‹ Aux IndesChapitre 59 sur 120 · NOS PASSE-TEMPS · texte numérisé non relu

NOS PASSE-TEMPS

avidement je me suis enivré de tous ces parfums de mystère qui s'exhalent de la jungle, et, comme un grand enfant insouciant et gai, jai délicieusement « joué au sauvage ».

Au reste nous étions quelques bons vivants, n'engendrant pas la mélancolie ; ces officiers anglais ont, quand on les connaît, des ressources de gaieté simple et bon enfant qu'on ne leur soupçonnerait point; au bivouac, notre temps se passe à deviser, à jouer, à cuisiner, à raconter des histoires, à écouter les traductions, que nous font nos boys, des légendes débitées par nos shikaris; oh! les inoubliables heures passées là, le soir, après dîner, en attendant le moment de reprendre lafrùtl

Les épisodes, plus ou moins burlesques, ne manquent pas, — par exemple :

Vous savez que. dans ce pays, les singes sont à peu près aussi communs que les moineaux dans les rues de Paris; même tout près des villes il n'est pas un seul arbre qui n'abrite toute une colonie de quadrumanes; vous pouvez penser combien, dans les sauvages régions où nous nous sommes enfoncés, la vilaine engeance pullule autour de nous. C'est un piètre voisinage : ils sont sales, piailleurs,

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puants el dune elTroyable inconvenance; nous navons pas Tair de les effaroucher le moins du monde, et ce n'est pas sans peine que nous nous défendons contre l'audace de leurs incursions. Nous avons dû établir un vrai cordon de sentinelles autour des voitures, — nos chambres à coucher, — et les gamins du hameau voisin sont chargés d'assurer la tranquillilé de nos siestes.

Or, le matin du second jour, fatigué et un peu énervé de la longueur inutile de l'aiï'ùl nocturne, jetais rentré quelque temps avant les camarades, avais quitté tout mon harnais de chasse et, dans un costume ultra-primitif, m'étais étendu dans ma tonga, où je n'avais pas tardé à m'endormir profondément; la vigilance de nos gardiens s'était-elle relâchée, ou bien avait-elle dû céder devant une trop nombreuse invasion? toujours est-il que mon repos ne dura pas longtemps ; dans un demi-sommeil de cauchemar, j'entendis des grognements, des claquements de dents, tout un extraordinaire sabbat; et quand, tout à fait réveillé par le contact sur ma figure de quelque chose de velu et de violemment odorant, je me mis sur mon séant, la brusquerie de mon geste mit en fuite toute une légion de singes qui s'étaient introduits dans mon domicile. Jusque-là il n'y a que demi-mal, mais, lorsque je veux revêtir une tenue décente pour

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