LES SERPENTS
serpent tel que je n"en vis jamais dans nos ménageries, dont j'ignore le nom, et qui vit dans les broussailles voisines de l'eau; celui-là, non seulement n'est pas méchant, mais encore — où la beauté va-t-elle se nicher? — véritablement joli, d'un admirable vert émeraude.
Malheureusement il y a également des cobras, et ceux-là, vous le savez, sont mortellement dangereux; très craintifs aussi, par bonheur, et fuyant, du plus loin qu'ils nous entendent. Cette salutaire méfiance ne donne pourtant pas autant de sécurité qu'on en souhaiterait, car les vilaines bêtes ont, comme tous leurs congénères, la digestion fort somnolente, et il peut parfaitement arriver de mettre par mégarde le pied sur eux, d'autant que la couleur terreuse de leur peau ne permet pas de les distinguer assez nettement dans les amas de feuilles mortes qui partout jonchent le sol.
Xos shikaris, là encore, nous sont inestimablement précieux : ils ont des yeux d'une acuité et d'une pénétration extraordinaires; là où nous ne voyons goutte, ils y voient pour nous et nous préservent de tout faux pas. Même la nuit, au clair de lune, ils conservent cette bienheureuse clairvoyance, et, de plus fort en plus fort, même quand la lune se cache et quand il-4ait noir comme dans un four, ils nous tirent encore d'embarras : ne
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pouvant plus u voir », ils " Jlaiicnl >. Le serpent à sonnettes annonce sa venue par 1(^ l)ruit,le serpent à lunettes, notre cobra, s'annonce par son odeur : un pénétrant parfum alliacé, tellement caractéristique que, lorsqu'on la une fois senti, il n"est plus possible (le s'y méprendre.
Il est fort heureux que nous ayons toutes ces garanties, car, malgré la force d'une habitude qu'il nous a bien fallu prendre, tellement la rencontre de ces sales bètes est fréquente, la pensée ({u'une pauvre petite morsure de rien du tout suftirait, en moins d'une heure, à nous envoyer ad paires est bien faite pour donner la chair de poule.
Puisque nous voici sur le chapitre des serpents, il faut que je vous dise le curieux emploi que nous fîmes de notre troisième après-midi au bivouac
Parmi nos shikaris, nous avons la chance de posséder un jongleur qui, maintes fois, nous a fort amusés avec ses exercices de prestidigitation, d'une adresse à faire pâlir Robert Houdin; or un jongleur indien nest pas complet s'il n'est aussi chasseur et charmeur de serpents. Autant les tours du (( jongleur » sont adroits et amusants, autant les exercices du « charmeur )^ sont en général fasti-