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iyrSj mais de ses martyrs seiilemeiit , corftmenous J'apprend Sozomèue f Lib, P^. c, 3. J. Or , d^ tous les calendriers qui ont précédé lés marly^ologes , ii n'en es! que deux qui soient parvenus jnscpi'à pous: celui de Rome y fait au quatrième siècle , sous le p^nliiicat de ï^rbère, et celui de Cartilage, dressé et publié au cinquième; encore même sontils <téfectneux:.frar les noms de tous les martyrs du lieu ne se trouvaient pas dans les calen^h^iers par- I iculiers de .chaqiie éj^lise , soit à cause de leur multitude, soit a cause du feu de la persécution qui ne permeltait pas quelquefois aux fidèles de savoirni les norits des victimes , ni lendroit oii reposait leurs corps: on en a découvert plusieurs dans ces derniers siècles , et de savans antiquaires les ont déterrés avec le marbre qui les^ouvrait ( 1.). Ces omi*>sions doivent, au reste, dautant moins nous étonner, qu'on en remarquedanslescalendriers nouveaux: bien loin de comprendre les noms des martyrs qui ont souffert dans les royaumes et dans les pays étrangers , ils ne comprennent pas même le nom de ceux qui ont rougi de leur sang la terre
( 1 ) Vovc'z la Pn'face des Actes des Martyrs , jiar D. Ruiuart, djut r.i*lit«-ur ilu Dictionnaire philosophique avoue que c'est un homme aussi ùiAtruit (j n'est ima/i/f.
Le savant Vi>roiiti a réuni des inscriptions pour prouver le îjra'.ul jitwii:.re dos marl)rrs pendant les preuiièroi» persécutions : atusi dans les
(^ataroHiîn*." on trouve : Maixella et Christi martyres CCCCCL Hîc
terptiescit mvdivu.^ vum pitirihus C L mari yres Christi, -— Dau-
^yv* iiist riptinn.^ parlent de trente inarï\ rs , d.* quinze etc. C yn/ez les /[)i»cuuis de N. \Msemau indiqués p. 'l'\^ prècvd. J
la ])lus proche. Le nombre des martyrs est donc de "beaucoup au-dessous de la vérité. ( 1 )
Troisièmement, s'il était dans la nature que les supplices et Tes bourreaux fissent d'autant plus de ]>rosélytes j qu'ils font plus de martyrs, pourquoi ' ce grand pouvoir de la persécution u'a-l-il pas conduit aux mêmes succès (|ue les chrétiens, les Manichéens par exemple , les Albigeois et tous les hérétiques qui , sous différons noms , descendant de rhéré5iar(]ue Manès supplicié paÀ* Sapor , ont été joursuivis pendant plusieurs siècles , et notamment en 1022 , sous le règne de Robert? Pourquoi le saug des mitrlyrs , naturellement si fécond selon \cvis^ a t-il éié slérile dans toutes les sectes? Pour-
<{Uoi encore les Maures et les Juifs n-ont-ils j^as converti l'Espagne à leurs croyances , lorsque Ferdinand et Isabelle les •^)erséculaient avec tant de violence? (>erles , dans vos principes,, voilà une belle occasion de triomphe que ces cruautés exercées si long-tcinps dans un vaste empire ; et plus
( 1 ) Lee ru t'sot les places pu iiliqiu^s étaient qucl(|ucfois toutes rompîtes dVeliafauJs san^ljus , rouverl;iile virtinieîi et de cadaM'es Kuscbe de Césai'ée nous dit deux fois ([uW a t'ti hii-iiièiue téjuoiii du supplice de Iront j , c[u rante , et lUi me de < ('i,t eî.rétiens en même tenij s j et la seconde L)Ï6 en tiTiUi's si forts que M. de Valois a traduit: « Nous a\ous vu » d.; nos [U'opres y<'ux , oculis nostris cojispexiniu^ , ( Hist. eoilt s. lio. VIII, c. IX. ). Il rapporte, ( e. XI. ), que.da<is ui/b ville de Pîirjgie^ tous les liabitans ^ le gouverniur, les magistral* , furent liviVs aux flanijn< s , parce cpfils refust'rent tJ(î sacrifi.T aux dieux; et Laetaure dit au.>st en I ropres terrues , qifon lirùla tout \v pcuplî» , ainsi que le convoi ilicujfc : Ufth'ersuin poffuhnn mm ipso pari ter conveniiculo voncrcntcvit , { Di\ . lust. lib, V, c XL )
¥Ous les accuserez ces cruautés que j'accuse comme vous , plus la conséquence tournera contt^e vousmêmes ( 1 ). iNe serait-ce pas qu'il y a ici^lilférence totale dans FetTet comme dans la cause ? ¥a cette différence n'e^t-elle pas tout simplcmetit ^t^^'equi est de l'homme à ce qui est de Dieu?
