‹ Aux incrédules et aux croyansChapitre 16 sur 19 · HO · texte numérisé non relu

HO

TCni trac(? , il n'avait pas besoin de ses couleurs. Ce ii'esk pas dans les panc'gyi icpies que les martyrs sont le plus i^rantif»; cV^t «laiis le simple récit original et antlienli([ne , dans les registres des Proconsuls et des Goiiverneur.s : monumens qu'auciine incrédïililc ne peut allacpier , et qui se justifieraient d eux-nléIn(^s par cela seul (pie lemeusoîîge ne parle pas ainsr. Quelle iiiconcevable uniTormité de caractère daïis cette foide d'aihlètes, tous soutenant les mêmes combats» et combattant avec les mêmes armes , pendant la dvu^ée de trois siècles? Leur Iriugîige, leur fermeté sont tellement les mêmes , (jii'en Usant ces milliers de rapports juridicpies , vous croiriez lire 1 histoire cVun seul bomme.

On a vu des hommes résister aux lourmens, braver leurs vainqueuis, et insulter leurs bourreanx; et nous connaissons , sans qu'on se donne la peine de no\îs les objecter , les chansons du sauvage qui se glorifiait , en souffrant , /lavoir fiiit souffrir davantage ses ennenu^î. *()ri;nell et fureur*! « Il

» élait juste que le Tout^Puissanl fit reconnaî- » Ire à d'autres traits ceux qui étaient à lui. » Le p?emier ^t le plus frîîppant , c'est celle patience <*alme et douce, sans colère et sans jactance, soutenue seulement par cette charité divine, (piisans cesse rendait grâces à Jésus-Christ de souffrir pour lui et comme hii , et bénissait ^ comme lui, ses bourreaux ; c'était toujours de lui qu'ils attendaient loute leur force, quand on étalait à leurs yeux les instrumens de toi turc t ce n'était jamais de leur

j^ropre conrago, qu'ils rnei^açaîent les perf^ecutetir^J c'était par Jésus-Christ seul qu'ils se proraellaient (le triompher. On n*enleut1ait sortir de leur bouche ni plaintes, ni imprécations, ni gémissemenst leur visage n^élait ni altéré par la douleur, ni enflammé par la menace ; une sérénilé vraiment céleste rayonnait sur leur iront et dans leurs yeux. Les spectateurs pleuraient d'attendrissement , les juges frémissaient de rage ;. et les martyrs , regardant le Ciel et répétant les vSaintes prières, ne semblaient ni ressentir lés tourmens , ni |)rendre part à ce qui se passait autour d'eux. Quoi donc î leurs membres étaient-ils imr)assibics? Et celle espèce de miracle n'affaiblirait- il pas celui de leur cons-* tance? Dieu seul sait la mesure de ses dons et celle (les forces bumaines. CelTes-ci , Irès-ceitainement , sont par elles-mêmes beaucoup au-dessous de ce qu'on voyait dans les martyrs; d'après rinvariable multitude des témoignages, la cruauté el la dmée des tortures font frénriir les sens et Tirnagi nation ; etîii la nature seule eût pu les snrntonier. c'eût été du moins en manifestant sa faiblesse, parla pâleur (lu visage ^ le renversement dés traits et les cris d'angoisse , symptômes qui accusent au moins Tagoiiie du corps , même quand l'ame ne se rend pas. Mais rien de* semblable n'a jamais paru dajis les martycs ; et il ne nous est donné ni de savoir, ni même de comprendre jusqu'à quel point le maître de tout émoussait en eux les ai:'uillons des déchîrautes douleurs 9 ni comment il enlevait leur ame

jtisqu'îi lui , tandis q\ie leni- corps était livré an% tyrans «Te la \erre. Ce qui est sûr et incontestable, r'est que l'effet mênne des scènes sanglantes prouve la tîdélitë des peintures ; car il est de fait que ce sont ces .spectacles extraordinaires qui produisaient une foule de prosélytes , et qui devaient et pouvaient seuls les produire. Rien n'était plus commim <|ue de voir sur-le-champ de nouveaux chrétiens ^e présenter au martyre; souvent même les ministres de la persécution étaient les premiers convertis- Or, si les martyrs n'avaient eu que la force de mourir pour leur foi, et que^ d'ailleurs, ils eussent paru dans les souffrances aussi faibles que les au- ♦très hommes , il n'était guère naturel qu'on s'empressât de suivre leur exemple. Mais lorsque , an milieu des tortures , ils ne paraissent pas même s'apercevoir de ce que les autres ne peuvent pas même regarder, on entend dans l'ame des spectateur* ce cri qui fait les chrétiens: « Certes le Dieu des chrétiens est le Tout-Puissant. Eh ! qui donc est semblable à lui? »

