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LA FORTUNE DU NIZAM

lions si diverses, tant de sensations si neuves et si vives, de terminer par une rencontre d'un imprévu exquis, et de rester sur une impression délicieuse de fraîcheur et de poésie.

Vous savez que le Nizam est non seulement le plus puissant des princes de tout THindoustan, mais aussi le plus riche et le plus fastueux. Ses revenus sont incalculables, et Ton dit qu'une seule de ses journées vaut, rien qu'en argent monnayé, trois ou quatre lacks de roupies ^, sans compter, bien entendu, les bijoux conservés dans le vieux fort de Golconde, qui représentent un inappréciable et inépuisable trésor. Dans son palais circulent deux mille serviteurs; dans ses écuries sont plus de cinq cents chevaux et de cent éléphants; dans son harem dorment et rêvent trois cents femmes; quand il donne une fête, l'illumination seule des jardins et des salons coûte plus de 10,000 Hvres; quand il passe une revue, ses largesses aux soldats dépassent la solde d'un mois entier, et, détail un peu mesquin peut-être, mais typique et très véridique, car je le tiens du principal intéressé, lorsque son médecin est venu le voir, il trouve, en rentrant à son bungalow, un joli petit chèque de

1 Le lack vaut 100,000 roupies = 165,000 francs environ.

5,000 roupies '. Tout cela dénoie des habitudes de prodigalité tout à fait orientales.

Or, voici, dans un coin retiré de la ville, tout près des remparts, loin du tumulte, loin des grandeurs, une petite maison toute simple et cachée. Le seul luxe de la modeste maisonnette est un somptueux manteau fleuri de glycines, de roses et de bougainvillia, qui drape délicieusement la blanche nudité des murs. Une terrasse, toute petite aussi, enfouie dans Tombrage embaumé des mimosas en fleur, s'avance en terre-plein jusqu'aux créneaux du rempart, dominant le lit rocheux de la rivière voisine et les vertes campagnes environnantes. Le bruit de la cité n'arrive pas jusqu'ici; on n'entend que le joyeux pépiement des perruches babillardes qui balancent, parmi l'or duveté des petites boules fleuries, leurs fins corselets d'émeraude. Tout, en ce lieu charmant, respire la joie discrète d'une vie doucement heureuse, et les suaves parfums qui tombent de la voûte de verdure, les souffles légers de la brise murmurant dans le feuillage, les tendres habillements des oiseaux dans la ramure semblent dire au passant : <( Arrête-toi, contem-

1. La place est bonne, comme vous voyez, et, détail amusant, les docteurs de Madras se relayent dans ce lucratif service, chacun d'eux s'inscrivant et passant à son tour aux honneurs et à la caisse.

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