annoncer ensuite sa résurredion. Ori peut juger si les chefs de la synagogue avaient eu soin de preuilre les soldats les plus incorruptibles , les plus vigilants , les plus attachés à leur parli , les pluî> pro-

près, en un mot , à empêcher la fraude (ju ils crais gnaient; on peut jui>er s'ils le^r avaient donné les ordres les pins positif^, la consigne la plus sévère. La mission 4e oa^ soldats était foi't coufte : ils n'avaient à gartl^r le tombeau que jusqu'au troisième jour. Cétaif surtout la nuit qu'ils devaieîit veiller, puisque c'était le temps où renlèveraenl était le moins difficile , ]p seiU temps où il fut posbible. Veiller la nuit n'était pas ehoçe pénible à des hommes robustes? il aurait même, à la rigueur , suffi qu'un d'eux restât éveillé, t^spoir de la récompen? se, crainte du châtiment, tout les engageait à être fidèles ; et cependant ils prétendent qu'ils se sont endormis, qu'ils se sont tous endormis , qu'ils se sont endormis si profondément que le grand bruit qvi'on a dû faire si près d'eux n'a pu les réveiller.

Leur fonction était d'être constamment sur leurs gardes , surtout la nuit , et ils conviennent qu'ils y ont manqué; leur consigne , de garder soigneusement le corps de Jésus-Christ , et ils conviennent qu'ils l'ont violée : ils sont dqno ^ de leur aveu , très-coupables. On sait çqnabien étaient sévères les peines des militaires t[ui manquaient à leur devoir; et néanmoins ils ne sont pas punis ^ ils ne sont pas même réprimandés par le vSanhédrin. Nous voyons, très-peu de temps après, Hérode envoyer au supplice des soldats à qui il avait confié la garde de St. l'ierre , parce que cet apôtre avait été tiré miraculeusement de sa prison , (^ /-/r^. ^Y//. J. L'enlèvement du corps de Jétus-Chrisl était d'une toute

auU'e roiiséquaiice; Itî délit des gardes , bien autrement grave : l'intérêt du Sanliédrin à les jiunir , iiifinirnent plus grand : sa confiance trahie; Tenlèvement (ju il avait voulu prévenir, effectué ; les j)i écaillions qu'il avait prières, rendues inutiles, et tout cela par la faute ue 8es propies salellites, devaient le pénétrer d'indignation contreeux, etleport«."r à leur infliger un châtiment si bien mérité, qui aiu'ait été, d'ailleurs, comme une protestation authentique et solennelle contre l'usage qu'auraient pu faire les Apôtres de la réussite de leur tentative. Cependant , le Sanhédrin n'en fait rien ; son indulgence , ou son inaction dans une affaire de si haute importance, est évidemment incompatible avec la réalité de l'enlèvement.

Et les Apôtres, qui ont commis ce grand crime, on ne les recherche point ; on ne les cite point; on lie les juge point; on ne les punit point. La haine contre eux, déjà violente, puisque les prêtres juifs étaient ennemis de tons ceux qui croyaient en Jésus , devait être portée au comble par ce trait de scélératesse. On s'était, d'ailleurs , donné tant de peine , on avait pris tant de précautions pour le prévenir , que naturellement on devait punir ce forfaitduchâtimentle plus sévère; et non seulement on n'en châtie point les auteurs , mais on ne leur dit rien. 11 est im|>ossible d'indiquer une autre cause d'une telle coi duite, que la connaissance qu'avait le Conseil des Juifs delà fausseté du briiit qu'il avait fait répandre ^ et la persuasion où il était qu'une

( 365 ) enquête, aiilîeucrinoulperles Apôtres, tournerait, à sa 1iof!te, contre les soldats et confre lui-même.

Voici qui est plus fort encore. Quelques semaines après , les Apôtres annoncent hautement, dans Jérusalem, la rësurrecl ion de Icnr maître : dès leurs premières prédications, trois mille, cinq mille aiidi* teurs y croient ; de nombreuses conversions amènent chaque jour à la religion naissante de nouveaux prosélytes. Le gr^nd Conseil des chefs de la nation s'effraie d'un si étonnant succès, et se détermine enfin a mander les Apôtres. 11 va donc s'ouvrir ce procès si important, si décisif entre les deux relations contradictoires , Tune de la résurrection de Jésus-Christ , l'autre de l'enlèvement f urtif de son coips; les xApôtres vont être interrogés sur leur crime ; l'honneur des membres du Conseil, publiquement accusés dedéïcide, l'intérêt de la religion ébranlée , rendent indispensable une information juridique; en convaincant les Apôtres du crime dé l'enlèvement , on fera tomber d'un seul coup leur prédication, on anéantira leur parti , on ramènera tous ceux qu'ils ont pu séduire. Mais non , il ne sera pas dit un seul mot de ce prétendu attentat. Le seul reproche quon fait aux Apôtres, c'est de prêcher la résurrection , et d'easeignerau nomde Jésus, (^yic^. //^. .). Il n'est nullement question de ce qui aurait été infiniment plus grave, de l'enlèvement du corps pour supposer la résurrection.

Admirons- ici le contraste entre la manière dont

lt*s Apôtre^F soutiennent le {éiî>(^ignage de la rësiifreclion , et relie dont les chefs des Juifs répandent leur récit de lenlèvement. Les Apôtres prêchent lianlement , en tôtit lieu , que leur ûiaître èsl ressuscité; on le leur défend, ils le prêchent encore; on les en ptuiit, ils continuent toujours de le prêcher. Rien né les arrête : devant le tribunal , dans; la prison ; sous les coups , ils font constamment retentir leur prédication. I^e Conseil des Juifs, qui a le droite les moyens de cônsi^ater l'enlèvement , et qui s'y trouve grandement intéressé , n'en faît ]>as la plus légère mention. Il le fait répéter de houche en bouche comme un bruit populaiie el vague; il n'ose pas lui donner la consistance d'une enquête , ni même celle de sa propre assertion. A celte fermeté^ à cette confiance des faibles, à celle mollesse, à cette timidité des puissants , (jui peut s'empêcher dé reconnaître, d'uû côté la certitude du fait annoncé, de l'autre la conviction que celui qu'on répand né saurait soutenir Vexamen?

Résumons-nous. Les Apôtres n'étaient ni visionnaires et insensés^ ni foiubes et scélérats: n'ayant pu se tromper sur la résurrection de Jésus-Christ , ils n'ont pas voulu tromper ; Teussent-ils voulu , ils ne l'auraient point osé; i'eussenl-ils ose , ils ne l'auraient pas pu: tout cela vient d'être solidement j7rouvé; enfin le crime dont on les accuse pour detiuire leur témoignage^ est incompatible avec leur caractère moral , il n^a pu être inspiré par aucun motif raiiiOnnable, et il n'a eu d'autres témoins que

ê^$ liommés qui conviennent qu'ils étaient endnr*'

tnis; jamais les Apôlres n'anraienl osé le tenter, et

cjuand ils en auraient eu l'absurde téytiériié , ils

n'aiUMient pas pu l'effectuer ; et leurs ennernis ,

<|ui étaienl en même leinj;s leurs juges , ont tenu

tMïvers eux , relativement à ce prétendu crime, une

conduite qui ne peut s'explifjuer que par la con-

iriction qu'ils avaient de leur innocence. Quel fait

a jamais réuni autant de preuves? Y en a-l-il un

seul . même des plus indubitables , dont on puisse

comparer la certitude à celle de la résurrection de

Jésus-Cbrist ?.... Et, par conséfjiient , y a-t-il rien

de mieux établi que la divinité de sa mission ,

puisqu'il est visiblement impossible qu'un si grand

miracle se soit opéré en faveur. du mensonge?

Mais pourquoi, demandent les inci^dules, pourquoi Jésus-Christ ressuscité ne s'est-il manifesté qu'à ses disciples? Pourquoi n'a-t-il pas donné à sa févSurrection autant de publicité qu'à sa mort , et n'a-t-i! pas ainsi imposé silence à tous les contradicteurs?

Pourquoi ^ répondrons-nous d'abord , les inc rédnles nous font-ils cette i|uest ion avec lant de confiance? F.st-ce que l'impossibilité d'y répoudre détruirait les preuves que nous avons données du fait de la résurrection? Est-ce que , lorsqu'un fait est certain , les /?o//A'^/io/ et les roy/i//?^/?/^ peuvent en ébranler la certitude? On l'a dit souvent , et toujours avec raison : // n'est pas permis d'argiiincn" ter contre les faits ^ quand ils sont victorieuse-

fncjit établis par des. preuves irrécusable^. *

îNoiis répoiidrons, en scoonci ï\ë\x , directement à la questi^^n , que la résurrt^ction de Jésus-Christ a eu assez xle publicité-pour quelle soit indubitable , ainsi que Jious l'avons prouvé : or c'est tout ce qu'il faut pour contenter la raison et la bonne foi. Quand une vérité est démontrée, les incrédules s'avisent- ils jamais de la rejeter , sous prétexte qu'elle n'a pas toi genre , ou lel degré de preuve ? Quelle est celte loyique de prélendre qu'un fait n'est pas suffisamment constaté, y)arce qu'une pnîuve , qu on imagine , y manque ? Le fait esl-ii certain , ou non y voilà tout ce (ju'H importe de savoir. S'il est certain , il n'a pas besoin d autres preuves. Mais la résurrection cntièremcint publique aurait iihposé silence à tous les contradicteurs...» D^ quels contradicteurs parle-t-on? Est-ce des chefs delà Synai^ogue ? Ils avaient été témoins de tous les miracles opérés par Jésus-Christ pendant trois ans ; ils n'avaient pu nier ces faits ^ ils en avaient nié les conséquences. La résurrection vue par eux n'aurait éié qu'un miracle de plus ajouté à une multitude d'autres , et ils en auraient également nié les conséquences par quelque subterfuge \ car un homme qui ferme volontairement les jeux» ne cesfcC pas de ne pas voir, quoiqu^on augmente autour de lui la lumière,... Veut-on parler des contradicténis actuels ? Ils se refusent à toute preuve de tout miracle : les uns prétendent qu'un miracle est impossible; les.autres que le témoignage

humain ne donne point certitude ; les auti'é^ 4 qu'il iïé la donne pas du moins par rapport an* faits miraculeux. Croit-on quie si la résurrection avait eu une entière publicité , ils n'auraient pas eu recours à quçlque sophisme pour en éluder laveu ou les conséquences?.,.

Admettons cependant qu'une plus grande publicité eût imposé silence à tous les contradicteurs ; Dieu était-il oblicé delà leur accorder? Etait -il obligé de ]es forcer à croire ? Ne suffit-il pas qu'il leur ait offert des motifs de crédibilité capables d'entraîner l'assentiment de tout esprit raisonnable? De tous les faits que croient les déistes , il n'y en a pas un qui soit plus complètement , ni même aussi complètement démontré que la résurrection de Jésus-Christ. Que leur faut-il de plus? Et de quel droit osera*ient-ils dire à Dieu : f^ous nous déifiez les preuves lés plus palpables j des preuves auxquelles , bon gré y mal gf'é , il nous fallût céderl Ou bien , de quel droit prétendraientils astreindre la Pi ovidence à rendre compte de sa conduite , et tenir ce fait pour faux jusqu'à ce qu'il lui plaise d'expliquer le motif pour lequel elle Ta rendu moins public qu'il n'aurait pu l'être? Motif, au reste, qu'il est facile d'indiquer: Dieu a voulu nous faire un devoir de croire la résurrection comme un témoignage convaincant de la divinité de la mission de Jésus-Christ, et pour que nous remplissions ce devoir, il à basé la certitude de la résurrection sur des preuves non seule-

ment suffi^ûJites , mais surabondantes ; il n'a p^ voulu nous en faire une nécessité de contrainte^ et en conséquence il ne l'a pas munie de preuves ielleraent irrésistibles qu'on ne pût pas être incrédule. Ainsi , il a rendu notre foi motivée et méritoire; et c'est encore en lui une infinie miséricorde nous faire de la foi une vertu , et de la rendre si facile par les preuves solides dont il l'environne. ( 1 )

5^ IL DON DES MIRACLES AGCOBDÉ AUX Ap6tRES Eï A 1.EUR8 DISCIPLES.

Jésus-Christ, après sa résurrection", donna aux Apôtres mission d aller prêcher l'Evangile au monde entier, et leur prédit qu'ils recevraient le Saint- Esprit ; qu'ils seraient revêtus d'une force sur-humaine ; qu'ils parleraient des langues nouvelles j qu'ils auraient le privilège d'opérer des miracles (2). En effet , le Jour de la Pentecôte y tandis qu'ils étaient assemblés , un vent impétueux ébranle le Cénacle j des langues de feu se reposent visiblement sur leur tête :.ce qui estxm symbole frappant delà force, de l'activité^ de la pureté de l'Esprit-Saint qui remplit leur ame, et qui les transforme admirablement en dignes envoyés de l'Etre-Suprême.

( 1 ) Voyez dans la Raison du Christianisme , les ouvrages de Dittotij de Gilbert TVest , et de Thomas Sherlok sur la Rc^surrection de J. C

( 2 ) Math. XXVin. 19. -- Marc. XVI. 17,18.— Lac. XXIV. 4». — Atl. I. 5 , 8. *

Soiulaînennent ces hommes lents à croire , chdi^^ faels , intéressés . jaloux , timides juscp'à renier honteusement leur maître , de peur d'avoir quelque part à son sort ; ces hommes qui étaient choqiiés de l'humilité du Christ et de sa croix , et pour lesquels tout ce qui concernait sa divine personne était caché; ces hommes qui avaient reçu , comme autant d énigme^ y ses leçons sur les souffrances , sur la pauvreté , sur Thurailité , sur le pardon des . injures , sur l'atiiour des ennemis ; ces hommes dont Tespril grossier ne comprenait pas les Ecritures , se montrent pleins de foi , de zèle , dhumilité, de courage, de science. Ils bravent la haine des bourreaux de leur maître ; dans les places publiques , dans les Synagogues ^ dans le temple , devant les tribunaux ) partout ils déclarent hautement aux Juifs que celui qu'ils viennent de crucifier est le Messie; ils s'estiment henreux d'avoir à souffrir pour son nom ; ils aspirent à parlager son sort ; iU tentent le projet le pins hardi , prévoyant bien les obstacles et les persécutions, puisqu'ils les annoncent eux-mêmes dans les propres termes dans lesquels leur maître leur a prédit les traverses, les affronts, les supplices; ils pratiquent et prêchent les plus hautes leçons de vertu qu'il leur a données , qu'avant sa mort ils n'entendaient pas, quoiqu'il les leur exprimât danslelani^age le plus simple et le plus clair , et auxquelles leur naturel avait jusque là paru si opposé; ils expliquent le» Ecritures ^ ils en montrent l'accom-

plissement; et, ce qiril y a de ]>iîis Tnervcilleiix f ils se font enîendre à la fois à une mullitude d'home mes des rations les plus diverses , arrivés depuis peu de jours à Jérusalem • avec lesquels par conséquent il est impossible qu1l y ait eu aucune collusion. Les prédicateurs sont GaUléens ^ et chacun desaufliteurs, Paî'thes et Mèdes , Elamiies , hahitans i}e la Mésopotamie et de Ja Judée • de la Capi^ndoce , du Pont et de V^isie ^ de là Plu'jgic et de la Pamplij'lie , de tEgypfe et de cette partie de la Lyhie qui est près de Cyrène ^ étrangers venm de Rome , et Juifs et Prosélites , et Cretois et ArnbeSy les entend parler en sa langue des grandeurs de Dieu , ( Act. IL 7 , 8. etc. J. Qui donc a ouvert tout à coup Tesprit inculte des Apôtres? Qui a fait, en un moment , de ces pauvres , simples et ignorans pêcheurs, les doctevirs les plus profonds? Qui leur a donné , sans leçons, sans mélhcde, sans étnde , les vastes connaissances nécessaires à leurs fonctions .multipliées et difficiles? Qui les a rendus ca- ]>ableé de disputer à Jérusalem contre les pUis habiles docleiirs de la loi, dans la Grèce, à Rome • et sur toute la terre , contre les plus savans philosophes? Qui a remis dans leur mémoire , quia classé avec tant de lucidité dans leur esprit , tout ce que leur maître leur avait enseigné et qu'ils n'avaient pas même compris ^ ce dont ils ne se don- \aient même pas? Qui l-eur en a fait saisir les principes, embrasser l'ensemble, sur\re l'enchaînement, découvrir clairemeut toutes les conséquences? Qui,

«rifin , les a rendus tellement maîtres ae la parole qu'ils s'expriment en toutes sortes de langues sans les avoir apprises , et tellement maîtres des cœurs, qu'aux deux premières prédications de saint Pierre , huit mille auditeurs se convertissent, (^/^ç^. //. 41. - /K 4.J?...

Mais , d'autre part , qui a fait passer > sans aucun intervalle , des hommes si dëfîans , si précautionnés , à Une confiance aveugle dans la puissance du nom de leur maître , confiance qui aurait été la plus folle , la plus ridicule témérité, s'ils ne s'étaient sentis poussés pa;* une impulsion divine , remplis de cette vertu d'en haut que Jésus-Christ leuf avait promise?

« Pierre et Jean montaient au temple à la neuvième heure de la prière ( t ). Et un homtYie perclus de ses jambes, dès le sein de sa mère , y élait porté , et on le plaçait chaque jour à ia porte du temple appelée la Belle-Porte , pour demander Taumôneà ceux qui entraient. Voyant Pierre et Jean entrer au temple , il les pria de lui donner l'aumône* Mais Pierre fixant les yeux sur lui avec Jean , lui dit : « Regarde-nous, » Et il les i-egardait attentivement , espérant en recevoir quelque chose. Or Pierre dit : « Je liai ni or ni argent ; mais ce que- fai , je te le donne :

(1 ) Il y avait tous les jours au temple deux sacrifices accompagnés At\ prières publiques : Tun à la troisièiue heure du jour , cV'6t-à-dire à ueuf ln'urt's du fuatjii , Vaulre à la neuvième heure du jour , c'ost-k-di re k trois liC'urra après midi.