Dieu se plaisait aUsSsi à environner leur mort de grandes mei veilles. Mille fois, on les vit sortir tout déchirés des mains des bourreaux', et le lendemain sortir delà [>rison , guéris de leurs plaies: mille fois on vil les flammes et les bêtjL»s féroces les respecter au lieu de les dévorer. Mais quand le Très-Haut avait assez fait voir à ses ennemis qu'il se jouait de leur impuissance , il faisait voir aussi à ses serviteurs qu'il ne voulait pas les priver du prix de leur

I 1 ll^^p^v^

triomphe ; et il perinettaît à la mort de rentrer daiis *es droits pour ne pas retarderjlininortalitédeses martyrs.

Que pouvaient penser les païens , quand ils voyaient les fidèles , loin detre effrayés de ces horribles exécutions ; s'empresser publiquement de recueillir les restes de ces victimes sacrées, rechercher avec avidité ce qui leur avait appartenu ^ se disputer leurs vêtemens ensanglantés, et tremper les leurs dans ce sang devenu précieux , et même les tombeaux des martvrs- devenir le théâtre des prodiges etPautel des prières et des sacrifices.

Que pouvaient-ils penser , lorsque, pendant 300 ans et parmi tant d'hommes si puissamment armés pt>ur, ne rien craindre, jamais on n'en vit un seul faire le plus léger effort contre une autorité op* pre.^sivc ; jamais un seulcompromls ou cilé dans ces factions qui partageaient l'empire , en sorte que, dans le temps même où ils étaient parvenus à remplir les villes et les campagnes , les cours et les armées, au milieu de toutes ces ambitions rivales , qui faisuilent couler tant de sang pour posséiier la terre , il n'y en, avait qu'une qui aspirât à verser le sien pour posséder le Ciel; et c'était celle Ues chrétiens ! Qu'on cherche cela dans les annales du monde ; et le monde qui ne l'a vu qu'une ftiis , Ta vu pendant trois siècles ! Ce miracle-îà n'est ni ( ontesté ni contestable, et ilen vautbien un autre. 11 n'y en a qu'un rpii serait aussi grand , celui 4jue supposent nos adver.saires , qu'il n'y cul rieu

que (le nalurel dans le dévouement des martyrs,

La |)lldo^o|)hie de noî) jours , fatiguée d'enlen» dre dire que la religion chrétienne seule a Iriom* ])hé de trois siècles de persécutions, a pris enfin le paî ti de répondre que ces persécutions n'ont été jii aussi multipliées, ni aussi violentes qu'on lesup^ ])ose; que le nombre des martyrs n'a pas été aussi grand qu'on le dit ; et que, d'ailleurs, ce sont les persécutions qui ont fait les succès du Christianisrme.

Mais la première assertion est s\ évidemment contraire aux monumens historiques les pins inr contestables , que nous croyons presque inutile de ijous y arièter. Nous avons. déjà indi(jué , sur ce sujet, dans le paragraphe quatrième , (p. 430 eic, ) , plusieurs écrivains ecclésiastiques et profanes^ auxquels on peut ajouter ^aint Justin, Alhénagore ^ Oi igène , Théophile d'Antioclie , Méliion de Sar^des, Minutius Félix , qui , dans leiu*s apologies , se plaignent de ce qu'on ne cesse de persécuter des innoceiis dont tout le crime est d'être chrétiens. Spartien qui j dans la vie de Sévère , nous a])preiid que cet empei*eur défendit , sous les peines les plus graves, d'embrasser le Judaïsme ou le Chrislianisme f Cap. XJ^ILJ ; Laœpridequi , dans la vie d'Alexandre Sévère , dit que cet empereur toUh'ct les chrétiens ( Cap. XXII ) : ce qui suj)pose cjue cetle, tolérance n'avait pas été ordinaire; le sophiste Libanius qui , dans Téloge de Julien i'aposlut , loue son héios de ce que, persuadé que le Gh ri$-

