DISTRACTION IMPARDONNABLE
le pieux tribut payé aux souvenirs du passé, je n'aurais pas été fâché de voir un peu ce très positif présent.
Mais je devais là encore jouer de malheur!
J'avais de chaudes introductions auprès du général M. L..., commandant le district ; en arrivant hier matin, je n'ai rien de plus pressé que de confier à la poste mes lettres de recommandation, et, me reposant sur une hospitalité jamais démentie, j'attends patiemment à l'hôtel une réponse que je considère comme inévitable et comme inévitablement favorable.
Il y a beaucoup de choses dont, en voyage, on ne devrait jamais se séparer, tellement que, s'il fallait seulement emporter le quart des objets que les familles vous dépeignent comme « de première nécessité », on aurait une quantité de bagages rappelant assez bien les impedimenta de messieurs les Perses à la bataille de Salamine. J'ai, pour ma part, emporté beaucoup trop de choses, et je maudis tous les jours le pesant et encombrant boulet que je traîne partout après moi. J'ai une fourrure! J'ai des vêtements dhiverll J'ai un chapeau haut de forme!!! J'ai plusieurs tenues militaires!!!!....
mais je n"ai pas un objet (|ui n'obérerait pas de beaucoup mes excédents, qui tiendrait au besoin dans un coin de mon portefeuille, aussi indispensable qu'il est petit, el dont Tabsence est la cause de mon présent malheur : un calendrier.
Un coup d'œil sur cet utile compagnon de voyage m'aurait appris que ma lettre au général M. L... avait été mise à la poste « un dimanche », que. par suite, elle dormait paisiblement un bon sommeil de vingt-quatre heures au fond momentanément inviolé de la boîte, et que j'avais commis la plus formidable inconséquence qu'un homme, cependant habitué à la sévérité du repos dominical en pays anglais, puisse se permettre.
Et voilà pourquoi j'ai passé ici deux longues journées monotones, dans lattente d'une réponse qui ne vint pas, parce qu'elle ne pouvait pas venir, me promenant mélancoliquement devant les murs élevés des « Cavalry Barracks », et ne partageant pas le moins du monde l'avis du philosophe qui prétendit .qu'il était intéressant déjà de voir une muraille derrière laquelle il devait se passer quelque chose.
Ayant voulu voir quelque chose, mais trouvant partout consignes rigoureuses et portes strictement closes, voilà comment je me suis décidé à quitter ce soir même ce lieu inhospitalier (inhospi-