‹ Aux IndesChapitre 12 sur 120 · LE BANIAN · texte numérisé non relu

LE BANIAN

miers spécimens qu'on en voit ne peuvent pas ne pas provoquer un grand étonnement. D\m tronc central, puissant et trapu, partent de larges branches horizontales, desquelles se détachent verticalement des fdaments allongés qui pendent et s'étirent vers le sol. Quand ces sortes de lianes rencontrent la terre, elles s'y enfoncent, y puisent une vie nouvelle et constituent autant de nouveaux arbres, vivant à la fois de la vie du tronc originel et d'une vie propre et personnelle, de telle sorte qu'au bout de peu d'années l'arbre primitif a donné naissance à toute une véritable forêt dont les sujets, intimement liés entre eux, forment des groupements de la plus extrême bizarrerie.

Ce ne sont pas des arbres à planter autour d'une villa de Bouffival ou de Ville d'Avrav; ils auraient vite fait de manger tout le jardin. Ils sont admirablement à leur place dans ce pays fécond où tout pullule et se multiplie à profusion, encadrant ces monuments touffus qui semblent avoir emprunté leurs formes bizarres et tourmentées, donnant ainsi raison à la théorie d'esthétique qui veut que les artistes primitifs de toute civilisation empruntent leurs premiers modèles à la nature environnante.

Il est très certain que, quand on est perdu dans l'ombre épaisse que fait ce dédale de colonnes vivantes, d'arcades infiniment irrégulières et tour-

menlécs, la vision surgit et s'impose de ces extraordinaires colonnades des temples de Madura ou de Trichinopoly, tout aussi compliquées, tout aussi tortueuses, tout aussi écrasantes.

Le guide « Murray », qui jointà toute sorte d'avantages l'obligation quotidienne, très ennuyeuse mais très utile, d'une petite version anglaise, me donne le sage conseil d'aller visiter le musée. Je suis le conseil et ne m'en trouve pas trop mal. L'édifice qui contient les collections est fort laid, et laid avec prétention, ce qui est la pire laideur, mais les collections sont belles et le contenu vaut mieux que le contenant. Une patience éclairée et un goût délicat ont présidé à la constitution et à l'arrangement des différentes salles, dont quelquesunes renferment des objets d'un prix inestimable. Il y a là des armes, provenant des arsenaux du nabab de Garnatic et du maharajah de Mysore, qui sont damasquinées, ciselées et ouvragées avec un art admirable; des satins chatoyants, des soies rutilantes, des velours somptueux surchargés de broderies d'or ou d'argent d'une incomparable richesse; enfln une profusion de ces étoffes de cotonnade légère que nous sommes habitués à voir

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