^u nom de Jésus-Christ de JSazareth , lèi^e-toi et jnxifche. » Et layant pris par la main dioite, il le leva , et aussitôt ses jambes et ses pieds s'affermirent. Et sautant il se tint debout , eX il marchait , et il entra avec eux dans le temple , marchant , sautant , et louant Dieu. . Et tout le peuple le vit marchant et louant Dieu. Ef: reconnaissant que c'était celui-là même qui avait coutume d'être assis à la Belle- Porte du temple pour demander l'aumo: pe , ils furent remplis d'admiration et d'étonnément de ce qui lui était arrivé. Et comme il tenait Pierre et Jean , tout le peuple émerveillé accourut •à eux au portique qui s'appelle de Saiomon. Or Pierre , voyant cela , dit au peuple i « HomiMi d^srnël y pourquoi vous émerveiUezrVous de ceci} OH pourquoi nous regardez-vous comme si ^ par notre vertu ou par notre puissance ^ nous avions

fait murcher ce boiteux ? Le Dieu d Abraham et disaac et de Jacob , le Dieu de nos pères a glorijie son Fils Jésus que vous avez lii>ré^ et que vous avez renoncé devant PU ate ^ quoiquHl jugeât quH devait être absous. Mais^ vous avez renié le Saint et le Juste , et vous avez demandé quon vous accordât ta grâce dun homicide ; et vous avez fait mourir t Auteur de la vie , que Dieu a ressuscité d entre les morts : nous en sommes témoins. Or j c'est par (a foi en son nom , que sa puissance n affermi celui que vous vojez et que vous connaissez : et cette foi qui vient de lui , a fait devant vouS; tous le miraclâ de cette parfaite guérison,,.. »

•« Les prêtres et les magistrats du temple , et les Sadducéens survinrent , ne pouvant souffrir qu ils enseignassent le peuple , et qu'ils annonçassent la résurrection des morts en la personne de Jésus; et les ayant arrêtés, ils les mirent en prison jusqu'au lendemain , parce qu'il était déjà tard. Cependant plusieurs de ceux qui avaient entendu le discours de Pierre , crurent, et le nombre en fui de cinq mille. Or, il arriva que le lendemain les chefs du peuple , et les anciens, et les scribes s'assemblèrent dans Jérusalem^ avec Anne le grand- prêtre, etCaïphe, el Jean, et Alexandre , et tous ceux qui étaient de la race sacerdotale. Et ayant fait comparaître les Apôtres au milieu deux , ils les interrogèrent : <^ Par quelle puissance , ou au nom de qui ovesvous Jïiit cela ? » Alors Pierre, rempli de T Esprit- Saint ^ leur dit : « Princes du peuple , et vous au^ ciens , écoutez : Puisqu aujourd'hui on nous demande raison du bien que nous avons fait à un homme impotent , et de la manière dont il a été guéri j nous vous le déclarons h vous tou^ , e^à tout le peuple d Israël : éest au nom, de Notre Seigneur Jésus-Christ de Nazareth ^ que ifous avez crucifié y et que Dieu a ressuscité d entre les morts , que cet homme est ici devant ifous , guéri. Ce Jésug est cette pierre qui a été rejetée par vous architectes , et qui est devenue la pierre de V angle. Et il nest point de salut en aucun autre: car aucun autre nom souS le Ciel ria été donné aujc hommas y par lequel nous devions être sauves. «

( 376 ) 0>", Toyant la fermeté tie Pierre et de Jea^n , roiiï nni^ssant d'ailleurs qu'ils étaient des homme.s sans * lettres , et des ignorans , ils s e^/i>nnaient , et se rap^ pelaient qu'ils avaient été disciples de Jésus ; et voyant debout avec eux rhonime qui avait été j^ué* fi , ils n'avaient rien à leur opposer. Ainsi ils leur commandèrent de sortir de l'assemblée ; et ils se mirent à délibérer entre eux, disant : « Qitefe^ rons-nous ae ces hommeS'là? Car ils ont opéré un miracle qui est connu de tous le$ habit ans de Jérusalem : cela est manifeste , et nous nepouwyns le nier. Mais pour empêcher que le bruit ne s'en répanch davantage parmi le peuple , défendons' leur , avec menaces , de parler désornuds en ce nom a aucun homme vivant. » Et les nyant fajt appeler , ils leur défendirent de parler et d'enseijjner jamais au nom de Jésus. Mais. Pierre et Jea» répondant , leur dirent : « Jiv^ez vous-mêmes s'il , est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu , car nous ne pouvons pas ne point parler diés choses que nous avons v^ues et entendîtes. » Alors ils les renvoyèrent avec menaces, ne sachant comment les punir à cause du peuple , parce que tous rendaient gloire à Dieu de ce qui était arrivé: car l'homme sur qui avait été fait ce miracle de gxiérison^avait plus de quarante ans, f-/^c^.///.//^J.)) * Nous avons dû laisser à ce récit l'au^^uste et ini-

milable simplicité de l'Ecriture , qui porte un caractère si frappant de vérité. Au mdieu <le tant de choses inté. essantes l'Ecrivain sacré s'interdit tou--

te réflexion ; il supprime toute louange de la sagesse ou du courage des Apôtres ; il ne dit pas un mot contre Tobsti^ation volontaire de leurs juges; il n'insulte pas à la vaine espérance d*anéaiitir dans l'oubli , par des menaces encore plus vaines \- \in niirUcle pnldic , et la résurrection de Jésus- Christ dont il était la preuve. Ce n'est pas kinsi qu'écrit un imposteur.

Tontes les circoiislances sont tellement liées , tellement inséparables , qu'on ne peut en ailmeltre uqe ^ sans être obligé d'admettre les autres ; ce qui est dit du temple , du Conseil des Juifs , des principaux chefs^de la race sacerdotale , convient exactement au temps; et on peut dire que rien ne jnanque pour donner la conviction. L'homme perclus étaittel dès sanaissance, et ilavaitalorsqipran te ans; il se faisait placer, chaque jour, à la porte la plus frécfuentée du temple^ pour y demander l'an* Biône; il était connu de tous les habitans de Jérusalem; riieure à laquelle il fut guéri était celle d'une prière publique et d'un sacrifice offert par ordre exprès et inviolable de la Loi ; les témoins du miracle étaient en grand nombre et rassemblés des diverses parties delà ville; la guérison fut opérée en uA moment', par quelques paroles de Pierre, et elle fut si parfaite. que non seulement le perclus marcha aussitôt, mais qu'il sautait et bondissait de joie , ne pouvant se lasser de rendi'e gloire à Dfeu et de léinoigner aux A[)6tres sa reconnaisssaùce. Tandis qu'il lient comme embrassées les mains de

#>csbit*ijfaiteurs, tout le monde sassemfele autour d'eux sous le portique de Saloraon j là Pierre, par «n second discom's , convertit cinq mille hommes, qui réunis aux trois mille que son premier discours avait déjà convertis , (Jet, IL %t\. ) , formèrent les précieux commencemens de cette église de Jérusalem ^ si riche en vertus , si détachée des biens terrestres. Les prêtres^ et particulièrement les Saddiicéens, ennemis déclarés de la foi à la résurrection , en faisant saisir les Apôtres et les faisant comparaître avec le perclus guéri, ajoutent au miracle un nouvel éclat, une plus manifeste certitude; et le Conseil, après les avoir inleriogés , se contentant de défenses et de menaces, achève de mettre le sceau à la vérité qu'il voulait étouffer,

Ily a, d'ailleurs, dans ce récit, des traits infiniment supérieurs à tout ce que l'esprit humain tire de son pfopre fonds , des traits véritablement divins. ç( Regarde-nous ^ dit Pierre au perclus. J^ ri ai ni or ni argent ; mais cequéfai^ je te le donjW: au noim de Jésus de Nazareth , lève- toi et marche, » Quelle dignité! quel empire ! Et en même temps, queLdésintéressement, quelle foi! Et c'est Pierre , le pauvre batelier ( 1 ), qui parle de la sorte!... Et il ne s'étonne pas lui-même Je lapuis* sance de sa parole !...

Le peuple admire Pierre et Jean comme s'ils étalent la principale cause du prodige. Mais écou*

(1 ) Matth. IV, 18.

( 3T9 ) te«-les, et soyez encore plus élonnës Je leur modes» jie , de leur amour de la vérité ^ que de leur foi i <( Hommes d Israël , pourquoi nous regarde:i'VouSy comme si par notre vertu pu par notre puissance nous as>ion$ fcfit n^arofier cet homme! » Et il leur déclare cjtie ce grand miracle est dû au rio«i»du Fils lie DieUy qu'ils ont liuré et renoncé datant PU late qui avait reconnu son innocence.

Comparaissant pour la première fois devant le tribunal de la nation le plus imposant y où siégeaient les ennemis de Jésus et de sa mémoire , et conséquemment de ses disciples , ils y répondent à leurs accusateurs: a JSous vous dctlarons , à vous et à tout le peuple d Israël , que ce perclus est maintenant devant vous guéri par le nom de Jésus de Nazareth ^ que vous avez crucir fié y et que Dieu a ressuscité d entre les morts )). Quoi de plus digne de la majesté de Dieu qui les envoie , et de la vérité de la résurrection de Jésus, dont ils' sont les témoins?

Les juges n^iyanl rien à répliquer, ont recours ^ux défenses et aux menaces : « Jugez vous-mêmes, répondent-ils, s'il est juste devant Dieu de ^pous obéir plutôt qiCa Pieu: car nous ne pouvons pas ne point parler des choses que nous avons vues et entendues. » Pouvaient-ils, eu moins de mots , confondre l'injuslice sans blesser Tautorité publique ; montrer un courage intrépide , sans sortir des bornes du respect; justifier leur conduite , $^ns se plaindre de celle de leurs ennemis? El c'est

( 3S0 ) eiMore une fois, Pierre, le pauvre bâteliei\ Pierre naguère tremblmit à la voix d\ine femme , d'une servante , qui |wrle de la sorte !...

On les renvoie , avec menaces pour les intimider; et lorsqu'ils en rendent compte à leurs frères, toiUe l'aes^mblée , au lieu d'en être ébranlée , se met en prières et demande à Dieu qu'il augmente \'à force et le courage de ses ser^i leurs , et qu'il étende sa naain pour multijdier les miracles au nom de son Fils Jésus, toutes les menaces dés hommes élan t vaincs contre lui , et la conspiration des Princes et des Rois de la terre contre le Seigneur et contre son Christ ne devant servir qu'à rendre son nom plus célèbre, (Jet. IF. 23, 24 etc. ). Quelle piété! Quelle confiance! Quelle conviction ! Quelle disposition siirnatureUe à tout souffrir et à tout sacrifier pour la vérité!..,

Noiis.nous sommes arrêtés long-temgs sur ce premier mirai^e , et parce qu'il .est démonstratif , et parce qu\in seul fait bien entendu dispense d'insister sur les autres de même genre. Au^si nous nous bornerons à indiquer les autres princif^>aux miracles des Apôtres.

A Lydde, un paralytique, nommé Enée , était alité depuis huit ans; saint Pierre lui dit: a Enée, » le Seigneur Jésus vous guérit; levez- vous, etfai- » tes vous-même votre lit. «Aussitôt le paralytique se leva; tous ceux qui étaient à Lydde etàSarone le virent^ et $e convertirent au Seigneurji^^^c^./A^^.

A Joppé, une chrétienne, nommée Tabithe, rem-

(38<) l^île Je bonnes œuvres , tomba malade et morirut^ ïjes disciples de celte ville ayant sif^Fte qne Saint Pierre était à Lydde , y envoyèrent p^ur l'engager h venir chez eux. Etant arrivé, il se mit à genoux^ j>ria et dit: « Tabithe , levez- vous. » KUe ouvrit les yeux , et se leva surdon séant; el ra[),ôire la prenant par la main , rendit vivante aux pauvres leur bienfaitrice y ( A et. IX. 36, 37 etc. J.

A Lystre , où saint Paul se trouvait avec saint Barnabe, un honime était perclus des jambes , et il n'avait jamais marché. Saint Paul lui dit: « Lei> vez-vous, tenez-vous droit sur vos pieds. » ; et le ' perclus se leva en sautant, et commença à marcher. Le peuple , ayant vu ce prodige , éleva la voix , disant en lycaonien : o Les dieux devenus sembla- » blés à des hommes, sont descendus jusqu'à nous»; et ils appelaient Barnabe Jupiter, et Paul Meroure , parce que c^était P^aul qui parlait. Le prêtre du temple de Jujûter vint avec des taurealix et des couionnes: il voulait, avec le peuple , leur sacrifier. Mais les Apôtres, déchirant leurs Vjêtemens , s'avancèrent au milieu de la foide en criant : M Qu'allez-vous faire? iNous sommes mortels et hom- » mes comme vous , vous exhortant à abandonner » ces vaines superstitions pour vous conveY'tir au » Dieu vivant qui a fait le Ciel, la terre , la mer , et » tout ce quils renferment.» ; et à peine purent-ils empêcher le peuple de leur sacrifier, ( Act. Xll^. 7 , 8 etc. ).

A ïroade, un jeune-homme, nommé Eut} que y

(38l) ecouiait, assis sur. une fenêtre , la prédicatiôfi Aé Saint Paul dans l'assemblée (les disciples : le dis-^ cours s'étant prolonge jusqu'à minuit , le jeunehomme s'endormit, tomba du troisième étage , et on le releva mort; ttiais l'apôtre l'ayant embrassé ,' lui rendit la vie, ce qui l^emplit les fidèles deconsolàùon y fj4 et, XX' 7, 6 etCi J.

Tou^ ces miracles , et plusieurs autres également contenus dans les Actes , sont si dignes de Dieu , si convenables aux circonstances et à la vérité de l'E- . vanjgile dont ils étaient la preuve , et ils sont rap- ': ])ortés d'une manière sî sage , si modeste ,- si srimple^ si éloignée du ton d'un écrivain enthousiaste, ou crédule , ou fourbe , qu'en les lisant dans le texte on ne saurait s'empêcher d'y ajouter foi. D'ailleurs, saint Luc avait été personnellement témoin d'un grand nombre de ces prodiges, et il raconte les autres sur le rapport de ceux qui les avaient yus^ Il avait donc deji premiers la certitude physique / car il est impossible que ses sens l'aient trompé, non pas une fois, mais presquecontinuellement , et sur la réalité de ces miracles, et

( 1 ) Ofif peut juger du §raiiâ nombre aè' miracles faits par les Apôtre» non seulement pafr ceux que rapporte , en détail , rHistorten sacré , nwis aussi par ce qui est dit, au chapitre V, v. 1 5 : « On apportait les malades 9 dans les rues , et on les plaçait sur des lits et sur des grabats, afin que, » Pierre venant , son ombre au moins passât sur quelqu'un dVux » ^* D qu'ils fussent guéris. )> j et au chapitre XIX ^ v. 11 , 1 2 : « Dieu faisait » de grands miracles par les mains de Paul , jusques là qu'on plaçait «ur » les malades les mouchoirs et le linge qui avaient touche son cdrps , ^ >» aussitôt ils étaient guéris de Uur6 maladies», f Note de Vsuteitr. J

êtxt ïa réalilé des effets qui en résiiltaiant y pat exemple , sur les conversions qu'ils opéraient ; il esft . également impossible que les assistans qui voyaient avec lui et qui croyaient , de même que lui , ces merveilles, se soient fait la même illusion , aient éprouvé la même erreur des sens. Saint Luc Vivait la certitude morale des seconds ; car il avait connu et ceux qui Icj avaient opérés , et ceux qui en avaient été convertis, et ceux qui les avaient vus; il les tenait des églises entières qui y avaient été présentes; il en avait vu lui-même et apprécié les effets. Il n'a dotic pas été trompé.

Il n'a pas non plus trompé: car il ne l'a pas vottlu , et l'eût-il voulu, il ne l'aurait pas pu. Il ne i'a pas voulu : outre que son caractère moral ne donne aucuae prise à l'inculpation , il est évident que, s'il eût voulu tromper , il se serait bien gardé de joindre toujours aux faits qu'il rapporte l'indication des lieux où ils pnt été opérés, et la désigu.îtion des personnes ^uî en ont été Tobjet , sachant que dans tous ces lïeux il y avait des hommes qui y vivaient lors des évènemens , et que tous les au* 1res habitans pouvaient facilement , devaient même naturellement s'en informer. Eût-il voulul tromper, il ne l'aurait pas pu : car i\ lui était impossible d'induire en erreur à la fois un si grand nombre de personnes sur des faits publics, récents, que tant d'hommes de tout parti avaient un intérêt majeur à vérifier, et dont il leur était si facile de découvrir la fausseté^ rhistorien lui-même leur

C 38i ) en fournissant le moyen le yMis simple et le plvt^ efficace par l'indicalioa pi'écise de toutes les cii-^ constances.

