COMMENT ON REND UN COBRA INOFFENSIF
passe quelques secondes où je maudis de tout mon cœur rétrange distraction que nous avons été chercher là. Mais le vin est tiré, il faut bien le boire... c'est tout de suite fait : aux trois quarts étranglé par la poigne de fer qui le tient, le cobra ouvre la gueule toute grande, et le shikari nous montre — de loin, vous pouvez m'en croire — les crocs, très nettement visibles. Notre homme prend alors une cheville de bois, taillée en pointe, que lui tend un camarade, et, de deux coups prestement donnés, extirpe les crochets et les glandes qui y adhéraient. De chacune des plaies, ainsi lestement faites, s'échappent cinq ou six lourdes gouttes d'un liquide huileux de couleur verdâtre. Pour achever l'assainissement de la bouche, si adroitement mutilée, on présente au cobra une pièce de drap quil se met à mordre furieusement, essuyant ainsi le venin qui pouvait rester. C'est fini,... et le capitaine Boardman lui-même est bien forcé d'avouer que notre bonhomme n'a pas volé ses roupies.
Vous voyez qu'entre deux parties de chasse nous avons su trouver des distractions aussi variées qu'inattendues et peu banales. Quant aux battues elles-mêmes, vous me dispenserez de vous les racon-
1er; elles sont très fructueuses, mais très monotones, et le récit n'en serait pas autrement intéressant.
Il en va de même pour nos affûts nocturnes, à cela près qu'ils restent, eux, absolument infructueux, que les panthères demeurent toujours invisibles et que chacune des trois nuits successives que nous passons dans nos trous est la répétition trop exacte de la première.
Le matin du cinquième jour, enfin, impatientés de ne rien voir venir, nous nous décidons à aller trouver les maudits félins chez eux : la montagne ne voulant pas venir à nous, nous irons à la montagne.
Je vous garantis que ce n'est pas commode, et que les redoutables betes ont su élire un domicile où les difficultés du terrain et de la nature les mettent terriblement à l'abri des indiscrétions. C'est tout en haut d'un cyclopéen amas de rochers, dont le sommet déchiqueté domine toute la jungle et s'aperçoit de tous côtés.
L'ascension est infiniment pénible, les pentes très abruptes, les rochers polis et glissants, et, comme nos armes nous embarrassent à l'excès, nous suons sang et eau dans la rude grimpette. Enfin nous sommes au faîte, non sans avoir laissé beaucoup de bribes de nos vêtements et un peu de