Les sectaires combattaient avec des armes humaines : on ne les tuait que quand ils ne pouvaient tuer. Les Maures avaient parla^é rF.spaj^ne jusqua Ici prise de Grenade , et la menaçinent jusqu'à Té- ])oque de leiu' bannissement ; les Juifs des premiers siècles de notre ère suscitèrent des révoltes sanglantes partout où ils creusent pouvoir être les phis i!orts; et les disciples de Lutber et de Calvin dans le seizième^iècle envahirent les armes à la main , et à laide des rois et des électeurs, les contrées où ils dominent encore. Je ite vois rien là que de fort ordinaire; mais qui donc a pu inspirer aux chrétiens des premiers temps de se laisser massacrer sans jamais se défendre; de regarder les su[)plices comme leur palme , et la mort comme leur récompense , et encore de bénir leurs persécuteurs et leurs bourreaux?... Celui-là seul qui en avùit donné l'exemple; sur lequel on avait épuisé les outratraj^es sans épuiser sa patienc;:; et qui, au milieu des imprécations et des cris de rage, n av lit fait entendre (jue ces mots : « Mon père , pardonnez-^ » leur j car ils ne savenLce qa'ils font. »
( 1 ) Vovn , pour qUv-lqiu's faits faussfiinMit uvanct's , l.i teltre sur i in<iui<iùion par M. ilcMalatrc. — ^'o^ez aua»i k« j». 1ii el 'l'ô2 jnvt\'d.
Certes y les Césars qui ii étaient pas pourtant sans conuaistfuuce ilu cœur humain, dont quelques- une même sojit encore honorés du titre d^ philosophes , étaient hien loin de penser qu'ils allaient directement conti^ leur but , en poursuivant, pardesédits sanguinaires, une religion qu'ils voulaient détruire; eX Diodétien paprticulièrement avait une opinion bien différente, puisqu'il se glorifiait iV avoir aboli la auperitition et le nom même des cfiré tiens, San* doute il se trompait beaucoup , puisque, un moment après, le Christianisme régna sur le monde avec Constantin ; et là se montra la main de Dieu. Mais Dioclétien croyait corabatire seulement les hommes , et tout ce qui est de Thomine cède m riiomme , et peut être vaincu par Tho^me.
Il n'est donc pas vrai que la persécution ait naturellement cette espèce lie puissance inverse qu'on s'efforce de lui attribuer ^ et dont l'effet serait d'affermi r ce qu'elle voudrait abattre : ce paradoxe est , comme tant d'autres , inventé par le besoin qu'on en a , et démenti par l'histoire. On aurait tort de nous citer la tolérance hypocrite de Julien comme une preuve que du moins ce paradoxe n'est pas nouveau. D'abord, cette tolérance n'em- ])èciia pas qu'il n'y eût encore des martyrs sous sou règne, et que lui-même n'en fît plus d'un persoiinellt^raent, sous différens prétextes qui changeaient Je nom sans changer la chose. Mais n'était-ce pa.s, d'ailleurs, une persécution que de priver les chrétiens de toutes les charges publiques , d'ordonner
qii W ÎKiilAl leurs livres y qu'on saisît les revenitift (les egjifies , ^ qu'on n'ouvrît aucune école pour les rlixéhens? Il me semble qu'il n'y a qu'uxie pbilolsopbie très-intolérante qui puisse appeler i-ela de la tolérance*
Gloire donc à Dieu qui a donné à la irrre, penrlftiit trois cents ans , des témoins innomhi^blef» et irréprochables de la vérité du Christianisme.
Préiendrait-on , en effet , que c'était en eux emportement, délire , fanatisme? Mais a-t-on Jamais vu des exemples d'emportement, de délire , de fanatisme pareils , pendant trois siècles et dans toutes les provinces du monde ?
• Voudrait-on soutenir que les martyrs n étaient quedes séducteurs qui cherchaient à tromper la postérité?.... Mais l'imposture a-t-elle assez de chances pour balancer celle de la vie? On fait des crimes dont le profit précède la peine : on n'en fait pas dont l'unique fruit soit de ne rien espérer.
