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LE « MEMORIAL CHURCH

et touchant, dont les fraîches verdures et les claires eaux courantes contrastent heureusement avec Taridité poussiéreuse et désolée des alentours.

Tout à côté, deux baraques sont restées debout, dans une lépreuse et sinistre vétusté, que fait plus impressionnante le voisinage de baraquements tout nouvellement édifiés. Dans ces deux bâtiments, conservés scrupuleusement en Fétat où les avait laissés le désastre, Wheeler avait établi son hôpital : c'est entre ces murs noircis et souillés que tant de pauvres diables souffrirent mort et martyre, sans secours, sans soins, sans remèdes I

Consacrant le souvenir de tant d'héroïsme et de tant de souffrances, un édifice commémoratif s'est élevé, le « Mémorial Church », dans lequel sont inscrits sur des plaques de marbre les noms des glorieuses et lamentables victimes. Cette église sert de chapelle aux soldats de rite anglican de la garnison; elle est gardée par de vieux briscards couverts de médailles, elle n'est jamais vide, et des détachements s'y relayent pour y monter une permanente garde d'honneur.

Longuement j'ai contemplé les visages de ceux qui, pendant ma visite, faisaient la pieuse faction, et bien vite mon imagination m'a emporté loin, très loin,... tout là-bas, dans notre pauvre église de Loigny! Ce n'étaient plus les rouges tuniques, les

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gros yeux bleus, les cheveux Ijlonds el les joues roses de ces highlanders que je voyais,... c'étaient nos petits paysans de France, celaient mes chers canonniers, menés, au soir d'une journée de manœuvres, avant l'entrée au cantonnement, dans l'église toute proche de la route que nous suivions. Je revoyais leurs larges yeux étonnés fixant les tables de marbre du martyrologe, leur angoisse sacrée devant le navrant ossuaire, leur respect, leur gravité, leur émotion, leur indicible tressaillement devant Fàme même de la Patrie soudainement évoquée. J'étais avec eux, j'étais près d'eux,... si loin! Sous tous les cieux il est certaines grandes choses qui font pareillement battre les cœurs, qui, sans distinction de temps, de pays et de race, avaient, des highlanders de Cawnpore, fait un instant les frères de mes petits canonniers de Loigny.

Du « Mémorial Church » nous nous dirigeons, à travers les innombrables baraques du cantonnement, vers le Gange.

A quelque trois cents mètres de la rivière, dont nous apercevons le miroitement argenté transparaissant derrière les palmes et les figuiers, nous

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descendons de voilure, nous abandonnons la route et nous nous engageons dans un étroit sentier suivant le fond, encaissé et profondément raviné, d'un ruisseau actuellement à sec. Nous arrivons ainsi au bord du fleuve, vers lequel descendent les marches désunies d'un escalier ruiné, enfoui dans la grande ombre d'un magnifique figuier, dominé par la mièvre architecture d'un petit temple consacré à Siva. Nous sommes au « Sati-Chaura- Ghat », que les Anglais ont baptisé plus expressivement le u Massacre Ghat ». Ce fut 1" ultime station du chemin qui menait \Mieeler et ses compagnons à leur calvaire, c'est au bas des marches de cet escalier qu'ils s'embarquèrent dans les bateaux qui devaient les conduire à la mort.

Ce dut être par une journée toute semblable à celle-ci que le désastre s'accomplit, dans la gloire éclatante de ce radieux soleil, devant la majesté de la grande eau sereine. Une furie de coups de feu, des clameurs désespérées d'agonie, quelques larges remous de l'eau profonde engloutissant les sinistres bateaux, puis soudain, plus rien, le même grand calme qu'aujourd'hui, la même sérénité du flot coulant avec la même lenteur égale!... Quelle pauvre petite chose qu'un être humain en face de la paix ironique et indifférente de l'impassible nature!

Pour terminer le pieux pèlerinage, il nous reste à voirie» Mémorial Well »,le monument bûti sur l'orifice même du puits où Nana-Sahib fit précipiler ses victimes. A Tencontre des autres sites témoins des scènes de la rébellion, celui-ci n'est pas demeuré dans l'état où les événements de 1857 l'avaient laissé : on a planté tout autour un parc, enclos de grilles ouvragées avec art, et s'étendant sur un large espace de trente acres environ.

La margelle du puits est dissimulée sous un revêtement de marbre blanc, au-dessus duquel une statue, « l'Ange de la Résurrection », se dresse, en une pose sereine de résignation au Divin Vouloir, les bras croisés sur la poitrine, les yeux baissés, chaque main tenant une palme, emblème de martyre et de paix.

Le monument lui-même est entouré d'une colonnade en porphyre rouge , de dessin sobre et net, de ce style gothique si caractéristique qui lui donne l'air d'avoir été détaché de quelqu'un des bâtiments d'Oxford . Je me suis fréquemment élevé contre cette faute d'esthétique que trop souvent commettent les Anglais, en transplantant dans l'éclatante lumière d'Asie des formes d'archi-

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