lianisme avait pris des accioissemens parle carnage de ses sectateurs, il n'avait pas, comme ses prédécesseurs , employé contre les chrélie^^s les plus cruels supplices; enfin l'empereur iNfaximin II qui, d'abord ennemi des clirétieiis , changea par politique, et écrivit aux gouverneurs des provinces tfe son obéissance une lettre dont le commencement suppose qu'a^ïant lui la religion avait été boiriblem en f persécutée ^ (Euseb, hist. ecchs. lib. IX, c. IX. J. Sans doute , dans la longue période de temps qui sépare Néron de Constantin , leinpire avait eu des maiires dij^nes do gouverner les hommes; mais ceux-là mêine , s'ils n'ont pas porté des édils sanglans contre les chrétiens, ont laissé subs>i>iUM*, exécuter ceux de leurs prédécesseurs , ont tolcié avec trop de faiblesse les excès commis par les goitven/ours, par les tua gis trais elle peuple Tl). Secondement, 1« langage des écrivains ecclésiastiques des cinq premiers siècles, dans leurs histoires , leiu^s Iic»inélies , leurs apologies, leiu*s divers traités , est uniforme sur le nombie immense des martyrs. Or ^ de (juel droit récuserait-on le lémoigiiage de perboniia^es aussi i^raves , aussi éclairés , aussi émiiiomment vertueux ^ qui |)ariaient ainsi en face des contemporains, et dont jdusieurs , après avoir élé témoins des persécul ions , an fiuvnt* les victimes? Et les autres, tels (jue saint Léon ,

( 1 ) Voyez la Défense du Christianisme^ tome 11^ — la savante disscrt.ifion servlitit di* jtivfarr au rrrucil (It's Jnes des martyrs ^^Ai" Doot J'hjK'tri Jiuiuwt j — le Dicl. de l'hcùl. pnr B»M'jjitT , ait. Murlj* i'a. '

naint Chry^oslômr^ saint Jéiôine , saîiil Âuguslln, 1 licHuloret , ne (ievaienl ils pa& avoir dans les mains i^t s»ous i^s yeux «ne foule de inonumens sensibles de ces lemps de destruction et de carnage qui venaient de finir? Op objecte un passage dOrigène cpii Mnnble dire qu'il y a etTpcu de martyrs; mais outre qu'il écrivait avant les persécutions deDèié, de Valérien , de Diocléiien , les pli:|f sangUntes de toutes, il est évident qu'il a voulu dire uniquement que le nombre des martyrs était petite cdtoparé à celui des chrétiens qui n'avaient pas péri : « Dieu, o)'ajoute-t-il , ne voulant pas que la société chré- )) tienne fût entièrement détruite, f Contra Celsy y* lib. IIL 11, 8> J » ( 1 )t Le nombre des victimes , sous Diodétien et ses collègues, fui si grand qu'ils crurent avoir comme apéanti le Christianisme dans IVœpire. « On voit enccfre, estril dit dans XJttde )) vérifier les dates , on voit ei.core une médaille )) de Dioclétien avec cette inscription î Nomîjie » christianorum deletQ , en mémoire de l'aboli lion » dCi nom chrétien* )î

On peut même assurer, avec fondement , qu'il

y a eu infiniment plus de raartvrs que nous n'en

connaissons par l'histoire, lui eff^t , d^ns les pre-»

miers temps , chaque Fglise av^it son calendrier

*. particulier , où étaient inscrits les noms de ses mar-

( 1 ) Il est certain, par d'autres passages tfOrigcne, qu'il était j»er5ua« fié du grand nombre des martyrs j ( lib, IL Conlrà Cels. — In EpùL uii 'fiom. caf. f^. — liù, I contra Ceh.J,

Page 1