LA GRATITUDE D ALBION
que, malgré tout leur héroïsme, la poignée d'Anglais disséminés dans ce vaste empire eût été immanquablement écrasée et la domination britannique radicalement anéantie. Mais le sentiment national fait tellement défaut dans cette immense masse de trois cents millions d'individus, que n'unissent entre eux ni des sentiments ni des intérêts communs, que la rébellion des cipayes du Bengale fut regardée avec indilïérence par ceux des autres présidences; bien plus, si la révolte des uns fut réprimée, ce fut, en grande partie, grâce au concours des autres, et parce que l'on put armer les unes contre les autres les différentes races de Tlnde.
Par sa position géographique, par sa quasi-indépendance, par le caractère guerrier et fanatic[ue de ses habitants, le Deccan occupait, en ces moments critiques, une place à part, et il est certain que l'épée du Nizam, jetée dans tel ou tel plateau de la balance, devait être d'un poids formidable et décisif. Ce fut dans le plateau anglais qu'elle tomba, et du côté anglais qu'elle fit s'incliner la balance.
Albion, moins personnelle qu'on n'est habitué à se la représenter, n'oublia jamais le service rendu; et voilà comment, pour des raisons de pur sentiment, ce qui vous étonne et moi aussi. Sa Hautesse le Nizam bat monnaie, lève ses impôts, perçoit ses
douanes et jouit de toutes les api^ai'ences d'une complète indépendance.
N^ous devinez, dans ces conditions, combien il peut être intéressant de visiter la capitale d'un Etat où Ton peut espérer trouver encore, scrupuleusement respectées, les coutumes du bon vieux temps et voir, vivantes encore, toutes les splendeurs de « rinde des rajahs ».
L'événement devait répondre à notre attente et tous nos espoirs devaient se réaliser à tel point que, venus à Hyderabad pour deux ou trois jours, nous y devions rester plus d'une semaine.
Je connais une brave dame, d'humeur très voyageuse, aimant et sachant voir du nouveau, mais alliant à son amour du changement une très fervente et pratiquante piété; dès qu'elle arrive dans une ville, son premier soin est de s'enquérir du lieu où se trouve l'église et de l'heure des messes. Elle va aussitôt à l'une pour entendre l'autre et ne commence ses pérégrinations qu'après s'être acquittée de ses devoirs et avoir fait au bon Dieu son obligée petite visite.
C'est à une ferveur du même genre que j'obéis, en consacrant ma première matinée à aller faire