PLAN DE CAMPAGNE
imposant, très vite décidé, et. après que chacun des shilvaris a rendu compte de ses découvertes et de ses opérations, les résolutions définitives sont prises. Nous avalons rapidement un sobre repas : en route 1
Nos voitures se sont arrêtées à Textrème limite des voies praticables; désormais plus de sentiers, il nous faut nous frayer passage à travers les ronces, et, comme la lune n'est pas encore levée, nous nous agitons dans le noir opaque et nous n'avançons qu'avec une extrême lenteur. La marche me semble interminal >le : les gros nuages noirs, qui roulent dans le ciel leurs volutes de plomb, épaississent l'air de la nuit et font la chaleur extrêmement pesante; des taillis que nous arrachons montent des senteurs tellement violentes qu'elles étourdissent et grisent; il semble que ce soit une virginité que nous déchirons, une virginité sauvage qui se défend, toute hérissée de longues épines venimeuses qui nous pénètrent cruellement et mettent nos mains et nos visages en sano'.
Soudainement, le taillis se fait moins épais, lamarche devient plus libre, en même temps que des rochers tout déchiquetés émergent de la verdure.
Nous nous trouvons sur le pourtour dun large cirque rocheux, enserrant une cuvette aux pentes raides tout au fond de laquelle dort une eau sombre dont nous devinons les bleuissements d'acier dans lobscurité. La noire cavité est tout emplie de clameurs émouvantes; ses profondeurs sont toutes frissonnantes de vie : les bêtes sauvages ont quitté leurs repaires pour aller s'abreuver, et nos yeux écarquillés devinent, dans le mystère noir, le dense piétinement du monstrueux troupeau. Quelques heures avant l'aurore, sangliers, panthères, buffles et antilopes regagneront la jungle; c'est à ce moment que nous les attendons.
Sur les pentes, dessinant un même alignement droit, des trous ont été creusés d'avance par les shikaris, formant autant d'entonnoirs dun mètre de profondeur environ et d'un diamètre de 6 pieds. A chacun de nous, accompagné de son inséparable sbikari, est destiné un de ces trous. Nous nous disons bonsoir, nous nous souhaitons bonne chance, nous nous promettons mutuel appui, et, crac! nous disparaissons comme des diables de féerie dans leurs trappes.
Les fauves peuvent venir, rien ne décèle notre
XLIT D ETOILES: l9o
présence, car il est, bien entendu, formellement interdit de causer, de fumer, de chanter, de rien faire qui puisse donner Téveil aux méfiantes bêtes.
Et nous restons ainsi, sans un mouvement, sans un geste, toute la nuit.
Couchés sur le rude lit de terre, la tête renversée, les yeux vers le ciel, nous contemplons la lente révolution des astres sur le firmament. La lune s'est levée vers minuit, et, devant sa pénétrante clarté, les nuages qui barraient l'horizon se sont enfin dissipés; les étoiles se sont une à une allumées sur la claire coupole azurée, et c'est une nuit merveilleuse, toute palpitante de scintillations.
Un engourdissement très doux m'envahit, je ne sais plus du tout où je suis ni ce que je fais ici : ma rêverie se perd dans les indéfinis espaces, délicieusement imprécise, sous la divine sérénité qui tombe en nappes d'argent des radieuses hauteurs étoilées. En bas, vers les rives de l'étang, c'est toujours le même fourmillement d'ombres, plus nettes maintenant sous les clartés lunaires, le même concert de clameurs sauvages, coupé, de temps en temps, de vastes silences angoissants. Je retrouve un peu les sensations de « })leine mer », les voluptés étranges que donne l'entier abandon aux irrésistibles forces de la natiu-e, la délicieuse angoisse de se sentir une pauvre petite chose
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perdue dans riniinensilé. El je passe dans ce laronche coin de nahire, sons ce merveilleux ciel tropical si eiï'royablemenl loin des horizons accoutumés, d'inoubliables heures dont le souvenir embaumera toute ma vie, de parfums dune grisante sauvagerie.
Une toute petite clarté rose s'est allumée vers lorient, sur Tazur du ciel s'épand une teinte pale et laiteuse, laube est prochaine : voici le moment solennel. Très nettement nous distinguons maintenant les bêles qui se pressent là-bas sur les bords de Teau : une prodigieuse (juantité de sangliers, une centaine peut-être, et des grands troupeaux d'antilopes... Hélas! nous avons beau nous écarquiller les yeux, c'est en vain que nous cherchons, dans la masse sombre, les rellets dorés de la terrible bêle dont nous souhaitons si ardemment la venue.
Un grand mouvement se produit dans la multitude qui se prépare à regagner les impénétrables profondeurs de la jungle; nous nous faisons plus petits que jamais, nous nous terrons tout au fond de nos cachettes, l'exode commence.
Des antilopes passent les premières, légères et rapides, escaladant lestement les pentes rocheuses, et disparaissent, en bondissant joyeusement, dans les fourrés; nous nous gardons bien de tirer, c'est