‹ Aux IndesChapitre 109 sur 120 · U Al X l.NDKS · texte numérisé non relu

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clics et broLilenl le rare gazon qui j)ousse entre les dalles désunies; des enfants se battent et se bousculent avec des cris perçants, quelques-uns même, des tout polils, jouent à cache-cache au plein milieu des corps (|ui attendent leur tour : ils se dissimulent derrière les formes rigides, sortent des lugubres cachettes pour courir de toute la vitesse de leurs petits jarrets, enjambent les funèbres brancards, s'embarrassent les pieds dans les longues tiges de bambou, tombent tout du long contre quelque cadavre que le brusque choc agite d'un hideux tressaillement, se relèvent tout aussitôt et, sans le moindre émoi, continuent Ijruyamment la partie commencée

Il faut, véritablement, venir à côté même des bûchers pour s'abstraire de tout ce tumulte qui semble quelque peu sacrilège à des yeux d'Européens, habitués à voir la mort toujours entourée d'horreiu' mystérieuse et de religieux effroi. Je quitte donc ma barque et je saute sur le rivage; juste à ce moment un convoi, débouchant d'une ruelle étroite, paraît au sommet du ghat voisin ; l'occasion est excellente pour suivre, d'un bout à l'autre, la cérémonie funèbre. Voici comment les choses se passent :

Une musique bruyante de flûtes, de gongs et de cuivres stridents avait escorté le corps depuis la

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demeure jusqu'au Gange; elle ses! arrêtée au sommet du ghat, où, après avoir reçu quelque menue monnaie, elle se disperse; des pleureuses la remplacent, qui mènent un extraordinaire vacarme de lamentations, de hurlements et de grands "-estes fous ; les parents du mort se tiennent un peu à l'écart, l'œil sec, le regard vague, marmottant des prières, les mains crispées en contorsions bizarres. Quand on juge que les simagrées des pleureuses ont assez duré, on les paye, on les renvoie, la famille reste seule avec son mort.

Deux hommes, des parents les i)lus proches, je suppose, soulèvent alors le brancard, descendent les marches du ghat jusqu'au tleuve, et déposent leur funèbre fardeau sur la berge. Le voile rose dans lequel le corps était sanglé, comme une momie dans ses bandelettes , est légèrement déroulé, de manière à découvrir la tète. Un des assistants puise, dans un vase de cuivre, quelques gouttes de Teau sacrée, qu'il vient verser sur les lèvres du mort , puis le voile est ramené sur le visage, qu'il ra\ it pour jamais à la lumière.

Le brancard, de nouveau soulevé, est porté plus avant vers la rivière; les porteurs entrent dans l'eau et déposent leur fardeau de telle sorte que la partie supérieure du corps émerge seule. Alors les deux plus jeunes enfants de la famille.

deux bébés à \)v\nc alVermis sur leurs pelilos jambes, font à plusieurs reprises le lour du cadavre, sur lequel ils font rejaillir à profusion Tonde sainte; pendant cette dernière cérémonie, les assistants donnent les marques d'une extraordinaire ferveur : les uns fixent ardemment le miroir aveuglant de Teau divine, et tout un air d'extase illumine leurs traits; d'autres se dressent, la tête rejetée en arrière, les yeux clos, la bouche grande ouverte, semblant, de tous les pores de leur peau et de toutes les papilles de leur langue, aspirer avidement et boire les rayons de pourpre du soleil couchant; d'autres s'eiTondrent sur la berge en des prosternemenls dardente supplication,... et tout cet appareil de piété fougueuse, et la présence de ces enfants, et la jolie intention de confier la libation suprême à ces petites mains innocentes, tout cela est inexprimablement émouvant.

Cependant le bûcher s'est dressé, le corps est livré aux brahmes gardiens du feu sacré, la famille se disperse, les cérémonies funéraires sont terminées. Sur un échafaudage de bois entre-croisés, on dépose le cadavre, au-dessus duquel on entasse de nouvelles bûches, de manière à le placer au centre même du brasier; enfin l'on dispose au pied du bûcher des fagots, des brindilles, des bottes de pailh'.

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