Les miracles opérés parles x\.pôtres à l'appui de leur prédication ^ sont donc incontestables ; d'où résulte la conséquence que la Religion quils ont préchée a Dieu pour auteur. ( 1 )

Mais non seulement ils opéraient^des n3.iracles , ils communiquaient aussi aux nombreux néo- ])hytes ce merveilleux pouvoir. Ce fait nous est attesté par le même historien , dont nous venons Je reconnaître la véraci lé: il l'est également par diverses Epîlres*

Ce serait le comble de IVbsurdité, que les Apôtres eussent prétendu tromper le monde sur leurs

( 1 ) <t Un petit nombre dlïommes , dit Addisson , sortis d'une nation Laie et méprisée , n'eussent pas rempli Ftmiv^s de Jeurs srctatenis , s'ils n'avaient été munis* de lettres de créance authentiques parla personne divine qui les employait à ce ministère. Ce^ pour cela qu'ils furent revêtus , comme nous en sommes assurés , du pouvoir de fairar des miracles : c'était l'argument le plus Court et le plus convaincant po** sible , Je seul qui pût s'accommoder à la raison de tout le genre hmnain, le Êeul qui fût également à la portée des savans et des ip^norans , le seul capable de surmonter tout préjugé et toute objection. «Qui est-ce , en effet , qui eût pu refuser de croire qnc Jésus-Christ avait guéri les malades et ressuscité les Inorts , lorscpie ces faits étaient publiés par ses disciples qui faisaient eux-mêmes de tels prodiges ? Des personnes raisonnables pouvaient-elles penser que le Dieu dc.toute vérité eût armé d'un tel pouvoir des hommes qui s'en «iraient servis pour autoriser le mensonge, et pour établir dans le nibude une religion qui lui eût été désagréable. Ou pouvait-on croira que les mauvais esprits prêtassent leur assistance a la destruction de l'idolâtrie et du vice , à la destruction de leur règne ,• ( De la Religion chrétienne ^ sect. V, p. 136. / » f Note de Vauleur,)

|)t*ôpres miracles , et eussent voulu donner polit* preuve de la divinité de leur mission , les prodiges qu'ils opéreraient i quoitjuils connussent parfaitémenl leur impuissance à eh opérer un seul. Eu promettant des merveilles j ils attiraient sur eux les regards, et l'attention sur leurs œuvres. Or , il ne fallait que des oreilles pour s'assurer s'ils parlaient toutes sortes de langues, et des yeux pour vérifier si les malades auxquels ils imposaient les mains étaient guéris. Et parmi les observateurs qui les environnaient, combien n'y afait-il pas déco n- Iradicleurs! Combien d'ennèfmis de leur maître et de sa doctrine! Combien d'hommes animés contre eux par préjugé, par passion j par intérêt î Un seul miracle infructueuseliient tenté, une seule fraude découverte , et leur ministère était a^néanti , et un opprobre universel devenait leur partage. Mais quelle absurdité plus révoltante encore , s'il est possible^ de supposer qu'ils aient voulu et putromi>er les diverses églises sur les dons miraculeux communiqués aux fidèles! Le grand Apôtre , dans ses épîtres aux Romains ( 1 ) , aux Galates ( 2 ) , aux Ephésiens ( 3 ) , aux Thessaloniciens ( 4 ) , et surtout dans son épître aux Corinthiens (5 ) ^ leur parle des merveilles qui s'opéraient parmi eux , du pouvoir miraculeux dont ils étaient revêtus. Comznent en aurait-il imposé à tous ces peuples sur des faits

(1 )Rom. Xn.6. --(2)Galat. m. 11. — ( 3 )F.pl»'s. IV. 1t. -^ ( 4 ) ThesjMâl. V. 19 , aO. -. ( 5 ) Cor. XII. 8,9, 10 , 28 , 29 , 30. XiV. 5,12,13.

qui se passaient jonrnellemeQt , et presque COtitf-' iinellement au milieu d'eux? Serait-il jamais entrer clans IV^prit de St. Paul que, sur sa seule affirmation , ils cToiraieiU posséder ce qu'ils ne possédaient pas, faire ce qu'ils ne faisaient pas? Si , avant Je recevoir ses It^ttres , ils n'avaient pas cru avoir le don des langues , des prophéties , des miracles, avec quelle indignation, avec quel mépris ils les auraient accueillies! Et cependant ils les ont reçues et conservées avec le plus profond respect: ils croyaient donc avoir ces dons extraordinaires. Mais s'ils croyaient les avoir , ils les avaient : car on ne se trompe pas sur ce que l'on peut faire soi-même , sur ce que l'on fait actuellement. Pour nier l'exis- 'tcnce de ces dons miraculeux il ne reste donc qu'à soutenir que les premiers chrétiens , après avoir été les objets et les dupes de la fraude des A|)Otres, en sont tous , après le baptême , devenus subitement les instrumens et les complices les plus dociles et les plus fidèles, et qu'au moment où ils se sont aperçus qu'ils avaient été indignement trompés , tous unanimement et sans une seule exception se sont alors plus fortement encore attachés à leurs séducteurs, et se sont associés invariablement^ aux dé|)ens de tous les intérêts, à leur fourberie: hy; polhèse ([ui se réfute assez d'elle-même. : Mais pourquoi, demande l'incrédule , ces dons admirables ne subsistent-ils plus diiiis l'Eglise?

Observons d'abord (pie, quand nous ne donnerions aucune réponse à cette question^ l'existence

(le ces dons dans les ]»remiers temps n'en sérail \i!ii moins ineonlestable ; car jamais la cessation d\in lait n'a été admise comme une preuve contre sa précédente existence.

Secondement^ en supposant que les dons admi- .ràbles des premiers temps aient totalement cessé ,• il est évident qu'ils ont pu cesser dès qu'ils n'ont plus été nécessaires: avant que le monde crul, drf saint Angustin , ils étaient nécessaires pour (pie lé mon<le embrassât la foi évangélique ; mais l'I-vangile publié , la foi établie i l'univers converti , Tobjet (les dons miraculeux était rempli , et dès lors le terme en élait arrivé. Il n'est pas dans l'ordre de la su[)rême sagesse de mulliplier les prodig(^^ sans nécessité : en devenant communs , ils cesseraient* d'être frappants. Oe quoi , d'ailleurs , nous servirail-il qu'ils subsistassent encore? Sûrs qu'ils ont existé , avons-nous besoin de les voir pour basc.*r notre foi ? Nous avons de leur réalité la preuve la plus tranchante, c'est la conversion des témoinset des conlemporr^ins , et la transmission de leur croyance jusqu'à nos jours : elïet ceiHain , effet visible de ce!» prodiges, comme nous le montrerons dans le paragraphe quatrième de ce chapitre.

Troisièmement , il n'est pas vrai que le don des miracles ait totalement cessé dans l'Eglise. Au contraire , en suivant même les règles les jdus sévère» de la critique^ il est impossible de douter qu'il ne s'y soit fait des miracles dans les différens csiècles , depuis lès temps apostoliques. Nous con venons qu'il

(388) y a des prodiges fcitjiileux dans des histoires ecrtto par des auteurs ehréliens peu éclairés. Mais k ^tusple bon sens Jit as ez que ce nesl pas une raison de rejeter comme faux tous les miracles depuis le temps des Apôtres. Comme les romans ou le» antres histoires mensongères n'empêchent pas qu'il n'existe des histoires authentiques, les prodiges fabidenx des légendes nempéchent pas qu'il ne s'en soil opéi é de vrais.

11 y en a m,éme beaucoup qui sont revêl us de tontes les garanties de certitude historique. On peut ci 1er d'abord ceux qu'attestent des auteurs judicieux , qui les ont vus eux-mêmes y ou qui ont pu très-facilement en connaître la vérité , et qui onl mis ^eurs ouvrages au jour dans des circonstance» ij>ropres à metlreleur témoignage hors de tout soupçon. Il serait trop long de parcourir ici les exemples que nous en offrent les différens siècles de l'Eglise , et de faire apprécier sur chacun la force du témoignage : nous nous bornerons à un petit nombre, et à quelques observations.

Orîgène et Tertullien rapportent divers miracles (ju'ils assurent avnir vus.

Saint Albanase. en rapporte 'aussi plusieurs , et la plupart de sa propre connaissance.

Saint Justin, saint Ambroise, saint Paulin^ saint Aufiiistin , saint Jean- Chrvsostôme, saint Jérôme rapportent encore beaucoup de miracles opérés de leur temps, le plus grand nombre sous leurs yeuXr Il crt est aintii de Théodoret , cvêque de Cjr , de

. ( 380 ) Yîcfor , évêqiie de Vite , de Sulpice-Sévère , de Geoffroï de Chartres , ele. ( 1 )

Le temps et la manière de la publication de ces miracles sont une preuve de la vérité du témoigna ge de ces auteurs : car ils ne les rapportent pas oorame des faits arrivés depuis long-temps , mais comme des faits qui se sont passes au temps et au lieu même où ils en écrivent Ttiistoire , et comme tres-connus des peuples au mibeu desquels ils les publient.

Saint Augustin , par exemple , dit au livre XXII*.

de la Cité de Dieu , cli. 28 : « A présent même on

» voit des miracles s'opérer au nom de Jésus, aussi

» bien par les Sacremens que par la mémoire de

» ses Saints. La guérison do laveugle de Milan se

» fit en présence d'un grand concours, r|ui était as- "

» semblé autour des corps des martyrs Gervais et

» Protais. » Il ajoute: « Au milieu de nous il s'est

I) fait un miracle si iK^toire et si fameux , que je

» ne ôf ois pas qu'il se trouve un seul habitant dHip-

» pone qui ne lait vu ou qui n'en ait été informé».

11 en rapjjorte un grand nombre d'au très opérés de

son temps , et sous ses yeux , cîrconstanciant les

faits avec la j>l us rigoureuse exactitude, nommant

les lieux où il$ sont arrivés , les personnes qui y

( 1 ) Voyez le Catéchisme phïlosoph'c/ne par Ft'llor , \". 33 1 ; v\ diiis In Ta!)le cî?'s inatièreti de la Bibliothèque des Pères de l'Eglise par M. (iuitlori , Tartitlc Miracles.

Voyez au-.si V Histoire de IWtahlisscmcnt du Christianisme par Bullct « p 4l , li79 , 2tS0 etc. , et \ix. Heligion prouvée par un seul fait.

0nt m part, les témoins qui on l été présens. N'auy rail -il pas perdu le seAs, d'opposer solennellemen|: de tels faits aux objections des ennemis du Chrisr tianisme , ji'ils n'avaient été avérés?

Saint Cyrille de Jérusalem , dans une homélie Sîir le paralytique, prononcée devant son peuple , déclare comme unp chose connue de tout le mond(^ , que le don de prophétie , et celui de guérir les malades avaient éléaccordés de son temps â plusieui s fidèles de son éf>lise ; et il exhorte ceux qui * ont reçu ces dons à s'humilier et à réprimer" tout çcnlimerit d'orgueil et de vanité qui pourrait se glisser dans leur ame à ce sujet. Un tel discours ii'eut-d pas été le comble du ridicule , si ses auditeurs n'avaient pas été convaincus de la vérité des faits qu'il avançait?

Siûul (irégoire-le-Grand , diips sa lettre à $aÎ!!l Aiigustip , apôtre de l'Angleterre , l'exhorte aussi à rhumilité , le prémunit contre l'orgueil et l'enflnre de cœur, dont il pouvait être tenté à l'occasion des miracles que Dieu opérait par ses mains pour la conversion de cette lie: comment aurait-il pu lui tenir ce langage , si ces miracles n'avaient été notoires?

Plusieurs circonstances se réunissent p«>ur garanitir la vérité des faits miraculeux rapportés par ces nombreux et graves auteurs :

^^ Ces faits consistant princîj)alcmeut à reiuire la vue à des aveugles , la santé à des malades , la vie à des morts étaient visibles, palpables : tout honi-

(391) me Sâii|f(l*esprit et de corpus pouvait y discerner le

vrai du faux.

2". Les écrivains qui attestent ces faits > sont des témoins irréprochables , qui ont passé leur vie dans l'exercice de toutes les vertus. Les ouvrages qu'ils nous ont laissés, j.ônt la preuve la plus complète de leur prudence, de leur jugement exquis , de l'étendue de leur science. Les dignités dont plusieurs ét;«ient revêtus dans l'Eglise, leur ont donné les moyens de sonder la vérité de ce qu'ils racontent; et la charge qu'ils avaient à remplir exigeait -qu'ils prissent toutes les précautions pour ne pas se laisser tromper , sans quoi ils auraient compromis leur ministère , comme ils lauraienl inévitablement avili auprès des peiij)les, si l'on avait pu découvrir dans leur témoignage quelque trace d'imposture, vu surtout qu'ils ne cessaient de prêcher qu'il est défendu de s'écarter jamais de la vérité pour quelque cause que ce soit.

3^ Les effets produits par ces miracles sont une autre preuve de leur réalité. Ainsi, la conversion de plusieurs sectateurs du paganisme , opérée par les miracles arrivés au martyre des chrétiens ; ainsi , la [)ersécution des Ariens contre les Catliçiliques , arrêtée par l'évidence des miracles des saints miM'lyrs Gcrvais et Prolais , ( évidence par laquelle saint Ambroise , dans son discours sur ce sujet , confondit publiquement les persécuteurs); ainsi , la conversion des Henriciens opérée , à Tonlouie , par les miracles multipliés de saint Bcr->

nanl ( 1 ), démontrent Id réalité de ces n0i|ies |nlî racles. ( 2 )

Nous pouvons encore présenter avec confiance l(*s miracles discutés solennellement , et consignes dans les ])roces-verbaux de Ja canonisation des 8a mis. On se formera uçie idée des épreuves aiixqneJles l'Eglise soumet ces sortes de faits, par lui extrait du décret du Pape Nicolas V , relatif aiix miraclen de saint Bernardin de Sienne.

Le Souverain. Pontife commence par dire que

. six ans après la mort du saint , le Pape Eugène IV,

. so\i prédécesseur , avait confié la discussion desfaiu

à trois cardinaux ; que ceu3t-ci avaient envoyé sur

l(% lieux deux Evêques, qui ^ après avoir employé

(Uielques mois au*» plus exactes recherches , avaient

rendu un compte fidèle de ce qu'iisavaient reconnu.

« \i;iis notre prédécesseur, continue-! -il j ayant

» éle enlevé de ce monde avanl que cette négocia-

» tion pût être terminée , et ayant été nous-mê-

» messollicltésdela reprendre ^ nous avons résolu

» d'y procéder avec le {)lus grand soin et avec tou-

» te la circonspection nécessaire. Nous avons donc

(\ ) .Voyez V Histoire de V Eglise par Bérault-Bercastel , tome IL p- 3J7 et suit. — tome VI. p. 252 et siiiv.

^* ( 2 ) Une autre preuve de la réalité des fiiits miraculeux dans les pre-, miers siècles , c'est que d'une part les apologistes de la Reliji^ion , contemporains , en parlent avec la confiance la plqs ft'rme , et les présentent i leur» adversaires comme une preuve certaine \ et que de lanlre , les enncMiis du Christi^uiistue ne nient pas la Réalité de <*es prodiofe& qui sopcraient si près d'eux,, et les avouent même formellement en les attribuant à la magie. ( P^'ojez VlïisU de Vèiab. du Chris, par Rullet , p. 14 ^ 28| et les Dissert, sur la Aeî. par M. de La Luzerne , t. IL p. 1 15. J

» nérdt*''eïi Evéqne? îi ia r^'nHfrr:*!*- at- 1- verrai-,, ^nii » quâpi^ès cette «ecoii'l*- infVinuaf'fii . u'»ih- i»ll.— I) sioiis poorsuî'ïTe laftiii^'e avf- v*'^- atr-^j-e^ts. l^ » ont en TOT t d^u^^. Et^jo^^- ru . ^ tf u? '•^i-n^. i»i:t » non seïilenier.»t r »ii^!nu*- ce rr^: iw-.t ♦n* ii^-'-'i-— » Tert -soufe jï.\\v-^ 'fW-eaé'tî^fn! - m^j- fîj'^'xf :»i.t » rapporté d^s t*^'^»\:n:i«:2'*f ciiii-^tKi»* j*- i'%Hj*'»j'^ » miracle g /Tuî ont "ttr '^»T*^!*^ 'ie'iini* of^*-*- ''uifr3-2.

