‹ Aux IndesChapitre 14 sur 120 · LE PEUPLE S PARK · texte numérisé non relu

LE PEUPLE S PARK

tout le pourtour du jardin, et quand on a de leau à profusion, sous ce magnifique soleil, on devrait obtenir bien facilement la plus luxuriante et la plus riche végétation [

Oui, mais il faut compter avec le lléau de Madras avec cette terrible poussière rouge, épaisse, gluante, qui ternit tout, qui s'infiltre partout, qui dessèche et qui détruit tout. Les arbres sont recouverts jusqu'à la cime du poudreux manteau, et les pelouses en sont dévorées comme d'une hideuse lèpre. Ceci rend, naturellement, la promenade assez médiocre et maussade, et l'on serait presque tenté de la regretter, si le Park ne contenait une superbe ménagerie qui vaut amplement le déplacement.

Tout un peuple de léopards et de panthères prend ses ébats dans de larges cages, propres, aérées, claires et gaies. Je serais resté volontiers des heures à contempler les jeux gracieux des souples et formidables félins , en particulier de trois ou quatre panthères noires, de toute beauté, avec leur admirable poil lustré, leurs mouvements harmonieux, leurs petits yeux méchants, brillants comme des escarboucles, leurs paresseux étirements, leurs bâillements ennuyés et, soudain, en un rugissement de tonnerre, leurs bonds énormes dans la cage toute secouée.

Un peu plus loin, le palais des tigres, où dix magnifiques betes promènent leur ennui royal ; môme au « Zoo » de Regent's Park, bien riche cependant, je n'en avais pas vu d'aussi superbes. Ceux-ci sont d'une taille extraordinaire, et la lente promenade qui balance les corps puissants, sur des jarrets que l'on voit sommeillants, que l'on devine prodigieusement souples et forts, a, dans sa mélancolie, tout un air de majesté souveraine et d'invincible force latente. Ce sont de terribles seigneurs qu'il ne ferait pas bon, comme disent les bonnes femmes, rencontrer au coin d'un bois.

Et pourtant... c'est mon plus cher désir : la grosse émotion de cette rencontre, de cet admirable, unique coup de fusil, me sera-t-il donné de la ressentir? On me l'a bien promis à Paris et à Londres, et, depuis mon départ, je traîne mes fusils et tout le cortège d'ennuis et de tracasseries qu'ils m'ont valu, sur la foi de ces belles promesses. Se réaliseront-elles, ou bien devrai-je me rappeler qu'à Tartarin aussi on avait promis une fricassée de lions? Oui vivra verrai

Rentrant à l'hôtel, je trouve une invitation du « Gvmkhana-Club » m'ens-as^eant à assister, ce

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