Leur prêterait-on l'appât secret d'un fol orgueil, Tespoir d'une grandeur qui flattait ces âmes superbes?... Mais comnient Tamour si fort et si général de la vie aurait-il cédé dans un si grand nombre d'hommes de tout âge, de tont sexe, de toule condition , de tout piys , à des sentimens naturellement rares? S il arrive qu'un enthousiaste qui enfante de nouveaux dogmes consente à mourir pour mieux les accréditer , ceux qui n'y ont d'autre part que celle d'en être instruits , portent ils lorgueil jusqu'aux mêmes é:i ces? Où sont les marl>rs de
SoJîT.le? Plaîon et nucnn des ilÎFcij.les tjuîl avait enseignés , voiilurcht-ils s'associer à sa peine?.../ D'ailleors, quel éclat si grand , quelle reiiomméei si flalleuse , si éblouissante suivait le petiple de* martyrs?.,.
11 serait bien plus raisonnable de leur prêlCT' Tiimour dos ij^nominies : car on sait qu'ils en étaient abreuvés^ satures ; mais cet amour n'est pas naturel , et il faudrait en clierclier plus baut la cause. Voyez ce chrélienj comparaissant devant le Juge, ou conduit à la mort au mibeu des exécrations publiques: il se regarde conime un faible roseau dont Dieu seul est le soutien ; il s'estime beureux de ressembler à JévSus-Cbrist rassasié d'opprobres et mort innocent pour nos péchés; s'il souffre avec courage, il souffre avec douceur et modeslie î rien en lui ne sent ni le fanatisme^ ni l'ambition insensée de se faire un nom ; il ne cbercbe ni les applau- (lissemens , jii les acclamations ; il ne veut que Dieu pour témoin de ses combats^ et il le bénit , et il lui rend grâces au milieu des plus cruelles tortures. « Où est rbomme , demande J. J. Rousseau , » où est le sage qui sache souffrir et mourir sans )) faiblesse et sans ostentation? » Ces deux admirables caractères se trouvent dans les martyrs cbré- ' liens, dans de tendres tnfans , dans des vieillards caducs , dans des vierges délicates ; et ils seront à jamais la pieiTC dé touche qui convaincra de faux les martyrs de l'orgueil et du fanatisme.
Dira»t-on que nos martyrs étaient des esprit»
simples el crédules?... Mais Thistoire des troîs premiers siècles ne nous montre-t-elle pas des personnages illustres , et même des philosophes , autrefois la gloire du paganisme , embrassant gënéteusemént les Immiliations de la croix , et versapt avec le plus tendre amotir leur sang pour Jë- •sus crucifié? Tels ont été les Polycarpe , les Ignace; , les Irénée» , hs Justin, les Clément soit de Rome , soit d'Alexandrie. Etaient-ce des hommes ignorans et crédules? Dans les ouvrages qu'ils nous ont laissés, ne trouve-t-on pas les richesses de Tesprit , et tout ce que le savoir avait alors de plus profond ?
Ce n'était pas, d'ailleurs^ pour des opinions que les marlyrjisouffraient et mouraient avec une tranquille constance ; et c'est là une observation des phis importantes. Mais ils souffraient et i;nouraient pour des faits cclatans et publics, dont la certitude était à la portée de tous les esprits. On peut sVntêlrr pour des opinions; mais un homme sensé ue sVntèle pas jaquà sacrifier sa vie pour attester qu'il a vu ce qu'il n'a pas vu : il faudrait pour cela eï/'C enragé y suivant l'expres^^ion île fauteur luiinême des Pensées phi/oso/)/iigiic\s' -^ et cette fureur, pût-elle s'emparer d'un homme , de quelques bom-- Tnes,ne peut évidemment devenir la manie universelle d'hommes innombrables, de tout âge , de toute condition , et de tout pays. Or, les premiers martyrs chrétiens sont morts pour des faits qu'ils avaient vus et touchés de leurs mains : ainsi sont
îT^ot ts les Aj^ôtvés ( O 1 ^^ ^^s autres prcmir'-s ii\¥ riples de Jmis-Cht*ist 5 et une foule de chrétiens 4 iuimolés dès lo cotnmencemenl de l'Ei^lisé, avaient été aussi témoins oculaii'es des miracles de Jésus- Chrisl oudecetix des Apôtres. Ceux qui sontmortj imuiédiatetnent nprès, âlteslaient qu'ils avaient appris ces Hîémes faits de témoins oculaires quiavaient scellé de leur sang leur témoignage. Les martyrs suivans ont transmis cetnêfne témoignage., desor- , le que îegrs diverses générations perpétuent la rliaîne de dépositions irrécusables en favt^ur des faits qui étaient le fondement de leur religion. Peut-on trouver ailleurs rien de semblable?... Les prétendus martyrs des autres tel igions,qu''avaientils vu? Qu avaient-ils entendu? Que pouvaient ik attester?... Différence décisite entre eux et ceux
( 1 ) Le niart} re de saîfit Pierre c^ de uaînt Paul est atteste* par leur» disciples et pat lenr tombeati ; celui de saint Jacques le Majeur et de saint Etienne est rapporté dans les j4ctes ; celui de saint Jacques le Mineur est rapf>orté par Josèphe ^ ( Antuj. Jud. /. XX. c. 8. ^ ; celi'i de saint Siniéon et de plusieurs autres parens de J. C. est atteste' par Hi'gésippe , auteur presque contemporain , f Eusèb. Hist. l. III. c. 32. j. Quant aux autres , saint Polycarpe » ( Epist. ad Philipp. J , saint Clément d'Alexandrie, ( Strom. l. IV. C.9.J , affirment qu'ils ont souffert ( t (^u^ils sont morts pour la foi ; et d ailleurs , la tradition constante et ^ immémoriale des chrétiens sur ce point supplée abondamment à des monumens historiques plus détaillés.