Il mat ion ^ d'^^tis en {-tod*. or d orne 'jn*- irv'i.-»^!!»^: ^ )) et nous aioi;«i eiiviné it-ux «•^^tJ**^ T^r,érc!»if?«

)* mois avec \*ch pre'j' e^ Vè ^lui :;i'';Tii'rvtr.t*f? 'T'i' 1 » se faisait ce^ iD'm';]*ft fr^'ï'ieii«-: #=^ !!i- *'»7.t n^yrn-

» que«-un^ des t-! i* reo^***^* laL'*^ ?^ ri^ av^rî? en- » TOveensu'*e a S:^^:!:^ nri a'tr^ Ev-^? le - mî , » ayant si'fonrri*^ q ie!'-nef mois ^]ans celte ^ille. a ïi rendu iéino'^cn'dje , a son r^îonr, de la vérité et » f\e la réalité «les mir^cîes. ?fous arons aussi en- » Toyé !e mémeconim'si^iîrei Aquila^oîiles.'îinlest » mort, jK>ur savoir ^ il s*v était fait quelqîiespr»> » <ligps. A son retour , il a conEnné les témoignages )) des autres qui avaient élé envoyés auj>ai^vant i> an même lieu ; et , de plus , il a rap;x)rté les faits » les plus merveilleux qui se sont prisses depuis le » temj>s que les autres ont pris des informations ; >ï faits ei merveilles arrivés non «lans des coir.s et M dans des lieux ob:>curs^ mais publiquemeul , au

C 30i ) » grand jour , et à la vue de tout le peuple. Ayant » reçu ces informations , nous avons fait rendre » compte de toutes ces choses dans notre consistoi- » re , où elles ont été examinées. Mais la matière » étant d'une grande importance, nous avons sus- )) pendu notre détermination jusqu'à la tenue du » consistoire prochain , afin que chacun descardi- » naiix pût dans cet intervalle examiner chaque » article en particulier avec plus de maturité et de .)) soin. Dans ce nouveau consistoire tous sont tom- » tés d'accord que les miracles étaient si multi- » pillés et d'une si grande évidence , et la sainteté )) du bienheureux , comme la pureté de sa foi , si h manifeste, qu'il y avait raison suffisante depro- » céder à sa canonisation* »

Si l'on considère que toutes ces démarches ont été faites , et que ce décret a été publié six ans après la mort du saint, et dans le pays même où tout s'était passé , c'est-à-dire , lorsque chaque circonstance ou particularité devait être connue de tout le monde , et récente encore dans la mémoire de chacun , on ne pourra s'empêcher de convenir qu'il n'a pas été possible de prendre de plus grandes précautions pour la recherche delà vérité dans cette cause. Des recherches qui ont élé réitérées par difféi eus commissaires , d'une science et d'une probité reconnues ; des témoignages qui ont été rendus avec serment sur des faits sensibles , manifestes et notoires, oj)érés en présence de personnes de tout rang et de tout état; des examens sérieux,

(395)* /juî ont eu lîeu par rap|)ort à ces faits au temps même , ou peu de temps après qu'ils sont arrivés , ,et lorsque des témoins oculaires et auriculaires vivaient encore; le procès et le résultat de ces examens vus , disculéç avec le plus grand soin par un corj)s de savans , s^ns préjugés, sans intérêt personnel, et^ après avoir été munis de leur suffrage, rendus publics aux lieux mêmes où les miracles s'étaient opérés, et où l'erreur ne pouvait de^ meurer cachée, s'il y en avait eu : tant de circonstances réunies ne sont-elles pas des moyens sûrs de constater la vérité des f^its , et des moyens tels qu'il est comme impossible d'y rien ajouter pour établir daps Tesprit la conviction la plus complète? Dans les dernier.^ temps , FEglise, pour ôter à ses ennenais jusqu'au plus petit prétexte daccusar lion , a voulu renchérir encore sur les précautions précédemment employées, et exiger les conditions les pi us sévères, les plus rigoureuses, pour assurer, avant la canonisation des Saints , la vérité des. miracles qu'on leur attribue. Les procédures qui sont faites dans ces occasions sont exposées au long dans l'excellent ouvrage du savant Benoit XIV sur ce sujet: il en résulte qu'on ne peutriea ajouter aux mesures prises pour établir la certitude de ces miracles, et que la prudence humaine ne Saurait rien imaginer déplus sage , de mieux combiné , de plus propre à ôter à l'esprit le plus difficile ^ (s'il est de ^onne foi ) , le plus léger doute sur ces faits. Jamais, nulle part dans aucun tribunal on n'a exigé,

pour prononcer sur la fortune et sur la v!e des hommes, des témoignages qui approchent de Tautorité de ceux que TEglise exige. ( 1 )

Ce que nous venons d exposer n'était pas absolument nécessaire; mais cela montre plus clairement combien est j)eu fondée Tobjectioti tirée de la pré* tendue cessation des dons miraculeux , et répand un nouveau jour sur la divinité de la Religion. Car il n'est pas possible qu'an homme de sens con* gidère, sans en tirer des conséquences décisives sur

( 1 ) « Il n'y a sorte de pn'caulions dont le saint Sl('*ge n'use pour dis* Cl rr.M* les vrais miracles d'avec les f.iux. D'environ cent miracles qai fart ut proposés îà la Sacrée Gt>nj;ré<;;ition pour la caaouisulion d'un Saint dos tlcTiiicrs sièclrs , le Saint Siège n'en a])prouva qu uu seul , et la canonisation fut sus] lenduejacqu'a ce qu'il plut à Dieu d'en opertr de nouveaux u!r son intercession.

« Voiei ce que j'ai appris sur ce sujet , de la bouchtî d une personne de la jlus grande considération , et dont le témoignage en vaut plusieurs iiutr<s. Un gentilhomme an liis étant venu à Rome , il arriva , je ne sais <<»mmcnt , qu un prélat romain avec qui il ^tait en liaison , lui donna à lire un procès tfui contv'n:iit la |iri uve de plusieurs miracles. Le proteslaiiL le lut av(;c beaucoup d'attention j puis en le rendant : « f^oiia ce;-» wi'iemcnt , dit-il , la plus sure manière de pix)Ui>er les miracles. Si tous ccuv que l*on reçoit dans l Ei,l:'se Romaine étaient établis suP desprewes tnissi évidentes et aussi authentiques que ceux-ci le sont , nous n'aurions aiiCUTie peine à j souscrire ,' et parla vous vous saweriez de toutes hs rcilleries que nous^aisons de vos prétendus miracles. » - — n Eh bien ! r« iliqua lé prélat , sachez que de tous ces miracles qui vous paraissent fi A'érés et si bien^ppuyés , aucun tHa été admis par la Congrégation des Miis j parce qu ils n'ont pas paru suffisamment prouvés. Le protestani étonné do cette réponse av«)ùa qu'il n'y avait qu'une, aveugle prévention iW pût oonibattre la canonis;vtiort d^*s Saints , et qu'il ne se serait jimais figuré que l'attention de rîiglîse Uoniaine allât si loin dans lexamen quelle fait de leurs miracles , ( Vie de saint Régis par Dauùenton , lÎY» \'I. p. 336.^ »

la vérité du Clirîstîanisrne , cette chaîne âe mira-' clés commençant à l'origine de l'Eglise , et aboutissant jnsqu'fi nous. Quelle aulre religion petit soutenir la comparaison à cet égard? Quelle est celle , je ne dis pas , qui peut montrer en sa faveur une telle continuité de faits constatés |)ar tous Us moyens humains reçus devant les tribunaux de l'univers , et admis de tous ceux qui croient à la certitude historique , je ne dis pas même un certain nombre de tels faits, mais un seul fait évidemment contraire aux lois constantes de la nature , public , avéré, capable de braver la discussion la plus sévère?.. On ne cesse de répéter qu'il y a de faiijt miracles dans les légendes. Mais qu'est-ce que cela prouve contre les faits miraculeux dont la certitude est démontrée? Et où a-t-on trouvé que les légendes aient été proposées par l'Eglise comme des histoires incontestables? Peut-on citer les décrets de qnel([ues Conciles , de quelques Souverains Pontifes qni aient obligé les fidèles à y ajouter foi? On peut citer une Multitude de lois faites par des assemblées d'Evêques pour proscrire las fables » mais aucune qui ait tejidu à \ts accréditer. Si dans . des siècles d'ignorance la croyance à (ies. faits aj)ocryphes, qui n'intéressaient ni la foi ni les moeurs, • s'est glissée parmi les peu|)les , l'Eglise* n est pas responsable de ce défaut de critiqu^; et si la correction des abus êh ca genre n'a pas été aussi pr(Mnpte ni aussi générale quelle l'aurait désiré , il i/en est pas moins vrai quelle a travaillé à les

elniiècner y à le» détruire , loin de jamais les autoriser. ( 1 )

.( 1 ) « De tous rnos préjugés contre les cathdliquos , dit M. Thayei* ,ancien ministre protestant , C (^ans la relation qu'Un écrite de sa conver-' sion ) , le plus enraciné était une incrédulité formelle à l'égard des faits miraculeux qu'ils disent être arrivés chez eux ; je ne me contentai paaf de nier absolument ceux que l'on disait à Rome avoir été obtenus par Tinterccssion du vénérable Labre, j'en fis un sujet de raillerie; je me permis, dans les cafés , des plaisanteries très-indécentes sur le serviteur de Dieu , dont la pauvreté et la malpiopreté me révoltaient ; et sur cet article , j'allais beaucoup plus loin que mes amis mêmes « protestans comme moi- Cependant le nombre et le poids des témoignages croissant chaque jour , je crus que je devais examiner la chose par moi-même ; je m'entretins plusieurs fois avec le confesseur (lu défunt , duquel j'appris une partie de sa vie. Xallai voir quatre des personnes que Ton disait avoir été guéries miraculeusement j je m'assurai de leur état actuel et de celui dans lequel elles étaient précédemment; je m'informai dû genre et de la 'îurée de la maladie dont elles avaient été attaquées , et des circonstances de leur guérison opérée dans un instant ; je recueillis les témoignages de ceux qui les connaissaient, et d'après toutes ces informations faites avec le plus grand soin , je restai pleinement convaincu que la réalité de chacun de ces miracles était mieux prouvée qtie ne le sont les faits les plus avérés... La vérité se montrait, à moi de tout côté , mais elle était combattue par tous les préjugés que j'avais sucés avtc le fait... Deâ intérêts tns-chers me retenaient... Mon esprit était convainc u , mais mon cœur n'était pas changé... £ufîn Tintérêt du salut éternel remporta... J'allai çiu café on je fis part de mon changement k tous mes amis ^ la plupart protestans ; et pour réparer , autant qu'il élait en.moi , le scandale que j'avais donné , je défendis la sainteté du vénérable Labre ^ et j« déclarai que j'avais plus de preuves de la vérité de ses miracles que je n'en exigerais pour quelque fait que ce fut... »

Le même IVL Thayer réjjondit , après sa conversion , à un ministre anglican qui lui avait écrit qu'il IVntendait avec étonnement , dans cet âge éclairé , parler de cures miraculeuses. « Des faits , Monsieur , sont des faits dans un âge éclairé aussi bien que dans un âge d'ignorance ; et les preuves des faits que nous n'avons pas vus nous-mêmes , sont toujours tes mêmes , c'est-à-dire, le témoignage des hommes. Je vous prie d'observer que dans un âge éclairé tel que le nôtre , il est bien plus difficii« d« faire

^. ttl. CONYERSIOIT 0£ SAINT ^AUL.

L'histoire de cette conversion est rapportée dans le neuvième chapitre du livre des Actes, écrit par lin auteur contemporain et compagnon de saint Paul dans la prédication de l'Evangile; et cet apôtre la raconte lui-même dans deux occasions solennelles où il est ohligé de parler pour sa défense , d'abord devant le Conseil des Juifs , (Jet. XXllJy et ensuite devant le roi Agrippa et Festus gouverneur romain , ( Act. XXVI, J.

(( J'avais cru , dit-il en s'adressant à Agrip]>a , que je dçvais combattre avec force le nom de Jésus de Nazureth; et c'est ce que j'ai fait dans Jérusalem ! J'ai mis en prison plusieurs des Saints, selon le pouvoir que j'en avais reçu des Princes des Prêtres; et lorsqu'on les a fait mourir, j'y ai donné mon consentement. Et souvent , allant dans toutes les Synagogues^ je les tourme»itais, je les contraignais de blaspbétner, et, irrité de plus en plus contre eux , je les persécutais jusque dans les villes

croire au monde de faux miracles , k cause do la facilitr d'en découvrir la fausseté. Cependant c'est précisément dans ce temps que l'Eglise proj)Ose au public une infinité de faits pareils , et Ci'la à Rome , le point du n'union des curieux et critiques de toutt^s les nations de protestant et de catholiques, à Rome où les discnssionti les plus ouvertes et les plus hardies sont aussi libres que dans toute autre partie du monde , ( j'en appelle ici à touA les anglais qui ont été dans cette ville ) ; et elle défie les critiijues les plus subtils d'en affaiblir la réalité. De tels faits , Monsieur, doivent étrt' crus . ou il faut mettre fin à toute foi humaine , et rejeter ceux de rErangile , qui également sont appuyés sur le témoignage des hommes. »

él ranimer es. Mais un jour que j'allais à Daraas aiéc' Un pouvoir et unecommis»i!on(les Princes des Prêtres, eh chemin , ô roi , à naidi , je vis une lumière du Ciel plus éclatante que le soleil , et qui Én'environna ainsi que tous ceux qui m'accompagnaient El tous étant tombés par terre, j'entendis une voix qui tne disait en langue hébraïque : « Saulj Saulj pourquoi jne persécutes-tu ? lleÈt dur de regimber contre t aiguillon. » Et moi je dis : (( Qui étes-pous. Seigneur? » Et le Seigneur répondit : « Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi], et tiens-toi debout: car je t'ai apparu^ afin de Rétablir le ministre et le témoin des choses que tu as vues , et de celles que tu verras lorsque jé f apparaîtrai dé nouveau. Et je te déUvi^erar de ce peuple , et des Gentus vers lesquels je t'envoie maintenant, pour leur ouifrir les jeux y afin qù ils se convertissent des ténèbres à la lumière , et de la puissance de sa tan à Dieu ^ et que par la foi qu'ils auront en moi , ils reçoii)ent la rémission de leurs péchés , et ^qu'ils aient part à ^héritage des Saints. » Je iitî résistai donc pas, roi Agrippa, à cette vision céles^ te; et j'ai annoncé d'abord à ceux de Daraas ^ de

Jérusalem , et dans toute la Jndée ^ et ^nsuit^ aux Gentils, qu'ils fissent pénitence et se coiitertissent au Seigneur , opérant de dignes Oeuvres de pénitence. Voilà pourquoi les Juifs, m'a yant saisi lorsque jetais dans le temple, voulaient me tuer. Ma'*, aidé du secours de Dieu^ jai rendu jusqu'au|onî'' dliui témoignage aux petits et aux grands, en d^'

( 4Ô1 ) Hàxii ce que Moïse et lej> prophètes ont préuàt i tjue le Christ souffrirait , qu'il serait le premier qui Ressusciterait après sa itiort , et qu'il annoncerait la lumière à ce pfeuple et aux Gehlils; »

Comme il pdrlàit ainsi pour sa défense , Festus dit à haute Voix : « Paul , vous êtfes en délire : votre grand savoir vous fait })ferdre le sens. »

Paul répondit: « Je ne suis pas dans le déHre ,• très-illustre Feslus; niais ce que je dis est plein dé vérité et de sens. Et le roi sait ces choses ; et j'en parle devant lui avec d'autant plus d'assurance, que je crois qu'il n'en ignore aucîune 5 car rien de tout cela ne s'est passé en secret- Roi Agrippa , croyezvous aux prophètes ? Je sais que vous y croyez. »

Agrippa dit à Paul: « Peu s'en faiit que vous ne me persuadiez de me faire chrétien. »

Paul répartit: « Plût à Dieu que non seulement il s'en fallût peu 5 mais encore que vùus et tous ceux qui m'écoutent devinsiez aujourd'hui tels que je Suis, à la réserve de ces liens! ;)

11 faut ajouter à ce discours de saint Paul quelques circonstances dont il lui était inutile de parler dans cette occasion y et qui se trouvent dans celui du u^gvçie apôtre aux Juifs * et dans le récit de sa conversion fait par saint Luc au chapitre neuvième des Actes, savoir : Que le grand éclat de la lumière qui t avait ehvironné j lui avait été la vue; que ceux qui t accompagnaient Jurent obligés de 'fi prendre par la mxiin pour le mener à Damas ;

7*** là y au bout de trois jours , un homme pieux

S(doN la loi , nomnw Aiianie , à 1c veHu duquel ions les Juifs qui y demew aient rendaient témoi* gnuge , vint Je trouver- , lui imposa les mains , et quait même instant il tomba de ses yeux comme des écailles ; qu'il recouvra la vue , et qu il fui baptise ; qu'aussitôt après Paul prêcha dans les Synagogues de Damas Jésus Fils de Dieu, et ai^ec tant de force que les Juifs , confondus par ses rai^ sons y conspirèrent contre sa vie , et firent garde jour et nuit aux portes de la ville afn qu'il ne pût leur échapper ; qiienfin les disciples , pour Penl€i>er à leur fureur ^ le descendirent le lo^yg de la muraille , dans une corbeille , pendant la nuit* . ( Act. IX. XXIL )

Saînt Paul parletle lui-même d'une manière conforme à ces récits, dans ses épîh-es aux égliîves qu'il établissait : ouvrage , (comme nous l'aYons déjà m), dont on ne peut révoquer en doute ravillienticite sans renverser toutes les règles dont an se sert pour établir celle de tons les autres écrits.

Il dit aux Calâtes : a Je vous assure, mes frères , que l'Evangile que je vous ar prêché n'a rien de l'homme; car je ne lai point reçu ni appris d'aucun homme, mais par la révélation de Jésus-Christ; car vous avez ouï dire de quelle manière j'ai vécu autrefois dans le Judaïsme, avec quel excès defureur je persécutais l'Eglise de Dieu et la ravageais, me signalant dans le Judaïsme au-dessus de plusieurs de ma nation et de mon âge ^ et ayant un zèlç démesuré pour les traditions de mes pères.

Mais lorsqu'il a j)lii à Dieu qui m'a choisi pùrtîcil» lièremeiit dès le sein de ma mère , et qui m a appelé pal* sa grâce ^ de me révéler son Fils , afin (jud je prêchasse parmi les nations ^ je l'ai fait aussitôt sans prendre conseil de la chair et du sang. Et je ne suis point retourné à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi ^ mais je m'en suis allé en Arabie ^ et puis je suis revenu encore à Damas- Ainsi trois ans se sont é';oulés; et je suis retourné à Jérusalem pour visitef Pierre ^ ( GaL c. 1. ) »

11 dit aux Philij)piens : u Si quelqu'un croit pouvoir se confier dans la chair ^ jele puis pi us qu'aucun autre, ayant été circoncis au huitième jour , étant Je la race d'Israël^ de la tribu de Benjamin^ né hébreu , de pères hébreux j pour ce qui est de la manière d'observer la loi , ayant élé Pharisiei^ ; pour ce qui est du zèle du Judaïsme , en ayant eu jusqvi'à persécuter l'Eglise ; «t poitr ce qui est de la loi , ayant mené une vie irréprochable. Mais re qui était alors un gain pour moi, je lai regaixlé, à cause de JôsusChrist , comme une ptrle ; je dis plus, tout me semble une peite au prix de l'excellente connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour Tamour duquel je me suis privé de toute$$ choses , et je les ai regardées comme de la boue ^ afin de gagner Jésus-Christ, ( Philipp. c IIL). n

Et dans la première épîti'e à Timolhée: u je rends grâces à Jésus-Christ , nuire Seigneur, qui m'a fortifié , de ce qu'il ma jugé fidèle en m^établissant dans ce ministère , moi qui étais avant cela un blas^

phëmaleur , un persécuteur , tîn en neîfti outrageant, f I Timoth, r. 1. J. »

El dans la première épîlre aux Corinthiens ^ après avoir fait rénuméralioïi de plusieurs apparitions de Jésus-Christ depuis sa résurrection , il ajoute : « Enfin ,, après tous les autres , il s'est fart voir à moi-même comme à un avorton; car jesui» le moindre des apôtres , et même je ne suis pas digne d'être appelé apôtre , parce que j'ai persécuté l'Eglise de Dieu, ( I Cor. c. Xf^.J. >>

Or , un homme qui rapporte de lui-même des^ faits de cette nature , et qui les rapporte d'une manière si formelle et si bien circonstanciée , doit avoir nécessairement été un imposteur qui , dans^ Fintefition de tromper, avançait comme vrais des faits dont il connaissait la fausseté ; — ou un visionnaire , un enthousiaste qui, par la force d'une imagination échauffée, se faisait illusion à lui-mê' me , ou avait été trompé par d'autres ^ et tout ce qu'il avance n'est qu'une suite de celte séduction ;. — ou enfin , ce qu'il déclare avoir été la cause de sa convei'sion est réellement arrivé, et par conséquent la Religion chrétienne est de révélation cli- TÎne.

