FIN... POÉTIQUE
très sûr de ne point la préférera la notre?... Ce n'est pas que je me sente le désir de transgresser les règles canoniques qui interdisent au catholique de se faire brûler après sa mort; non, cette vilaine sorte d'appareil à distiller le corps humain qu'on appelle un four crématoire ne me tente pas le moins du monde;... mais là! en plein soleil, en plein air léger, sous la bleue coupole rayonnante, en face de la grande eau sereine, finir en cet anéantissement absolu, définitif, immédiat surfout, en quelques instants n'être plus qu'un amas d'impondérables cendres, tôt diluées dans le large courant, cela ne vaut-il pas, à tout prendre, la hideuse perspective de devenir, entre quatre planches pourrissantes, u ce je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans
"i avril.
Pour contempler le spectacle fameux quoflVenl les rives du Gange à l'heure du lever du soleil, M. de la Palice dirait qu'il n'est pas inutile de se lever avant Taube.... Comme la paresse est le moindre de mes dérauts, j'avais quelque p<^ur de nian- /{uer ce spectacle de haut goût; mais le Dieu des touristes veillait sur moi et dès hier soir il s'est arrangé dételle sorte que, plus cette nuit-ci devait être courte, meilleure elle devait me sembler.
?Son pas que j'aie revu en cauchemai' les lugubres cérémonies du Cremation-Ground ni que les sinistres brasiers aient hanté mes rêves, ce spectacle d'horreur m'a laissé mieux cuirassé que je ne l'aurais cru et j'aurais très certainement préféré passer la nuit en la compagnie de quelque cadavre entrain de rôtir qu'en celle où, bon gré mal gré, il m'a bien fallu la passer.
Comme, hier soir, je rentrais, après dîner, dans
UN FÀCHELX CAMAHADE DE LIT. 441
ma chambre, siluée naturellement de plain-pied avec le jardin, puisque dans le Royal-Hotel de Benarès comme en tous ses congénères, les c étages n sont inconnus, j'ai eu la fâcheuse surprise de la trouver habitée par le plus hideux et le plus dangereux des hôtes. Un énorme cobra gisait, paresseusement enroulé, au pied même de mon lit. . . . Je n'ai pas demandé mon reste, j'ai précipitamment laissé retomber la portière et me suis enfui de toute la vitesse de mes jambes. Les boys de l'hôtel accourus à mon appel ne se sont pas montrés plus émus que de raison, ont pénétré sans hésitation dans la chambre comme des gens habitués à ce genre de sport, et sont, au bout de ((uelques minutes, revenus m'assurer ({ue la place était nette et ma demeure habitable. Je vous laisse à penser avec quel empressement j'ai réintégré mes pénates! L'on a eu beau me donner comme compagne une mangouste, jai eu beau me souvenir, et me faire à plusieurs reprises répéter, que la présence de l'utile et intelligente petite bète était une absolue sécurité pour moi, puisque l'odeur seule de la mangouste suffit à éloigner toute espèce de serpent,... jai eu toutes les peines du monde à m'endormir, jai dormi peu et mal, et c'est avec un réel soulagement (|ue je me suis levé ce matin.
Tout le monde dort encore dans lliôtel, c'est
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une alTairc dHlal que de sccouor toutes ces j)aresses et de l'aire atteler ina voilure; on y voit à peine clair quand je traverse la ville native et j'arrive au bord du (iange.
Je me suis t'ait conduire au « Asi-Sangam-Ghal », le premier des ghats en amont de la ville ; je compte m'y embarcpier, partir de là pour faire la lente des-, cente du fleuve et passer en revue la longue série de palais et de temples qui couvrent la rive sacrée. 11 est quatre heures du matin... beaucoup ti'op tôt, car le batelier auquel je m'adresse consent bien à me louer sa barque, mais refuse obstinément de démarrer. Il paraît que c'est l'heure où, à la faveur de l'obscurité, les princesses et les grandes dames hindoues l'ont leurs ablutions : il convient d'attendre qu'elles aient terminé et que les discrets rideaux de leurs palanquins se soient refermés sur toutes ces fières pudeurs. Je commence à connaître assez la farouche piété des Hindous pour comprendre combien il en pourrait cuire à un pauvre diable de batelier d'exposer ces honnêtes dames aux profanes curiosités d'un infidèle tel que moi et je n'insiste pas.
Au reste le spectacle que j'ai devant les yeux est assez beau pour me donner toute patience : la grande eau silencieuse dort dans la nuit finissante, et <lans les grisailles de l'aube prochaine, elle prend