‹ Aux IndesChapitre 65 sur 120 · INTERMEZZO · texte numérisé non relu

INTERMEZZO

trouver plus admirable prétexte pour vous expliquer la grosse lacune que vous allez constater dans ce récit.

La Providence n'a sans doute pas voulu charger ma conscience d'un nouveau péclié .jamais t océan Indien n'a été plus radieusement calme que ces temps-ci ; pas plus de vagues que sur le bassin des Tuileries, pas plus de naufrages que sur le lac Saint-Fargeau. Voilii mon prétexte dans l'eau !

Il me faut donc en trouver un autre pour vous expliquer comment et pourquoi nous allons sauter, à pieds joints, du 2 au 18 mars, et d' Hyderabad à Pesliaivar. du Deccan à la frontière afghane, du sud à Vextrcme nord, un joli saut de plus de 3,000 kilomètres.

D abord, il y avait tantôt trois mois que, tous les soirs, sans exception, je consignais en des notes sommaires l'emploi de mes journées ; je ne me serais jamais cru capable d'une entreprise de si longue haleine; .. . voici donc la première et sans doute la Dieilleure raison : baptisez-la fatigue ou paresse^ à votre gré ; et, de plus, laissez-moi vous expliquer {ce dont vous ne vous doutez probablement que trop ! ) que vous n'y perdrez rien., et pourquoi vous ny perdrez rien.

Voici,, d abord,, mon « emploi du temps » :

D'Hyderabnd. en une soixantaine d'heures de clie~ min de fer. f ai gagné Agra, oii j'^ai passe' quatre Jours. De là, deux jours à Jeypore. un après-midi ii Ajmire. quatre jours ii Delhi , une journée ii Amritsar. autant à Lahore, oie, enfin, /arrivai le 11 mars.

Même pour ceux qui ne connaissent pas d'horizons plus lointains que ceux de Bougival, les noms que je viens d'énumérer sonnent familièrement ii l'oreille; les itinéraires Cook n omettent aucune de ces villes ; elles sont extrêmement connues, et chacune déciles fut, maintes fois et sans merci, la proie des descripteurs. Après Rousselet,, après Cotteau, après Sabran, après André Chevrillon, après maître Cléry , il y aurait,, de ma pari, quelque témérité ci tenter de nouvelles épreuves d'un tableau si fréquemment, si complètement et .Si magistralement fait. Je puis, d'ailleurs, m'autoriser d'un fort illustre exemple : les Lettres sur l'Inde de James Darmesteter, le plus fin et le plus charmant carnet de voyage qui se puisse rêver, passent avec une vertigineuse rapidité sur toutes ces villes célèbres ; puis-je faire mieux que de les imiter?

Au reste., je ne vous cache pas qu'il faut un rare courage pour tenter de dire Ici-dessus quelque chose de nouveau. Voyez-vous un étranger.^ après un séjour d'une semaine à Paris, entreprendre une description de la cité qui, ci elle seule, est tout un monde ? A Delhi, Cl Agra, à Lahore, il faudrait pouvoir rester

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