1\ Saint Paul n'a point été un imposteur. Il ^ n'fiurait pu être porté à une telle imposture que par le désir d'augmenter, ses biens , son crédit , son pouvoir , ou par le désir de satisfaire quelque passion à la faveur même de cette imposture, et par . les moyens que le succès lui aurait fournis. Or ,•

▼oyez en quelle circonsUnce il déclara sa conYtr- «ion à la foi de Jésus-Christ. C'est dans le temps où ce Jésus qui s'était dit le Messie et le Fils de Dieu, malgré la sainteté de sa vie , malgré les miracles qu'il avait opéréis pour prouver sa mission , venait d'être crucifié comme un imposteur et un blasphémateur, et qu'humainement parlant , son supplice devait avoir fait perdre, même à ses disciples, l'envie de suivre sa doctrine ^ et confirmer les Juifs dans le préjugé qui leur faisait envisager le Messie promis à leurs pères comme devant régner et triompher sur la terré , loin d'y souffrir et mourir d'une mort honteuse ; c'est dans le temps où prenant part aux violences que les Juifs exerçaient contre les^ premiers chrétiens , ne respirant contre eux que les menaces et le sang , il allait accomplir à Damas la commission d'amener prisonniers^ h Jérusalem tous ceux qu'il trouverait de cette secte , hommes ou femmes.

Dans de telles circonstances , le motif de s'enrichir n'a pu le porter à prendre ce parti , piiivsque, par cette démarche, il risquait de perdre tous ses I)iciis , et sôtait jusqu'à l'espérance d'en pouvoir acquérir d antres : les hommes qu'il abandonnait étaient les dispensateurs des richesses , des dignités , des charges dans la Judée ; les hommes aux^ quels il s'associait étaient des gens pauvres, opprimés , dénués de tout moyen d'avancer leur fortn» fie. On voit, d ailleurs^ par ses épîtres, que, loin cle profiler pour lui-même de la charité et de la

vénér^ition des fidèles , il refusait souvent cl-ei> recevoir de quoi se proc<irer les néi^essilës de la vie f 1. Cor. If^. -^- I, T/iessaL c\ 2,J : aussi, cil faisant ses adieux aux fidèles de réalise d'E» |)hèse, il leur disait ; « Je n'ai désiré de person^ » ne niargenî: , ni or, ni vêtement. Vous savez quQ » mes mains ont fourni à mes besoins et à ceux des )i personnes qui sont avec moi , ( Act. XX- )* n L'état où. étafl l'Eglise quand Paul y qntra ^ ci la conduite (|u'il y tint dans la suite, prouvent donc qu'en embrassant le Christianisme, son objet n'avait point été de s'enrichir; au contraire, en continuant de persécuter les fidèles , il avait des espérances presque certaines d'avanper sa fortune par la fa* veur de ceux qui étaient à la tôte de la . épubiique des Juifs , au[)rès desquels il ne pouvait avoir de ineâlléure recommandation que le zèle qu'il avait montré contre la religion de Jésiis-Christ.

\je crédit et la ré[)utation n'ont pas été non plus jîon objet. Car la nouvelle secle qu il embrassait était jjéuéralement méprisée; les chefs n'étaient que des hommes de la plus basse extraction • qui n'avaient, pour se faire valoir, ni connaissances , ni talens humains. Les dogmes qu'ils enseignaient étaient conîraires à la doctrine des sages et des sa vans de leur nation. Il n'ignorait pas que Jésus crucifié était im scandale pour les Juifs , et une folie pour les Gentils ; et il ne pouvait pas s'empêcher de prtîvoir ce qu'il sentit dans la suite ]).ar sa propre expérience, à quels mépris élaieul exposés les pré Ji-»

rateiirs crun mystère si opposé aux goâts , aux pa«- «oiiis du monde , ^l à rorgiieîl de la raison humaine.

Etait-ce Tautori lé , le pouvoir (ju'il ambitionnait? L'autorité!... Sur quoi? Sur un troupeau de brebis qu'on menait h là boucherie , et dont le pasteur avait été lui-même égorgé quelque temps auparavant. Tout le fruit qu'il pouvait espérer de cette autorité, n'était-ce pas d'être exposé plus qu'aucun autre au glaive qu'il avait si cruellement tiré contre les fidèles? Avait-il lieu d'attendre des Juifs plus de grâce qii'ils n'en avaient faite à Jésus- Christ? Leur fureur même ne devaitrelle pas êtie plus violente contre le déserteur de leur parti, que coulre aucun des Apôtres? Certes , Vaiilorité sur une poignée d'hommes obscurs ne méritait pas dêlre achetée au prix de tant de dangers.

On pourra dire qu'il y a. des hommes si avides de dominer , ne fut-ce que sur des gens pauvres, qu'ils affronteraient pour cela tonte sorte de périls. Mais Paul n'aspirait à aucune prééminence 8ur les autres apôtres, puisqu'il se déclare liii-niènie le moindre d'entre eux , et le serviteur dé> -simples fidèles , fl. Cor. XF. IX. J; et l'autorité qu'il i^xerçait sur ces derniers était toute spirituelle , et se bornait à leur instruction et à leur édification : elle n'avait rien de cette domination politique qui peut seule llatler un imposîeur , comme fut rel!e que sacquirent et qu'exercèrent, à la faveur d'une prétendue révélation, plusieurs anciens législateurs;

Miiios ^, R^dàmandie , Ljcurgue, Kuina, ^alea« (EUS, Zoroastre ; cQmtne fut encore tlans ces der-s niers temps, la domination d'Odin chez les Goths, (de Mahomet i^bez les Arabes , de la famille de:^ Sofi chez le* Persans , de Mango-Bopat chez le^ Péruviens^ Cë|;ait aussi à une doininadon decettd espèce qu'aspirèrent , chez les Juifs , tant de faux Messies. L'obéissance aux magistrats ëlait la doct trine que Paul enseignait aux églises quil fondait, et celle qu'il pratiquait lui-mêrpe ; il n'i^sait d'aucun des artifices qu emploient les ambitieux et le$ intrigans poiir se faire valoir auprès de ceux qu'ils veulent assujétir à leur autorité ; tout ce qu'il trou? Tait de répréhensible dans les disciples , il le con-s damnait avec liberté : on en voit une iMfiiiito d'exemples dans ses é^iîtres.

Peut-être dira-t-ou que du moins il aspirait k un pouvoir spirituel sur les églises qu il plablissait^ Mais il est certain qu'il prêchait Jésus-Christ et qu'il ne se prêchait pas lui-même ; il ne se disait; que le ministre de Jésus-Christ: aussi n'a[)pelle-t-il ceux qui l'aidaient dans la prédication de l'Evan? gile , "que ses coopérî^teui's et ses conseiviteurs^ Quoiqu'il ei|t r^çu une éducation bien différente de celle des autres apôtres , et qu'il eût bien plus d'usage du monde ^ loin de se prévaloir de ces avan«! lages, il déclarait n'être pas venu avec les discours élevés d'une sagesse et d'une éloquence humaines, et ne savoir au milieu de ceux qu'il convertissait que Jé$m'Clirist et Jésus-Christ crucifié ( 1. Cov^

%l, ) y aSn y di&ait-il , que leur foi ne fût pas établie ^ur lu sagesse des hommes , mais sur la puissance de Dieu: or^ c^tt§ conduite ne Iql permettait pas de s-éiever aurdessus des autres apôtres ijui connaissaient Jésus-Chriët aussi bieh que lui , et qui , comme lui , avaient reçu de Dieu le pouvoir de prêcher -FEvangile : un imposteur dont le but aurait éiè d acquérir de lautorilé et du pouvoir , aurait fait tout lj3 contraire,

Il ne tenait > d'ailleurs , qua lui de donner aux églises qu'il établissait une constitution qui favorisât ses vues ^rftbitieuses^ puisqu'il prêchait TEranjgile en des parties du qionde où aucun des antres apôtres n'avait pénétré , et où le nom de Jésus-!' Christ n'était pas connu; il ne tenait qua lui d'aç-* commoder TEvangile à ses vues particulières , à l'agrément et à l'utilité de sessectateuis, aumaift-' tien et à l'augmentation de son pouvoir : c'est ce* pendant ce qu'il n'a- pas fait dans aucune des coh» trées qu'il a parcourues,

Il est donc clair que saint Paul n'avait rien à gagner en embrassant la religion de Jésus-Christ. Voyons maintenant ce qu'il sacrifiait et ce qu'il 3vait lieu de craindre.

Il sacrifiait sa fonuné qu'il aurait pu avancer , /en restant attaché à la religion juive ; il sacrifiait la réputation qu'il s'était faite par ses longs travaux ^ par ses éludes, et par une conduite irréprochable dans la justice légale; il sacrifiait les amis, ses païens j s^ famille , à laquelle il s'arrachait et devenait

étranger pour toute sa vie ; il baciiGait enfin celle religion dans laquelle il s'était signalé au-dessus Je fous ceux de son âge , et les traditions de ses pèrei pour lesquelles il avait été zélé jusqu'à lexcès: combien ce sacrifice ne devait-il. pas coûter à un homme de son caractère , et combien n'était-il pas audessus de Tbomme dans Ufi juif! On sait que c'était la nation du monde la plus attachée a ses idées de religion , et que parmi eux la plus austère et la plus orgueilleuse secte était celle des Pharisiens , fious la discipline desquels saint Paul avait été élevé. Abandonner si subitement des dogmes si chers, renoncer a l'attachement de ses premiers maîtres, el^ de leur disciple , devenir tout d'un coup leur ennemi, n'était-ce pas ce qui demandait les derniers efforts de la part d'un homme accoutumé, dès l'en* fance, à les révérer, et dont ïes premiers préjugeas étaient fortifiés p^r tout le pouvoir de rhabitude, par lâutorité de l'exemple, et •par les charmes de l'honneur et de l'intérêt?

Voilà les sacrifices qu'il fallait que fil St. Paul pour embrasser la Religion chrétienne ; voici ce qu'il avait à craindre : rien moins que la vengeance implacable de ceux qu'il abandonnait, etlemé* pris le plus insoutenable, je- veux dire le mépris de ceux dont il avait si ardemment recherché Testi* me, euGn tous les maux dont il fait Ténumération dans l&onzièiïie chapitre de sa seconde, épîlre aux Corinthiens, et dont le moindre sufHrait pourfai* rc abandonner à un impo^eur le projcl le plus fiUt^

leur et le plus utile. Donc, Tavantage qu'il pouvait 150 proposer nayaul aucune proportion avec les dangers qu'il courait, avec les ra:iU?L qu'il aurait à .souffrir , il y aurait eu la plus étrange extravagance à entrer dan^f une pareille imposture,, et à y persévérer après s'y être une fois engagé.

Ilestdoncdémoutré queTiiitéret, la réputation, l'autorité, n'ont pu être les motifs qui ont engagé saint Piiul à se convertir à la foi chrétienne , et que toutes ces vues , ainsi que la juste appréhension de tant de maux inévitables , auraient dd l'empêcher de prendre un parti si opposé à toute sa Y*ie précédente, à tous les princi j)es qu'il avait reçus, à toutes les habitudes qu'il s'était faîtes. Voyons maintenant si le désir de satisfaire quebpie passion à la faveur de cette religion et par les moyens qu'elle lui offrait, a pu la lai faire embrasser.

Qu'il y ait eu des imposteurs , qui se sont donnés pour inspirés du Ciel , dans le dessein d'ouvrir ])arlà une libre carrière à leurs passions* dén'^glées, et de s'affranchir du joug du gouvernement , des lois et de la morale^ c'est une vérité que prouvent également Tbistoire ancienne et la moderne. Mais la doctrine que piêchait saint. Paul est tout-à-fait contraire à de telles vues. Ses maximes n'inspirent que les principes de la plus étroite morale, l'obéisr sance aux magistrats, la retenue, l'horreur du dérèglement, de l'oisiveléel delà débaucbe ; nous ne lisons dans ses écrits aucun de ces dogmes dangereux à l'abri desquels on a vu des hommes pré-

tendus inspirés troubler la paix de la société et enfreindre les règles des mœurs ; nous ne voyons , dans toute la suite de s»a vie , aucun trait qui annonce -un cœur déréglé ou corrompu. Il prend les Thessaloniciens à témoin de la pureté desadoctri' ne- et de l'innocence de sa conduite, ( I Thess. IL). Dira-t-on qu'il se laissa passionner pour la belle morale de TEvangile , et que le désir de la répandre lui fit former le projet de soutenir et de propager la foi de Jésus-Christ. Mais quand il entreprit de prêcher l'Evangile , il était persuadé qu'il allait s'exposer à tous les maux que l'homme peut souffrir ici-bas; il s'y attendait lui-même et avertissait ses disciples de s y attendre. La seule consolation qu'il avait et qu'il proposait souvent à ces nouveaux chrétiens , c'était que , s'ils souffraient avec Jésus-Christ^ ils seraient glorifiés avec Jésus- Christ, (Rom. VllL — Il Thess, h)\ et il écrivait aux Corinthiens : « Si nous n'avons d'espérance eu Jésus-Christ que pour cette vie , nous sommes les plus misérables de tous les hommes, (I Coi\ XV. )^ » Les mépris, les tourmeiis , les morts cruelles que les chrétiens eurent à souffrir alors , et long-temps après , font assez voir combien il avait raison de leur tenir ce langage. Dans ces circonstances, professer la Religion chrétienne , sans être intimement convaincu de sa divinité^ c'eût été assurément une insigne extravagance. Mais user de supercherie et d'artifice pour la faire embrasser à d'autres, n'eûtce pas été le trait le plus noir ! Un homme qui au«

raît pu exposer ses partisans à. tant de malheurs^ f aurait-il conserve le moindre sentiment d'humani* té et la moindre étincelle de raison , de s'exposer lui-même à les partager avec ceux qu'il aurait séduits, précisément )X>ur établir une religion qu'il aurait connue fausse , et qui n'aurait eu de vrai q4ie sa morale? Cest une trop choquante absurdi-' lé ^ qui se détruit d'elle-même à la première réflexioif^

A toutes ces raisons qui montrent que St. Paul n'avait ancnn mol if raisonn<^ble d'embrasser la re* ligion de Jésus Christ , s'il neût été sincèrement persuadé de sa vérité ^ ajoutons que, si on pouvait objecter aux autres apôtres qu'ils avaient été trop attachés à Jésus-Christ pendant sa vie ^ pour renoncer à sa doctrine après sa mort y qu'ils n'avaient que ce moyen de conserver quelque crédit , on ne pou^ vait dire de saint Paul rien de semblable. Ce raisonnement j s\\ a quelque force ^ prouverait, au contraire , que saint Paul devait naturellement rester juif et ennemi de Jésus-Christ; car si les Ap«>tres étaient engagés dans un parti , il ne letaît pas moins dans un autre. La seule difféi'ence entre» eux et lui, c'est que les autres a|)ôtres , en quittant leur mattre après sa mort , échappaient par là aux persécutions ,au lieu que saint Paul , en abandonnant les Juifs , et en embrassant la croix de Jésus-Christ , courait à une perte certaine. Donc aucun motif raisonnable n'a pu porter saini Paul à embrasser la Religion, chrétien ne: aucun*

traire, tout contribuait à l'en dc'lonrner. Donc < Ijon^me d'esprit et do bon sens comwe il était , il ne l'embiassa que ])ar une conviction intime de sa vérité; et par conséquent il n était point un imposteur qui soutint comnie vrai Ce qu'il savait être faux , dans le dessein de tromper les autres.

Ajoutons encore , pour faire dispaïaître jusqulà Tombre du doute j que , quand il aurait été assei dépourvu de sens, pour soutenir , sans aucmi intérêt, une im])Osliife aussi danj»ereuse pour lui que pour ceux^ qu'il séduisait , il n'aurait pu y réussir par les moyens quW sait qu'il a employés.

