‹ Aux IndesChapitre 26 sur 120 · M. LE RESIDENT · texte numérisé non relu

M. LE RESIDENT

magique de son nom et de sa protection, aussi aimés, aussi vénérés et aussi puissants au fin fond de l'Inde que dans les parages de la rue de Courcelles.

Vous savez que TAngleterre entretient, auprès du \izam, un Résident dont linfluence et le pouvoir sont, malgré l'apparente indépendance dont jouit ce pays, à peu près illimités. Avoir une introduction auprès de M. Chichèle Plowden, pour visiter Hyderabad, est donc à peu près aussi intéressant que d'avoir, quand on visite Rome, une audience du Saint-Père, toutes proportions gardées. Or, il se trouve, à ma grande joie, que Mrs Plowden est une petite nièce de lady Blount. Je n'ai donc pas été très étonné en trouvant, dès mon arrivée, une lettre m'invitant illico à m'inslaller, avec armes et bagages, à la Résidence.

Cruel embarras! Aller déranger des gens, même aimables et bienveillants comme Mr et Mrs Plowden pour deux ou trois jours, passe encore; mais j'ai le projet de rester ici beaucoup plus longtemps; on a fait miroiter à mes yeux la perspective de chasses magnifiques, je ne rêve que fricassée de tigres, hécatombes de panthères, etc.; or ces braves bétes ne se rencontrent pas aussi facilement que les lapins ou les faisans dans les tirés de Rambouillet; il faut leur courir après, il faut envoyer à

l'avance des rabatteurs, des renseigneurs, attendre qu'on ait déniché les traces, et tout cela peut durer fort longtemps. De plus, vais-je abandonner mon compagnon à son triste sort et le laisser tout seul, lui qui ne sait pas un traître mot d'anglais, au milieu des enfants d'Albion qui peuplent le Cosmopolilan-Hotel? Je sais bien que je n'aurais qu'à prononcer son nom pour le faire inviter également; mais serait-ce bien discret d'envahir ainsi avec toute une caravane une demeure trop hospitalière? Il me faut recourir à des ruses d'Apache, montrer une ténacité d'Auvergnat pour obtenir de rester à mon hôtel et de ne pas abuser d'une hospitalité si généreusement offerte. Au reste, nous devions trouver, pendant tout notre séjour, maison et table ouvertes à la Résidence, et j'en exprime ici à Mrs Plo^vden mes très respectueux et reconnaissants remerciements.

La Résidence est un superbe palais, dressant ses nobles colonnades au milieu d'un parc magnifique qui s'étend sur une quinzaine d'hectares. Une eau claire et gaie, courant dans mille petits ruisseaux, entretient, dans ce splendide jardin, une perpétuelle fraîcheur et donne aux pelouses une éclatante verdure, aussi nette, aussi riche que celle des prairies de Hyde Park ou de notre parc Monceau. Des arbres centenaires, parmi lesquels un

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