Aucun auteur ancieu nV élevé de doute sur le ûiartj re des Apôtres^ excepté un certain Hcradéon sur celui de quelques-uns d'entre eux. Maiff HéraclûîH était un hérc'tique Valentinien , qui soutenait rit.ùtillté du martyre , et par conséquent était intéressé à contester celui des premierf disciples de J. C. ; et son doute , suspect eu lui-même , est fonAellemeot réfuté par saict Déinenl d'Alexui;drie ', ( Sti-cm. I. lk\ 9.9 . p. 597.^.-
du Christianisme , et d autant plus que nos marlyrâ étaient des hommes de tous les âges , de tous les caj7actère8, de tous les élats; qu'ils souffraient, non dans les accès d'un enthousiasme furieux j mais avec tout le sang-froid de la réflexion et une inaltérable patience; qu'ils se soumettaient librement, non à une niort prompte et facile ^ mais aux plus effroyables douleurs ^ au milieu des tortures les plus lentes et les plus recherchées ( 1 ) ; et qu'ils les enduraient , non avec un certain courage , mais avec une sérénité si merveilleuse , qu'elle touchait les païens, et les bourreaux^ et les attirait à la Religion plus efficacement qu'ils n'en étaient détournés par la crainte des supplices. En vérité , Dieu pouvait-il se choisir des témoins plus dignes de lut , et tlonper à leurs souffrances et à leur mort des traits plus manifestement surhumains?
• §. VI. PERPÉTUITÉ DE l'ÉGLISE.
(f Allez , dit Jésus-Christ à ses Apôtres, avant de f> les quitter j enseignez toutes les nations, lesbap- » tisant au nom du Père ^ et du Fils , et du Saint- » Esprit; leur enseignant à garder tout ce que je » vous ai confié; et voilà que je suis avec vous , « tous les jours ^ jusqu'à la consommation des siè^ » des, ( Matth, XXVIII, 19, 20. ). )>
Que cette promesse de Jésus-Christ est grande et humainement incroyable! Qu'une société dliom-
( 1 y^xquisitiisimiê pcmis , dit Tacite , ( ÀnnaL lib, XF. c. ^k. J
( 46^) } mes doive avoir une immuable (Jtirée! Qu'il y aft Mmj* le Ciel cjiieîque chose qui ne cliangepasî Toutes lesaulre?» puissances s éièvenl et tombent; a j>i;è» avoir étonné le moiide , elles disparaissent. Que 8onl devenus res Romains qui jXTséculaient l'Eglise? Ce peuple, qui se vantait d'être le peuj)le-roi t a été livré aux nations harj)3res : cet c-mpire, qui ve tlaliait délre élernel , s'est écroulé. lîome est ensevelie dans ses rnings avec ses divinités : il n'en reste juus de méruou'e (jue par une autre Rome sortie de .^es cendi-es , qui est devenue à jamais le cenhe du royaume de l'Homme-Dieu.
Cependant Jé-ius-Christ a prédit que son Kglise serait p(*r^éc■utée [)ar les puissances du mon*ie ; (|U elle seriit déchirée par les schi:i!nes et par les liéréiiies; (ju'il y aurait des vî' es et des scandales jiisquà la fin.