La foi qu'il professa , et dont d devint Tapôtre , n'était pas son ouvrage ^ et par conséquent il n'eu pouvait imaginer les dogmes- Il n'avait eu aucune communication avec Jésus-Christ avant sa mort ; il lui était donc impossible de jouer cepeisonnage sans se concerter du moins avec les Apôtres: c'était d'autant plus nécessaire^ que l'entreprise de prêcher l'Evangile exigeait non seulement une parfaite connaissance de tous les faits qu'il contient , et qui n'avaient alors été publiés dans aucun écrit, mais encore un pouvoir, du moins apparent, d'opérer des n iracles : pouvoir que les Apôtres donnaient comme une preuve incontestable de leur mission , et <^e la doctrine qu'ils annonçaient. 11 fallait donc qu'il apprit deux les moyens dont ils se servaient pour faire illusion aux yeux, si ce pouvoir n'était qu'une supercherie. Or, saint Paul , avant de se rendre à Damas , n'était connu des Aj^ôtres que

eamme leur persi'ruleïir , anqnel évidemment ils ne se seraient pas hasardés à confier des secrets d'où dépendaient leurs espérances et leur crédit. Il suit de là (jiuî jusqu'à ce qn'il allât à Damas , St. Paul n'avait point eu de communication avec eux , et qu'il n'en avait appris que ce qu'il** enseîgnaien* publicjnement à tout le monde. Or, dès qu'il y fut arrivé, il alla dire aux Juifs à quiil apportait, de la [jart du Grand-Prêtre et de la Synagogue, des let très contre les chréîiens , qu'il avait vu dans la route une grande lumière qtii venait du Ciel , qu'il avait entendu Jésus-Christ lui faire des reproche» de ce qu'il le persécntai( , et lui ordonner' d'entrer dans la ville où on lui (lirait ce qu'il devait fiiire* Cette manière de se déclarer coDyerti à Jésus-Christ, ne peut se justifier qu'en supposant que tous ceux qui étaient avec lui , quand il avait eu cette prér tendue vision , étaient du comjdot qu'il formail> Sans cela l'aventure qu'il racontait nanrait eu aucui* créance dans les esprits , puîscpi'il n'aurait ])as man||ué d'être désavoué par* ceux mêmes dont le témoignage était nécessaire pour en établir ]a térilé. Mais quelle raison aurait pu porter ces officiers de justice ou ces soldats employés à servir les desseins du Grand-Prêtre et cjf la Synagogue , à préva! it|uer dans la commission dont ils étaient chargés , sans qu'aucun s'y refusât , ou se démentît dans la suite? Sfiint Paul aurait donc du échouer dès ce premier pas.

Puisqu'il fut instruit à Damas par un chrétien ,

Il faut siipposef tjxie celui-ci a cj;e son cômpiidêf/ Mais il ne parah pas qu'Ânanie eût jamais connd saint Paul , et il était d'ailleurs d'une pfobité reconnue par les iuifs de Damas, ce qui rend toutà- fait inadmii^sible sa participatiori à une telle intrigue. De pltiil cotntnent ce chrétieti aurait-il osé jouer un personnage si dangereux sans le consentetnetit des auli^es disciples , et particulièrement des apôtres, ou par quels moyens aurait-il pu obtenir ce consentement ? Quelle absurdité à eui d'at-» tribuer la convernioti de saint Paiil à un tnirack dont ceux qni étaient avec lui pouvaient attester^ la fausseté? iN'élait-il pas plus aisé de l'attribuera quelque prétendu miracle opéré par Ânanie ou par les disciples,, de manière qu'on ne pût découvrir la supercherie?

C'était la voie la plus naturelle et la plus sûre y i^u lieu d'atoir recours à un événement dont il était si facile de déuiontref* la supposition ou la fausseté? Le fait pouvait être auî5sit6t exau^né pat les Juifs de Damas intéressés à en faire une^acte recherche. Ceux de Jérussflem , dont il portait les lettres , n'avaient pas moins d'intérêt à découvrir tout ce "taiystère. Cependant quelques années après y lorsqu'ils avaienj eu tout le temp» et ton» les^ moyens de faire les perquisitions nécessaires y St» Paul en appelait hardiment à Agrippa , en ptésence de Feslns, sur là vérité de cet événement (^jdf^^. XXyL J ; et ce prince , qui aurait certaineïnent entendu dire tout ce que les Juifs auraient allégué

contre ce fait, ii'^ssaie pas de le contredire: preuve incontestable de la notoriété du fait et de la pro- •bité de saint t^aul, qui en appelait avec assurance An témoignage du roi assis pour le juger.

Considérons maintenait quelles difficultés saint Paul dut rencontrer parmi les Genjjûls mêmes dans^ son entreprise. Il avait à combattre contre la politique et le pouvoir des magistrats; contre l'intérêt, le crédit et lartificç des prêtres ; contre les préjuges et les passions du peuple;. contre la sagesse et l'orgueil des philosophes. Ainsi , loin de trouver , dans les Gentils, aucun ajypui , aucîlin secours pour Tonvrage de leur conversion., il éUiit assuré de rencontrer toute la résistance et l'opposition imaginables; mais ^ comme il était incontestablement nu homme de bon sens , il dut compter nécessairement, pour réussir à vaincre des obstacles si muV tipiiés et si naturellement invincibles , suj' cjueî({rie secours extraordinaire , sur iln pouvoir siijXTieùr à CQ^ui de la raison et de Téloquence. Aussi , dit-il awx Coriptliions cju'il n'a |>oint employé , eh leiu' prêchant TEvangile , les discours persuasifs de la sagesse humaine , mais les effets sensibles de la puissance de Dieu f I. Cor. ILJ'^ et aux. Tbesswloniciens , que sa prédication n'a pas été en paroles seulement, mais quelle a été accompagnée de mi- ^ai^les f T. IViessaL /. J. Celait à Tefficace de ce pouvoir divin qu'il attribuait toni ses succès dans ves contrées , et partout où il établit la Religion chrétienne. S'il avait réellement ce pouvoir , on

comprend qu'il put triompher dç tous ces oK^ta-» clés; mais en ce cns^ il n'était point un imposteur- S'il ne l'avait pas , il est aisé de montrer que pai' de préiendns miracles il n'aurait pu surmonter toutes ces difficultés et réussir dans son entreprise. Pour donn|)r cours à de faux miracles , deux circonstances doivent nécessairement concourir : une disposition à se laisser tromper dans ceux à qui il s'agit de faire illusion , et une faction puissante qui favorise et soutienne l'imposture. Ces deux circonstances^ 6u du moins Tune des deux ^ ont toujours accompagné les faux miracles qui ont fait des dupes. C'est à leur concours qu'est due la créance que le monde païen a eue aux oracles y aux aUwSpices , aux augures, et aux autres supercheries par lesquelles les prêtres, de concert avec les magistrats, soutenaient la religion du pays, et trompaient un peuple prévenu en leur faveur^ et qui voulait être séduit. Or, saint Paul n'avait pour lui ni l'une ni lautre. Les Gentils assurément n'étaient pas prévenus en sa faveur, ni en faveur des^ dogmes qu'il enseignait : il serait même diffici!<^ d'imaginer des préjugés plus forts que ceux dont ils^étaient préoccupés contré lui et contre sa doctrine ; par conséquent il ne pirl les déterminer à adopter la religion quil prêchait que par de vrais iniracles. D'autre pari , en prêchant la foi aux Gen» tils, il était presque toujours seul , ou il n'était secondé que par deux compagnons, tout au plus- Elait-celà ur.e cahale capable de faire réussir une

telle imposture , dans tant de paya difféi'ens ^ ddri-s tre Topposition universelle des magistrats, des prêtres et du peuple , ligues pour décotivrir et dévoiler leurs intrigues?

D'ailleurs^ ceux contre qui il aurait eu recoiirs à ces artifices ^ n'étaient pas de$ peuples grossiersf ou ignoran.^ 3 capables de prendre des opérations extraordinaires de la nature^ ou des tours de charlatan pour des œuvres miraculeuses; Cétait parmi les Grecs de l'Asie et de l'iîurope ^ parmi les Romains, au milieu des solenccj^, de la philosophie ; et ce n'élait pas le bas peuple qu'il convertissait : Sergius-Paulus, proconsul de Paphos , Erasle trésorier de Corinlhe , Denis l'aréopagite furent ses prosélytes.

Nous venons d'établir que saint Paul n'avait d'autre motif raisonnable de se faire apôtre de Je-, sus-Christ , qu'une conviction intime de la vérité de l'Evangile ; que , s'il était entré dans une pareille imposture sans motif raisonnable, il lui aurait été' impossible d'avoir le succès étonnant qu'il a eu; et que ce succès n'a pu être que l'effet du pouvoir ditin qui le secondait ; d'où il suit évidemment que saint Paul n'a point été un imposteur.

2^ Il n'a point été un visionnaire. Un tempérament ardent et mélancolique , la crédulité , la vanité ou une haute idée de soi-même : voilà les qualités qui forment ordinairement les enthousiastes.

Saint Paul , au lieu de se laisser emporter à son lempéraineul , en était tellemeiit le maître , qu«

iLins les matières indifférentes il se faisait totit k tous ^ accommodant , autant (jue ce (ju'il devait à Dieu le lui |»ermettait , ses idées et sa manière de vivre aux leurs : condescendance qui n'est guères compalible avec la raideur inflexible des dévols • entlioiisiasti s , oii avec les mouveméns et les saillies violentes d'une imagination fanatique. Son zèle , quqiq lie ardent , était réglé par la priidehce et temj)éré par la politesse et les bienséances, comme le prouve sa conduite à fégard d'Agrippa , deFestus et de Félix: zèle pariconséqnent bien différent du zèle imprudent et aveugle des en thousia-ïtes qui ne savent garder ni mesure ni décence.

Il ne paraît pas, d'ailleurs, ni par ses écrits, ni par ce qui est dit de lui di^ns les Actes, ni par aucun autre témoignage , qu'il fût jdus porté à la mélancolie qu'aucun autre homme : on ne voit ni dans ses actions, ni dansles instructions rju'il donnait à ceux dont il était chargé, aucun trait d'humeur atrabilaire : il est viai qiVil souhaitait de mourir et d'être avec Jésus-Christ ; mais ce désir prouve seulement qu'il était pleinement convaincu des vérités divines ({U il prêchait.

On ne peut non plus accuser saii^t Paul de crédulité. Il semble plutôt avoir donné dans Tcxcès Contraire , puisqu'il ne se rendit ni aux mimcles de Jésus-rhrist , dont il avait sans doute ouï parier à Jéi'usalem , ni à celui qite les apôtres Pierre et Jean opérèrent sur le boiteux qui demandait l'aiimciie à la porte du temple , ni à largument que

St. Pierre tîrail de cet événement en 'faveur de la résurrection de Jésas-Cliçist , devant le Prince des prêtres, les magisjlrats , les anciens et les Scribes ; ni à la délivrance miracideuse des Apôtres mjs en prison , ni à ce discours mémorable prononcé par saint Pien:e devant tout le Sénat des enfans d'Is-

raël : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'sux hom- )) mes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que » vous avez fait moui4r sur la croix. Le bras de » Dieu l'a élevé et établi Prince et Sauveur pour » accorder à Israël la péniteilce et le pardon des » pécbés; et nous somines témoins de ces choses , » ainsi que le Saint-Esprit que Dieu a répandu sur » ceux qui lui obéissaint , ( Act, IV» J. » Saint Paul résista à toutes ces preuves ; il ccnsenUt et eut part à la mort de saint Etienne, q:^i prêchait les mêmes choses et les confirmait par des miracles. Ainsi , loin qu'on le puisse regarder comme un homme crédule / il est certain c/uil n'a fallu lien moins que des preuves irrésistibles , fondées sur ?»es propres sens, supérieures à lous les doutes possibles , pour triompher de son incrédidité.

Pour peu qu'on ait lu ses écrits et sa vie , on voit encore cofcabien son caractère était éloigné de la vanité. Dans son épîtr.e aux Ephésiens , il se nomme lui-même le moindre des fidèles (^Cor. III J, et dans sa première aux Corinthiens, il dit, {fu*il est le dernier des apôtres ^ et quil ne mérite pas detre appelé apôtre , puisqu'il a persécuté tEglise de Jésus-Christ y ( C, XV» J. Sïl parle ailleurs

( ^22 ) I^Uinr fareur signalée qu'il a reçue de Dieu , ce iiVbt <|ue pour réponcireà un faux docleur qui rm: ployait contie lui l'intrigue et la calomnie; il renferme en trois phrases ce quil en dit, et s'excuse fiouvent d'être obligé d'en pailer. 11 ne se fait pas même un mérile des succès de ses travaux aposiollques : « J'ai piaulé , dit-il , Apollon a arrosé; j) mais c'est Dieu qui a donné l'HCcroissement: or » celui qui plante n'est rîei! , relui qui arrose n'est » rien , mais Dieu seul qui donne raccroissement ^ C a NI. J n

On ne trouve donc dans le caractère de saint Paul aucun des défauts qui semblent nécessaires pour former un enthousiaste ; d'où l'on doit coridure qu'il ne l'était pas. Mais en supposant que tous ces défauts se trouvaient en lui , et même que la vivacité seule de son tempérament pourrait sei: \ir de fondement à un pareil soupçon , nous al-r Ions prouver qu'il n'a pu se tromper sur le miracle qui causa sa conversion ^ ni sur les suites deceiniracle.

L'imagination a sans doute beaucoup de pouvoir sur l'esprit desentbousiastes; mais elle agit sur eux conformément aux oj)inions dont i%sont préoccupés , et il est aussi rare qu'elle agisse contre ces opinions , qu'il est rare qu'un ilouve rapide fasse remonter une banpie conïre son courant. Or, quand Paul alla à Damas avec pouvoir, de lapiut du Prince des prêtres , d'en emmener les chrétiens p Jérusalem , pouvoir qu il avait sollicité lui-uié-

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me, 8011 esprit était fortement prévenu contre Je-» «us-Clirist et ses seclaieiirs, et le souvenir de la conduite qu'il avait tenua contre eux , la vanité de soutenir un parti qu'il avait embrassé volontaire- , ment^ le crédit que ce zèle lui donnait auprès du Prince des prêtres et des autres magistrats : toutes ces passions devaient encore donner une nouvelle » force à ses pr éj ugés,

Si ,• dans ces dispositions d'esprit , un enlliour siasle se fut imaginé avoir une vision céleste lui, annonçant la colère de Dieu contre les chrétiens, çt lui commandant de les persécuter sans miséricorde , on aurait pu croire que c'était une illusiop d'une imagination échauffée. Mais que , dans le même instant où il est occupé à les persécuter avec le plus de chaleur et de violence *, sans (pi'il soit rien arrivé qui ait pu le faire changer d'opinion , jou rallentir ses premières dispositions , il se soit imaginé avoir été appelé par une vision céleste à être Ta poire de Jésus- Christ qu'il regardait un moment auparavant comme un imposteur et un hlas- ])hémaleur , condamtié avec justice à expirer sur la croix, c'est ce qui est en soi absolument incroyable , çl si éloigné d'être pris avec quelque vraîsem^ blance pour l'effet d\m dérèglement d'imagination, quil semble, au contraire, qu'une telle cause devait naturellement produire un effet tout opposé : quelles que futseut les illusions que son imagination eût pu offrir à sa raison , elles devaient être conformes aux préjugés dont ii était alors rempli,

• (426) jK>î»i4 de croire qu'il opérait des miracles quiln'o- {)érait pas, ( ce qu'on ne peut supposer , sans admettre, qu'il avait [>erdi^ Fesprit ) , comment auraitil eu nn succès si prodigieux dans la conversion des Gentils?

Le jxîuvoir de faire des miracles ne se bornait

« pas à ^aint Paul ; il était communiqué aux églises que cet apôtie avait fondées dans différentes partics du monde. En plusieurs endroits de sa première é|)îh*e aux Corinthiens , il dit à ces nouveaux ficiilos , qu'il y avait parmi eux des vertus et un nombre considérable de dons miraculeux ; et il leur donne des préceptes pour en régler l'usage dans leurs assemb'ées. Or, tout ce qu'il leur dit sur ce point , peut il être regardé comme une illusion ? Etsi les Corinlliiens n'eussent été assurés (|ue ces ih)ns célestes existaient parmi eux , n'auraient;!^ pas pris l'auteur de cette épître pour un extravaj^ant, au lieu de le révérer comme un Envoyé dt) Dieu? C f^o/ez la p. 385 précéiL )

Reste Ihypothèse d'un artifice et d'une supercherie de la part de /[iielqnes chrétiens. Mais elle c:>t évidemment absurde. C'était une chose moralement impossible que les disciples d# Jésus-Christ conçussent le dessein de changer en apôtre leur plus ardetit persécuteur , et qu'ils en, vinssent à bout dans le temps même qu'il était le plus animé contre leur maîti-e. F t supposé qu'ils eussent été assez extra v-agans pour concevoir un t«d projet, corn-

' menlauraienl-iispu, en plein midi, produite dans

( 121 ) fuiv uuelamière pi us éclatante que le soleil? Camu^i/ent aiiraieni-iU pu rendre Paul aveugle |>en<lant trois jours ^près celle yisjon , ti alors lui faire toniber des jéci^llje^ des yeux , ot plus encore lui rendis la yi^e? Gomment: juraient-ils pu le tromper sur l**t> miracles qu'il opéra luirinêine après sa couversion , et qu'il cite dans $e^ ëpîtres comme d^s preuvies de la miséricorde divine?

iNous venons de démontrer que saint Paul rve fut ni imposteur, ni visionnaire , ni enlhousia.^t€ , ni dupe d'aucune sui)ercherie. Donc le miracle auquel il attribue sa conversitm , est réellement arrivé ; donc le Christianisme est de révélation divine.

Et voyez conirae le changeiaenl prodigieux des mœurs de saint Paul après sa vision , manifeste la puissance de Dieu , non moins admirable dans le |[;hangement des volontés libres que dans la guérison des maladies et dans la résurrection des morts.

Ce persécuteur furieux , cet ennemi im()lacable, avide de verser lesanii; des chrétiens, devient soudainement un modèle de douceur, d'affabilité ^ de patience, de support; il se fait tout à tous pour gagner des disciples à ce Jésus (ju'il méprisait , qu'il blaspnémaîl, qu'il abhorrait. Sa profession publique est de ne connaître que lui ^ de n annoncer tjue lui , de iw se glorifier qu en lui , mais eu lui crucifié et couvert d'opprobres, et par là vain<pieur du monde.

La faim, la soif, la nudité, les tribulations , les fîmprisonnemens, les flagellations; les soulfraucei

(428) les plus cruelles^ les humiliations les plus ignominieuses, il endure tout y pour se conformer au modèle que lui offre ce même Jésus crucifié , et il finit par verser son sang pour rendre témoignage à la divinité de son mailre.

