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LES BÛCHERS

Dans une petite tourelle s'avançant en encorbellement sur le fleuve et dominant de très haut remplacement des bûchers, un vieux brahme, la tête serrée dans un bonnet en forme de mitre, le corps drapé dans une ample tunique jaune, entretient le feu sacré, allumé, dit la légende, dès le commencement des temps, par Brahma luimême, et qui ne s'est jamais éteint depuis.

L'un des coudras qui ont préparé le bûcher gravit lestement lescalier ' qui conduit à la tourelle, enflamme une torche, redescend les degrés en courant et vient allumer le bûcher qui s'embrase en quelques secondes. Tout disparaît dans un rouge tourbillon, la flamme éclatante monte très haut dans le ciel, le bois crépite, la fumée s'échappe en sifflant, en un moment le voile qui ceignait le cadavre s'est consumé, et quand un souffle de brise vient rabattre les volutes ardentes, on aperçoit la forme rigide, toute sombre dans létincelante lumière.

1. Sur les degrés de cet escalier, je remarque, sculptées en grossiers hauts reliefs, les figurations symboliques du « Suti >' : le sacrilîce dans lequel la veuve s'immolait, brûlée vive, sur le cadavre de l'époux. Cette jolie coutume, bannie depuis longtem[)s des villes, pourchassée dans les campagnes avec la plus extrême rigueur, n'est, jiaraît-il, pas encore tombée entièrement en désuétude dans quelques régions sauvages où l'influence anglaise n'a pu encore s'affirmer assez puissamment.

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