LE GANGE
d'exquises colorations; sur la nappe liquide est épandue comme une vaste teinte fondue, éclaircie d'insensibles gradations, depuis les bleuissements d'acier du flot qui stagne sur les bords, jusqu'à la tendresse imprécise et vaporeuse d'un vert turquoise transparaissant dans les brumes attardées sur le milieu de la rivière. Sous tous les cieux, dans tous les aspects que revêt la Nature, c'est une incomparable magie que la magie de leau, rien ne fait comme elle vivre et palpiter un paysage, et, si exquise toujours, elle ne lest peut-être jamais tant qu'en cette heure où je la vois, entre la nuit pas encore finie et l'aurore qui s'annonce à peine.
A cinq heures, le ciel se colore, les formes estompées des palais voisins sortent de l'ombre, le flot s'éclaire, l'aube est prochaine, nous pouvons partir. Les amarres sont déliées, la barque prend le courant qui lentement l'entraîne.... J'ai tellement lu partout que le panorama qui va défder sous mes yeux est le plus étrange, le plus admirable, le plus passionnant du monde, que je suis tout frémissant de curiosité et tout palpitant d'émotion. L'événement répond à mon attente : entre toutes les journées passées dans rél)]ouissement del'incomparal)le lumière d'Asie, celle-ci est spécialement lumi-
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nciiso ol rayonnante, cesl bien la finale apothéose ({uil fallait à la féerie ijn'aiira été mon voyage.
VA maintenant, avant (lavoir commencée,... j'ai fini !
Que vous dirai-je, en eiîel ? Pendant six heures je monte et je redeseends la rivière et le spectacle (pie jai sous les yeux défie réellement toute des-' cription. (Couvrant un espace de plusieurs kilomètres, les 2:hats succèdent aux i'hats et sur les marches des escaliers sacrés se presse l'innombrahle foule des Hindous en oraisons....
Pour tenter de « comprendre », d'extraire un bénéfice moral de cette vision trop intense et trop neuve, j)our éprouver en un mot autre chose ({ue cette sorte d'ahurissement et d'extrême fatigue (juc me laisse en l'esprit cette matinée unique, il faudrait avoir consacré plusieurs années à débrouiller ce formidable fatras de poèmes, de traditions, de légendes et de rites dont est faite la religion brahmanique, il faudrait, ensuite, être resté de longs mois dans l'Inde pour laisser lentement s'affirmer en l'esprit l'influence nécessaire du milieu, il faudrait s'être fa(jonné une ame toute neuve. Kt alors ce n'est pas un rapide sommaire de notes écrites au courant de la plume, c'est tout un livre que vaudrait Bénarès....
Le liAre est encore à écrire!