Nulle voix humaine n'a fait entendre •un si hel éloge de la charité , que celui que Feffusion d'un cœur renouvelé a dicté à Paul. Cet apôtre , après s'être entretenu avec les Corinthiens des dons miraculeux, ajoute: « Je vous montrerai encore une » voie plus sublinxe et plus excellente que tous ces )) dons ; car, quand je parlerais toutes les langues » des hommes et celle des Anges même, si je n'ai » pas la charité , je ne suis que comme un aii'ain » sonnant, et une cymbale reten lissante; et quand )) j'aurais le don dé prophétie , et que je ponètre- » rais tous les mystères, et que j'aurais une parfai- » le science de toules choses, et quand j'aurais toute » la foi possible, et que je transporterais les mon- » tagnes, si je n'ai pas la charité , je ne suis rien ; » et quand j'aurais distribué tout mon bien pour )) nourrir les pauvres , et que j'avuais livré mon » corps pour être brûlé , si je n'ai pas la charité , » tout cela ne me sert de rien. » *

Que si nous lui demandons ce que c'est que la <:harité, et quel en est l'éclat, pour obsq^ircir ainsi tous les miracles,, toutes les pro[)héties, toutes les connaissances et même la gloire du martyre: « La » charité, nous répond-il ^ est patiente , elle est I) douce, elle n'est pas envieuse, elle ne b'enfle point,

(^29) • )) elle ne cherche pas ses propres inlérêls; elle ne » se réjouit jamais de l'injuslice, mais elle se réjouît » (le la vérité : elle tolère tout , elk croit tout, elle )) espère tout , elle souffre tout. Les. prophéties » n'auront plus lieu , les langues cesseront , et la » science sera aholie; la charité ne finira jamais. » Quelle lumière fallait-il avoir pour discerner ainsi le prix d'une vertu toute intérieure, et pour lui donner la préféi^ence sur tons les dons érlalans, qui faisaient respecter les Aj:ôlres comme des hommes divins! Combien fallait-il que son cœur fût pur^ pour compter pour rien une telle gloire, eu comparaison d'ui.e vertu seciète , obscure et toujours voilée par rhumililé! Qu'il est beau d'entendre dire à saint Paul , qui pouvait ressusciter les morts et dont les linges guérissaient les maladies , qu'il ne serait rien avec tout ce pouvoir et ces prodiges, s'il n'était doux et patient parla charilé! Qu'on l'écoute avec plaisir quand il apprend à une Ei^lise inondée de dons miraculeux , (|u'illuî découvrn*a une voie plus sublime et plus excellente que tous ces dons ; et qtie cVst une vertu ennemie de l'enflure du cœur , ennemie de l'amourpropre, et préparée à tout souffrir , qui est cette voie plus sublime et plus excellente! Peut-on ne y»as reconnaître, dans ce langage, l'inspiration de celui qui s'et>t offert en holocauste pour la rédemption des hommes, et qui , lors de son apparition sur le chemin de Damas , transforma le persécuteur le plus forcené en un vase d'élection ?...

^. IV. ÉTABUSStMERT DU CllBISTlAKISMr;

lî nv s'éluil pas encore écoulé deux mois, depuîf la niorl de Jésus y lorsque lout-à*coup les apôlre^ se montrent et enseignent publiquetneftt au uiilieii de Jérusalem. De là lent doctrine se répand dans" toute la Judée et dan.^ lès provinces circô'nvôsines/ Bientôt après elle pénètre dans la Grèce ^ dans l'Italie, et juscpié dans lEsi^agne. Des églises sont fondées à Coiinthe, à Philippes j à Thessaloniq^ie ,- al Epbèse , à Antioche , à Rome , dans 1 île dé Crète / dans le Pont , dcins la Cappadoce , la Galatie , la Bjlhinie etc, JNons avons la preuve de ces faits dans Thistoire originale du livre des Actes, écrite par un témoin oculaire , et dans les épîtres queley Apôires adressaient aux fidèle» de toutes ces contrées. Avant la fin du premier siècle j l'Apocalypse de saint Jean nous montre des églises régulières gouvernées par des évêques dans les principales villes de l'Asie mineure.

Vers le milieu du second, saint Justin , danssoff dialogue avec Tryj)hon, avance comme un fait généralement connu qu'il n'est point de natîon , soif policée, soit barbare, où l'on n'adresse des prièreset des actions de gi aces à Dieu créateur , au nom de Jésus crucifié. Quelques années après ,- saint Irénée , évêque de Lyon , voulant prouver que lar foi calholique était la même dans tout l'univers / et jusqu'aux exiiémités de la terre , nommait les églises des Gaules, de la Germanie , de ribéiie /

Mi

( 43i ) Ae VOrî^nt, de l'EgypIe et de la Ljbîe*

Tertullien , qui vivait au (oinmençerneiît <ïii troisième siècle, prouve contre les Juifs , par l'éiinmération des peuples qui croyaient à rEvangile, (jne le royaume de Jé^us-Christ était plus ètendii cpie les empires de IXabucbodonosor , d'Alexandre et dcb Romains,

Saint Alhanase , dans une épïlre synodiqne , nomme les églises d'Espagne , de la Grande-Kre- « tagne/des Gaules, de Tltalie , de la Dalmalie, de la Mysie , de la Macédoine , de la Grèce , de l'Afrique , de la Sardaigne etc. Enfin , tous les concilcis qui ont piécédé le concile de Nicée, sont des manumens irrécusables des vasies conquêtes que la foi chrétienne avait faites avant le règne et la conversion de Constantin.

L'histoire profane est , ^ur ce sujet , d'accord avec rhistoire ecclésiastique. Tacite nous apprend que, sous le règne de Néron , trente ans après la mort de Jésus-Christ., il y avait à Rome unegrai>. de multitude de chrétiens, ingenteni midtitudifienu Dans le mêine temps, Sénèque, cilé par saint Augustin, simiigne des piogrèsque font , dans tout Funiveis, les coutumes des Juifs : c'est ainsi qu'il désiiine les chrétiens sortis delà Judée: « Lesvain- )) queurs, dît- 11, ont reçu la loi des vaincus. »

Nous avons déjà vu qu'avant la fin du premier siècle , Pline le jeune , proconsul de Byihinie , écrivait à l'empereur Trajan que les villes et les campagnes de celte province étaient remplies de

clirétîens de tout rang, de tont âge et de tout sexe; et r,on ne peut douter qu'il n'en fût de même des autres provinces de Vempire. Lj^cien nous apprend que, sous le règne de Commode , la. province de Pent , sa patrie , était jdeine d'épicuriens et de chrétiens. Dion Cassius, au commencement du troisième siècle, avoue que cette superstition souvent réprimée, était plus forte que les lois, et faisait tous « les jours de nouveaux progrès» Plutarque, Slrabon, Lucain , Juvénal , déplorent le silence <îes oracles, Cjue Ton ne peut attribuer qu'au discré<lit oii i^s tombaient à mesure que s'éfendait le Chiistianisme. Porphyre dit expressément qu'Esculape etles autres dieux ne font plus sentir leur protection, depuis que Jésus est adoré.

Mais qu est-il besoin de citer les écrivains des premiers siècles? C'est un fait notoire, qu'avantle règne de Constantin , l'Evangile avait pénétré dans toutes les régions du monde connu , et bien audelà des limites de l'empire romain. Loin de le contester , les incrédules s'en prévalent souvent pour soutenir que la conviction n'eut point de part à la conversion de ce prince, et qu'indifférent au fond sur toutes les religions, il nèse déclara en faveur ^lu Christianisme , cjue pour se mettre à la tête du parti le plus puissant. ( 1 )

Ainsi, de leur aveu , la nouvelle religion avait

( 1 ) Voyez la Défense du Christianisme par Mgr. Frayssinous, t. II j — les Dissertations sur la Religion , par M. de La Luzernrj — V Histoire de l'établ. du Christ, par Ballot.

(433) J)ris le tlessils dans Vempiref sans le secours aë la puissance publique! .\ ajoutons , et malgré fous les efforts de celte puissance.

En effet j depuis sa naissance jusqu'au temps dé Constantin, le Christiaiiisme n'a presque jamais cessé d'être en butte aux plus violentes persécutions. A Jérusalem , les apôtf^es sont emprisonnés^ battus de verges , ou mis à mort. Partout où ils portent leurs pas , les Juifs les poursuivent^ les accusent devant les tribunaux , ou soulèvent le peuple contre eux. JNéron rejette sur les chrétiens J'incendie de Rome , et lés fait expirer dans des supplices affreux. Domitien ^ Trajan ^ Sévère, Décius , Valérien, Aurélieuj Dioclétien et ses collègues publient des édits sanguinaires contre le Christianisme. Les gouverneurs des provinces ajoutent à la cruauté des lois impériales. Dans toute l'étendue de l'empil'e^ une populace superstitieuse et féroce demande à grands cris le sang des chrétiens. Leurs tonrmens font partie des spectacles et des jeux publics. L'histoire ecclésiastique compte dix persécutions générales ordonnées par des édits; mais lors même que les empereurs semblaient accorder quelque répit aux chrétiens, il s'élevait des persécutions locales^ autorisées en quelque sorte par les anciennes lois qui défendaient d'introduire de nouvelles religions.

Que dans les légendes apocryphes du moyen âge, on ait exagéré le nombre des martyrs , je le veux bien ; mais à s'en tenir aux monumens originaux^ aux écrits contemporains d'un Tertullieu, d'un St.

Cyprieii ^'cruu Lactance , d\iû Ensèbe de Casarée^ an\ actes authentiques cjui sont parvenus jusqu'à llOll»^^a«x témoignages même» dos auteurs profanes^ (le Tacite^ de Pline , de Dion , du jurisconsulte tllpien , de lempereur M^^rc-Aurèle; on ne peut calculer combien de milliers de virtîmes ont péri dans celte guerre de trois cents ans , où les (bréticiis ne montraient de courage que pour aller au-devant de la morl^ ou jiour la recevoir. Tel était le danger qui menaçait continuellement les sectateurs de la nouvelle religion , Cjue les païens, par une dérision barbare , les appelaient bommes de roue^ bommes de bûcher, semaxii, sannentitiL

Cest donc un fait incontestable que la foi s'est étendue et affermie au milieu des persécutions, et que la puissance publique , loin d'y avoir aucune part , a vainement combattu pour en empêcher l'étiiblissement. ( \ )

A quoi donc peut-on l'attribuer?... Un principe incontestable , démontré par lexpéiMonce , c'est que tout changement de religion trouve une grande opposition de la [)art des peuples , et qu'il n'y a rie^ à quoi les hommes tiennent auUnt cpi'à la religion dans lacpielle ils sont nés et ont été élevés : aussi , la politique a-t-elle eu toujours pour maxi-

- ( 1 ) On a dit que la persécution est un vent qui nourrit la flamme du fanatisme. î^lais il est tvident que , si la ))<rsccutinD fH'ut rendre hs esprits plus obstines dans leurs opinions, elle n'aUirepas des pro8('ljt<'$ k ces opinions , surtout quand celles-ci sont diamétralement coutrairt*» aux passions les plus chères, à rurgu( il et aux plaisirs des sens ^ et que , pour^kt; tuibrasser, il faut sVzpo6€r à tout |xuir«. (f'ojêz /« J. f^. suû'J,

me foiulain,entaîe de »e pas y lovidien

Qu'un cliangemenl de religion ait lieu cependant^ moyennant certaines circonstances, on le conçoit' par exemple > si la nouvelle religion nest j)as absolument contraire aux anciens préjugés; si elle laisse subsister , du moins eu partie , les dehors de l'ancien culte ; si elle favorise les inclinations naturelles et les passions (fe H homme \ si ceux qui travaillent à rétablir sont des hommes savans ^ éluquens, de grande réputation, d'habiles intrigans, et s'ils n'ont affaire qua des hommes ignorans et grossiers. Et tous ces moyens, après toul, seraientils encore de peu d'effet , s'ils n'élaient appuyés et fortifiés par la puissance temrporelle.

Mais quand aux moyens naturels de persuasion se joignent la force des armes, la perte des biens , lexil , les touï'mens , alors on comprend que les hommes se laissent entraîner : ces! d'abord , |)ar crainte^ par intérêt ; à la (in , ils se lamiliarisent avec les nouvelles idées ^ et les anciennes se dissipent. ^ odà ce qui explique les succès de iNJahomel» I! était sans science ^ mais adroit et entreprenant. Les peuples qu'il a séduits étaient fort ignorans ; sa religion était toute charnelle: c'était un mélan« ge de Judaïsme et de Christianisme^ qui n'avait par c mnéquent rien de si nouveau pour des peuples i.iMiint juifs que chrétiens. Enfin y Mahomet et ses successeurs ont toujours employé la force lies armes , et les peuples vaincus étaient contruinl» d'embrasser lu religion des vaincpieurs^

Or, il n'y a rien de tout cela dans Fétiibliste-» ment du Christianisme. An contraire ^ tous ce» moyens lui ont manqué , et se sont tournés pour lui en obstacles humainement invincibles : car n'ayant à opposer que la patience aux efforts violens de la puissance temporelle , il a eu en même temps à lutter contre sa propre doctrine ^ contre les disj)Ositions et les préjugés de ceux à qui elle était annoncée, et contre les qualités personnelles' de ceux qui la prêchaient.

1^ L'esprit et le cœur de tous les hommes de- •vaient naturellement repousser la docirine chrétienne.

Non seulement elle était nouvelle, elle était encore , de l'aveu de ceux qui la prêcliaîent , ujie folie aux- yeux de la raison humaine ,. (^/ Cor. L J. Un pauvre charpentier , Fils de Dieu, Dieu luimême , né dang une crèche , fnyant en Egypte pour échapper aux poursuites d'un roi ombrag(aix; caché dans l'obscurité d'une boutique pendant trente années consécutives; puis haï et méprisé, pen-^ danl trois ans, des principaux de sa nation ; saisi par une troupe de soldats^ abandonné de ses disciples^ moqué, souffleté, traité comme un fou ^ flagellé comme un vil malfaiteur, crucifié entre deux larrons , tandis que ses ennemis tournaient en dérisioa sa puissance , et le défiaient de descendre du bois de son supplice; ce même Dieu ressuscité, régnant glorieux au Ciel, devant juger sévèrement les hommes , et punir par des châtîraens effroyables et

éternels rinobservalion de la morale évangélique : \oilà des dogmes très-propres , sans aucun doute ^ à révolter l'esprit de tous les hommes.

La morale ne favorisait aucune passion ; elle les contredisait toutes , elle les attaquait toutes de front; elle voulait que Thomme renonçât à lui-même en tout ce qui plaît à la nature corrompue ; elle interdisait sévèrement toute vengeance et même tout ressentiment des injures les plus atroces j elle exigeait une douceur et une patience à l'épreuve des traitemens les plus injustes ; elle allait jus- <ju'à obliger à rendre le bien pour le mal ^ à aimer <*omme soi-même un ennemi mortel. Elle ne défendait pas seulement les actions mauvaises, mais même les désirs et les simples pensées ; elle enseignait <juon doit se détacher de tous les biens de ce mo|î- <le, n'en user qu'en passant et avec modération y le bonheur qu'elle promettait était j)our une autre vie , et ce bonheur, tout différent de ce qui charme les sens et de ce que recherche la nature , devait être la récompense de la fidélité pensévéranle avec laquelle l'iiomme aurait suivi , durant cette vie terrestre , Jésus-Christ pauvre ^ humilié , crucifié.

Mais, dit-on , la sublimité des dogmes et la pureté de la morale du Christianisme lui donnaient un avantage immense sur les religions dominantes.

Qu'importent la sublimité des dogmes et la pureté de la morale , quand les dogmes et la morale éont directement contraires à l'orgueil et aux pa^^

RÎon.^ fies hommes? SI nous voyons anjounVhui un grand noml)»*e d'incrédnles , ([uoiqiie la foi n'ait plus à c^ombaltre ^ comme dans les premiers axè-r des , ni les prc'jngés de Teducation , ni ceux de rhal)itud€ et de la poîiticpie , et que même ces }>réjngésla favorisent, avec quelle apparence de rai-^ son peut-on avancer que les apôtres n'eurent be« soin que de proposer leur doctrine pour s'attacher une niuîlilude innomhrahlede prosélytes? Reinar-^ quoiis , d'ailleurs , que les dogmes sublimes du Christianisme n'étaient nullement à la portée du peuple , et que les philosophes devaient être révohés de ces mvstères qui confondaient leur science ; que la sévérité de sa morale pouvait être goûtée tout au plus d'un petit nombre d'hommes raisonnables qui ne font secte nulle part ; et qu'il ne sidïît pas de proposer une belle morale j)Our la faire pratiquer. Or , il est incontestable que la morale évangélîque fut non seulement spéculativement ado|>tée , mais admirablement pratiquée par les chrétiens des premiers jours de rr^glise: nos incrédules ne le contestent pas , ]>uîsqiri!s prétendent, au contraire, que les vertus des premiers chrétiens ont été la cause desi^rogrès de la Rehgion. C'est , en véi^ilé , une explication singulièrement satisfai^sante. On demande coni* m(*nt une doctrine qui choquait tous les préjugés régnans^ toutes les opinions, a pu s'établir; et on répond qu'elle s'est établie parce qu'elle combattait de plus tous les penchans, toutes les inclinations

C 439 ) <le l'homine. Ainsi , les ixlolntres ont qnîué leurs cHevix , jà cause qu'on leurra dit de quitler encore leurs biens; ils ont cru aux. mystères de la religion chrétienne • afin d'avoir la' consolation de se priver de tous les plaisirs, de vivre pauvres , humiliés , méprisés , el.de mourir dans les tourmens. îl ne reste qu'à dire aussi qu'ils durent être fortement attirés par la discipline de TEglise , par les jeûnes, les prières, les veilles, la confession publique, les longues et sévères pénitences , et Tobligation d'obéir à. des pasteurs qui leur commandaient de renoncer aux spectacles, aux fêtes, à tout ce que le peuple, dans sa corruption , regardait comme aussi nécessaire que les alimens mêmes , panem et cir^censés.