Il est sensible qu étant ainsi attaquée de tontes parts, elle ne pouvait pas plus- subsiste!" , qu'elle n'avait pu s'établir, sans le secours d'une main loute-pîiissante ^ et sans une protection divine centinneîle. Il fallait qu'elle trouvât tout Tuiiivers conj'U'é contre elle ; fjuelle parût sur la terre sans force, sans secours humain ; et quelle triomphc^t^ cependaiit, de loutes les doctrines répanfflîies snr la surface du globe ;, et de Jous les obstacles que les lîommes ont opposés à sa conservation -, pour leiu^ pei'suader que cVlait Touvrage de Dieu seul. Jja Providence a permis ces obstacles pour convainx;re le monde, par une si longue expérience', que
1 relise j qui ne doit son élal>!lsseménl ni aucrédîti fei à la foi ce , ni à l'eloqiieuce , ni à 1 inlcrêt, ne doit Sa durée qu a la main invivsible don t elle eslsoutenue^
Sans celle proleciiôn divine ^
Elle aurait dû périr sous le 'jjlaive des perséculeurs qui , durant 300 ans, ^e sont efforcés de Télouffer dans son berceau Mais les persécutions , au lieu de la détruire > n'oiit servi qua rét'*ndreet à la mulli[}lier. L-Ej;lis6 est demeurée libre dans ses chaînes^ et invincible au milieu des tourmens: Dieu , nous lavons vu , a inspiré à une foule de béros un cour.ij^e 1 1 une patience bien supérieurs à noire faible nature ; et l'admiration qu'ils excitaient a converti leurs bourreaux mêmes.
Elle aurait dû périr par les efforts des hérétiques qui ont succes>ivement attaqué les divers dogmes de la foi ; mais leurs efforts, souvent a[)puyés de toute la puissance des Empereurs et des liois ^ loin de les altérer, nout servi qu'à les affermir et à les mettre dans un plus grand jour. Dieu a suscité une foule de saints Docteurs pour confondre chaque erreur , aussitôt qu'elle a paru ; il a facilité la tenue des Conciles , où la nouveauté « été solennellement proscrite , oi!i la tradition pure de la révélation a été consacrée par des décisions autlientiques, et attachée à des expressions précises, qui ont écarté toute équivoque , tout siihterfuge. " Chose admirable ! Toute la question contre les hé" rétiques sest toujours réduite à un fait précis et MOtoire: <fue croyaii-on et qu'ensetgnaU-im ^ quafid
vous étesvenusl Et jamais il n'jaeiKrhérésiefqui n ait trouvé l'Eglise en possession de la doctrincî contraire: c'est un fait constant^ public, universel et sans exce|>tion.
Elle aurait dû périr par les scandales et par le relâchemenl qui se sont introduits , dans certains temps, parmi ses enians et même parmi ses ministres. Voici, à cette occasion , ce que Madame de Sévigné écrivait à Monsieur de Coulanges, qui se trouvait à Rome, lors de la tenue d'un Conclave ï « Vous vous sentez embarrassé dans votre reli- » giou , sur ce qui se passe à Rome et au Conclu- » ve. Mon pauvre cousin , vous vous méprenez ; )) j'ai ouï dire qu'un homme d'un très-bon esprit » tira une conséquence toute contra ire y au sujet » de ce qu'il voyait dans cette grande ville. Il en » conclut qu'il fallait que la Religion chrétienne )) fût toute sainte et toute miraculeuse, desubsis- » ter ainsi par elle-même, au milieu de tantdedé- » sordres et de profanations. Faites donc comme » lui ; tirez les mêmes conséquences ^ et songez que » celte même ville a été baignée autrefois du sang » d'un nombre infini de martyrs ; qu'aux premiers » siècles toutes les intrigues du Conclave se termi- » naient à choisir ^ entre les prêtres , celui qui avait » le plus de force pour soutenir le martyre; qu'il )) y a eu 37 Papes qui le souffrirent , l'un aprèi » l'autre-, sans cjue la certitude de cette fin leur fit )x fuir ou refuser une place où la mort était atta- » chée ; et quelle mort ! Vous n'avez qu'à lire cette
C 469 ) M histoire , pour vous persuader qu'une religion » subsistante , par un miracle continuel , et dans i> son établissement , et dans sa durée , ne peut être » une imagination des hommes : les hommes ne » pensent pas ainsi. Ramassez toutes ces idées ^ et » ne jugez pas si légèrement; croyez que, quelque » manœuvre qu'il y ait dans le Conclave, c'est tou* » jours le Saint-Esprit qui fait le Pape : Dieu fait )) tout , il est le maître de tout. »
Il fallait bien quelle se vérifiât cetle parole du Sauveur , ^ue^ dans son champ ^ Vivraie croîtrait ai^ec le bon grain jusqu'à la moisson* Aussi l'on a toujours vu des désordres dans le sein de F Eglise ; mais c'est une des merveilles de sa durée , que malgré les désordres , l'autorité de ses pasteurs iiit toujours été reconnue , sa morale soit toujours restée pure ^ sa discipline toujours sainte , son enseignement toujours irrépréhensible. Et voihi le cardctère surnaturel , qui n'appartient qu'à TEglise, d'avoir une perpétuelle continuité, de pouvoir, à travers les scandales qui n'ont cessé de laffliger, remonter sans interruption jusqu'à Jésus- Clirist , et lie n'avoir cessé doffrir aux regards de l'univers des modèles de toutes les vertus, en foriniint de vrais chrétiens j dont la foi et les mœurs 8e rattachent, par une succession invariable, à la foi et aux mœurs des Apôtres.
