LE BOXHELR DU NIZAM
pie, envie, regrette : ici Ton aime, ici Ton est heureux. ))
Se promenant un soir dans les rues écartées qui bordent la rivière, le Nizam rencontra, le printemps dernier, une petite fille du peuple qui n'avait pour toute parure que la beauté de son jeune corps de vierge, pour tous bijoux que les deux purs diamants qui brillaient sous le velours frangé de ses longs cils d'or brun. Il Taima, il le lui dit, et, depuis de longs mois, tous deux mènent, dans la petite maison de fleurs, une vie fortunée. Dédaigneux des vaines splendeurs de sa cour, volontairement oublieux de son sang, méprisant ses inutiles richesses, le Xizam cache jalousement, dans le mystère d'un lointain faubourg, le plus pur trésor qu'un roi lui-même puisse posséder : la tendresse sûre et fidèle d'un cœur de femme.
Rentrant à l'hôtel, je raconte à ma voisine de table d'hôte, une bonne dame française qui fait son tour du monde. Iheureuse découverte que je viens de faire, et elle s'écrie aussitôt : « Mais il est charmant, votre Nizam 1 Mais je l'aime tout plein, ce brave homme-là I »
Je serais assez volontiers du même avis que la bonne dame.
Et vous?
Un mal qui répand la terreur Mal (juc le ciel en sa fureur.
Faisait aux « Indiens » la i^uerre...
Et les Indiens sont très aflblés (moins pourtant que certaines nations européennes, d'après ce que je vois dans les journaux, dont le luxe exagéré de précautions est en train, une fois de plus, hélas! de les couvrir de ridicule), et les Indiens fuient les villes infectées : tout ce" qui peut acquitter le modeste prix d'un ticket de chemin de fer a quitté la côte occidentale et s'est répandu dans les villes de l'intérieur. — Bombay, en particulier, qui se trouve être effroyablement éprouvé, s'est vidé des trois quarts de sa population ; les magasins, les hôtels, les bureaux sont fermés, les rats ont quitté le navire, et l'exode s'est monté, pendant les dernières semaines, jusqu'au chiffre extraordinaire de 400,000 personnes.
Hyderabad, par sa riante situation, par le climat relativement sain dont on y jouit, par l'extrême modicité du prix de la vie, a attiré un très grand nombre d'émigrants. Toutes les classes de la population s'y trouvent représentées, depuis les richards qui ont envahi les jolis bungalows de Secunderabad,
LES PARSIS. 17i
jusqu'aux pauvres diables, saus sou ni maille, qui sont établis en un immense et pittoresque campement sur les rives du lac de Mir'Alam.
Dans le nombre de ces nouveaux et temporaires sujets du Nizam, les Parsis occupent une place à part. Nous ne les connaissons encore que par leur cimetière; c'est un peu macabre et insuffisant. Pour faire plus ample connaissance avec ces intéressants personnages, adressons-nous au documenté j\I. Cotteau, et dans son livre si attachant : Promenade dans Vlnde, lisons ce qui suit :
u Les Parsis ne forment guère que 7 pour 100 de la population totale de Bombay; mais leur aptitude aux affaires, leur activité commerciale, l'absence de tout préjugé de caste et l'assimilation complète qu'ils se sont faite de la langue anglaise leur assurent une influence prépondérante dans la communauté.
a Leur histoire est bien connue : lorsque les sectateurs de Mahomet conquirent la Perse, au vn° siècle, un certain nombre d'individus, descendants des anciens Guèbres ou adorateurs du feu, s'expatrièrent pour ne pas être contraints d'embrasser la nouvelle religion. Ils se rendirent d'abord à Ormuz, sur le golfe Persique, puis dans l'Inde, à Diu, sur la côte de Kattywar; de là ils gagnèrent les principales villes de Gujerate, dont
ils ne tardèrent pas à adopler la langue. Mais leur véritable prospérité date seulement de Tarrivée des Européens; n'ayant aucune prévenlion contre les nouveaux venus, ils leur servirent d'interprètes dans leurs relations avec les natifs. Déjà ils formaient une importante colonie à Surate lorsque Bombay passa entre les mains des Anglais, Attirés par Timporlance toujours croissante de cette ville, ils vinrent s'y fixer en grand nombre et s'attachèrent définitivement à la fortune de l'Angleterre. »
Grâce à M. Cotteau, vous voilà renseignés. Si j'ajoute que la plus grande partie du commerce de Bombay est entre leurs mains ingénieuses, qu'ils ont réussi à accumuler de prodigieuses fortunes, qu'ils sont industrieux, fins politiques et aussi modernes dans leur façon de comprendre les affaires qu'ils le sont peu dans leur manière d'adorer la Divinité, vous les connaîtrez, je pense, le mieux du monde. En somme, ils occupent dans le monde du commerce de Flnde la place que les Juifs ont conquise chez nous ; seulement ils sont tous honnêtes, presque tous sympathiques, quelques-uns même jolis garçons : vous voyez qu'il y a des différences.
Comme les affaires sont complètement arrêtées dans la malheureuse Bombay, les Parsis ont fait