2'\ Au temps de Jésus-Clirist et des apôtres ^ l'idolâtrie était la religion de Tempii-e. Ses fêtes, ses pontifes , ses au<^ures , toutes les observances de son culte faisaient partie de l'ordre Jiublic. Comment les Grecs et les Romains, ces peuples dédaigneux et corrompus, auraient-ils é^é disposés à quitter des superNtltîons anciennes et domestiques j qui flattaient Pimaginatiou , les sens ^ les passions, la vanité nationale , pour un culte étranger qui ne respirait que la pauvreté > les liumiliations et la fuite des plaisirs ? Quelques miges avaient senti le ridicule des fables populaires; mais où ]e*> conduisait leur prétendue sagesse? Elle avait amené Lucrèce à rejeter jusiju'à lexisteuce de Dieu j Cicéron et Sénèque , à dé-

( 4/10 ) plarer qu'an doit suivre lu Ileligion que Von trou-î ve établie. D'ailleurs, quelle que fût Topinion clea philosophes et des gens de lettres , le peuple n'é-r lait rien moins que désabusé ; et l'idolâtrie devait si peu tomber d'elle-même par les progrès de la philosophie et des lumières, qu'elle se soutint erir core quelque temps sous les empereurs chrétiens , (car ie culte des Dieux fut toléré jusqu'à Théodose)et que Ton vit les philosophes , un Celse , un Por-r phyre , un Jamblique , un Hiéroclès, un Julien, un Libanius, un Symmacjue^ s'en déclarer les défenseurs , lorsqu'elle était près de succomber aux attaques du Christianisme.

On. peut même dire qu'elle reposait sur tou§ les appuis , qui naturellement pouvaient en per-: pétuer l'existence. Tout, dans ses dogmes , plaisait aux sens, tout y contentait l'imagination. II en était ainsi de son culte : pour honort^r les dieux , on s'assemblait dans des temples superbes ; des prêtres vêtus magnifiquement immolaient des victijnes ornées avec pompe; les magistrats rehaussaient par leur présence l'éclat de la cérémonie; l'air était pmbaumé des plus doux parfums , et retentissait d^accens mélodieux : le sacrifice était suivi de festins > de danses, de jeux , de spectacles. La morale des païens ne gênait pas les passions; aucontraire^ elle les flattait. Les désordres pour lesquels l'homfne a tant de penchant , étaient autorisés et consacrés par les exemples des dieux. On ne punissait , (LJans le T^rtare , que certains crimes monstrueux.

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/|ii'on peut généiMlement éviter sans grand effort : les autres ne feriijaieqt pas l'entrée des Champs» Elysées.

ILes peuples regardaient leur bonheur comme at* taché à cette religion; ils en faisaient le fondement de rétat.

Elle éiait si ancienne que l'origine en était per-» due dans la nuit des temps ; on croyait qu'elle avait commencé avec le monde; on lui donnait les dieux mêmes pour auteurs. Les siècles, les nations lui rendaient témoignage: quoi de phis imposant que ce concert antique de tous les hommes? Ces sages législateurs dont on admire encore les lois , ces grands philosophes <lont on loue les ouvrages, ces orateurs don l Téloquence nous ravit, ces historiens qui nous servent de modèles^ tant d'heru'eiix génies , tant d'hommes à talens que Rome et la Grèce ont produits ,* s'unissaient au peuple pour offrir aux dieux de solennels hommages. Rome croyait tenir de Jupiter la pi^omesse d'être la reine des nations , et un torrent de victoires sewhlait justifier sa confiance. Les Alexandre, les César déposaient aux pieds des idoles loute leur majesté , et ces maîtres du monde s'honoraient d'en être les scryiteurs. C'est ainsi que le Ciel et la terre semblaient concourir à rendre le paganisme inexpug- , nable.

Mais quand on supposerait, contre toute raison, que l'idolâti'ie était en discrédit , et pouvait tomber facilement, il resterait à expliquer ce qu'il y avait

fie plus difficile, laclopUon des dogmes , de la movale et du culle chrétiens: car la religion populaire abolie , il devait arriver naturellement que les gens éclairés et vertueux se fissent une religion pï}ik)soj)hic]ue, tandis que la foule se serait précipitée dans l'impiété et dans de nouvelles superstitions. I /abjuration de Tidôlatrie ne conduisait pas nécessairement à la profession du Christianisme : elle en éloij^nait bien plutôt tous ceux qui voulaient secouer le joug de la religion ; et pour ce qui était <iu petit nombre de bons esprits, capables de goûter l'excellence de la morale chrétienne , il leur était facile de se l'approprier en la transportant dans leur phîlosoj)hie^ comme ont fait Epictète et les empereurs Marc-Aurèle et Julien.

3^ Enfin , les qualités personnelles de ceux qui ])rêchaient l'Evangile ne pouvaient qu'inspirer du niépiis j)Our eux et pour levu' doctrine. Une religion née dans un pays méprisé parmi les nations éclairées , comme le berceau d'une superstition triste, absurde et odieuse av genre humain ; une religion proscrite dans le lieu même de son origine, déshonorée par le supplice de son auteur; ime rt^ ligion austère dans ses préceptes, incon»j>réhensî-. ble dans ses dogmes, et qui offrait à ses sectateurs un Dieu crucifié pour objet de culte et pour modèle , élait prèchée par douze liommes de la dernière classe du peuple , ramassés sur les sables de lamei', dans les comptoirs des péagers; douze honnnîes de rintelligence la plus Lornée , sans éduca-

Uon , sans aucune notion des premiers élémen s des sciences, sans aucune idée des arts , sans aucune teinture des lettres ^ dépourvus de tout ce qui peut donner quelque crédit , inspirer la confiance, en un mot privés de tout appui humain.

Que penseraient les incrédules de douze pê* rhenrs de Dieppe , qui s'embarqueraient dans le dessein d'aller persuader aux Chinois de renoncer à leurs mœurs , à la constitution de leur gouvernement jK)ur prendre les manières de France , et adopter les lois de ce royaume? Telle et plus extravagante encore devait paraître la résolution que ]>rirent les .apôtres d'aller prêcher la doctrine de Jésus-Christ. Ils Font prêcliée cependant , non d abord chez des nations barbares et ignorantes , mais dans l'empire romain , dans les plus grandes villes, les plus riclies, les plus savantes , les plus polies, les plus voluptueuses,. à Antioche, à Alexandrie, à Ephèse, à Corinthe , à Athènes y à Rome enfin. Ils l'ont prêcliée , non dans un seul pays , . mais partout, chez des peuples de moeurs , de religions différentes, de génies différens ; tout s'est soulevé contre cette nouvelle doctrine: le peuple, par zèle de religion , et par une opposition naturelle à toute nouvelle croyance en cette matière; les j)hi!oso}Jies et les savans ^ par la répugnance qu'inspire la raison orgueilleuse ;" les ministres de l'ancienne leligion , par intérêt ; les empereurs et les magistrats, par politique : or, rien n'est plus fort que toutes ces vues, ni pluscapable de porter les

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hommes aux dernières exti émités. Aussi , tout at-il été mis en œuvre , pour étouffer le Christianisme el en arrêter les progrès : perte de biens , exils, prisons , suppliées les plus cruels,

Néanmoins, cent quarante ans après la mort de Jésus-Christ, il y avait partout des chrétiens , et en si grand nombre que , si leur religion ne leur avait pas commandé une paliencie à toute épreuve, ils eussent été bien plus redoutables à l'empii^que les armées des barbares , quelque nombreuses qu'elles pussent être; mais ils ne savaient que souffrir et mourir.

C'est ainsi qu'à la voix de douze misérables pêclieurs juifs, toutes les divinités si chères aux peuples par préjugé ^ par amour désordonné des plaisirs, tombent devant la croix ; tous les dieux du Panthéon cèdent leur place au Crucifié du Calvaire ; les plus hauts dignitaires viennent , dans ce même temple , baiser la poussière des autels qui lui sont consacrés. Après 750 années écoulées depuis la fondation de Rome qui avait employé 700 ans à fonder le plus vaste empire de Tunivers^ ce même empire, assailli par des nuées de barbares, venus de diverses régions, s'écroule de toutes parts; et, au milieu de ces secousses , de ces ébrarjlemens épouvantables^ l'antique capitale du monde païen, devenue relie du mcfnde chrétien ^ reste debout , s'enrichit des pertes de l'ancienne Rome , et ses indomptables et féroces vainqueurs courbent leur tête altière sous le joug de la foi%

Le Christianisme , \a chose du mon Je la plnS difficile à persuader , s'établit donc par la seule Toie de. la persuasion , malgré tout ce (pie peuvent lui opposer les puissances , la sagesse humaine, la religion , rintérêt, la politique et la violence la plus outrée. Et , ce cpii est bien digne de remanpie, cette religion opère dans ceux qui l'embrassent une conviction si intime qu'ils s'estiment heureux de donner lenr vie, pour leudre témoignage à la vérité de la doctrine dont ils font profession. Dèscpi'ils connaissent , par la foi , ce Jésus crucifié qu ils n'ont jamais vu , ils sacrifient tout pour lui rester fidèles ; on les voit renoncer avec joie à tout ce qu'ils ont de plus cher au monde et à la vie même, plutôt que de Tabandonner. Assurément, il n'y a rien là de naturel : c'est une vérité de sentiment à laquelle nul homme de bonne foi ne peut se refuser.

Donc, rétablissemopt de la Religion chrétienne n'est pas l'ouvrage des hommes , mais l'effet , et , si un ose ainsi parler, le chef-d'œuvre de la toutepuissance de Dieu Car, ou les prédicateurs de cette religion ont confirmé leurs paroles par des œuvres surnaturelles, qu'on appelle des miracles, capables de rendre leurs auditeurs attentifs et de les convaincre enfin de la vérité de ce qu'ils leur prêchaient; ou ils ont persuada les hommes sans miracles.

S'ils ont fait des miracles qui ne peuvent être que l'effçt de la puissance divine , c'était donc Dieu qui

( UÔ ) présidait à celle œuvre ; celait lui qui parlait et qui agissait dans les prédicateurs de la Religion chi^lienue.

S'ils ont persuadé le monde sans miracles , la démonstration n'en est que plus forte. Puisque toules les causes naturelles qui auraient pu produire la persuasion , ont été , au contraire ^ aillant d'obstacles. humainement invincibles , il n'y a qu'une cause surnaturelle qui ait pu eu triompher^ et produire un effet que toutes les causes uaturelles devaient non seulement ne pas produire^ mais empêcher. Une telle persuasion ^ o\)é\ée San» miracles , est donc un des i>lus grands miracles qu'on puisse concevoir. Car ^ coinme nous l'avons déjà fait observer,qaoiquetout soitégalement possible à rEtre-Suprême, on comprend néanmoins que sa toute-puissance éclate davantage dans le changement des volontés libres qui peuvent résister, que dans la guérison subite des maladies ^ et dans la ré-^ surrection des corps moits , qui ne le peuvent pas.

En nous résumant, nous adjurons tout homme de bon sens et de bonne foi , et nous lui demandons s il conçoit comment les Apôtres et les Disciples, n'étant que des hommes ordinaires et dénués de toute puissance surnaturelle , ont pu faire ce qu'ils ont féiit. Quoi !. des hommes qui , selon le monde, n'ont rien que de méprisable , viendront au nom d'un cruciiié , attaquer de front et sans le moindre ménagement, tout ce que le monde a de

plus puïssnnl et de plus attrayant? Ils vieiidronfe prêcher la pénitence aux voluptés et Thumiliie aux grandeurs; défendre la jouissance aux désir» et Torgueil 4 la richesse ; ils viendront arracher l'homme à tout cerjuî Tenlraîne, et frapper danathên^e tout ce qui lattache à la terre , en annonçant un royaume des Cieux ; et tout cela sans en donner ni preuve, ni garant, si ce n'est leur paralui Et on le» croira sur leur sim[)le parole !..^*

Mais ce n'est rien encore. Mettez seulement d'un côté l'histoire et de l'autre l'Evangile, et représentez-vous ce qu'était l'empire romain dans toute la splendeur et toute la terreur de son énorme puissance; et le règne de l'idolâtrie sur le peuple, dansses enivrantes et innombrables séductions, tfanslur pompe imposante de son culte extérieur, dans la contagieuse autorité de ses dieux , qui étaient les dieux de tous les vices , et dans toute la corruption des moeurs d'alors , à laquelle on n'a rien comparé,

Voilà *le monde romain et idolâtre ^ tel qu'il s^offrait aux prédicateurs de l'Evangile ; et c'est ce monde qu'une poignée d'hommes inconnus , sortis de la nation la])ius méprisée, entreprend de changer. Et avec quoi ? Avec la croix et la morale de la croix. Juste ciel! Si cette enlreprrse n était pas de Dieu , elle était le dernier excès de l'extravagance humaine , un phénomène de démence , dont le monde n'offre pas d exemple ; et si cette entreprise a réussi sans le secours de la puissance di- TÎne, non seulement ce succès est inexplicable.

Iraîs il est au rebours d^ la nâfufe hurtlaîricf j cejyt le démenti le plus formel donné à la raison ^ en ftorle que, povu' ne i)ds y voir le doigt de Dieu^ il faïit se condamner à y admettre u»e conti'adiclion m^anifeste avec les principes connus de IWdrè moi^al , par conséquent un prodige absurde y impossible. ( 1 ) »

( 1 ) Pour affaiblir cette (lémonstratioti , rihcrédùlef pfëienJ que le" Christ ianisiiie , dans son origine , n'a trouvé de sectateârs que dans le peu[>le si'duit par son ignuranee , par les espérances de la foi , et par les aumônes que lui offrait une religion bienfaisante , anoiîe des pauvres <'t des malljcuri'Ux.

1°. Il est vrai que les apôtres comptaient un p'lu$ grand nombre de prosélytes dans la classe du peuple que parmi les riches. Mais il est vrai aussi que , lorsqu'il est question de faits tclatans ct«otoire«., qui ne demandent que des yeux et des oreilles , tels qu'étaient 1^ miracles opérés par les apôtres en preuve de leur mission » l'homme du peuple peat en juger aussi bien que le philosophe.

D'ailleurs , il s'en faut de beaucoup que l'Eglise , dans les premier» temps , ne fût composée que d'ignorans et de misérables de la lie du peu pie. On en a déjà vu 1^ preuve dans lé chapitré VI*. , {^p. 267 et suivj Sans parler du centurion Corneillp, de l'eunuque de la rei^e Gindace, du proconsul Sergius Paulus , d«tDenys l'Aréopagite , de Crispus de Corinihe , d'Apollo homme éloquent et savant dans les Ecritures , nous ajouterons qu'à Thessalonique , les premiers qui embrassèrent la foi tenaient un rang distingué dans la ville , et qu'ils ne se rendirent qu'après avoir comparé l'enseignement des apôtres avec la doctrine des livres saints} que parmi les Ephésiens qui crurent à la prédication de saint Paul, il y avait des hommes lettres , puisque plusieurs apporjtèrent des livres impies et superstitieux, et en brûlèrent pour une somme considérable j que le consul Flavius Chinent , et Domitilla son épouse , tous deux pareiis de Do* mitien , périrent dans la persécution allumée sous cet empereur } que Tertullien avertit Scapula, proconsul d'Afrique , qu'il trouvera parmi les chrétiens qu'il veut imqioler , des Sénateurs , des femmes de la plu* haute naissance , les parens de ses amis ; et que , dans un de ses rescrits, l'empereur Valérien reconnaît que des Sénateurs et des femmes du prt'*'

$. V. S0UFFR4NGES ET MORT DES MAATY&S.

Les Empereurs idolâtres seflaltaîentdanéanlîr* ddQS les supplices ^ une religion qu'ils haïssaient^ Mais cette religion prenait de nouveaux acc»*ois*îPmens sous le glaive de h persécution. Ongles de fer , Voues armées de lames tranchantes , grils ardents, bûchers, dents de bêtes féroces: tout fut mis en œuvre et ne servit qu'à multiplier ceux que l'on voulait détruire.

^^uel tableau que celui de leurs combats ef de leurs victoires I Si l'éloquence chrétienne Ta sou-

ioîer rajig ont embrassé le Christianisme.

2". Les espcTcinces de la foi chrctienrie n'étaient pas de nature à ëblouir la multitude j elles ne pouvaient faire quelque impression que sur de» âmes V4;rtueuse8 , fortement déterminées à sacrifier tous les inlércts du monde et des parssions au désir db salut éternel. Que le peuple se laisse prendre à 1 appât de la licence et de Timpunité, c'est une chose naturelle . et trop ordinaire ; mais que, sanspotif , sans examen . nialgn' tous le» préjugés , il (HJhbrasse une doctrine qui l'oblige à la vertu la plus austè- . re , et qui l'expose k de nouv»»lles peines e^l^de nouveaux dangers , c'est un genre de séduction dont il n'y. a jamais eu d'exemple.

3°. Les aumônes , souvent recommandées dans les épi très de St. Paul , étaient un très- faible dédommagement pour la gêne et les f^'HIs inséparables alors de la profession du Christianisme. II sVn fallait bien qu'elles pussent suffire aux besoins de tous les convertis , et certainement elles n'étaient pas destinées à nourrir l'oi^iiveté. Car saint Paul fait une loi rigoureuse du travail , en disant : Que celui qui ne travaille pai ne mérite pas de manger ^{W'T\\c%%d\.\\\.). Quelle inconséquence déranger les aumônes parmi les umjrens de séduction , quand on prétend que l'figlise irétuit alors composée qnede misérables? Etaient-cc b's Juifs ou les Païen» <|ui PO faisaient les fonds?... Et, si c'étaient \ét chrétiens , comme il faut bien le supposer , par^quel moiif ces hoouues opuleos avaient-ils étic g«- |;ack à la uourelU Heliyiou f

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