INon , il n'y a rien tle plus divin , dans la personne <le Jésus-Clirist, que d'avoir prédit, d'un côté, qu|i soii Eglise ne cesserait d'être attacpiée ou par
V ^'0 ) Irji persécutions de lont l'univers, ou par leshtire-
sie» et les schismes qui la déchireraient^ ou parle refroidissement de la charité (jui amènerait le ret lâchement de la discipline ; et de l'autre , d'avoir promis que , malgré tous ces obstacles , nulle force n'empêcherait TEglise de' vivre toujours , d'avoir toujours des pasteurs qui se laisseraient les uns aux autres, de main en main , l'autorité de son Fondateur, et avec elle , la saine doctrine cl les Sacremeiif, Comment ne serait-on pas affermi dans la foi dts choses passées , en remai({uanl une vue si perçante dans un si long avenir? Mi les Apôtres n'ont pu , ïii nous ne pouvons nous-mêmes douter de ce cju'iîs ont vu dans la source les as-vu'er de toute la suitr; e' ce que nous voyons dans la suite , nous assure de ce qu'ils ont vu et admiré dans !a source.
Ainsi , outre Tavantage qu'a TEglise d'être seule fondée sur des faits miractdeux et divins , qu'on a écrits hautement et sans crainte d'être démenti , dans le temps où ds sont arrivés ; voici, en faveur de ceux qui n'ont pas vécu dans ce temps ^ un miracle toujours subsistant , qui confirme la vérité de tous les autres : c'est la siiite du Christianisme , toujours victorieux des efforts qu'on a faits pour le détruire. Quelle consolation» quelle conviction pour les fidèles de savoir qrfe de Pie VIII ( 1 ) , qui occupe aujourd'hui le sié^e pontifical, la Religion est immuable juvsqu'à saint
( 1 ) Il faut se souvenir que l'auteur n'est itiort querfr» la fin à%
Pierre , établi prince des Ajiôlres par Jésiis-ChrîîH, el qu'elle a vu , autour d'elle , tout changer , tout se détruire , sans changer elle-même.
Depuis i 8 siècles , elle règne sur une grande parlie^ et même sur la partie la plus éclairée du monde. Il n'y a pas d'exemple d'une telle durée. C'est pour chicaner qu'on lui compare d'autres religions: pkisieurs caractères frappans excluent toule comparaison ; et il est facile Je Its sentir par lexposition que nous avons faite du Christianisme , dâiiS le chapitre V^, sans qu'il soit nécessaire de les marquer ici. Mais qu'on nous montre uneautre religion fondée sur de s faits miraculeux , révélant desdograjLS incompréhensibles, préchée par designorans, Il défendue dage en Age par les premiers hommes (lu ttMups, depuis Origène jusqu'à Pascal^ malgré les dcniiers efforts d'une faction ennemie qui n*a <*essé delacombatire depuis Ctdse jus(|u'à Con<lorccA y qu'on nous en montre une autre qui soit soitie intacte de toutes les épreuves.
Le Christianisme a résisté à tout, à la paTx , k la guerre, aux écliafauds , aux triomphes , aux poignards , aux délices , à lorgueil , à l'humiliai ion, fi la [)auvrelé , à l'opulence , à la r.uit du moyen ni^^e, el au grand jour des siècles de Léon X et de Louis XIV. Jailis un empereur tout-puissant , et maître c!c la plus grande ^partie du monde connu , épin'sa contre lui toutes les ressources de son génie ; il Il oublia rien pour relever les dogmes anciens; il If s • s*ocia kabilemeut aux idées platoniciennes ^ qui
(472) éuùent à la mode. Cachant la rage qui ranimai^ sous le masque d'une tolérance purement extérieur re > il employa , contre le culte ennemi, les armeç auxquelles nul cdéur humain n'a résisté: il le livra au ridicule, il appauvrit le sacerdoce pour le faire mépriser^ il le priva de tous les appuis queriiomme peut donner à ses œuvres/ diffamation ^ caba-» le , injustices , oppression , ridicule ^ force et adres^ se: tout fut inutile; le Galiléen Temporla sur Jut lien le philosophe.
