‹ Aux IndesChapitre 28 sur 120 · LA CITE · texte numérisé non relu

LA CITE

de s'aventurer dans les rues de jour, tout à l'ait dangereux d'y aller la nuit.

Les temps sont bien changés, et, quoique certaines ruelles du vieil Hyderabad ne soient pas précisément des endroits choisis pour les amateurs de noctambulisme, on n'entend plus parler d'assassinats, de viols ou d'autres aménités aussi couramment qu'au bon vieux temps. Les fervents serviteurs d'Allah s'en désolent, le Nizam s'en lave royalement les mains, et le Résident s'en réjouit. On ne peut pas contenter tout le monde.

Le plus curieux de l'aflaire c'est que, parmi ceux qui ne sont pas contents du nouvel état de choses, il faut compter certains touristes férus d'exotisme, de fortes émotions et de couleur locale à outrance, des braves gens qui voudraient sans doute rapporter de leur voyage quelque souvenir analogue à celui qu'Alphonse Karr reçut d'une énergique et vindicative amie.

(( Vous connaissez l'histoire : les Guêpes avaient piqué, un peu rudement, le délicat épidémie d'une femme de lettres sensible et rageuse, Mme Louise Colet. Celle-ci ne s'en remit à personne du soin de venger ce (|u*elle appelait son honneur, quand il ne s'agissait que de cette minime chose qui se nomme réputation littéraire : comme Lucrèce, elle s'arma d'un stylet aiguisé, se rendit

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chez son l)Oun'eau et lui porla entre les deux épaules un furieux coup, ({ui, fort heureusement, ne fit qu'une insignifiante blessure. Magnanime et indulgent ton dit que Mme Colet était jolie femme , Alphonse Karr se désista de toute plainte : il rendit la liberté à la belle furie, il lui rendit ou fit semblant de lui rendre son estime littéraire, mais il ne rendit pas le couteau !

Il le garda bien précieusement, le fit mettre soigneusement sous verre et le suspendit en un point très en vue de son cabinet de travail avec cette inscription :

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