BREDOUILLES I
chasse réservée pour la journée. Les sangliers suivent, et le hideux troupeau passe tout près de nous; nous entendons les rauques grognements, il nous semble sentir des souffles courts jusque sur notre cou et lair se remplit de fortes odeurs fauves. Xous ne tirons pas davantage, pour deux raisons : d'abord parce que la chasse du sanglier à tir est interdite (on ne le doit chasser qu'à courre;, et puis, parce qu'il ne faut pas elTaroucher d'un coup de feu intempestif les panthères et empêcher leur passage.
Faut-il vous l'avouer? je n'y compte guère sur ce passage; malgré tout ce que peut me dire le bon capitaine Boardman, enclin à trop prendre ses désirs pour des réalités, je ne puis arriver à croire que la jungle ait assez de ressemblance avec le paradis terrestre pour que les antilopes, que nous venons de voir passer, aient manifesté une telle quiétude, se soient si paisiblement abreuvées, aient si joyeusement gambadé et folâtré, ayant tout près d'elles de si redoutables voisins,... trop d'antilopes pour que nous voyions panthères de sitôt ! Je n'ai que trop raison : après une mortelle heure de fébrile impatience, nous voyons les étoiles pâlir, le ciel s'éclaircir, et, lorsque le disque de pourpre surgit à l'orient, il éclaire les rives de l'étani^-.,. absolument désertes.
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En regagnant le campement, nous lâchons 'de prendre nofre revanche et, en même temps, notre déjeuner; la tache n'est pas trop malaisée, la jungle fourmille de gibier, le plus maladroit d'entre nous ( — moi — ) peut s'en donner à cœur joie et faire une hécatombe de plume et de poil divers; hélas! nous donnerions bien les plus belles antilopes et les plus magnifiques paons sauvages pour un pauvre poil de panthèi"e!
Eh ])ien! et le tigre, me direz-vous, que devient il dans tout cela? Il semble que vous nous disiez naguère qu'un couple de ces estimables bétes vous avait été signalé; qu'en est-il advenu?
Mon Dieu, j'aime mieux \ous l'avouer tout de suite, si j'ai eu, un instant, l'espoir de ce merveilleux coup de fusil, cet espoir n'a guère duré : on ne tue pas un tigre comme cela; — pour plusieurs raisons, que je vais tâcher de \ous dire.
Lorsque, aux Indes, on veut organiser une partie de <' tiger-shooting «on s'y prend environ deux mois à l'avance, on recrute 200 éléphants; on réquisitionne, pour faire le rabat, la population d'une dizaine de villages; on envoie, très à l'avance et un peu dans toutes les directions, des shikaris