A la fin du derhier siècle , l'expérience s'est ré? pétée avec des circonstances encore plus favorables; rien n'y a manqué de ce qui pouvait la ren- <lre décisive. Soyez donc bien attentifs, vous tous que l'histoire n'a pas assez instruits. Vous disiez que le sceptre soutenait la tiai^, Eh bien ! il n'y a plus de sceptre dans la grande arène ; il est brisé , et les morceaux sont jetés dans la houe. Vous ne saviez pas jusqu'à quel point Finiluence d'un sacerdoce riche et puissant pouvait soutenir les dogmes qu'il prêchait. Je ne crois pas trop qu'il y ait une puissance de faire croire aveuglément des hommes éclairés ; mais passons ; il n'y a plus de prêtres; on les a chassés, égorgés, avilis; on les a dépouillés, et ceux qui ont échappé à la guillotine^ aux poignards^ aux fusillades, aux noyades ^ à la déportation , reçoivent aujourd'hui l'aumône qu'ils donnaient jadis. Vous craigniez la force de la coutume, l'ascendant de laulorité, les illusions de l'iinagination : il n'y a plus rien de tout cela ; il uy
p. plus de coutume , il ti'y a plus de maître , Tesprît ide chaque homme est à lui La philosophie ayant ^'ongé le ciment qui unissait les homnies , il n'y a plus d'agrégation morale. L'autocité civile, favorisant de toutes ses forces le renversement du système ancien , donne aux ennemis du Christianisme tout lappui qu'ellelui accordait auparavaru; l'esprit humain prend toutes les former imaginables, pour Xîombattre l'ancienne religion nationale; ces efforts 6ont applaudis et payés , et. les efforts contraires sont des crimes. Vous n'avez plus lien à craindre l'enchantement des yeux, qui sont toujours les ]fremiers Irompés : un appareil pompeux , de vaines érémonies n'en imposent plus à des hommes deant lesquels on se joue depuis sept ans. Les temfples sont fermés ou sont consacrés à la déesse Rai*son et à la Montagne y et ne s'ouvrent qu'aux délibérations bruyantes et aux bacchanales d'un peuple effréné. Les autels sont renversés; on a promené dans les rues des animaux immondes sous les vêtemens des Pontifes; les coupes sacrées ont servi à d'abominables orgies; et sur ces autels que la foi antique environna de chérubins éblouissans, on a monté des prostituées. Les ennemis du Christianisme sont les maîtres des murs du Vatican ; l'Italie est subjuguée ; Pie VI , le chef de l'Eglise , est en leur puissance ; ses minisires, ses conseils et les membres du collège, à qui il appartenait de lui donner mi successeur, ont étédis[)Grsésdans touteTEurope. L'incicdulité n'u donc plus de plaintes à faire ;
toutes les cliani-es luimaines sont eu sa faveur; oit f.iit lout pour elle, et tout contre sa rivait*; si elle est victoneiise, elle peut battre des mains et s'asseoir liètemenl sur une croix renversée.
Mais si leprqtecteur héréditaire «Je l'Eglise grecque esl appelé par la Providence pour devenir le défenseur de TF-glise romaine; si son armée, venue du fond du nord , change toul*à-roup la face de IMuîic, précisément durant l'espace t!e te^ips nécessaire pour réutiir le Conclave et proclamer Vie V II ; si ce chef de l'Eglise est rétabli dans ses étals; si une puissante énergie féconde, en un moment , les ruines dont la France était encombrée ; si Its ltin|?les se relèvent; si le culte renaît ; si le Christianisme sort de celte terrible épreuve plus pur cl plus vigoureux ; enfiri , si la gloire de son triomplie s'est accrue d'iuj pas cpi'a fait le temps , et qui ;> suffi pour dissiper toutes les objections que Tinci'édulilé avait clierchées avec tant de zèle dans la
chronologie, lagéoloiiie, l'astronomie, la physic|uo,
l'histoire ;,j>eut-on méconnaître, dans celle vie de 18 .siècles , luttant toujours avec succès ou contre les efforts des puissiuues de la tene, ou contre les elTorls des passions des hommes , ou conlre^les ef* iovis de la science , sans auctuie concession faite au préjudice du dogme ou de la morale, peut-on, <lis-je , méconnaîlre la main divine qui a fondé l'univers et qui le soulieiit ?
Et non seulenii'nt L)ieu a afleimi , au milieu des orages, la Ut^iigion chréticiir^c, mais i! n'i; ces-
jé (le l'étendre. Contemporaine de tous les âges , elle est aussi universelle pourleslieux, puisqu'elle forme 1q société la plus répanduede l'univers, etqua ce qu'on iui enlève dans une [)artie du monde, elle le regagne dans une ^utre, Ses prêtres , forls de la parole de celui qui donna mission aux Apôtres d'enseigner toutes les nations, vont porter, en son nom, la lumière du salut juscpi'aux e\t' émîtes, de la terre , sans être attirée ]>ar aucun m«)lif ni de commerce, ni d'aiTibition , ni de curiosiié , ipiit tant loul , b avant tont^ et les sables brûlant , et les déstM'ts , et les montagnes , et la distance des lieux , el IcN tem;)êles, et les écueils, et l'intempérie (le l'air, et les fers et les prisons, et les tortures (pii viennent souvent éprouver Itur courage et leur Foi. Us transforment |e sauvage en homme, Je barbare en chrétien; ils relireut de la corruption la plus infecte , de la plus dégoûtante ignorance,
. de la stupidité la plus profonde, ces êtres dégradé^ que semblent se disputer les |)lusgrossièi'es erreurs et les vices les plus abjects; et ainsi, par des moyens 011 l'on ne voit rien d'humain, ils enfantent à !'[> glise de nouveaux fidèles qui, en la consolant des victimes du schisme et de Thé-ésie , l'enrichissent de leur multitude et de leurs vertus ( i ). Tout est donc surnaturel, divin dans l'Eglise, et son éta^
• blissement , et sa durée , et sa propagation , malgré
( 1 ) À rppoque on le Proteslantisinr arracbuit à l'Eglisfi une partie de rFurtipe , la ProTÎdfiice envoyait Christophe Colomb ffécouvrir rAm«h'i* que , pour doiioicr 1000 lieuck U« cote à un ^uplr catL«Uijue j «t ImuiIm
( 47G ) des combats et des pertes qui naturellemerit aup raient dû affaiblir son règne et même le détruire,
que les Espagnols , dans Fivresse du triomphe coururent , dévorés de la soif de For , pour asservir les peuples du nouvel hémisphère , des anges de paix , aspirant à de plus nohles conquêtes , les suivirent pour porter aux malheureux Indiens les trésors et les consolations de la foi , et pour arracher, dit le protestant Robertson, la verge de for de la main de leurs oppresseurs.
Alors uu prodige, que les temps où nous vivons rendent à peine croyable , se montra dans le continent méridional de rAméri(ju<' ( dans le Paraguay), où un demi-million de pauvres sauvages, sul)jugués par la croix de J. C. et civilisés par Téloqucnce inspirée, des missionnaires ^ réaJi&a les merveilles que la fable raconte de Tun des fils d'Apollon. Ce jirodige fit revivre l'âge d'or sur la terre ; bien mieux que l'âge dor : une république de frères unis par la charité , et vivant dsins une union si parfaite et si douce , qu'elle semblait avoir fait descendre le Ciel ici-has, et dé[)aàS(T, dans une heureuse réalité, tous les projets que l'âme Rendre du cygne de Cambray lui fît rêver plus tard pour le bonheur des hommes. Cet établissement que Voltaire , d«tus son Histoire générale , Voltaire lui-meff)e admirait comme le triomphe de Ihumaiiilè, ne fut pas la seule merveille opérée par la Religion Les Indes , la Chine et le Japon furent évapgclisés par de nouveaux apôtres , qui les arrosèrent de ^r sang.
Nous croyons devoir aj^^uter ici , sur les missions , quelques passages d'un article très-piquant , publié dans un ouvrage périodique anglais , f Le Monthljr-Review ^ Hevue mensuelle j j qui a beaucoup de cours dans la Grande-Bretagne : il est curieux de voir comment les Protestans, en rendant hommage à nos missionnaires ,, jugent les eni^ojés protestans de la société biblique : » Nonobstant d innombrables difficultés , les mi.^- » sionnaires catholiques augipentent leur nombre et multiplient leurs » efforts. Cependant , en embrassant cette laborieuse pro^*ssîoii , ils fout » les plus pénibles sacrifices. Parens , patrie , amis , ils abandonnent tout u de bon cœur , et se transp/ortent à plusieurs milliers de lieues de leur » payspatal , pour porter les vérités de la Religion à des nations barba- » res dont ils apprennent les langues compliquées , et dont ils adoptent » les manières , les usages et les coutumes ; ils s'exposeiil à la faim , à lu M niihère sous toutes les formes , à Fintempérie des saicoiis , quelqu* foia » ù des tortui'es horribles et à la mort Jetons maintenant un coup